‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 106 sur 329 · III. Des défrichement à la charrue et à bras d'hommes · texte numérisé non relu

III. Des défrichement à la charrue et à bras d'hommes

Ce dernier mode, en quelque sorte mixte, puisqu'il participe des deux autres, consiste à ouvrir d'abord un sillon large et profond au moyen d'une forte charrue, et à creuser au fond de ce sillon une jauge à bras d'hommes, en échelonnant dans toute sa longueur un nombre considérable d'ouvriers. On rejette ainsi la terre du sous-sol sur la crête de l'ados formé parla charrue. Cette pratique fort commune, sous le nom de Ravagliatura, dans le Bolonais, pour la culture des chanvres, est aussi assez générale dans une grande partie du littoral du département des Côtes-du- Nordet ailleurs. Dans les deux pays précités, on n'emploie pas moins de 24 journaliers pour l'effectuer. — Combien ne serait-il pas désirable qu'une bonne charrue fût employée en pareil cas!

Art. il. — Des Labours ordinaires en général.

§ Ier. —De la profondeur des labours.

La profondeur des labours proprement dits, ou, en d'autres termes, de ceux qui n'attaquent pas le sous-sol, est nécessairement déterminée, assez souvent, par la mince épaisseur de la couche arable. Quand on ne peut pas augmenter cette dernière aux dépens du terrain inférieur, on n'a d'autre ressource, comme il sera expliqué bientôt, que de l'élever sur certains points en la diminuant encore sur d'autres, par un travail en ados ou billons. — Dans les cas moins défavorables, la profondeur doit varier selon certaines règles qu'il n'est pas impossible de généraliser dans un traité de culture.

Il est toujours avantageux de commencer par le labour le plus profond, afin que la terre ait mieux le temps de se mûrir. Malheureusement, tout en reconnaissant la justesse de ce principe, très-souvent on est obligé de s'en écarter en pratique; car, sur certains sols, dans l'impossibilité ou l'extrême difficulté de donner, de prime-abord, au socl'entrure nécessaire, on n'a d'autre parti à prendre que de l'augmenter progressivement.

Une fois que le terrain a été retourné et ameubli à une profondeur convenable, les labours suivans peuvent, et, dans la plupart des

DES LABOUP,S. 163

cas, doivent même devenir moins profonds. — Us le doivent lorsqu'on vient de répandre à la su rfacé les amende mens divers, les cendres produites par Técobuage ou les engrais que la charrue pourrait entraîner au-dessous de la portée des racines;— lorsqu'aux approches des semis de printemps on ne veut pas compromettre les excellens effets de rameublissement produit par les gelées, et ouvrir, plus qu'il n'est nécessaire, le sol à l'excessive évaporation produite par les vents secs et les vifs rayons de soleil de cette saison. — En pareil cas, un ou deux traits d'extirpateur, parfois quelques hersages, peuvent être une préparatino suffisante.

Dans les contrées où les fromens se sèment sous raies, le labour doit varier non seulement en raison de la composition générale des terres , mais aussi de leur disposition accidentelle au moment des semailles. Ainsi, il doit être plus profond sur des sols légers que sur des terres fortes; — sur des terres sèches que sur des terres humides ; — sur des craies exposées aux effets du déchaussement que sur des sables également légers, mais qui ne sont pas sujets aux mêmes inconvéniens; — sur des champs salis de mauvaises herbes que sur ceux cmi en sont nettoyés, etc., etc.

Enfin, il est évident que, comme les défrichemens, les labours doivent varier en raison de la longueur des racines des plantes cultivées.— Ils doivent varier encore eu égard à la végétation particulière des espèces. Quelques-unes, telles que les pommes-de-terre, lesturneps,les fèves, etc., réussissent sensiblement mieux lorsque le soc a ramené à la surface une certaine quantité de lerre neuve. John Sinclair, à la suite de recherches attentives, affirme que, sans les labours profonds, ces récoltes diminuent ordinairement, après un certain temps, en quantité, en qualité et en valeur. D'autres plantes sarclées, également propres à la culture des défriches, sont dans le même cas; tandis qu'il en est qui s'accommodent assez bien d'un fonds moins nouvellement travaillé et par conséquent plus solide.

La plupart des agronomes ont recommandé, d'après Rozier, sinon de faire alterner régulièrement les labours profonds et les labours superficiels, au moins de recourir de temps en temps aux premiers, ce qui est sans contredit fort profitable. — Sinclair a établi, par une table, les règles suivantes :

Premier labour de jachère, 6 à 8

ou mieux 10 à 12 po.

Second 6 7 po.

