LIV. V
tion de chiffres sur laquelle on peut acquérir tous les ans de nouvelles données.
Il est très utile de faire communiquer ensemble les divers étangs qu'on possède; par ce moyen on peut donner de l'eau à ceux qui en manquent et remplir ceux qu'on veut empoissonner à l'époqiie nue l'on choisit. Lorsque les étangs sont nombreux le but est plus aisément rempli, parce que leur distance est moindre et que les fosses de communication ont par conséquent moins d'étendue. L'opération est fort simple lorsque les étangs sont situés dans un même vallon, mais quand ils sont dans des vallons différens le niveau apprend ce qui
Eeut se faire. M. Greppo le père, dont la Dômes conserve l'honorable souvenir, a , par ce moyen, fait communiquer le plus grand nombre"des36 étangs de sa propriété de Montellier; il a ainsi facilité leur aménagement et amélioré leurs produits. Son fils en recueille l'avantage, et marche dignement sur ses traces en se dévouant tout entier aux améliorations de toute espèce.
On a depuis quelque temps imité avec profit la pratique du Forez qui, pendant la lre année d'assec, donne au sol les labours profonds et répétés d'une jachère d'été; l'année d'après on a une belle récolte en seigle ou en froment, et les poissons et l'avoine oui succèdent réussissent très bien. Au bout cîe quelques années la terre se tasse sous l'eau et le labour léger de l'avoine, en sorte que le besoin d'un nouveau travail à soleil se fait sentir.
On a encore trouvé de l'avantage a partager les grands étangs par des chaussées; leur produit est meilleur, leur pêche plus facile ; l'étang supérieur prend une plus grande quantité d'eau.M.PÊRiERaainsi divise l'Étang-Turlet en 2 autres étangs qui ont très sensiblement augmenté son produit net.
Section VIII. — Éducation du poisson.
Les poissons d'étangs ne se consomment guère qu'à l'âge de 3 ou 4 ans. Il serait très difficile et peu profitable d'élever ces différens âges ensemble et dans les mêmes eaux, par cette raison. Partout où les étangs un peu nombreux ont été assujétis à un aménagement régulier, on a trois ou au moins deux espèces d'étangs: les étangs pour produire la pose ou la feuille, les étangs dans lesquels la feuille grossit pour devenir empoissonnage, et enfin les étangs pour produire les poissons de vente, où l'empoissonnage grossit pour la consommation. Bosc, dans lelsouveau Dictiounaire d'Agriculture, a donc commis une erreur grave en disant que ces aménagemens lui paraissaient n'exister que dans les étangs qu'il avait vus en Allemagne.
§ Ier — Étangs pour la pose.
g On emploie les plus petits étangs à la production de la feuille; il est bon qu'ils soient peu profonds, à l'abri des vents, et qu'ils ne soient point vaseux; il est surtout nécessaire que les brochets ne puissent en aucune manière s'y introduire. On y met en carpes dont un 1/3 de femelles , et 2/3 de mâles du 6e au 1/4 du nombre nécessaire à empoissonner l'étang en pê-
che réglée ; on ne met de tanches que le quart du nombre des carpes, et les tanches doivent être grosses et en bon état. Ni l'une ni l'autre espèce d'empoissonnage n'a besoin d'être en forts individus. On a remarqué que la pose était plus abondante lorsque le nombre des mâles était double de celui des femelles. Les laites et les œufs désignent très bien le sexe dans les carpes , mais dans les tanches ces 2 indices n'existent que dans le temps du frai : cependant les mâles se distinguent en tout temps , parce que leurs nageoires sont plus fortes que celles des femelles.
Au bout de l'année on pêche une grande quantité de feuilles dont la grosseur est inégale, parce qu'il y a la pose du printemps et celle de la fin de l'été. Les carpes et les tanches qu'on a mises au commencement de l'année, s'épuisant par la pose , sont restées maigres et ont peu profité.
