TOME IV
ADMINISTRATION RURALE
la boucherie, on possède des races , entre autres celle à courtes cornes d'Holderness et de Teeswaler, qui sont mûres pour cet objet à l'âge de 2 à 3 ans, et qui en outre possèdent la faculté d'engraisser jeunes et avec célérité, et de présenter proportionnellement à leur stature une quantité considérable de viande nette. On conçoit ainsi que de pareilles qualités doivent rendre souvent très avantageuse l'éducation des bêles de consommation dans des localités où l'entretien d'animaux pendant 4 à 6 années ou le double du temps qu'exigent les races perfectionnées, sans qu'ils acquièrent pour cela plus de valeur sur le marché, peut, au contraire, être préjudiciable ou d'un produit médiocre.
Dépenses.
Même calcul des dépenses que pour les bêtes de trait, ci.
Nourriture de la 5e année, 27, 35 quint, au total 107,15 quint met.
Soins et logement oour un an
Recette,
Prix de vente de Vanimal. ......
Déduction de 20 p. 0/0
Reste
A déduire les frais.
Recette nette. . .
Cette recette qui sert à payer 107,15 quint, met. de fourrages, porte donc ceux-ci au prix de 1 fr. le quintal, on à un taux un peu moins élevé que dans le cas précédent, en supposant les prix de vente tels que nous les avons fixés.
On voit qu'avec les prix adoptés ?t le système d'éducation que nous supposons , les fourrages sont payés en général à un prix très peu élevé par le bétail d'élève , et que, comme nous l'avons dit au commencement de ce paragraphe , il ne faut spéculer sur ce produit que lorsqu'on ne peut employer autrement ses fourrages, ou qu'on parvient à une économie de temps sur l'époque où les animaux sont propres au service auquel on les destine.
2° Vaches laitières.
Les fermes à laiterie réussissent principalement dans les vallées fertiles, closes et abritées , soit dans les pays un peu bas , soit dans ceux de montagnes, où un sol assez consistant donne une végétation riche ou des pâturages substantiels; on élève encore avec profit des vaches laitières sur les fermes où l'on a adopté un bon système de culture alterne, où il y a production abondante d'excellens fcurrages , ainsi qu'à une petite distance des grandes villes, des fabriques qui fournissent des résidus propres à la consommation des vaches, etc.
On doit surtout s'attacher à faire choix des races de va (hes ou des individus d'une même race qui , avec le même poids et la même qualité d'alimens donnent une plus grande quantité de lait, ou un l'ait chargé.d'une plus grande proportion de principes butireux ou caséeux, celles qui se distinguent par la fécondité , qui, lorsqu'elles tarissent, engraissent facilement, et présentent alors la plus grande quantité relative de viande nette.
Les calculs qui suivent sont basés sur la supposition que les vaches dont il s'agit sont de race ordinaire , d'une taille au-dessus de la moyenne, et choisies avec soin ; qu'elles reçoivent en toutes saisons une nourriture saine en quantité proportionnée à leur taille et à leurs besoins, et qu'on les entretient dans un état constant de Baillé et d'abondance* Le troupeau est supposé se
composer de 30 vaches et d'un taureau , et les avances pour achat des 31 bêtes, au prix moyen de 120 fr., avoir été de 3,720 fr.
Frais annuels pour V entretien de ce troupeau.
a. Remonte du troupeau tous les ; par des jeunes sujets pris dans le soit par des achats ; par année
\ iléduire les vieux animaux estimés à la moitié de la valear des jeunes, ci • •
0 ans soit troupeau , 372 fr. •
Frais annuels de remonte. . . . b. Intérêts du capital à 10 p. 0/0, y compris
les risques
c Salaire et entretien d'un vacher. . . .
d. Salaire et entretien de deux vachères pour traire et soigner les vacher , à 250 fr. chaque.
e. Logement de 3l bêles de gros bétail à 6 fr , • •
f. Mobilier de la laiterie à 6 fr. par tète 186 (t. s
Intérêts de cette somme à 5 p. o/0 • 9 30
Entrelien et renouvellement à 15 p. 0/0. 37 90
Total des frais annuels d'entretien du troupeau de vaches et des ustensiles de laiterie. .
i,5Gi 20
Après avoir établi les frais annuels d'entretien d'un troupeau de 30 vaches et d'un taureau, il est nécessaire de calculer d'un côté les fourrages qu'un pareil troupeau consomme dans une année, et la quantité de produits qu'il fournit , afin d'établir à quel prix le troupeau paie ces fourrages.