Troisième 5 1/2 po.

Quatrième 4 po.

Labour de semaille 4 po.

Avoine sur turneps 4 5 po.

— sur trèfle rompu 5 6 7 po.

Fèves sur un seul labour.. . . 67 8 9 po.

— sur un second labour. . . 5 po. Premier labour pour l'orge. . 6 7 po.

Sec -rid 5 po.

Troisième 4 po.

Premier labour pour les pommes-de-terre 4 6 po.

Second 5 po.

Thaer a cru pouvoir poser en principe , en restant même au-dessous des bornes du vrai,

AGRICULTURE : FAÇONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL

que la valeur de la couche arable s'augmente de 8 p. 100 avec chaque pouce de profondeur qu'on peut lui donner en sus de 6 jusqu'à 10 pouces, et qu'elle diminue proportionnément de 6 à 3 pouces. —On sait qu'à la ferme-modèle de Grignon la culture repose sur de semblables principes , et que tous les ans on a successivement labouré ou plutôt défoncé de 9 à 11 po. (0 m. 240 c.) toutes les terres destinées à former la sole des plantes sarclées.

§ II. — Du nombre des labours.

Plusieurs causes fort différentes contribuent particulièrement à modifier le nombre des labours. Ce sont: leur destination, la nature et la disposition des terres qui les reçoivent, et les circonstances atmosphériques qui les précèdent, les accompagnent ou les suivent.

Nous verrons , en traitant de chaque culture en particulier , quelles sont celles qui exigent, avant les semailles, plus ou moins de labours préparatoires. De pareilles spécialités, si ellesn'étaientdéplacéesau point où nous en sommes, entraîneraient tout au moins à des redites que nous devons épargner à nos lecteurs.

Les labours de jachère doivent être assez multipliés (non seulement pour ouvrir le sol aux influences bienfaisantes de l'atmosphère); mais aussi pour détruire complètement les racines et les craies des plantes adventices qui l'occuperaient au détriment des cultures plus productives. — Il n'est pas sans exemple qu'on en donne jusqu'à 5 et 6 dans le courant de l'année, et, quoique de telles pratiques soient devenues assez rares à mesure que les bons assolemens se sont répandus, et qu'on soit parvenu à entretenir le sol dans un état de produit constant sans pour cela le laisser envahir par les mauvaises herbes , il faut encore reconnaître qu'une jachère d'été est parfois le meilleur moyen de nettoyer un terrain, et que, dans ce cas, les labours ne peuvent être trop nombreux.

Les terres argileuses exigent des labours d'autant plus Jréquens qu'elles offrent une plus grande ténacité, et par une fâcheuse coïncidence, ces labours sont d'autant plus dispendieux qu'ils sont plus nécessaires. — Pour les rendre plus faciles, un Anglais, M. Finlayson, a imaginé de remplacer le versoir de la charrue ordinaire par 3 ou 4 baguettes en fer qui en forment, pour ainsi dire, le squelette (voyez plus loin la charrue squelette, sheleton plouglï). Après plusieurs essais, il a pu prononcer que les sols les plus tenaces, pris encore un peu humides, peuvent être facilement labourés au moyen de cette charrue à laquelle ils n'adhèrent que faiblement.—Un autre cultivateur du même pays, afin de diminuer le frottement du sep, a imaginé de le relever obliquement à partir du soc (voyez la charrue tVilkie), et de le remplacer, en quelque sorte, par une roue inclinée sur son axe à environ 30 degrés de la perpendiculaire et qui tourne dans l'angle du rayon formé par le coutre et le soc. La charrue Wilkie ayant été essayée publiquement en 1829 , il a été reconnu, dit M. Loudon, qu'elle xige une force de tirage de 30 p. 100 moindre

i,iv. î .

que la meilleure charrue ordinaire. — Enfin, le major Beatson, dans le but de multiplier, aux moindres frais possibles, les labours sur les terres qui exigent impérieusement de fréquentes façons, a introduit sur ses propriétés un extirpateur à 7 dents de 10 po. fixées à 9 po. de distance les unes des autres, sur deux lignes parallèles écartées entre elles de 11 po. Cet instrument, attelé d'un seul cheval et qui ne pénètre d'abord qu'à une faible profondeur, à force de revenir sur le même sol, finit par atteindre la portée des labours ordinaires.

Les terrains légers , sablonneux et chauds exigent moins de labours que les sols argileux. Cela dérive si naturellement de tous les principes posés dans le cours de cet article, qu'il serait superflu d'entrer dans de nouveaux détails.

