‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 4)Chapitre 127 sur 369 · DE LA PRATIQUE DES PÈCHES · texte numérisé non relu

DE LA PRATIQUE DES PÈCHES

le plus souvent plusieurs pêches successives à un an; on trouve néanmoins que la seconde est inférieure d'un 8* ou d'un 10' à la première.

On met pour la pêche à un an les 2/3 de Vempoissonnage qu'on met pour la pêche à 2 ans, et l'empoissonnage doit avoir 4 1/2 à 6 po. entre tête et queue. On met toujours de 10 à 25 liv. de tanches et 10 brochets pour chaque cent de 80 paires d'empoissonnage. Les tanches sont aussi plus grosses; elles doivent avoir la grosseur du pouce, pendant qu'il suffit qu'elles aient moitié de cette grosseur pour l'empoissonnage à 2 ans. Le brochet ne se met qu'au mois de mai après la pose faite; il doit être à peu près d'une 1/2 livre. Il serait à désirer qu'on choisît pour cela des brochets d'un seul sexe; on pourrait espérer d'en trouver au moins le double en poids. Il arrive assez souvent que le brochet ne réussit pas dans ces f>êches. En arrivant dans l'étang il se jette sur e frai et détruit parce moyen ses ressources pour l'avenir; et si les tanches ne sont pas un peu fortes, et surtout si la nature du sol de l'étang ne leur permet pas, en s'embourbant, d'échapper à la dent (le leur ennemi, on en trouve peu à la pêche ; toutefois, comme nous l'avons dit, il est toujours nécessaire d'y mettre du brochet.

L'empoissonnage à un an pèse au moins le double de celui à 2 ans et il coûte souvent plus du double. Le prix de l'empoissonnage à 2 ans va de 4 à G f., et celui à un an de 8 a 12 f. La tanche se vend depuis 40 jusqu'à 60 f. le quintal ; elle est d'autant plus chère qu'elle est plus petite. Le brochet, pour l'empoissonnage de 2 ans, vaut de 6 à 8 sous la livre , et celui d'un an 1/3 en sus.

L'avantage le plus notable de cette pêche est de faire revenir le produit en avoine tous les 2 ans au lieu de le faire revenir tous les 3 ans seulement. Le produit en avoine est souvent double de celui du poisson, et sa paille offre des ressources de fourrages et de litière précieuses au cultivateur. Dans le Forez on fait

§111. — Pèche folle.

Dans l'Ain on a donné ce nom à une pêche à 2 ans dans laquelle on ne met que la moitié de l'empoissonnage ordinaire en carpes dont 2/3 de laitées et 1/3 d'œuvées; on met la quantité ordinaire de tanches de 2 ans et 4 à 5 tanches en bon état par cent d'empoissonnage.

Dans l'automne on connaît à l'épervier si la carpe et la tanche ont produit beaucoup de feuilles et si les feuilles ont bien profite, et suivant qu'il y a beaucoup ou peu de pose on met dans l'étang depuis 15 jusqu'à 30 et même 40 têtes de brochets par cent d'empoissonnage mis la lre année. La grosseur des brochets est d'une livre en moyenne qu'on augmente ou diminue suivant la grosseur de la feuille et de l'empoissonnage. Il est essentiel que les brochets ne soient pas assez gros pour manger la première pose des carpes, la pose du mois de mai, qui doit offrir à la pêche de l'empoisson* nage de choix. Le succès de cette pêche dépend pour l'ordinaire du nombre et de la grosseur des brochets qu'on y a mis. On lui donne le nom de pêche folle parce que son succès est moins assuré que celui des pêches régulières; mais en cas de réussite son produit est très considérable. Elle offre un brochet moins gros, il est vrai, que dans les pêches réglées, mais plus gras et pour l'ordinaire en grande quantité; la carpe est bien en chair, quoique un peu coriace, et elle supporte facilement le transport. Quant à la tanche, il en reste assez peu; le brochet en est tellement avide qu'il la poursuit à outrance et la préfère à tout autre poisson; cependant au hasard d'en pêcher peu, il est nécessaire au succès du brochet d'empoissonner l'étang en tanches.

On retrouve encore à la pêche des empoissonnages de différentes qualités, de gros empoissonnages de la pose de mai, qu'on nomme panneaux et qui se vendent jusqu'à 30 f. le cent d'unpoissonnage à un an et deux ans, et des carnassiers ou plus petit empoissonnage.