Non-seulement la quantité d'alimens varie avec la taille des vaches , mais encore avec le régime qu'on leur fait suivre et qui est différent souvent sur chaque établissement, de manière que s'il fallait tenir compte de toutes les modifications que les circonstances ou la localité apportent dans le mode d'alimentation, nous serions obligés d'entrer dans des calculs et des détails fort élendus et peu concluans. Heureusement que les expériences des agronomes ont ramené cette question à des termes plus simples que nous allons rappeler.
Lorsque nous nous sommes occupés dans le tome III, page 69, du profit que- peut donner une laiterie, nous avons démontré par un grand nombre d'exemples puisés dans l'agriculture de divers pays que des vaches en bonne santé, de l'âge de 4 à 8 ans., soignées convenablement, nourries suivant leurs besoins, rendaient pour tOO kil. de foin «le bonne qualité, ou l'équivalent en une autre nourriture, depuis 37 jusqu'à 52 litres de lait et en moyenne 40 litres, et qu'une vache de taille moyenne, bonne laitière et bien nourrie, devait fournir, terme moyen, 1800 lit. do lait par année.
Ainsi, en supposant que les animaux du troupeau cidessus reçoivent chaque jour une ration de 12 kil. de bon foin, ou l'équivalent en autre nourriture, on aura consommé pendant l'année
Pour les 50 vaches. . . . 1,314 » quint, met.
Pour le taureau 43 80
Au total.
Le produit moyen d'un autre côté aura été en lait, et à raison de 1,800 lit. par année et par tète, de 54,000 lit.
Si on suppose que ce lait vendu en nature, ou converti en beurre ou en fromage, peu! se vendre, les frais de fabrication, pour les derniers produits étant déduits, i à raison de 4 cent, le litre, on aura pour recette brute
€bap. 6*. ENGRAISSEMENT DES JiÈTES A CORNES
des produits de la laiterie 2,100 fr
A quoi il convient d'ajouter 25 veau*
Recelte brute 2,3 10
Déduction des frais pour le troupeau. 1,661 »
Recette nette. . . 749 »
Ainsi , un troupeau composé de 30 vaches et de i taureau, d'une taille au-dessus de la moyenne, nourri et entretenu comme nous l'avons dit, et lorsque le lait ne peut être placé qu'à 4 cent, le litre, paie les fourrages qu'il consomme à raison de 55 cent, environ le quintal métrique.
3° Engraissement des bêtes à cornes, A. Des bétes adultes.
Cette branche d'industrie agricole, dit M. de Dompasle, ne peut être suivie avec profit que par l'homme qui possède une grande habitude dans les achats et les ventes de bestiaux ; un autre sera souvent trompé par les marchands de bétail près desquels i. achète, et par les bouchers qui acquièrent une connaissance parfaite du poids d'une bète par l'inspection et le tact. Il n'y a que bien peu de cas où un engraisseur ne travaille pas avec un grand désavantage s'il ne fréquente pas luimême hs foires et marchés pour acheter et vendre ; à moins que celte spéculation ne soit menée assez en grand pour pouvoir payer largement un homme zé'é et fidèle qui possède parfaitement les connaissances requises.
L'engraissement du gros bétail réussit principalement dans les pays où il y a une grande abondance de pâturages riches et succulens, comme les plaines herbeuses de la Normandie et du Charollais; dans les autres localités cette branche d'industrie ne peut être exercée avec succès que sur les terres où l'on se procure en abondance et économiquement, par un bon système de culture, des alimens salubres et riches en principes nutritifs, et où il serait difficile de faire tonsommer plus avantageusement les produits récoltés, dans celles où on obtient à bon compte des résidus de distilleries , brasseries, féculeries, fabriques de sucre de betteraves, etc.
C'est dans les pays où Ton trouve à se défaire à un bon prix des bêles grasses, et où on parvient ainsi à renouveler son capital 2 ou 3 fois Jans lé tours d'une armée, dans les établissemens où l'on a un assez grand nombre de bêtes de réforme dont on se débarrasserait diflit dément à l'état maigre, ou dans ceux où les marchands de bestiaux ou les bouchers font engraisser les animaux pour leur propre compte, etc., qu'on peut se livrer avec le plus de certitude de succès à i'engraissement du bétail.