Remarquons encore que des façons nombreuses, sur des collines en pente tant soit peu rapides, tendent à dénuder leur sommité de terre, et par suite à les rendre improductives^ moins de frais considérables;— que dans les localités exposées aux inondations, les terres sont d'autant plus sujettes à être entraînées par le courant, qu'elles sont labourées plus fréquemment, et que, bien souvent, sous peine de désastres inappréciables, on est contraint de ne les pas labourer du tout.

Quant aux circonstances atmosphériques , elles exercent une très-grande influence surtout relativement aux terres d'un travail naturellement difficile. — Le champ !e plus compacte, labouré pendant le cours de l'automne dans un état convenable , c'est-à-dire ni trop sec ni trop humide , après qu'il a été soumis à l'action puissante des gelées d'un hiver plus froid que pluvieux, n'a pourainsidire besoin, s'il est exempt de mauvaises herbes,

3ue d'être gratté à sa surface avant l'époque es semailles. Il se réduit presque de luimême enterre meuble, tandis que de nombreux et profonds labours pourraient lui devenir mécaniquement plus nuisibles qu'utiles si la saison se comportait mal. Un M. Crowe, dit Arthur Young, donna à une pièce de terre argileuse une jachère complète de deux ans. A la St. -Michel de la seconde année, il sema cette pièce en froment après douze labours. Quel fut le résultat de cet essai? une magnifique récolte sans doute? Point du tout. Le blé leva fort bien, mais le printemps fut pluvieux: plus la surface était belle et bien atténuée, plus elle fut apte à se prendre comme un mortier. La récolte ne produisit que 14 bushels par acre , encore le grain futil de mauvaise qualité. On voit par cet exemple que le nombre des labours n'équivaut pas toujours à leur opportunité.

Assez généralement dans les terres à jroment, et pour les semis de cette céréale, on donne de 3 à 4 labours. — Arthur Young établit que ce dernier nombre est à peu près indispensable. — Rozier veut au moins trois labours de préparation, indépendamment de ceux qui doivent précéder coup sur coup les semailles.— John Sinclair indique 4 labours de jachère avant celui des semailles. Enfin, ainsi que je l'ai déjà dit, il est des contrées où la pratique ya même au-delà sans apprécier

CF1AP. 6e'.

DES LABOURS

toujours à leur valeur les frais considérables auxquels entraîne inévitablement la multiplicité de semblables travaux.— Répétons que le moyen le plus certain d'éviter le retour trop fréquent des labours, c'est de savoir les faire à propos.

§ III.— Époques favorables aux divers labours.

Les terrains facilement perméables à l'eau peuvent, à vrai dire, être labourés à peu près en tout temps; mais il est loin d'en être de même des autres. — Lorsqu'ils surabondent d'humidité, tantôt ils adhèrent au soc et au versoir de la charrue, tantôt ils se compriment en bandes boueuses, sans aucune porosité, et que la sécheresse transforme en véritables pierres; les animaux , en les piétinant, rendent plus sensible encore un tel inconvénient—Lorsqu'ils sont trop secs, outre qu'il est presque impossible de les travailler, ils se divisent en mottes d'une extrême dureté que la herse ne peut briser. Il est donc indispensable de choisir le moment où les pluies les ont humectés assez profondément sans les saturer, et ce moment ne se présente pas toujours d'une manière opportune.

Dans tout le midi de la France, par exemple, la principale difficulté que rencontre le laboureur, est la brièveté du temps qu'il peut employer à la préparation des terres. Si, pour ménager quelques dépaissances à ses moutons, il ne profite pas des journées favorables de l'automne et de l'hiver, les pluies printanières sont si peu fréquentes, que dès la dernière quinzaine de mai il lui devient presque impossible de faire un travail passable; aussi une jachère complète lui paraît-elle le seul moyen de donner à ses champs une culture suffisante.— Sur les prairies artificielles destinées à être retournées, à moins qu'on ne diffère les premiers labours jusqu'à la veille des semailles, ce qui présente lé grave inconvénient He ne pas donner au sol le temps de s'aérer, ils sont d'autant plus difficiles que la saison est déjà fort sèche après les coupes. Les seconds labours ne le sont pas moins; car en été, ainsi que le savent ceux qui ont habité la Provence, la pluie même devient un obstacle quand elle ne pénètre que partiellement la couche labourable. Dans ce cas, dit M. de Gaspariiv, un labour imprudent produit un effet que l'on désigne dans ce pays par l'expression de gâter la terre. Il consiste dans la sortie d'une multitude de mauvaises herbes, principalement de coquelicots et de crucifères, plantes à graines oléagineuses qui épuisent beaucoup le sol et le couvrent,pour plusieurs années, de leurs semences abondantes. — On conçoit, d'après ces divers motifs, combien la sécheresse et la chaleur de ces contrées opposent de difficultés au labourage. — En remontant vers le nord nous verrions que l'humidité constante de certaines années en présente assez souvent de non moins graves.

