MV. V
découvre, s'égonte beaucoup mieux que le sol couvert de joncs , de carex et de plantes aquatiques.
Section XVII. — Du dessèchement des étangs.
Celle question qui intéresse la salubrité devient, en quelque façon, par-là une question d'intérêt public. Nous" avons vu précédemment que cette grande mesure ne pouvait pas être ordonnée comme elle l'a été en masse une l,e fois par la législation; il serait toutefois à désirer que sur les réclamations des communes ou des particuliers, le dessèchement d'un étang pût être ordonné, sauf indemnité au propriétaire, et que, comme nous l'avons dit précédemment, on ne pût pas construire un nouvel étang ou en agrandir un ancien sans une enquête de commodo vel incommodo.
Nous avons vu plus haut qu'une dépense actuelle de sept millions au moins serait nécessaire pour mettre en étang les 23,000 hectares inondés du département de l'Ain; il serait impossible, dans le moment présent, de faire l'avance de cette somme énorme avec les ressources qu'offre le pays, en supposant même que les constructions ne se fissent que dans un grand espace de temps; il est donc tout-a-fait probable qu'à l'époque de la construction de ces étangs, où le prix du travail comparé à la valeur des fonds était relativement beaucoup plus élevé, le pays était plus riche, plus prospère qu'il ne l'est maintenant. Des anciennes villes ruinées, où se trouvent encore beaucoup de maisons sans habitans; d'anciens châteaux dont on a démoli une grande partie, et dont la plupart de ceux qui restent sont à peine habités; enfin les traces d'une culture ancienne qu'on rencontre sur des terrains en bois ou en pâturage, prouvent encore d'une manière plus précise le fait d'une plus grande population, d'une culture plus active, plus riche que celle d'aujourd'hui et qui remontent évidemment au-delà de l'établissement des étangs. Les étangs, dont on ne peut aujourd'hui se passer, qui représentent presque tout le produit net du pays , qui sont une nécessité agricole dans l'état actuel des choses , ont donc été, pour l'avenir de la contrée, plutôt vin moyen d'appauvrissement que de richesse.
Dans le temps les propriétaires trouvaient sans doute avantage à inonder leurs fonds, puisqu'ils l'ont fait en un aussi grand nombre de lieux; le prix élevé du poisson, son facile débit, le peu de main-d'œuvre nécessaire à la culture engagèrent à construire des étangs, mais les intérêts généraux et bientôt les intétérêts particuliers en souffrirent eux-mêmes; l'insalubrité du pays s'accrut, la masse générale de la main d'œuvre nécessaire à la culture du sol diminua; avec un moindre besoin de bras, une partie de la population cessa d'avoir de l'emploi et alla en chercher ailleurs; la construction des étaugs absorba une grande partie du capital agricole; les étangs devenus une fois le produit principal, la culture des autres fonds fut négligée : la plupart des fonds des vallons, couverts de prairies furent changés en étangs dont le produit était plus élevé; l'agriculture, dans toutes ses branches, h\t donc énervée et tomba dans la langueur où nous la voyons aujourd'hui. La prospérité gé-
nérale du pays fut donc attaquée jusque dans ses sources les plus fécondes par une opération qui favorisait quelques intérêts individuels ; en même temps, par une réaction toute naturelle et qui se reproduit toujours, la diminution de prospérité agricole, de salubrité et de population se fit sentir au pays tout entier. Ceux mêmes qui avaient trouvé quelques bénéfices présens et matériels à construire des étangs, ou au plus tard la génération qui les suivit, perdirent beaucoup plus qu'ils n'avaient d'abord gagné. Ceux de leurs fonds qui ne furent pas inondés, c'est-à-dire les 5/6 de la surface, virent s'évanouir la moitié de leurs revenus nets ; mais il est bien difficile de revenir à meilleur ordre et à l'état ancien des choses. Les propriétaires actuels ont encore, en général, le même intérêt à conserver leurs étangs que leurs devanciers ont eu à les établir; il est donc impossible de leur demander un dessèchement spontané pour lequel il leur manquerait les moyens nécessaires aussi bien que la volonté. Le gouvernement peut restreindre l'établissement de nouveaux étangs, et il serait à désirer qu'une exemption d'impôts pendant vingt ans pût être accordée à ceux qui dessécheraient les leurs, en frappant d'un impôt double, pendant le même-temps, ceux qui les rétabliraient après les avoir desséchés et avoir profité de l'immunité.
