C.HAP. 15e
habitent. Au-delà de cesmonts, sa culture s'accommode des débris de granit et de schiste qui encombrent letèrrain.On fobservesur les montagnes du Béarn, à une hauteur approximative de 3,000 pieds. Je lai vue réussir aussi dans des terres graveleuses de l'Alsace, dans les terrains siliceux du pays de Baden et dans Yardoise décomposée de quelques vallées de Maurienne. En France, il serait facile d'ajouter à la masse de semblables faits, en prenant pour point de départ, au sud, les boulbènes et les terres forts du Languedoc ou de la vallée de la Charente, et, au nord, les sables blanchâtres d'une partie de la Sârltië, où le maïs et le sarrasin semblent seuls, à côté des pins, pouvoir donner des produits quelque peu avantageux.
Quant au climat propre à la culture du maïs. on avait cru autrefois pouvoir tracer ses limites approximatives, par une ligne tirée obliquement à Téquateur, de la Garonne au Rhin, de sorte qu'à lest du royaume, cette céréale se serait approchée du 49e degré de latitude nord, tandis qu'à l'ouest, elle n'aurait guère dépassé le 45e. — Mais on s'est aperçu depuis qu'on avait gratuitement refusé °à celte dernière partie de la France un avantage dont elle peut jouir tout aussi bien que l'autre, et dont elle jouit en effet, puisqu'on cultive le mais assez en grand pour l'engraissement des porcs et des volailles, jusqu'au nord des départemens de la Sarlhe et de la Mayenne.— Il y a quelques années, la Société d'horticulture de Paris chercha à étendre la culture dumaïs aux environs de cette ville, et son zèle ne fut pas sans récompense.il est désormaishors de doute que, dans les années favorables, et en faisant choix des variétés, sinon les plus productives, au moins les plus précoces, on doit en espérer des récoltes avantageuses dans le département de la Seine.Malheureusement, ainsi posée, la question agricole ne peut être considérée comme résolue. Car, d'une part, il ne suffit pas au cultivateur d'obtenir accidentellement de bons produits; et, de l'autre, lors même que ces produits ne seraient pas aussi casuels qu'ils le sont, il faudrait examiner encore si leur abondance et leur valeur les mettraient au-dessus de tous ceux qu'on pourrait demander dans les mêmes circonstances, en même terrain.— En définitive, quoique nous voyons qu'il soit susceptible de mûrir ses épis, presque sur les cinq huitièmes de la France, nous ne pensons pas que le mais devienne jamais, sous le 49e degré, l'objet d'une culture éminemment productive.
DU MAIS. 399
que des semis;— enfin, il n'est pas rare qu'un seul labour suffise, mais alors ce ne peut être que dans un sol naturellement léger; car ce labour, servant à la fois à enterrer le fumier, à préparer la couche labourable, et à recevoir la semence, doit être peu profond, afin que les racines coronales puissent atteindre les engrais à mesure quelles se développent.
Si Yépaisseur de la terre végétale était habituellementde 10 à lt pouces(27 à 30 cent.), on obtiendrait ainsi des produits infiniment plus abondans que lorsqu'elle n'est que de 7 ou 8 po. (19 à 22 cent.). Mais il est bon de se rappeler ce qui a été dit ailleurs, que la profondeur des labours doit toujours être proportionnée à la quantité d'engrais. — Le mais se trouve toujours assez bien de leur abondance, et s'accommode parfaitement de leurs diverses sortes.— Il vient fort bien sur défriches. A mesure que les Européens ont pénétré dans les deux Amériques, sur les débris encore fumans des vieilles forêts, ils ont commencé leurs cultures par des semis de cette plante. — Les Brésiliens, sans aucun labour préparatoire, jettent les graines, pour ainsi dire, au milieu des cendres. —Aucune autre plante, si ce n'est la pomme-de-terre, ne réussit aussi bien après un écobuage. — Enfin, de toutes les céréales, c'est, ainsi que Je démontre la pratique du Midi, celle qui peut succéder, peut-être avec le moins d'inconvénient et le plus de succès, au froment.
IV
De la préparation du terrain.
On conçoit, d'après ce qui précède, que cette préparation doit être infiniment variable, puisque Tune des premières conditions de succès étant que la terre soit suffisamment ameublie, le nombre des labours change selon sa nature, et il devient impossible de le préciser. — Il est telle localité où, comme en Lorraine, on en donne 3 : le 1er avant l'hiver, le 2e au printemps et le 3e directement avant la seniaille. — Dans d'autres, comme la Bourgogne, la Bresse, etc., on en donne 2 : le 1er en décembre , le 2e à l'épo-
§ V.— Du choix et de la préparation des semences.