En théorie, il est avantageux de labourer les terres fortes peu de temps après qu'elles ont été dépouillées de leurs produits, les labours d'automne contribuant, plus que tous «mires, à leur ameublissement. Après eux ceux

d'hiver, en tant qu'ils précèdent la gelée, remplissent à peu près le même but. Cependant, en pratique, assez ordinairement on attend la fin de cette saison, de sorte qu'il faut ensuite labourer coup sur coup au printemps, ce qui n'est jamais à beaucoup près aussi profitable. — Au reste, les labours de l'arrière-saison offrent bien aussi parfois quelques inconvéniens. Voici ce qu'en dit Arthur Yoijng, d'a-

{>rès les expériences faites par lui sous le ciel mmide de l'Angleterre : « On voit qu'il est incontestablement utile de labourer en automne les chaumes que l'on destine à la culture des fèves. Il paraît aussi qu'il y a de l'avantage à labourer en automne une jachère que l'on destine aux turneps ; mais on ne voit pas que cet usage soit également utile pour la culture des blés de mars, attendu qu'à moins que la terre ne fût parfaitement nette, ce serait provoquer la végétation des mauvaises herbes, sans se ménager les moyens de les détruire. Il offre au surplus tant d'autres avantages, qu'on doit être étonné de voir si peu de fermiers s'y conformer, sous prétexte qu'il leur faut une pâture, toujours misérable, pour leurs bêtes à laine. Cependant je dois avertir le lecteur que ce que je dis icin'est pas applicable à tous les sols. Supposons que la nature d'une terre soit telle qu'aux premiers jours secs du printemps elle se réduise en terreau aussi aisémentque celle qui aura été labourée en automne. Supposons que ce soit pour elle un désavantage de rester exposée et ouverte aux pluies d'hiver, parce qu'elle demande à rester comme elle a été laissée par la dernière récolte, en masses compactes et arrondies, en sorte que l'eau puisse rouler dessus sans la pénétrer; alors je conçois, et même il me paraît clair, qu'une semblable terre, s'il en existe, demande plutôt à être labourée au printemps qu'en automne. »

Les labours d'été ne sont en usage que dans deux cas : 1° pour la préparation des terres qui viennent de porter des récoltes et qu'on veut semer immédiatement; cas peu ordinaire, mais qui peut présenter, en des circonstances favorables, de précieux avantages avec un bon système d'assolement; — 2° pour détruire les mauvaises herbes pendant une jachère complète. Dans ce cas, ils doivent être combinés de manière que celles-ci n'aient pas le temps de fructifier, ce qui s'accomplit en cette saison avec une extrême rapidité.

Art. m. — Des divers modes de labours.

Comme les défoncemens, les labours s'effectuent à bras d'hommes ou à l'aide de machines mues par des animaux.

Les outils dont on se sert dans le premier cas étant en partie les mêmes que ceux dont il a déjà été parlé, je n'aurai que peu de choses à ajouter ici.

5 Ier. — Des labours à bras d'hommes.

Dans plusieurs localités, yourparer la terre, c'est-à-dire pour lui donner un premier labour de préparation, on emploie la bicorne (//£•. 136, /?a^e 160), diverses autres pioches, ou des boyaux avec lesquels on divise la surface en mottes plus ou moins grosses. Ce travail, quoiqu'imparfait, puisqu'il ne retourne près-

que pas le sol et qu'il ne détruit qiie fort imparfaitement les plantes adventices, est assez rapide, et produit sur de petites étendues de défriches ou de jachères un bon effet.

La pioche ovale,yzg\163,et la variété,y?g\l64, Fig. 167. 166. 165. 164. 163.

sont communément utilisées sur les bords de la Meuse pour les terres faciles.— Dans les localités caillouteuses, on leur préfère la pioche à marteau, fig. 165, ou à pic, fig- 166. Aux environs de Paris on se sert du hoyau,fig. 167.

NÉRALES A DONNER AU SOL, liv. V.

Les labours à la houe sont en usage dans presque toute l'Europe. A l'avantage de retourner la terre comme les suivans, ils ioignentcelui d'une exécution rapide; mais, dVn autre côté, ils sont peu profonds et néanmoins très-fatigans; car, pour employer ces sortes d'outils, dont le manche forme avec le fer un angle excessivement aigu, l'ouvrier est obligé de se courber en deux, soit qu'après avoir soulevé la terre presque entre ses jambes il la rejette derrière lui, soit que, marchant au contraire en arrière, il la rejette sur le côté pour en combler la jauge précédemment ouverte.