On sépare la feuille des tanches de celles des carpes; ces feuilles se vendent au cent. Pour les compter sans les fatiguer , parce qu'elles craignent beaucoup la main de l'homme, on en remplit un petit vase dont on compte les individus, et le reste de la feuille s'apprécie en la mettant dans le vase sans la compter.
Dans le Forez, on emploie pour la pose des carpes qui ont cessé de profiter depuis quelque temps , et qui viennent des étangs trop chargés , de ceux où l'eau a manqué ou de ceux que le défaut de brochets a laissé s'épuiser à la pose ; on regarde ce poisson comme plus productif de feuilles.
Le cent de feuilles et de l'empoissonnage dans l'A in est de 80 paires ou de 160 têtes; dans la Brenne , il est de 70 paires ou de 140 têtes ; dans la Bresse Chdonnaise de Saône-et-Loire, il est de 64 paires ou 128 têtes. Il est probable que dans cette manière de compter on a grossi le cent de toute la perte probable du poisson pendant l'année; on en conclurait que la perte est plus grande dans le département de l'Ain.
§ II. — Etangs pour l'empoissonnage.
La feuille se place dans un autre étang de moyenne grandeur ; on y en met de 500 à un millier par cent du poisson qu'on met dans l'étang en pêche réglée ; on y met aussi 15 à 20 livres de feuilles de tanches par millier de feuilles de carpes.
Ces étangs s'empoissonnent avant l'hiver. La feuille qu'on sort d'un étang où elle est entassée profite déjà pendant le cours de la saison froide. L'empoissonnage sera d'autant plus beau à la pêche, qu'on y aura moins mis de feuilles d'août, et plus de feuilles de mai. Pour empêcher cet empoissonnage de s'épuiser à la pose , et pour que la pose faite ne charge pas l'étang en feuilles qui seraient inutiles , on met au mois de mai 8 à 10 brochetons de la grosseur du doigt par cent de feuilles ; par ce moyen, au bout de l'année , on a des brochets de 2 à 3 livres , très gras et très délicats , et l'empoissonnage est en beaucoup meilleur état et a grossi davantage. On le trouve de trois sortes ; la feuille produite par la pose du mois de mai de l'année précédente donne du poisson de 4 1/2 à 6 pouces entre tête et queue, qui fournit de l'empoissonnage à un an ; la pose du mois d'août donne de l'empoissonnage à 2
ans, de 3 à 4 1/2 pouces entre tête et queue ; ceux au-dessous prennent le nom de carnoussiers , et sont employés à faire la feuille ou nourrir les brochets.
Dans le Forez on charge un peu moins les étangs d'empoissonnage; les pèches à un an ont prévalu, et c'est la raison pour laquelle on cherche à se faire de plus forts nourrains. Pour avoir du poisson d'une livre et demie au bout de l'année, on prend le nourraindu poids de 1/2 livre, et pour les carpes de une livre et quart, on le prend de 3 à 4 à la livre : toutefois on a remarqué que lorsque le nourrain est d'une 1/2 livre, la pêche est plus égale qu'avec le nourrain de 3/4 ; avec ce dernier on a à l'empoissonnage de plus grosses carpes en petit nombre, mais aussi un plus grand nombre de petites.
Nous avons dit que dans ce pays un même étang leur servait souvent à faire leur feuille et leur empoissonnage. Pour cela, avec un millier en moyenne de têtes de feuilles par hectare, ils mettent 6 à 8 têtes de carpes d'une livre, tant mâles que femelles, prises parmi les moins belles et les plus vieilles. Au bout de l'année l'étang donne de l'empoissonnage de 6 à 8 onces par tête, une grande quantité de feuilles; et les carpes se sont refaites d'une manière remarquable. Ce procédé ne donne, il est vrai, point de brochets, mais il est très commode pour ceux qui ont peu d'étangs et qui ne veulent acheter ni feuilles ni empoissonnage souvent très cher.
