DE L'INVENTAIRE ET DE L'ÉTAT DE SITUATION
« avant de faire telles ou telles écritures. Où «en serait un cultivateur si, quand il a besoin a d'agir, et que ses soins sont réclamés de tou- «tes parts , il fallait qu'il s'enfonçât dans des « réflexions abstraites avant de se déterminer « à rien écrire sur ses livres? Le travail de ses « écritures doit se faire par lui promptement I et facilement. Il doit être en quelque sorte in matériel, je veux dire dégagé de toutes comb binai sons d'esprit, et ne rappeler que des faits fc positifs de recette et de paiement, d'entrée «k et de sortie. » Quant à cette dernière assertion, si on la considère dans son sens le plus exclusif et le moins absolu, elle me paraît manquer de justesse; elle n'estiuiliement l'expression de ce que doit être une bonne comptabilité. Les comptes agricoles qui se borneraient à présenter un état des recettes et des dépenses, l'entrée et la sortie des objets qui constituent le matériel d'une exploitation rurale, ne rem-
E liraient qu'imparfaitement le but ducomptale. Pour ne citer qu'unseul exemple* les frais de labour ne peuvent se classer dans la catégorie des entrées et des sorties, et cependant ils représentent une portion des produits aussi bien que l'argent déboursé pour le salaire des valets.
Outre ce premier inconvénient de la comptabilité commerciale appliquée aux opérations rurales, il en est un autre non moins grave et qui sera senti partous les hommesqui connaissent cette méthode; c'est celui de créer des comptes fictifs, imaginaires, qui sont indispensables au mécanisme, mais qui ne représentent aucune réalité. Le compte des profits et pertes est souvent dans ce cas ; ceux de bilan* d'entrée et de sortie le sont toujours. Or* ces trois comptes, précisément parce qu'ils ne représentent que des êtres imaginaires, sont ceux qui font naître les difficultés les plus sérieuses, et qui souvent déguisent l'état réel des choses.
On a essayé bien des fois d'indiquer des modèles de registres à l'usage des cultivateurs. Le travail le plus consciencieux que je connaisse sur cette matière est celui qu'a publié en 1822 M. le comte de Plancy. La marche à suivre peut être fort simple pour celui qui a imaginé ces sortes de registres; mais pour celui qui veut les appliquer à sa situation particulière , ils exigent une étude fort longue, aride, sèche, et d'ailleurs peu féconde en résultats. Il y a dans ces tableaux divisés en colonnes, trop de symétrie, trop de chiffres sans commentaires. Les Anglais qui, en matière de comptabilité ,ont hérité des idées en vogue à Venise et à Amsterdam, ont appliqué à l'agriculture une méthode mixte qui a les avantages de la comptabilité commerciale, sans participer à ses inconvéniens. Cette comptabilité n'exige dans son étude, ni dans son application aucune tension d'esprit; elle est la représentation fidèle des faits quotidiens et de toutes les modifications que subissent les valeurs dans leurs transformations; mais elle est dé-
gagée des intermédiaires inutiles qu'on n'introduit que comme figurons dans la comptabilité en parties doubles. Elle est plus longue que celle ci; mais elle est plus causeuse, plus instructive. Je suis persuadé qu'une semblable comptabiliteVtenue soigneusement par un propriétaire qui la léguerait à ses enfans, ne serait pas la portion la moins importante de son héritage. Je pourrais affirmer, d'après l'expérience que j'ai de la matière, que la simplicité et la brièveté sont plutôt des défauts que des mérites dans une comptabilité agricole.
Ces considérations m'ont engagé à rechercher si nous ne pourrions pas introduire chez nous un mode de comptabilité analogue à celui des Anglais; si cette comptabilité, en quelque sorte historique, ne pourrait pas s'améliorer de quelques-uns des perfectionne* mens que nous devons à la comptabilité en parties doubles; enfin* si, dégagée de tout mécanisme obligé, cette méthode ne pourrait pas offrir les avantages d'une grande régularité, d'une transcription facile de tous les détails qui méritent une mention. Je crois y être parvenu. J'ai supprimé, pour abréger le travailla nécessité de la balance ou solde des comptes. Cette opération aboutit à de médiocres résultats* et souvent une erreur de quelques centimes exige, dans la comptabilité commerciale, dès recherches fort longues, ennuyeuses, décourageantes pour le travailleur le plus obstiné»
Je ne dissimule pas que cette méthode sera plus longue que la comptabilité double ; mais comme elle peut être comprise facilement , qu'elle peut être appliquée à tous les inslans de la journée sans nécessiter une grande attention ; comme d'ailleurs elle n'exige pas l'établissement d'un bilan régulier, ni du compte de profits et pertes, je la crois préférable pour les exploitations ordinaires à la comptabilité en parties doubles, qui devra être réservée pour les établissemens modèles.
Section III. — De l'inventaire et de l'état de situation*
On appelle inventaire, l'estimation en monnaie courante de tous les objets et de toutes les valeurs qui sont consacrées à l'exploitation. L'inventaire précède l'ouverture des comptes. Pour qu'il soit bien dressé, il est nécessaire qu'il soit fait avec méthode et beaucoup de régularité car il est la base et le fondement de toute bonne comptabilité. Les objets seront classés et réunis par ordre dematières, et toutes les valeurs qui les représentent seront groupées méthodiquement. La similitude, ou du moins l'analogie de destination est le principe qui préside au groupement en catégories de ces objets. La réunion de toutes les sommes portées à l'inventaire, constitue le capital matériel de l'exploitant. Pour indiquer comment s'établit l'inventaire, je vais tracer la manière de régler la page qu'on consacre à ce travail.