Les houes, selon la nature du terrain dans lequel on les emploie, sont tantôt pleines, tantôt à dents ou a pointes. — Les unes conviennent aux labours des sols meubles, dépourvus de pierres et dépouillés de racines ; les autres pénètrent plus facilement dans les terres rocailleuses, graveleuses ou liées par des racines traçantes. — Nous avons réuni sur les îi£ui\ s nu! ,t-, u-s quelque.- -unes des espèces les plus usitées : —fig- 168, houe ordi.

Fis- 168.

■*. THIEBAULf. S

Fig. 176. 177. 178. i79.

naire du nord de la France ;—,/?#. 169, houe de Bretagne; — fig. 170, houe d'Amérique, dont la courbure du manche permet à l'ouvrier de travailler sans se courber beaucoup;— fig. 171, houe essade du midi; — fig. 172, houe plate de Château-Thierry; — fig. 173, houe triangulaire; —fig. 174, houe du département de l'Hérault; — fig. 175, houe à oreilles des Pyrénées-Orientales; — fig. 176, houe ronde de Brest; —fig. \11 ', houe escaoussadou du midi; — fig. 178, houe des vignes du département des Bouches-du-Rhône ; —fig- 179, autre houe destinée au même usage \—fig- 180, houe fourchue des environs de Paris; — fig. 181, houe bident à manche courbe de la Sarthe; — fig. 182, houe à longues dents de Maine-et- Loire; — fig- 183, houe bi -triangulaire de la Crau; — fig. 184, houe trident de plusieurs parties du centre de la France.

La fourche à deux ou à trois dents (voyez fig. 161, page 162) convient aux labours des terres compactes et humides, qui s'attachent

aux fers des outils ou qui sont remplies de racines. Dans ce dernier cas surtout, en facilitant l'extraction de ces dernières, elles sont d'un usage fort avantageux.

Quant aux labours à la béehe, malheureusement dans les sols même qui se prêtent le mieux à eur emploi, à côté des avantages incontestables qu'ils présentent, ils ont par compensation l'inconvénient de donner des résultats si lents, qu'on ne peut en faire usage hors des jardins que dans les contrées trèspopuleuses et cultivées avec un soin particulier. C'est ainsi que dans quelques parties du nord on laboure les champs à la bêche tous les six ou huit ans. — A Paris on nomme labour à un fer de bêche celui qui pénètre de 9 po. à un pi. (0m 244 à 0m 325), et à un demifer de bêche, celui qui ne retourne le sol qu'à la profondeur de 4 à 6 po. (0ni 108 à 0m 162). — Ce dernier est parfois préférable pour ne pas porter les engrais au-delà de la portée des plantes à courtes racines.

DES LABOURS

§ H. — Des labours à la charrue.

Dans tout labour à la charrue, trois points doivent particulièrement fixer l'attention du laboureur ; ce sont : 1° l'épaisseur de la bande à soulever, 2° sa largeur, et 3° la position dans laquelle doit la placer le versoir.

L'épaisseur et la largeur comparatives de la bande de terre a donné lieu parmi les agronomes à une assez grave divergence d'opinions. Les uns pensent que, pour être bon, un labour doit toujours être plus profond que large. Ils veulent que la profondeur soit à la largeur dans la proportion de 2 tiers au tiers, c'est-à-dire que si la bande a 9 pouces dans le premier sens, elle ne doit en avoir que six dans le second, la terre étant ainsi mieux ameublie, plus émiettée et remarquablement plus productive, surtout en temps de sécheresse ; aussi, quels que soient les frais plus considérables qu'entraîne une pareille pratique en augmentant le nombre de traits, ils soutiennent que tout labour qui soulève une tranche de terre plus large qu'elle n'est profonde, est tout-à-fait contraire aux bonnes lois du labourage. — Les autres, retournant la proposition, demandent au contraire que la largeur soit à la profondeur dans la proportion de deux à un. Selon eux, un labour beaucoup plus profond que large est une opération que sa lenteur et sa complète inutilité, dans la plupart des cas, doit faire, à très-peu d'exceptions près, rejeter de la pratique. Ils ont pour eux l'exemple général, et je partage leur avis.