Le produit de cette pêche est faible lorsque la pose de la première année n'a pas été abondante; alors on ne retrouve à la pêche que de la carpe et du brochet, et le brochet, après avoir été abondamment nourri, lorsqu'il a consommé tout ce qu'il peut atteindre, dépérit; elle est faible encore lorsque le nombre des tanches n'a pas été suffisant ou qu'il s'en es>t beaucoup perdu. On retrouve à la pêche un grand nombre de poissons; mais la carpe et la tanche, affamées par la quantité d'empoissonnage, sont maigres et petites, et les empoissonnages ont peu de valeur. Le peu de brochets qui restent est beau, mais ils sont trop peu nombreux pour indemniser de la perte. Ce cas arrive assez souvent parce que peu d'étants ont leur grille assez bien en état pour retenir le brochet qui s'échappe de toutes parts à l'époque du frai.

Les pêches à 2 ans tournent quelquefois en pêche folle lorsque le brochet y a manqué par l'une ou l'autre des raisons ci-dessus.

Section. X.-~ Accidents et destruction des

poissons.

Le poisson craint beaucoup la neige et même l'eau de neige. Après quelques instans qu'on l'a placé sur cette substance, le sang sort autour de ses écailles et il meurt promptement. Les hivers neigeux et accompagnés de beaucoup de glace lui sont dangereux ; l'hiver de 89 fit périr une grande partie des poissons des itangs. On a beaucoup disserté sur la cause , qu'on ne paraît pas avoir rencontrée. Depuis ce temps , toutes les fois que la glace couvre les étangs, on la casse vis-à-vis les places les plus profondes qui servent de retraite au poisson et on met dans le trou une botte de paille ou de chènevoltes pour empêcher la glace de reprendre et permettre à l'air de s'introduire. Ce moyen paraît utile, mais n'est point encore un spécifique; il renouvelle évidemment l'air nécessaire aux poissons et qui se trouve entre la glace et l'eau, mais il est incertain que la cause de mortalité soit tout entière dans l'air vicié.

Le poisson pendant l'été souffre souvent beau-

DES ETANGS. liv. y.

coup des orages; lorsque la foudre a éclaté dans le voisinage d'un étang ou peut-être sur l'étang lui-même, il arrive souvent qu'on trouve un grand nombre de poissons, et surtout de brochets, morts. Cette année j'ai perdu de cette manière en grande partie les brochets d'un étang de 10 hectares. On croit aussi que la grêle est souvent fatale aux poissons; peutêtre cela tient-il à une même cause, à l'état électrique de l'atmosphère.

Les loutres sont aussi de dangereux ennemis des poissons; cet animal amphibie va les attaquer jusque dans leur élément et en fait un grand carnage; on les prend avec des filets, on les tue à coups de fusils, des chiens les poursuivent dans les terriers qu'elles se sont ménagées, mais leur dent est acérée, et souvent elles les déchirent. Le renard, dit-on, détruirait aussi des poissons, mais on ne sait par quelle industrie; le héron, les mouettes et une foule d'oiseaux d'eau vivent de petits poissons et c'est à eux qu'on doit en grande partie la disparition à la pêche d'un quart ou d'un cinquième de Fempoissonnage qu'on avait mis dans l'étang.

Section XI. — Du mode de pêche des étangs. Fig. 210

Le mode de pêche des étangs nous paraît à peu près uniforme dans les divers pays dont nous parcourons les usages. Partout, dans la partie la plus basse se trouve un fossé ou bief où le poisson se retire lorsqu'on fait couler Feau. A côté du bief est un espace creusé à un pied de profondeur de plus , auquel on donne le nom de poêle ou de pêcherie.

Un grand filet plus large que le bief se traîne depuis la partie supérieure de l'étang pour réunir tout le poisson dans la pêcherie; lorsqu'il y est réuni on le pêche avec des trubles ou filoches (fig. 211); on le pèse ensuite ou on le compte, suivant les conventions avec le marchand, et on le met ordinairement dans des tonnettes. Un second coup de filet] réunit le poisson qui a échappé au premier.

Dans quelques étangs on a mis une petite pê-

cherie derrière la chaussée où s'arrêtent les poissons petits ou gros qui passent par le canal ; mais lorsqu'on a des thoux établis dans le système que nous avons proposé, on se dispense de cette pêcherie au moyen d'une grille en fer qu'on place temporairement à l'orifice intérieur du canal de décharge. Cette grille se glisse facilement, au moyen de cordons qui la soutiennent, depuis le bord supérieur de la chaussée au-devant du canal dans l'étang ; une seule suffit pour tous les étangs, parce qu'on

ttakt. '.)". CONSERVATION DU POISSON

n'eu a besoin qu'au moment de la pêche.