Nous avons ici une observation fort importante à faire : la Dombes, dont les principes d'assolement et plusieurs pratiques d'aménagement des étangs peuvent bien être regardés comme un modèle, a néanmoins, à ce qu'il nous semble , une excellente leçon à prendre dans le Forez pour la manière d'empoissonner en carpes dans la pêche d'un an. Le sol de Dombes est , à ce qu'il semble en moyenne, au moins égal en qualité à celui du Forez. Les produits en labour des étangs y sont même supérieurs ; comment se fait-il donc que le
Eroduit en poisson soit très inférieur en Dômes, où il devrait être meilleur parce que les pluies annuelles y sont plus considérables? Dans le Forez, les pêches d'un an donnent de la carpe de 3 livres la. paire, sur la rive gauche de la Loire, mais avec un empoissonnage d'une demi-livre, et sur la rive droite, le poids est de 2 1/2 livres avec de l'empoissonnage de 3 à 4 à la livre. En Dombes, avec de l'empoissonnage de 4 à 5 à la livre, on a en moyenne des carpes de 2 livres la paire , pendant qu'on peut regarder comme à peu près certain qu'avec de l'empoissonnage d'une demi-livre on atteindrait le poids moyen du Forez, 3 livres la paire. En Dombes, un quintal d'empoissonnage en reproduit 4 en poissons de vente ; dans le Forez, et sur la même étendue, 2 quintaux en reproduisent 6 , et d'un poisson qui vaut sur les marchés un cinquième au moins de plus. En ôtant de part et d'autre la valeur de l'empoissonnage, ajoutant un quart de la valeur ordinaire de la pêche, à cause des brochets et des tanches, les produits nets comparés sont entre eux comme 20 est à 30. La valeur nette de la pêche avec le fort empoissonnage est donc de moitié en sus; aussi y répète-ton plus souvent les années de pêche qu'eu
DE LA PRATIQUE DES PÊCHES. lîfc
Dombes , parce que la manière d'empoissonner y donne un produit plus considérable en poisson. On aurait donc , à ce qu'il semble, tout avantage à imiter en Dombes la pratique du Forez.
Dans la Brenne les étangs d'empoissonnage reçoivent un millier de tètes de feuilles par hectare; là on le transporte à dos de cheval dans des paniers appelés mannequins, et on ne pesé
f>as le nourrain. Ce nourrain est marchand orsque le poissonnier, ayant la main fermée, la tête et la queue dépassent le poignet ; cette taille correspond à 3 ou 4 pouces, et c'est ce que donne leur empoissonnage pour leur pêche à 2 ans.
§ III. — Etangs pour le poisson de vente.
Nous avons vu précédemment que l'assolement régulier dans le département de l'Ain était 2 ans en eau et un au en assec ; cependant, sur beaucoup de points , comme le produit en avoine est plus considérable que celui en poisson , on assole les étangs une année en eau et une année en culture. 11 est certain qu'il est des étangs dans lesquels cet assolement est profitable, mais peut-être ne l'applique-ton pas toujours à propos; il est un peu plus commode pour des fermiers qui, sans avoir un grand nombre d'étangs, peuvent par ce moyen vendre tous les ans du poisson et de l'avoine. Parmi les étangs qu'on laisse 2 ans en eau, il arrive aussi qu'un assez grand nombre se pêche tous les ans. Ce poisson d'un an a plus d'apparence que de qualité réelle; il paraît souvent presque aussi gros que celui de 2 ans ; une paire de carpes d'un an, dans les étangs d'assez bonne qualité, pèse 3 livres, comme à 2 ans elle en pèserait 4, sans avoir des dimensions sensiblement plus fortes; mais la croissance a été plus que double dans la l,e année, et les marchands détaillans vendent presque aussi cher ce poisson plus jeune ; c'est ce qui fait l'un des plus grands avantages des pêches à un an. On a peu de brochets dans ces pêches, alors même qu'on ne les met qu'au mois de mai; ils mangent le frai avant que l'œuf soit développé et pendant qu'il est encore au chapelet. Lorsque la nourriture en jeunes poissons leur manque, ils se jettent sur l'empoissonnage, et particulièrement sur les tanches, et s'épuisent à poser eux-mêmes, en sorte que lors de la pêche il arrive souvent qu'on a peu de brochets. Mais, sans nous occuper plus long-temps de cette question que nous avons précédemment agitée, nous allons entrer dans la pratique des pêches à 2 ans et des pêches à un an.