Du reste, quelle que soit l'opinion qu'on se fasse à cet égard, il est des cas où l'on doit transgresser l'une ou l'autre règle. En effet, plus le sol est tenace, plus la bande doit être étroite, pour faciliter l'action de la herse ; et plus le labour est profond, moins il doit être large, parce que la charrue aurait à vaincre une trop forte résistance. — Sur des terrains meubles ou pour des labours superficiels, les choses peuvent se passer différemment.

Lorsqu'on cherche à diviser un sol tenace, 6 à 7 po. (0m 162 à 0m 189) peuvent paraître une largeur suffisante avec un attelage ordinaire. Plus communément on donne à la bande une largeur moyenne de 9 po. (0m 244). — M. Mathieu de Dombasle, dans ses terres les plus for les, au moyen de sa charrue attelée de trois bêtes au plus, pour les premiers labours, et en donnant au soc de 6 à 8po.. (0m 162 à 0m 217) d'entrure, ouvre une raie qui atteint constamment de 9 à 10 po. (0m244à 0m271).

La position de la bande de terre retournée par le versoir dépend à la fois de l'épaisseur proportionnelle de cette même bande, et de la disposition particulière des charrues. Si la tranche est environ d'un tiers moins profonde que large, elle aura une propension naturelle à s'incliner sur la tranche précédente de manière à laisser une de ses arêtes audessus ; — si elle a, au contraire, une largeur comparativement beaucoup plus grande, elle retombera presqu'à plat. 11 est à remarquer que la plupart des charrues perfectionnées dans ces derniers temps donnent le premier de ces résultats, que l'on considère, à bon

droit, comme le meilleur. « Beaucoup de bons cultivateurs ont regardé, au premier coupd'œil, ce labour comme imparfait, et ne l'ont pas trouvé aussi propre que celui où les tranches de terre sont retournées à plat; cependant ils ont bientôt senti les motifs qui rendent ces labours préférables : en effet, dans les terres fortes, la herse exerce une action bien plus énergique, soit pour ameublir la terre, soit pour enterrer la semence, sur un labour qui présente à la surface un angle de chaque tranche de terre, que lorsque ses dents ne font que gratter le côté plat de la tranche. D'un autre côté, ce labour expose bien mi™— toute la terre labourée à l'influence de l'an, des pluies et des gelées, qu'un labour plat. Il est vrai que lorsqu'on rompt une éteule, un trèfle, etc., on aperçoit ordinairement, après le labour, quelques herbes entre les tranches, dans le fond des sillons ou cannelures que laisse le labour à la surface de la terre ; mais un trait de herse les recouvre entièrement, lorsque cela est nécessaire, en abattant les arêtes des tranches. Dans tous les cantons où l'on a apporté quelque attention à ce sujet, on a reconnu, par expérience, que ce mode de labour est celui qui est le plus parfait dans toutes les terres et dans presque toutes les circonstances.)» (Mathieu de Dombasle.)

<*> ni. — De la direction des labours.

Habituellement on dirige les labours dans le sens de la pente générale du terrain (fig. 185), pour donner aux eaux un écoule-

Fig. 185.

ment plus facile. Cependant, sur les champs d'une inclinaison considérable, surtout lorsqu'on a plusà redouter la sécheresse que l'humidité, il vaut mieux tracer les sillons perpendiculairement à cette même pente (fîg. 186),

Fig. 186.

non seulement pour diminuer le travail de l'attelage, mais afin que la terre et les engrais soient moins facilement entraînés par les pluies, et que celles-ci aient mieux le temps de pénétrer la couche labourable. — Les labours de ces sortes de terrains offrent toujours d'assez grandes difficultés. D'une part, ils sont fort imparfaits dans les parties où la bande de

AGRICULTURE : FAÇONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL. uv. i'

terre est rejetée en haut, parce qu'elle est rarement retournée et qu'elle retombe dans la raie ; et de l'autre, parce que, si l'on rejette la tranche constamment en bas, on finit par dénuder de terre le haut de la pièce. Cependant ce dernier moyen est celui que préfèrent les bons cultivateurs ; et, comme la charrue à tourne-oreille, par suite de la forme de son soc et de son versoir, produit un travail vicieux, on a cherché à lui en substituer d'autres, qui seront décrites dans l'article suivant, sous le nom de charrues jumelles, charrues dos-a-dos, etc., el qui peuvent labourer mieux, tout en rejetant de même la terre de droite à gauche, ou de gauche à droite, selon le besoin.

Dans beaucoup de cas, au lieu de sillonner de bas en haut ou en travers, on trouve un grand avantage à labourer obliquement, en ayant soin de diriger la charrue à droite et non à gauche, en partant de la partie élevée du champ; car, d'après ce second mode, comme on en peut juger d'après \ajig. 188,

Fig. 187.

autre à côté, comme l'indique la fig. 189. Fig. 189.