Le poisson calme ou agité au sortir de la pê- < lierifi indique s'il y aura ou non du danger pour son transport; l'agitation annonce un commencement de souffrance qui s'accroit pendant la route.

V heure la plus favorable pour la pêche est celle du soleil levant. Quand on craint du dan-

ger il faut remplir les tonnettes d'eau fraîche et au besoin y mêler moitié d'eau de puits.

Section XII. — Du transport du poisson.

Dans l'Ain, le transport du poisson se fait ordinairement dans des tonnettes ou petits tonneaux d'un hectolitre et demi pleins d'eau fraîche. On met de 100 à 150 liv. de poissons dans chacune, en séparant les brochets des carpes et des tanches. Ces tonnettes se placent sur des charrettes qu'on conduit sans dételer à leur destination. La quantité de poissons des tonnettes varie suivant que les vents sont au nord ou au midi, que le transport sera plus ou moins long et suivant la facilité qu'on a de donner en route de l'eau fraîche au poisson. Lorsqu'on est obligé de faire manger l'avoine au cheval, on ne le détèîe pas afin qu'il produise enmangeant de petites secousses qui tiennent le poisson éveillé; au besoin le conducteur le remue dans la tonnette avec un bâton ; il change en route l'eau aussi souvent qu'il le peut, en préférant de beaucoup l'eau de source ou au moins l'eau fraîche. En introduisant cette eau il remue son poisson , afin que la nouvelle eau débarrasse autant que possible le poisson de l'enduit visqueux qui le couvre. Lorsque Lyon, point ordinaire de destination, n'est qu'à 4 ou 5 lieues des étangs, on l'y conduit en voiture; mais lorsqu'il est éloigné, on le mène à la Saône ou à la rivière d'Ain; on l'embarque alors en le plaçant dans des filets que traînent des bateaux, *ou dans des bateaux percés de trous.

Dans la Brenne, les tonnettes ou tonneaux peuvent contenir 3 quintaux de poissons, aussi leurs frais de transport sont moins chers; mais il est à croire que la dimension des tonnettes de l'Ain est plus favorable à la conservation. L'expérience y a conduit à diminuer d'un tiers la contenance de 2 hect. des vieilles fûtes pour le vin, qu'on emploie à cet usage.

Le poisson se porte à dos de cheval dans le Dauphiné ou la Savoie; il est alors placé sur de la paille, et toutes les fois qu'on s'arrête on le met dégorger dans des réservoirs. On a soin d'ouvrir cle temps en temps dans la route les ouïes des carpes; lorsqu'on transporte de belles pièces, on tient leurs ouïes séparées avec une pelure de pomme ou une rouelle de pomm° de terre. On met 3 jours pour arriver à Chambéry; le voyage se fait sans avarie si le froid ou la chaleur ne se sont pas fait trop sentir. Lorsque le poisson arrive on enlève avec un linge fin le gluten qui colle les ouïes.

Lorsque les Bressans veulent changer l'eau des tonnettes , ils donnent l'eau nouvelle par l'ouverture supérieure, en faisant déborder l'eau par-dessus sans la tirer par le bas. Dans le Forez ils vident leurs tonnettes par le bas et les remplissent en même temps par le haut en continuant de laisser couler jusqu'à ce que jVau sorte claire. Ils transportent volontiers

leurs feuilles dans des paniers à dos de cheval ou à dos d'homme en les plaçant sur un peu de paille ou dans un linge. Lorsque l'empoissonnage arrive on le reçoit dans des paniers et on le verse doucement au bord de l'eau; on s'assure par ce moyen de la quantité que le transport a fait périr. Lorsque c'est du gros poisson, on le place de même et on ouvre les ouïes de celui qui paraît en avoir besoin.

Dans la Brenne on prend un soin analogue, mais encore mieux raisonné. Ils font en arrivant une petite enceinte avec du menu bois, de la bruyère ou des roseaux dans un endroit peu profond de l'étang; ils y déposent leur empoissonnage en le sortant des paniers. Au bout de quelque temps de repos, si le poisson est bien vif, on lui ouvre une petite issue dans l'étang; le poisson alors gagne la grande eau sans danger, pendant que, sans cette précaution , le poisson jeté dans l'étang se noie ou s'étouffe en se plongeant la tête dans la vase.

Quant à leur gros poisson , lorsqu'on ne le transporte pas en tonnettes, on le charge sur des charrettes bien garnis de paille (fig. 212)

Fig. 212.