Ce qu'il imporie surtout dans cette industrie c'est de faire choix d'animaux sains, et dont les organes digestifs soient dans un état parfait d'intégrité, d'un âge moyen, de taille ordinaire, et d'une race connue pour engraisser avec rapidité, avec la moindre quantité d'aliraens possible ou la nourriture !a moins chère, c'est de donner la préférence aux animaux qui après l'engrais présentent la plus grande quantité de viande netle (nos meilleurs boeufs ne paraissent pas en donner au-delà de 60 à 65 p. o/o du poids vivant, landis qu'il est des bœufs anglais qui en donnent jusqu'à 75); enfin, c'est de proportionner la corpulence des animaux à la richesse des pâturages ou à la qualité des alimens qui doivent servir aies engraisser.
L'engraissement des bêles à cornes se fait au pâturage, au foin, aux tubercules, aux racines avec des ré-
120 fr.
sidus de distilleries, de féculeries, de fabriques desucre de betteraves, etc. ; et enfin quelquefois avec du grain pour compléter et raffermir le gras. Ces genres divers .d'alimentation peuvent, pour la commodité du calcul et la facilité des comparaisons, être rapporlésau foin pris pour unité de mesure, ce qui permet d'établir, de même que précédemment, le prix auquel les animaux paient le foin qu'ils consomment pendant l'espace de temps que dure l'entrais.
Pour partir d'une base fixe dans l'évaluation du prix auquel les bœufs on vaches de graisse paient les alimens qu'ils consomment, nous supposerons ici qu'un ba'uf ou une vache valent moitié en sus quand ils sont gras que lorsqu'ils étaient maigres, avec la condition toutefois que l'animal qu'on met à l'engrais est sain, que ses facultés digestives sont intactes et n'ont étéaltérées ni par Pape, ni par des maladies. On remplacera aisément dans les calculs réels les prix fictifs que nous adoptons par ceux fournis par les marchés et les prix couransdans la localité qu'on habile.
Ainsi, en supposant qu'un bœuf maigre, de taille moyenne, coûte 120 fr. , que son engraissement dure 4 mois, et qu'un bouvier, dont le salaire et les frais d'entretien s'élèvent annuellement à 240 fr., soigne 20 bœufs, on aura pour lesélémens du calcul :
fr.
Valeur du bœuf gras. . .
Prix d'achat du bœuf. . .
Intérêts de cette somme a 6 p. 0/0 pendant 4 mois
Salaire du bouvier
Logement pour 4 mois . . .
Total de^ avances et frais.
Différence. .
différence qui doit servir à payer la nourriture des bœufs.
Voici maintenant comment cette nourriture est payée dans les systèmes d'alimentation au pâturage, au foin, aux pommes de terre et aux résidus de distilleries que nous prendrons ici comme exemples.
1° Pâturage. Sur une prairie basse de ir* classe (p. 345), une bêle détaille moyenne consomme, pour devenir grasse, le produit de 32 ares, qui fournissent 20 quint, de foin. Ainsi, dans ce système, les fourrages sont payés par quint, met. à raison de 2 fr. 58 c, outre l'économie sur les frais de récolte.
2° Foin. Il est moins actif qu'une quantité correspondante consommée en vert. A cette différence, qui est d'environ 25 p. 0/0, il faut ajouter les frais de récolle. Ainsi, il faut au moins 25 quint.de foin pour l'engraissement qui sont payés à raison de 2 fr. 6 c.
3° Pommes de terre. La nourriture se compose alors de 20 quint, met. de tubercules représentant en
foin 10 quint.
et de 8,50 quint, de paille hachée, représentant. ... 5
Au total en quint,
de foin
Ce qui fait pour le quint, de fourrage 3 fr. 64 c. oui fr. 3-2 e. pour le quint, de tubercules ou de paille. 4° Résidus de la distillation des pommes de terre. Un quir.l. de résidus a la même activité pour l'engrais qu'un l/2 quint, de tubercules; il en faut 40 quint., représentant en foin. . . 10 quint, et 8.50 quint.de paille, représentant S
Total . . .
Ce qui met le quint, précédemment, ou et le quint, d'alimens paille, etc.
de fourrage au même prix que
3 fr. 64 c.
à 1 fr. 6 c, soit résidus ou
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B. Des veaux.
L'engraissement des veaux exige plus impérieusement encore que les autres branches de la production animale le rapprochement d'un marché fréquenté où il y a une demande constante de ce produit. Plus loin, les frais de transport des veaux gras, qui ne peuvent se transporter eux-mêmes, enlèvent une Irop grande quantilé des profits et de plus causent beaucoup d'embarras et de perte de temps. On a remarqué que cette branche d'industrie s'exerce plus spécialement autour des grandes villes, comme Paris et Londres, dans un certain rayon au-delà duquel il n'est plus possible d'apporter journellement le lait dans ces villes et depuis une distance de 4 jusqu'à 10 lieues; plus loin, le lait est converti en beurre. Cesl dans ces localités qu'on se procure à peu de frais des veaux de lait chez les nourrisseurs plus rapprochés de ces villes qui vendent leur lait en nature, et qu'on les élève jusqu'à 5, 6, 7 semaines et plus pour les envoyer ensuite sur les marchés.