La

pièce se trouve à la fin former une surface unie, sans autres subdivisions que celles qui résultent de la disposition plus ou moins régulière des rigoles d'écoulement des eaux. Cependant on verra tout-à-l'heure qu'on peut obtenir les mêmes résultats avec des charrues à versoir fixe.

Dans un labour à plat, lorsque la superficie du champ est régulièrement divisée en parallélogrammes alongés, d'égale largeur entre eux, sensiblement planes et séparés par des rigoles , on dit que ce labour est en planches.

Pout former des bi lions avec une charrue à versoir fixe, on ouvre successivement des rayons parallèles dans la longueur et des deux côtés de chaque billon, les uns dans une direction, les autres dans une direction opposée; c'est-à-dire que si on commence, par exemple, par lever une première bande A, {fig. 190), du sud au nord, on vient en prendre

Fig. 190.

la terre serait jetée en haut par le trait qui va en remontant; ce qui fatiguerait beaucoup l'attelage, sans donner un bon labour: tandis que, d'après le premier {fig. 187), lorsque la

Fig. 188.

charrue remonte, elle déverse la terre en bas.

— Il y a ainsi moins de fatigue, et la bande, n'étant jamais poussée contrairement à la pente du terrain, retombe librement du versoir dans l'une comme dans l'autre direction.

— Toutes les fois que les coteaux n'offrent pas sur des points rapprochés une trèsgrande inégalité de pentes, on peut les labourer ainsi, lors même que cela serait impraticable par tout autre moyen.

§ IV. — Des différentes espèces de labouis.

Selon les circonstances, mais le plus souvent sans autres motifs que les habitudes locales , on laboure tantôt à plat, ou en planches, tantôt en blllons.

Pour labourer aplat on fait ordinairement usage de la charrue à tourne-oreille qui, en allant et en revenant, jette toujours la terre du même côté de l'horizon, et remplit ainsi successivement chaque raie, en en traçant une

une seconde B du nord au sud, puis une troisième C à côté de la première, une quatrième D à côté de la seconde, et ainsi de suite, en déversant toujours la terre de gauche à droite, de manière à laisser en définitive un sillon vide au milieu. — Cette première opération s'appelle/è/z^eou érayer le billon. — Pour le labour suivant, on commence au contraire au milieu, en sorte que les deux premières tranches soient appuyées l'une contre l'autre à la place précédemment occupée par la raie, et on continue de verser toutes les autres bandes de terre vers le milieu du billon jusqu'à ce qu'on arrive aux deux côtés, où il reste nécessairement deux raies ouvertes. Cela s'appelle endosser ou enrayer.

Lorsqu'on refend des billons qui avaient été précédemment endossés une seule fois, il en résulte un labour presque plat ; et si l'on continue à érayer et à enrayer alternativement à une égale profondeur, il ne se forme à la surface du terrain aucune élévation sensible: — on obtient ainsi des planches plutôt que des billons.— Lorsqu'on endosse, au contraire, plusieurs fois de suite les mêmes billons, on leur donne une forme de plus en plus bombée.

On a nommé billons simples {fig. 191), ceux qui ne présentent qu'un seul segment de cercle entre deux raies creusées au même

CIIAP. 6.

DES LABOURS

Fig. 191.

niveau.— Il y a des billons simples composés de deux traits de charrue jjjseulement, c'est-àidire d'environ 2 pi.

jk\(66c. m.) de large; il 'y' en a "de quatre ,""de huit, de dix traits; — il y en a aussi de vingt et même de trente, qui acquièrent par conséquent de 6 à 10 mètres de largeur.

Les billons doubles {fig. 192) sont subdi-

Fig. 192.

vises en trois ou quatre billons plus petits, séparés par des rigoles moins profondes que les deux principales, et creusées à des niveaux difïérens sur la double pente du grand billon.— Cette disposition est peu ordinaire.

De même qu'il y a des billons de toutes les largeurs, entre deux tiers de mètre jusqu'à 15 mètres et plus, il y en a aussi de" toutes les hauteurs, entre ceux qui se confondent presqu'avec les planches, et ceux qui s'élèvent au-delà de 3 à 4 pi. ( 1 m. à 1 m. 325).

Avantages et inconvéniens du billonnage.