Le tort de ceux qui dans le temps étaient chargés des intérêts généraux fut de ne pas deviner l'avenir qui menaçait la contrée par l'établissement des étangs, et de favoriser par une foule de dispositions spéciales leur construction. Maintenant les choses en sont à un point que l'autorité légale ne peut tout à coup les changer ; mais elle peut bien , dans le Code ru rai, prononcer la cessation de toute exception favorable pour les étangs qu'on voudrait établir, en même temps que, comme nous l'avons dit, elle les classerait dans l'une des catégories des établissemens insalubres en interdisant leur construction à moins de 500 mètres des bâtimens.
Le dessèchement de certains étangs est souvent une opération d'un très grand produit; mais c'est surtout le' dessèchement de ceux qui sont toujours en eau. Un étang de 11 hectares, sur lequel était un moulin, et dont le revenu n'était pas de 300 fr. , est maintenant une petite prairie qui produit annuellement 2000 fr.; au-dessus et au-dessous de cet étang s'en troavent deux autres d'une plus grande étendue, dont le dessèchement a encore été plus utile.
M. Doulset, propriétaire à Paracuy, dans le Berry, a changé un étang de 1000 fr. de location en une prairie qui en rend 5 à 6000. En Dombes, l'étang du grand marais qui ne s'asséchait jamais a été desséché et assaini par M. de Belvey qui en retire maintenant un produit beaucoup plus considérable; un autre étang, dans la commune de Villiers, dont l'évolage appartient à M. de Latour-Maubourg et l'assec à MM. Greppo et autres propriétaires, desséché maintenant, donne d'immenses produits qu'on a beaucoup accrus par des chaulages bien entendus. Enfin la Bresse était cor, verte d'étangs dans les siècles derniers ; des prés de bonne qualité les remplacent presque partout et produisent, sans doute 2 ou 8
crtAP. 9'. DES VIVIERS.
fois nu Unit que lorsqu'ils étaient en eau. Leur dessèchement est assez ancien, son époque est
oubliée, et si les chaussées, les titres et les lieux dits ne les rappelaient, on ne soupçonnerait pas l'ancien état des choses. Nul doute que dans la Dombes et dans la plupart des pays d'étang, une grande partie de ces fonds desséchés ne parvinssent enfin à donner du fourrage d'assez bonne qualité. Partout les étangs n'ont pu être établis que dans le fonds de petites vallées , et c'est là partout la position des prés. Mais comment arriver à l'état de prospérité et de richesse agricole nécessaire dans les pays d'étangs pour cet important changement?
Dans les parties assez nombreuses où un sol glaiseux, tenace et qui se tasse sous les eaux ou par l'effet seul de la pluie, ne donne que des étangs tout-à-fait médiocres, leur destruclion ne doit pas être longue à attendre. Cette nature de sol le plus souvent peut produire de bon bois, et le prix de cette denrée s'est presque partout élevé de manière à produire un revenu supérieur à celui de ces mauvais étants; des plantations de bois sont donc tout-a-fait convenables et n'exigent pas des avances considérables. Ainsi, dans une propriété qui contenait 9 étangs, nous en avons fait planter 7. Déjà, au printemps, le sol jadis en eau commence à verdir sous le feuillage; dans la place qu'occupaient ces réservoirs d'eau insalubres, tristes à voir et d'un mince produit, la verdure vive et variée des différentes variétés d'arbres résineux commence à se nuancer pendant toutes les saisons. Si les derniers étangs ne sont pas plantés, c'est qu'il aurait fallu discuter judiciairement des prétentions au pâturage. Le dessèchement des contrées analogues offrirait donc peu de difficultés lorsque l'assec et l'évolage appartiendraient au même propriétaire; dans le cas contraire, les difficultés nous paraissent assez grandes. M. Varennes de Fenille, en discutant cette question prouve, que, dans le cas de dessèchement, il devrait être attribué au propriétaire de l'évoiage 5/9 de l'étendue et 4/9 au propriétaire du sol. D'ailleurs l'assainissement de ce sol d'étang est facile: un petit nombre de fossés, pratiqués dans les parties basses et qui aboutissent à l'ancien bief, assainissent toute la surface.
Quant aux pays où les étangs offrent plus d'avantage, dans le chapitre de *»et ouvrage où nous avons traité des amendemens calcaires ( tom. Ier, pag. 60), nous avons vu que tous les pays de sol argilosiliceux pouvaient devoir à leur emploi de grandes richesses agricoles; nous avons vu que, suivant toutes les probabilités, ces amendemens, en apportant la richesse dans un pays, y apporteraient aussi la salubrité. Nous remarquerons maintenant que dans tous les pays ou les amendemens calcaires sont généralement employés , les plateaux argilo-siliceux n'offrent point d'étangs et ne sont point insalubres; nous en conclurons que leur emploi dans les pays d'étangs, en doublant le produit du sol cultivé, en enrichissant le propriétaire et le cultivateur, leur donnerait les avances nécessaires pour se passer du moyen insalubre des étangs et appeler sur leur sol desséché toutes les cultures productives.