Dans ce genre de spéculation, il faut faire attention à l'âge auquel il convient de conduire les veaux sur le marché. Quelques fermiers pensent que, comme le veau croit et s'engraisse plus rapidement après l'àgede 6 semaines qu'avant, et exige par conséquent moins de lait pour acquérir plus de chair et de graisse, il y a plus de profil avec un veau pesant qu'avec un veau de 6 semaines, quand* ce produit s'achète au poids, et en outre parce qu'il n'y a qu'un prix d'achat et une commission de vente; c'est à l'administrateur à examiner à cet égard les circonstances locales dans lesquelles il se trouve.
Les qualités qu'on recherche dans le veau sont la blancheur, la fermeté et la finesse de la chair. Quant aux ammaux qu'on doit nourrir de préférence, il faut s'aitacl cr aux races qui ont en outre une croissance rapide et qui possèdent la faculté d'engraisser jeunes.
Un veau coûte pour engraisser tout autant que le lait qu'il consomme a de valeur; ainsi, plus l'engraissement dure de temps, plus l'animal consomme, mais aussi plus il acquiert de poids et de prix. Ainsi, en supposant qu'un veau de 6 semaines, qui pèsera 65 kilogr., soit vendu sur le marché 70 fr., dont il faudra déduire 10 fr. pour le prix d'achat et de commission, 6 fr. pour les soins qu'il a reçu«, le logement, etc., ainsi que 8 fr. [tour frais de transport sur le marché et la commission du marchand de bestiaux, il restera 46 fr. nour balancer le prix du lait consommé. Or, ce veau, pendant ces 7 semaines, aura consommé 400 litres de lait, ce qui porte le prix de ce produit, employé de cette manière, à 11 c. l/2 le litre.
En Angleterre, on estime qu'un veau de forte race consomme en 7 semaines 725 lit. de lait, qui ajoutent à son poids 50 kilogr. A cet âge, il pèse en totalité 80 kilogr. et pourrait être vendu 1 1 2 fr. ; en déduisant les fiais, qui prvur un veau de cette race s'élèvent à 25 fr., resterait 87 fr. qui suffisent pour payer le lait à raison de 12 c. environ.
§ III. — Des bêtes à laine.
L'éducation des bêtes à laine est une brancbe de l'économie rurale qui exige pour être dirigée convenablement et avec profit, surtout quand on veut entretenir des troupeaux à laine fine, des avances assez considérables de capitaux, des connaissances fort étendues et une longue pratique dans tout ce qui concerne l'économie de cette espèce de bétail.
Depuis environ 40 années l'éducation des bêtes à laine a fait, dans la majeure partie de l'Europe, d'immenses progrès et pris un très grand développement, sans qu'il soit toutefois encore permis de déterminer d'une manière aussi précise que pourlesracesdegrosbélail les avantages qu'on peut recueillir en élevant des troupeaux de moutons de tel ou tel degré de finesse; c'est un sujet dans la discussion duquel nous ne devons pas entrer et pour lequel nous renvoyons aux nombreux ouvrages où les plus habiles agriculteurs de tous les pays ont consignés les fruits de leur expérience dans ce genre de spéculation. Ici nous nous contenterons d'un coup d'œil rapide sur les produits que donnent les troupeaux de moutons et sur les conditions générales qui paraissent les plus nécessaires pour les faire prospérer et en tirer le produit le plus élevé.
Un troupeau démontons fournit de la laine, des élèves et des bêtes de boucherie; il procure en outre des engrais, et dans plusieurs contrées on en tire du lait.
La laine est le produit qu'on a le plus généralement en vue quand on se livre à l'éducation des moutons; c'est une denrée qu'on ne recueille qu'une fois chaque année ; qui a ses marchés, ses voies d'écoulement et ses courtiers spéciaux et dont la valeur, sans cesse flottante, varie souvent en peu de temps dans des limites fort étendues. Ces variations paraissent dues en général à la multiplication des troupeaux d'une certaine race, au-delà des besoins du pays, aux spéculations des marchands ou des courtiers de cette denrée, aux importations de l'étranger, à l'activité des industries manufacturières ou autres qui consomment la laine, enfin à des changemens dans le goût ou les habitudes des consommateurs, toutes circonstances qui peuvent déjouer toutes les prévisions, rendre erronés tous les calculs de l'administrateur, lui causer des pertes et apporter de graves perturbations dans l'économie d'un établissement rural. La laine est d'une conservation assez difficile, et elle ne trouve pas un marché constamment ouvert où on puisse l'écouler à volonté; elle peut être transportée au loin et offre même ceci de désavantageux qu'elle peut être importée de toutes les parties du globe, et qu'il est des pays où on peut la produire à si bon compte que l'agriculture française, malgré des droits protecteurs, a peine à soutenir la concurrence avec certains produc* teurs étrangers.