— On a beaucoup dit pour et contre la pratique du billonnage. Les uns trouvent qu'au moyen de billons bien faits on fournit aux plantes une couche labourable plus épaisse, qui contribue efficacement à leur belle végétation, qui les fait jouir, même sur les fonds les moins riches en terre végétale, des avantages des labours profonds, et qui permet (résultat incalculable dans l'état actuel de notre agriculture) d'introduire sur ces terrains peu privilégiés les récolles de racines sarclées;— que sur les ados, l'humidité n'est jamais trop grande, quoique la sécheresse soit rarement redoutable, parce que la terre meuble du dessous conserve et communique pendant long-temps sa fraîcheur jusqu'aux racines; — que cette disposition du sol, procurant aux cultures tout-à-la-fois plus d'air et de lumière, favorise la formation du grain dans les épis et la maturation; — que, dans les temps de pluie, l'eau dont les plantes sont surchargées est plus promptement essuyée;

que ces plantes courent moins le risque

Pli facile.

de verser; — enfin, que le sarclage est plus

D'un autre côté, on répond : que si les billons sont larges et fort relevés, la meilleure terre se trouve inutilement amassée dans le milieu, et peu-à-peu mise hors d'action par la profondeur à laquelle elle est enfouie; — qu'à la vérité, dans les climats humides, la sommité des ados se trouve à l'abri des infiltrations, mais que les bas-côtés y sont d'autant plus exposés que l'eau, par une cause ou une autre, s'accumule presque toujours, au moins par places, dans les rigoles, et qu'il est le plus souvent impossible de faire des saignées dans le sens des diverses pentes du terrain ; — que, dans les temps de sécheresse, lorsqu'il survient une pluie d'orage, au lieu de pénétrer dans la croûte dur-

AGR1CULTURE

cie qui forme la surface du sol, elle ne fait que glisser à sa superficie, de sorte que quelquefois les rigoles sont insuffisantes pour contenir l'eau qui s'y est jetée, tandis que l'ados se trouve presque aussi sec qu'auparavant; — que, lorsque les billons sont dirigés de l'est à l'ouest, les récoltes sont ordinairement moins belles et toujours beaucoup plus re^ tardées dans leur végétation du côté du nord que de celui du midi; — que, dans les terres sujettes au déchaussement, le billonnage augmente encore cette fâcheuse disposition;— enfin,que,nonseulementavecdehauts billons les labours et surtout les hersages sont plus difficiles , mais que les labours croisés, qui sont parfois si utiles pour remédier à l'imperfection des autres dans les terres fortes, sont impraticables. — Si les billons sont étroits, tout en conservant une grande élévation, l'endossement demande beaucoup de temps et exige une grande force de tirage; il n'est pas plus aisé de refendre; l'ensemencement est irrégulier, et les travaux de la récolte se font avec encore moins de facilité. — La multiplicité des raies occasione une perte notable de terrain. — Quant aux billons très-étroits composés d'un petit nombre de traits de charrue, et dont l'usage se lie nécessairement à celui des semis sous raie, ils sont accompagnés, dit M. Mathieu de Dombasle , d'un si grave inconvénient qu'ils devraient être proscrits comme méthode générale de culture. Cet inconvénient , senti de tous les praticiens, consiste à forcer le cultivateur à labourer, à l'époque même des semailles, toute la sole qu'il veut ensemencer, ce qui exige un espace de temps considérable pendant lequel la saison n'est pas toujours favorable; tandis qu'en donnant à l'avance le labour de semaille, on a la faculté de choisir le temps le plus convenable pour répandre la semence et pour l'enterrer à la herse ou à l'extirpateur.

Si donc les billons ont parfois des avantages incontestables, le labour à plat ou en planches doit être préféré dans la plupart des cas. — Je trouve qu'il y a peu d'objections raisonnables à faire au passage suivant que j'extrais littéralement de Thaer : « L'écoulement des eaux que dans bien des lieux on cherche à procurer surtout par le moyen des rigoles qui séparent les billons, s'obtient toujours d'une manière plus parfaite au moyen des raies que, sur le champ labouré à plat, on trace d'abord après avoir accompli la semaille, et auxquelles on donne la tendance la plus directe et la plus propreà l'écoulement de ces eaux, ce qui n'a pas toujours lieu pour les rigoles des billons. Ces raies d'écoulement peuvent être multipliées dans les lieux où elles sont nécessaires, et l'on en fait abstraction dans ceux où elles ne seraient pas utiles. Les sols labourés à plat conservent une égale répartition de leur terre végétale sur toute leur superficie, tandis que ceux labourés en billons en sont privés dans des places pour l'avoir en surabondance dans d'autres. Ces premiers conservent sur toute leur étendue une même épaisseur de terre remuée; ils favorisent une répartition plus égale du fumier qui, sur les terrains labourés en billons étroits, a de la disposition à s'amasser dans les ri

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