‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 4)Chapitre 118 sur 369 · DE L'ÉTABLISSEMENT DES ÉTANGS · texte numérisé non relu

DE L'ÉTABLISSEMENT DES ÉTANGS

eaux dans les bassins des petites rivières qui deviennent ainsi flottables par leur secours, et qui portent dans les bassins des plus grandes rivières des bois auparavant sans débouchés. Par ce moyen des pays étendus et couverts de bois se sont enrichis depuis 40 ans. La Puisaye, plateau assez élevé qui sépare l'Yonne de l'Allier, a vu également, au moyen de ses étangs de flottaison, quadrupler le produit de ses bois , pendant que la Marne accroissait la valeur de ses terres dans la même proportion.

Dans d'autres pays les étangs servent à Y irrigation des prairies; ils recueillent les eaux des pluies et de quelques sources, et lorsqu'elles sont accumulées en assez grande abondance ces eaux fécondent de grandes surfaces qui, sans cela, offriraient peu de ressources. On n'évacue pas toutefois la totalité des eaux lorsque les étangs renferment du poisson. Cette sorte d'étangs , quoique assez nombreuse en France, est cependant beaucoup mieux entendue dans l'agriculture piémontaise, et nous reviendrons plus tard sur ce sujet.

Les étangs sont donc d'une grande importance agricole. Sans doute dans les pays sains, féconds et populeux, la suppression des étangs peut avoir de l'avantage; ils occupent presque toujours le fond des bassins qui peuvent donner des fourrages de bonne qualité et assez abondans; aussi ont-ils été généralement supprimés dans ces pays. Dans les parties de l'Ain, de Saône-et-Loire et du Jura où le sol en étangs était de bonne qualité , les étangs ont été presque tous desséchés ; mais en même temps dans les mauvais terrains , dans les cantons malsains et peu fertiles, leur nombre et leur étendue se sont beaucoup accrus; les étangs supprimés étaient petits et les étangs nouveaux sont grands , en sorte que l'étendue générale s'est augmentée. Sur le plateau argilo-siliceux de Dombes, le sol en corps de domaine sans étangs vaut à peine 8 à 10 fr. l'hectare de revenu par an, pendant qu'il s'élève au-dessus de 15 fr. lorsqu'une partie du sol se trouve en étangs de qualité passable.

Les étangs de bonne qualité se louent souvent seuls de 30 à 40 fr. l'hectare pendant que le sol dont ils sont formés eût à peine valu le tiers de ce prix avant leur établissement ; leur valeur semble s'accroître encore lorsqu'on les joint à des domaines, parce au'ils fournissent , comme nous l'avons dit , de la paille et du pâturage en abondance; ce sont là les motifs qui, sur quelques points, ont si fort augmenta i leur étendue.

Cet accroissement de produit n'a pas lieu sans doute sans quelques fâcheuses compensations; d'une part ces étangs ne peuvent s'établir que dans de petits vallons où les eaux affluent et qui peuvent presque toujours être mis en prés. L'établissement de l'étang ôte donc une partie des fourrages naturels, généralement très rares dans les pays où les étangs deviennent une grande ressource pour l'exploitation du sol. En outre les étangs ajoutant à l'insalubrité du pays, ils augmentent la quantité des brouillards qui, sur la fin du printemps, sont quelquefois si fatals aux céréales, mais ils diminuent de beaucoup les

frais de culture et de main-d'œuvre dans un pays où la population est rare et ne s'entretient qu'avec les émigrations des pays voisins. Peut-être dans l'intérêt général ne devraiton pas accorder sans quelques restrictions la faculté d'établir de nouveaux étangs; on devrait assujétir les nouveaux étangs qu'on voudrait construire aux mêmes formalités que les établissemens insalubres ; mais les anciens étangs seraient regardés comme droits acquis. Toutefois on donnerait la faculté aux communes auxquelles ils nuiraient évidemment , ou aux particuliers de l'habitation desquels ils seraient trop voisins, de forcer à les dessécher , sauf indemnité pour la valeur perdue.

Section III. — Des conditions nécessaires pour l'établissement des étangs dans un pays.

De la pente du sol.

Une des premières conditions nécessaires à l'établissement d'un étang, c'est que le sol ait une pente très sensible. La quantité d'eau que peut recevoir un étang s'évalue par la différence du niveau entre le point où l'eau s'introduit et celui où on la contient par une chaussée; or, pour qu'un étang soit productif en poissons , pour qu'il soit à l'abri des sécheresses et des défauts de pluies de l'été, des neiges et des gelées de l'hiver, il faut qu'il soit profond sur une partie au moins de son étendue et qu'il puisse avoir de 6 à 10 pieds d'eau vers la chaussée. Il faut donc que le sol dont il est formé , depuis l'extrémité supérieure de l'étang jusqu'à la chaussée, ait une pente de 6 à 10 pieds.