Il existe et on peut créer des troupeaux dont les laines diffèrent les unes des autres par la finesse, l'égalité du brin, l'élasticité, le moelleux, la souplesse, la longueur, le ner,f, l'éclat, la couleur et le genre de fabrication auquel elles sont propres. C'est parmi ce nombreinfini de variétésqu'un administrateur doit faire un choix; mais il ne doit pas s'en laisser imposer par le prix élevé des laines de lrc qualité, parce qu'il est possible que des troupeaux couverts des toisons les plus fines et dont les bêtes ne fournissent la plupart du temps qu'une quantité de laine peu considérable et qui réclament en général des soins bien plus attentifs soient en définitive d'un produit moins avantageux que des moulons à laine plus grossière, à toisons mieux fournies, d'unç
chap. 6*. DÈS BKTES
santé plus robuste et d'un prix plus élevé comme bêtes de boucherie.
La vente des élèves dans l'éducation des bêtes à laine fine ou dans la formation de races nouvelles a présenté, depuis un certain nombre d'années, des profits fort élevés, mais c'est le genre de spéculation qui, aussi, a exigé les plus fortes avances capitales, les connaissances théoriques les plus étendues et la pratique la plus éclairée. Aujourd'hui qu'il s'est formé dans presque tous les pays de nombreux troupeaux, dont la laine offre tous les degrés de finesse et toutes les qualités que réclame l'industrie manufacturière, la vente des élèves est devenue de moins en moins lucrative et semble devoir rentrer dans les rangs des spéculations ordinaires de l'agriculture.
Les bêtes grasses ou de boucherie; c'est une spéculation à laquelle on peut se livrer avec profit dans toutes les localités ; la viande du mouton étant d'un usa^e général et son suif et sa peau fort employés dans les arts. D'ailleurs, les animaux gras peuvent être transportés à de grandes distances et on les fait voyager à plus de 100 lieues pour l'approvisionnement de Paris.
Le lait des brebis est un produit sans im-
ftorlance et qui n'a quelque valeur que dans es races communes, qu'on soumet quelquefois à la mulsion, soit pour la consommation du ménage, soit pour en fabriquer des fromages où il entre seul, comme ceux qu'on fabrique aux environs de Montpellier, soit mé» langé à celui de vache ou de chèvre, ainsi que cela se pratique pour les fromages de Sassenage et de Roquefort.
Les bêtes à laine donnent un fumier plus sec, plus solide que celui des bêles à cornes et qui ne contient, indépendamment des urines qui sont moindres, suivant M. Block, que 66 p. 0/0 de parties aqueuses; ce qui fait qu'il se mêle moins bien avec la litière et supporte moins de celle-ci ; mais aussi il est plus concentré, possède sous un même volume plus de matière fertilisante, est plus actif, moins durable et rembourse par conséquent plus promptement les avances qu'il a fallu faire pour le produire. Il convient surtout aux sols froids eteompactes, quoiqu'on puisse, quand il est convenablement travaillé, l'employer sur tous les terrains. On a cru remarquer aussi qu'il n'est pas propre à toutes les cultures et qu'il donne, par exemple, un orge qui convient peu pour les brasseries, un froment qu'on ne peut employer dans la boulangerie fine ou la pâtisserie, et des betteraves qui contiennent une moins grande proportion de sucre.
L'éducation des bêtes à laine réussit le mieux dans les pays élevés ou montagneux, sur des sols légers, secs, maigres et même arides et dans un climat exempt d'humidité. On les voit prospérer là où l'herbe est courte, peu chargée de parties aqueuses et se contenter même des pâturages maigres des forêts debouleaux, de chênes et d'arbres résineux. En général, les prairies basses et humides leur sont nuisibles et leur occasionnent des maladies mortelles. Moins robustes que les bêtes à cornes, elles s'accomodent aussi moins bien que celles-ci delastabulation permanente, et ont besoin de plu» d'air et d'exercice et d'une nour-