Car lits alternatifs de paille et de poissons. Le rochet, plus délicat, se place au-dessus de la carpe et on le recouvre de paille; on place à l'arrivée le poisson dans des réservoirs.

Dans le transport à dos de cheval les précautions consistent àouvrir de temps en temps dans la route les ouïes des carpes, qui se collent, et à les faire dégorger souvent. La charge d'un cheval est de 150 liv. dans les 2 paniers. Le transport du poisson de Sologne est plus difficile; qu'en Dombes; la distance des rivières et des grands débouchés est plus grande. Nous pensons que leurs moyens de transport sont préférables; ils sont d'ail 'eurs analogues à celui qu'on emploie dans l'Ain pour la Savoie et le Dauphiné. La soustraction de l'eau au poisson ne lui est pas promptement mortelle. M. Durand rappelle dans son écrit qu'on a conservé pendant plusieurs mois des carpes en lieux frais dans des filets suspendus et garnis de mousse qu'on arrosait fréquemment, et sur laquelle on plaçait, pour les nourrir, du pain détrempé dans'du lait; il parle encore de carpes transportées à de grandes distances dans des caisses percées de trous, garnies de mousse humide sur laquelle on les couchait après avoir séparé les ouïes avec des pelures de pommes.

Section XIII. —Conservation du poisson.

Les poissonniers conservent le poisson dans de grandes caisses de chêne percées de trous, qu'ils placent dans des rivières ou dans des

réservoirs. Une tonnette percée de trous est un moyen commode de conservation pour la consommation d'une maison particulière.

Le poisson se garde mieux dans le cuivre que dans le bois et dans le chêne mieux que dans le sapin, dont il craint l'odeur et la saveur résineuse; une poignée de farine de seigle, de la fiente de vache ou de cheval, du jus de fumier aident à le conserver. Toutefois s'il est nombreux dans un vase où l'eau ne se renouvelle pas, il faut le changer assez souvent. Par le séjour dans la même eau, leur corps se recouvre d'un enduit visqueux qui paraît beaucoup leur nuire, surtout si le temps est chaud.

Section XIV. — De la culture de l'étang dans les années d'assec.

Nous avons dit précédemment que le produit des étangs alternés en eau et en labourages était plus considérable. L'usage est d'avoir 2 ans d'eau et une année de culture; cependant lorsque le sol est d'une nature argileuse, 2 années d'eau tassent quelquefois le terrain de manière à ce qu'un seul labour ne parvient pas à l'ameublir; dans ce cas il est plus profitable de ne donner qu'une année d'eau. On trouve dar \ cette nature de sol grand avantage à faire geler ce terrain, et pour cela on Eêche au commencement de l'hiver. Les étangs roui lieux, c'est-à-dire où abonde la brouille fétuque flottante (festuca fluitans) sont dans le même cas. On y trouve de plus l'avantage de faire pourrir cette plante aquatique pendant l'hiver. Les étangs sablonneux doivent rester couverts d'eau jusqu'au moment des semailles, et on les laboure pendant que le sol est encore humide, pour lui donner un peu plus de consistance. Dans le sol argileux, le labour, autant que possible, doit se faire quand le terrain est presque sec.

Un seul labour en planches de 3 à 4 pieds , bombées dans le milieu et sur lesquelles on donne un coup de herse , suffit pour la semaine. On couvre la semence avec un ou plusieurs hersages; une dernière façon à la herse, donnée lorsque la plante est sortie, est souvent très utile; elle sarcle en cmelque façon la céréale et détruit la mauvaise herbe qu'on pourrait craindre. Les soins que nous venons d'indiquer sont ceux qu'on donne à lasemaille d'avoine, qui est le produit le plus fréquent dans les étangs. On sème un quart plus d'avoine qu'on ne sèmerait de blé.

f Lorsqu'on veut semer du froment dans un étang, il faut le pêcher avant la fin d'août ou vers le milieu de septembre. Dans le premier cas on le laboure à plusieurs reprises, et on le sème en octobre dans la terre ainsi bien préparée.

Lorsqu'on pêche en septembre on laisse ressuyer les fondspendant une dizaine de jours, au bout desquels on donne un labour. On sème ensuite le froment après un premier hersage et on recouvre la semence par un deuxième coup de herse. Cette dernière méthode s'appelle semer sur la boue; elle est souvent aussi profitable que l'autre; en 1835 un étang ainsi semé m'a produit plus de onze fois la semaille.

Les rivières de ceinture sont éminemment utiles pour la mise en culture des étangs. Elles défendent les récoltes contre l'arrivée des eaux

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