ADMINISTRATION RURALE
uv, vu.
ROM g
DU GROUPE. g
T! i 1 . :■. . ' . - ■ •■ - DÉSIGNATION DBS OBJETS.
VALEUR
en espèces.
TOTAL
du groupe.
OBSERVATIONS
Mobilier de la ferme / 2
Chevaux. J 9 \ 2
Bergerie. ^
charrues simples à 85 fr. l'une. .
charrues à avant-train à 1 15 fr. .
herses à 12 fr. 50 c
etc.
jumens de 7 ans à 500 fr. l'une, chevaux, robe etâgediversà 300 f.
poutainsde 2 ans à 250 fr. . .
râteliers doubles à 20 fr. . . .
béliers à 50 fr
portières à 16 fr
etc.
fr. c.
fr c.
Ce tableau suffira , je pense , pour mettre chacun sur la voie qu'il convient de suivre. Quoiqu'il ne convienne pas , ainsi que je l'ai dit, de réunir en un seul groupe des objets peu analogues dans leur destination, il ne faut pas cependant toujours suivre cette indication dans le classement des valeurs. De quelque manière que l'on distribue aux différens comptes ou groupes les valeurs à inventorier , le résultat général et définitif sera bien toujours le même; mais on n'aura pas une idée précise des résultats partiels et spéciaux. Je n'approuverais pas, par exemple , un inventaire dans lequel la cabane du berger, les claies et ustensiles du parc, etc., seraient réunis au mobilier de la ferme; je préférerais les mettre à la charge du compte de la bergerie : et voici sur
Quelles raisons je fonde mon opinion. Les frais 'entretien du mobilier de la ferme sont et doivent être répartis entre les différentes récoltes; si l'entretien des ustensiles de porcherie, de bergerie, de laiterie se trouvaient englobés dans le mobilier de la ferme, les récoltes en seraient indûment chargées , tandis que les porcs, les vaches, le troupeau auraient leurs comptes respectifs bonifiés d'une somme qu'ils devraient supporter. Quand même il n'y aurait pas homogénéité dénature, je crois donc qu'il est plus rationnel de distribuer à chaque groupe la portion du mobilier qui n'est pas destinée à être répartie entre les diverses récoltes. Ce mode de fractionnement présente quelquefois des difficultés qu'il n'est pas facile de résoudre. Par exemple, à une exploitation rurale se trouve annexé le service des postes royales : les c/tevaux sont alternativement occupés sur la ferme et à la course; qui dira quelle portion des frais d'entretien des harnais, des râteliers, etc., sera supportée par les récoltes , quelle autre portion devra être à la charge du compte de poste ? Il en sera de même si l'établissement agricole est confondu avec une entreprise de messageries, avec une tuilerie, une sucrerie, etc. Je ne crois pas qu'il soit possible, dans ces différens cas , de faire une répartition mathématiquement équitable des frais occasionnés par l'entretien et le renouvellement du mobilier. Quand on se trouve en face de semblables conjonctures , il vaut mieux n'avoir qu'un compte de mobilier, et confier à sa prudence le soin de déterminer
quelle quotité doit être à la charge de chaque groupe.
Quoiqu'il soit facile à chacun dégrouper les valeurs qu'il a à inventorier, je pense néanmoins qu'il ne sera pas inutile de faire connaître ici les objets qui viennent se ranger dans les principaux groupes.
Caisse. Ce compte comprend exclusivement les valeurs représentées par les espèces monétaires.
Effets à recevoir. On range dans ce groupe les valeurs qui sont en portefeuille, tels que billets à ordre, traites, obligations de banques, promesses, enfin toutes les espèces de papiermonnaie souscrits en faveur de l'exploitant.
Mobilier de la ferme. On inscrit sous ce titre tous les objets mobiliers dont les frais d'entretien et de renouvellement , ainsi que la rente, sont à la charge des récoltes. Les charrues, les chariots, très souvent les ustensiles de ménage, de granges, d'écuries, de greniers, de magasins; les harnais, les ameublemens et literies des valets y entrent comme partie essentielle.
Ménage ou Provisions de ménage, ou enfin Dépenses déménage. Ce groupe représente toutes les provisions emmagasinées et destinées à être consommées par les gens de la ferme : le pain, la farine, le sel, l'huile, le porc salé, etc.
Animaux. Je ne conseillerai jamais à un cultivateur qui opère sur une échelle un peu importante, d'introduire dans son inventaire un groupe général pour tous les animaux qu'il possède. Il est préférable d'établir plusieurs catégories. Ainsi, il y aura, suivant les circonstances, un groupe spécial pour les chevaux, les vaches, les bœufs de travail, les bœufs à l'engrais, les porcs , les moutons. On pourra, suivant les renseignemens qu'on désire obtenir, fractionner encore ce dernier compte ; ainsi, l'on aurait les groupes de moutons fins , communs, métis, anglais, moutons d'engrais, moutons à laine, etc.
Denrées en magasin. Je ferai pour ces valeurs la même observation que pour les animaux. On aura donc à l'inventaire un groupe spécial pour les racines en magasin, pour les pailles, les foins, les grains en magasin; et si l'on a une grande tenue, il ne sera pas sans utilité de fractiooner encore quelques-uns de ces eomp*