Les étangs nui, pendant longues années, ont reçu les eaux de toutes les parties supérieures, se sont enrichis de leurs débris; la chaux employée sur ce sol y produit le plus grand effet. M. Greppo a retiré 16 pour 1 en froment de ses portions d'assec de l'étang dont nous avons parlé, et qu'il a amendées avec de la chaux. Les terres étant rendues productives par les amendemens calcaires on en voudra augmenter l'étendue, et pour celaon mettra en culture les étangs qui s'égoûtent avec plus de facilité. La ferme dans laquelle le travail à la charrue s'est accru, aura besoin aussi d'accroître le nombre de ses bestiaux et par conséquent ses fourrages; on mettra donc en prés les étangs les plus bas et qui reçoivent le plus d'eau. La population et les bras qui manquent seront appelés dans le pays parce qu'ils y trouveront de l'emploi, de l'aisance, et un prix de salaire élevé. On laisserait sans doute encore en eau quelques étangs, parce qu'il est des sols et clés positions où aucun autre produit ne leur est supérieur, mais ils resteront en petit nombre , et placés dans une contrée riche, féconde et assainie, ils seraient désormais sans inconvéniens.
Il faut, il est vrai, bien du temps pour réaliser tout cet ensemble de prospérité; mais toutes les circonstances s'enchaînent, se nécessitent l'une et l'autre; elles dépendent souvent d'une première impulsion; cette impulsion est donnée dans l'Ain. Une foule de grands propriétaires s'empressent d'employer la chaux ; des moissons abondantes et des fourrages vigoureux récompensent leurs avances; toute la contrée est témoin de ces succès , et le temps n'est peut-être pas loin ou chacun dans ce pays fera ses efforts, suivant sa position, pour se procurer de la chaux, moyen puissant et durable de fécondité et, nous osons le dire, de salubrité.
Section XVIII — Des viviers.
§ Ier. — De l'usage des viviers.
Lesviviers ou réservoirs sont des pièces d'eau pour conserver ou engraisser le poisson. C'est un établissement très utile à lacampagne. Outre l'agrément d'une pièce d'eau qui anime, vivifie et varie le coup d'œil des jardins, il procure le grand avantage de tenir le poisson prêt pour le moment du besoin. A la ville les poissonniers se chargent de ce soin, mais à la campagne cette ressource manque. Nous n'entrerons pas dans les détails des constructions et des usages des viviers des anciens; c'était un objet sur lequel ils avaient porté tout leur luxe et toute leur industrie; mais c'était surtout des viviers d'eau de mer qu'ils avaient établis; ils y conservaient à leur disposition des poissons de toutes les mers connues et de toutes les tailles.
Les réservoirs des modernes sont plus modestes et mieux assortis à nos mœurs et à nos habitudes; ils sont destinés particulièrement aux trois espèces de poissons dont nous avons parlé : aux carpes , aux tanches et aux brochets. Il est a propos d'avoir 2 réservoirs pour chaque espèce, ou au moins 2 séparations dans un seul réservoir. Le brochet doit être seul, parce que autrement il dévore ou fait au moins pé*
rir les 2 autres espèces ; la faim lui fait attaquer les carpes d'un poids presque égal au sien ; il ne peut les avaler, mais il les blesse cruellement, et le plus souvent elles succombent aux suites de ces blessures. On le nourrit avec des petits poissons. On le conserve aussi sans lui donner de nourriture, qu'il n'est pas toujours facile d'avoir sous la main et qui, a la longue, serait très dispendieuse. Lorsque l'eau du réservoir est vive, que quelques sources l'alimentent et que le fond n'est pas vaseux, il y maigrit sans nourriture, mais néanmoins se conserve ferme et d'excellent goût pour le moment de la consommation.
Dans des pays d'eau vive on a aussi des réservoirs de truites , mais il faut que leur eau soit près de la source et qu'elle se renouvelle fréquemment. La truite est aussi un poisson vorace; il faut donc l'alimenter avec de petits poissons de rivières ou d'étangs.
Les carpes et les tanches se nourrissent avec plus de facilité; on envoie, si l'on peut, avec grand avantage, dans leurs viviers, les eaux des écuries, des éviers; les débris de la table, les balayures de la maison leur conviennent à merveille; le fumier, frais ou vieux, les grains de toute espèce, cuits ou crus, liés entre eux avec de l'argile ; les boulettes de pommes de terre cuites, pétries avec des farines d'orge, de froment, de maïs ou de sarrasin, les salades crues, les racines hachées, toutes ces nourritures entretiennent et engraissent la carpe et la tanche dont la chair est d'autant plus délicate qu'on les a mieux nourries.