Dans les étangs dépendans, c'est-à-dire ceux où les eaux des étangs inférieurs baignent la chaussée de l'étang supérieur, une moindre pente est nécessaire, mais toujours encore faut-il qu'il y ait au moins 2 pieds de pente d'une chaussée à l'autre. Ces étangs dépendans sont assez rares, et néanmoins la pente du terrain qui les forme est encore très grande , si on la compare à celle des grandes plaines qui n'ont de pente que celle des rivières qui les ont formées et dont néanmoins les eaux s'écoulent facilement.

Nous remarquerons en outre que, pour pouvoir pêcher facilement et surtout pour cultiver le sol aussitôt que l'eau en est sortie , il faut que les eaux puissent toujours s'écouler promptement et facilement; toutefois nous observerons que , bien qu'une pente très sensible soit nécessaire à un étang, d'un autre côté une pente trop forte exigerait , pour couvrir quelque étendue de sol , une chaussée d'une hauteur démesurée, très dispendieuse à établir et entretenir , et dont par conséquent la construction pourrait entraîner plus de perte que de profit.

§ II . — De la configuration du sol.

Une seconde condition nécessaire à l'établissement des étangs, c'est que la surface du sol soit ondulée et que le pays soit coupé de petits bassins plus étroits que longs.

Si le pays avait une pente uniforme , sans ondulations . sans bassins , on serait obligé pour

chaque étang de pratiquer une triple chaussée, la ïre perpendiculaire et les 2 autres parallèles à la pente générale; la chaussée perpendiculaire aurait la même hauteur sur toute sa longueur, et les chaussées parallèles s'étendraient en diminuant de hauteur sur toute la longueur de l'étang, ce qui occasionnerait des transports de terre énormes et quelquefois décuples de ceux nécessaires dans un pays ondulé, et par conséquent jetterait dans des frais sans rapport avec le produit. Les eaux d'ailleurs ne s'écouleraient que dans un sens, et parce que le sol ne formerait point bassin, elles ne se réuniraient point dans le milieu de l'étang, ce qui rendrait la pêche et la culture fort difficiles.

Bien différemment de cela, dans les petits bassins naturels, la chaussée se place sur la largeur du bassin. Dans ce cas la chaussée a dans son milieu sa plus grande hauteur pour diminuer ensuite et se terminer à rien à ses deux extrémités. Par suite de cette conformation du sol, outre la pente générale depuis l'extrémité supérieure ou la queue de l'étang jusqu'à la chaussée, le terrain a encore une

Sente ordinairement plus forte depuis les ords jusqu'au bassin. Dans cette ligne de milieu se pratique un fossé qui conduit à la vidange, recueille le poisson pour la pêche et fait écouler les eaux de pluies pendant la culture.

On établit bien quelques étangs dont les pentes latérales qui ne sont point assez fortes exigent de petites chaussées auxquelles on donne le nom déchaussons, mais ces étangs sont chers à établir et à entretenir, plus difficiles encore à cultiver et à pêcher, et ils sont beaucoup moins estimés que ceux qui sont dans des bassins naturels.

Il résulte donc de tout ce qui précède qu'outre une grande pente nécessaire pour pouvoir arrêter et faire écouler les eaux , un pays d'étangs doit encore être ondulé et coupé de petits bassins qui deviennent l'assiette des étangs.

Nous avons cru devoir appuyer sur ces deux conditions de terrain incliné et ondulé, nécessaire aux pays d'étangs, pour pouvoir en déduire d'une manière incontestable que les étangs ne peuvent s'établir dans un pays marécageux. Les pays ne sont ordinairement marécageux que parce que les eaux ne s'écoulent pas ou qu'elles s'écoulent mal, et que le sol par conséquent y a peu de pente ; les marais ne peuvent donc exister ou se dessèchent facilement dans un pays dont la pente générale serait considérable et qui serait en outre coupé de petits bassins dans le milieu desquels les eaux s'écoulent d'elles-mêmes ; vin pays d'étangs ne peut donc être et ne peut avoir été un pays marécageux. Sans doute, les queues et les bords des étangs offrent tous les inconvéniens des eaux basses et stagnantes, mais c'est un mal produit par les étangs eux-mêmes et qui n'existait pas ayant eux ; ce n'est donc point à cause des marais ni

Eour en tirer parti que les étangs ont été étalis. Cependant cette opinion est presque exclusivement reçue et partout répétée. La commission d'agriculture et des arts , présidée par Berthollet, dans son rapport général sur les étangs l'a admise comme positive et parti-

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