Section IX. — De la pratique des pêches. § Ier. — Pêche à deux ans.
Nous commencerons par nous occuper de cette pêche qui est la pêche de règle et mû nous servira de point de départ pour les autres.
On doit retenir les eaux dans V étang aussitôt que la récolte est enlevée, et empoissonner leplus tôt que faire se pourra, pour que le poisson puisse se reconnaître, se reposer des fatigues du transport pendant l'hiver «t soit disposé à
commencer à travailler dès le premier printemps. Le poisson, dans le premier mois qu'il passe dans un étang, s'occupe à le parcourir, a le reconnaître sur tous les points et profite peu; il vaut beaucoup mieux qu'il emploie à ceia un mois d'hiver qu'un mois de printemps qui serait perdu pour sa croissance.
Nous avons dit précédemment que l'empoissonnage de carpes à 2 ans, devait avoir de 3 1/2 à 4 1/2 pouces. Il est convenable pour toute espèce de pêche et de poisson, qu'il soit égal autant que possible; lorsqu'il est inégal, carpes, tanches ou brochets, les plus gros vivent aux dépens des plus petits , et a la pêche on a quelques belles pièces, mais le plus grand nombre est resté faible, et le produit total est moindre que si on n'eût employé que du petit empoissonnage.
La quantité d 'empoissonnage se règle suivant la qualité des fonds; on met dans les meilleurs fonds environ un cent d'empoissonnage ou 80 paires de carpes pour dix coupées, inondées soit 2/3 d'hectare ; dans les fonds médiocres, un cent pour 15 coupées ou un hectare et dans les mauvais, un cent pour 20 coupées. En traduisant en hectare et en cent d'empoissonnage on a 240 têtes par hectare dans les bons fonds, 160 dans les médiocres et 120 dans les mauvais. On met par 100 d'empoissonnage en carpes de 10 à 25 livres de tanches suivant la nature de fonds et 10 brochets, ce qui fait une livre de tanches pour 6 têtes de carpes et un brochet pour 16.
On préfère généralement ne mettre lebrochet gu'au bout de la lre année. Au mois d'octobre on jette l'épervier pour reconnaître si la carpe a posé. Pour attirer le poisson dès la pointe du jour on a dû amorcer en jetant dans les endroits profonds, à la distance de 40 à 50 pas, de l'orge, de l'avoine, du seigle ou du blé noir cuit avec une tête d'ail. Une heure après on jette l'épervier; si lefilet ramène peu de feuilles, on met par 100 de carpes 10 brochets du poids d'une livre en moyenne; si la carpe a posé, on peut en mettre depuis 15 jusqu'à 30 têtes par cent de cirpes.
Les quantités relatives des 3 espèces de poissons se modifient aussi suivant la nature des fonds: dans les sols légers non vaseuxauxquels on donne le nom d'étangs blancs, la carpe et le brochet réussissent mieux; on peut en augmenter la quanti! ( en diminuant celle des tanches. Il arrive souvent dans ces étangs que les tanches reproduisent à la pêche à peine ce qu'elles ont coûté d'empoissonnage, parce qu'elles y ont peu profité et qu'elles n'ont pu se mettre dans la bourbe à l'abri de la voracité du brochet ; au contraire, dans les étangs vaseux dont le sol est compactera tanche arrive souvent au produit de 8 pour un : elle doit donc y être mise en plus forte quantité.
Dans le Forez on charge un peu plus en empoissonnage, quoique les pêches soient généralement à un an; on met 250 à 300 têtes de carpes par hectare, 120 à 150 tanches et 10 brochets ; toutefois on fait varier cette moyenne suivant la qualité du sol. M. Durand, viceprésident du tribunal et membre de la société d'agriculture de Montbrison, qui a fait un fort bon écrit sur l'aménagement des étangs du Forez, admet en principe que le produit en poissons dans un étang est ordinairement le même, quel que soit le nombre de l'empois-