Il paraît qu'à Strasbourg on engraisse les carpeaux du Rhin, et on les fait grossir dans des réservoirs d'où on les tire pour les demandes du pays, et souvent de Paris. En Hollande on engraisse les carpes sans eau, suspendues dans des filets où elles reposent sur de la mousse humide, avec de la laitue et de la mie de pain imbibée de lait; la courge ou l'orge bouillie conviennent aussi très bien pour cet objet.
On fait dans les réservoirs la provision d'hiver des carpes avec de grosses masses d'argile pétrie avec de l'orge ou d'autres grains ; le poisson attaque cette argile et consomme, à mesure du besoin, le grain qui s'y trouve; la carpe sans nourriture maigrit beaucoup, mais se conserve ferme et de bon goût, si les eaux des réservoirs sont vives et reçoivent des sources ou un peu d'eau courante0. Il est essentiel de débarrasser fréquemment le fond des viviers de la vase qui s'y forme, sans cela la carpe y prend un goût de bourbe fort désagréable. Cette saveur peut se perdre par le séjour un peu prolongé dans une eau vive.
La boue des réservoirs est un excellent engrais pour la plupart des terrains, quand on lui a laissé passer quelques mois à l'air; on est donc amplement dédommagé du soin et des frais de curage.
Le réservoir doit être placé en lieu aéré et qui reçoive le soleil. Des arbres nombreux, qui y jettent leurs feuilles et leurs débris font de la vase et sont plus nuisibles qu'utiles au poisson. Il leur faut aussi une certaine profondeur, pour que l'eau pendant l'été ne prenne pas une température trop élevée; sans cela les poissons périssent dans les jours chauds et longs de la canicule, alors même que quelques
DES ÉTANGS. mv. v.
sources peu abondantes viennent les rafraîchir. L'année dernière, dans le fort de la sécheresse, des carpes et des brochets ont péri en assez grand nombre dans des réservoirs alimentés par des sources, mais auxquels manquait de la profondeur.
Si les réservoirs sont assez grands pour que le poisson puisse y faire de la feuille, il est bon
3ue l'un des bords au moins soit en pente ouce, pour faciliter le frai. On se défend des maraudeurs en plaçant des piquets dans le fond des viviers pour empêcher l'action des filets; mais il est néanmoins à propos de se conserver au moins une place profonde où l'on puisse soi-même, avec un épervier, prendre le poisson au moment du besoin, autrement on est obligé de faire couler son réservoir, ce qui n'est pas sans un grand inconvénient si on n'a pas une source abondante pour le remplir. On jette quelque amorce dans cette espèce de pêcherie, et on y envoie au besoin le poisson en battant l'eau dans les autres parties du réservoir.
§ II. — De la construction des viviers.
Il faut' choisir aux réservoirs une position favorable; un pli ou une inflexion de terrain leur est presque nécessaire, comme à l'établissement d'un étang; s'il ne s'en trouve pas, il faut alors creuser sur un terrain en pente; car la pente est absolument nécessaire aux réservoirs, autrement on ne pourrait pas les vider, soit pour prendre le poisson, soit pour débarrasser le fond de la bourbe qui s'y établit.
Si on n'a point d'eau de source pour son réservoir, il faut l'établir dans un point qui reçoive une quantité d'eau de pluie capable de le remplir en peu de temps; les eaux grasses, les eaux des cours, des terres labourées, conviennent beaucoup mieux que celles des bois ou des terrains maigres.
Si on a été obligé de creuser son réservoir, on recommande de le laisser sans eau, exposé pendant un an aux influences atmosphériques avant d'y retenir l'eau.
Mais ici, comme dans les étangs , l'une des premières conditions est d'avoir un sol imperméable, à moins que le vivier ne soit alimenté par des eaux abondantes et qui coulent sans cesse. Si le sol est imperméable et qu'on ait une inflexion de terrain, une chaussée en terre se fait avec les mêmes soins et sous les mêmes conditions que nous avons vues pour les étangs; lorsqu'on a creusé le sol on fait la chaussée avec les terres du déblai.
Si le sol n'est pas imperméable, il faut y suppléer par l'industrie; on peut alors glaiser le fond, c'est-à-dire le garnir d'un corroi d'argile pure d'un pied d'épaisseur. Les Anglais se sont bien trouvés de mettre un lit de chaux sous le lit d'argile ; cette chaux repousse les insectes, défend par conséquent le corroi. La marne ne vaudrait rien pour cet objet, parce qu'elle se pénètre par l'eau et se délite facilement. Pour s'assurer que l'argile n'est point calcaire, quelques gouttes d'acide avec lesquelles on touche l'argile décident la question^ lorsqu'il n'y a point d'effervescence, on a de l'argile pure; l'argile effervescente est marneuse. Le corroi ou la clave s'établit avec