Le maïs, ainsi que le froment, conserve sa propriété germinative plus longtemps qu'on ne le croit généralement. Des expériences que j'ai répétées sur plusieurs points, démontrent qu'en certaines circonstances, il peut germer après 10 et même 12 ans; néanmoins, je regarde comme profitable de préférer les grains de l'année précédente à ceux de 2, et, a plus forte raison, de 3 ans. — Une autre précaution recommandée, et généralement suivie chez les bons cultivateurs, c'est d'éviter deprendre ceux qui avoisinent la base et la sommité de l'épi, parce qu'ils sont toujours moins bien formés et moins gonflés de la substance farineuse qui doit fournir à la première nourriture de la jeune plante.
Le maïs étant sujet au charbon, Bosc avait proposé de chauler les semences avant de les mettre en terre. Depuis que cet agronome concevait l'espérance de voir ainsi diminuer la cause première du mal, quelques faits ont paru justifier isolément ses prévisions. De nouvelles expériences auraient donc chances de succès.
La submersion des semences dans un liquide qui puisse les ramollir et les disposer à une plus prompte germination, est surtout favorable au maïs lorsque la terre est sèche ou lorsqu'on emploie des grainssurannés, parce que ces derniers, toujours plus longs à germer que d'autres, courraient les risques de pourrir, sans une semblable précaution, qui active de plusieurs jours la sortie de leurgerme. Cependant elle n'est utile qu'autant que la terre est suffisamment réchauffée pour que la germination ait lieu immédiatement; autrement, elle serait plus nuisible qu'avanta*
-400 AGRICULTURE : DES CÉRÉALES ET DE LEUR CULTURE SPÉCIALE, uv. t"
<reuse. — L'eau pure, élevée un peu au-dessus de la température atmosphérique, à l'aide du soleil, nous a toujours paru suffire àcette opération.
§ VI. — De l'époque des semis, et de la quantité de graines employées.
Dans les déparlemens méridionaux, comme en Piémont, on sème le maïs à deux époques différentes : au printemps, depuis la mi-avril jusqu'au milieu de mai; — au commencement de l'été, depuis le mois de juin, pour succéder à une récolte de printemps ou remplacer une culture détruite par la grêle, jusqu'après la récolte du seigle et même du froment. Dans ce dernier cas, je préfère à tout autre le maïs quarantain ou à poulet.
Pour les départemens du centre, il faut attendre qu'on n'ait plus rien à craindre du retour des gelées et que la terre soit échauffée plus qu'elle ne l'est d'ordinaire dans le courant d'avril. — Les semailles tardives entraînent, à la vérité, des récoltes tardives ; mais des semis faits à contre-temps, lorsqu'ils ne compromettent pas le succès de la culture, contribuent bien peu à avancer ses produits,
Ïuiisque les graines ne lèvent que lorsqu'eles trouvent dans le sol une température convenable.
Pour indiquer la quantité de graine que comporte une étendue de terrain déterminée, il faudrait, non seulement être fixé sur le mode de semis et la qualité du terrain, mais sur la dimension que doit prendre individuellement chaque touffe, selon la variété à laquelle elle appartient.— Dans le Piémont, où la culture du mais est très-perfeclionnée, lorsqu'on sème à la volée la variété n°l, on répand la moitié d'une émiue (11 à 12 litres) par arpent. — Il y a peu d'inconvénient à semer plus épais, parce que les plantes surabondantes servent à nourrir le bétail et donnent ainsi un produit souvent bien supérieur à la légère augmentation des dépenses et de maind'œuvre, occasionée par l'excédant de semences et par l'arrachement.
§ VH. — Des diverses manières de semer.
On en connaît deux principales : 1° celle dont nous venons de parler, qui consiste à répandre les grains à la volée et à les recouvrir à la herse, méthode regardée comme décidément vicieuse, parce qu'elle donne des résultats irréguliers, et parce qu'elle s'oppose ultérieurement à l'emploi, pour le binage et les butages, des instrumens nouveaux qui simplifient à un si haut point ces importantes opérations ; — 2° celle qui a pour résultat l'espacement régulier des plantes en lignes parallèles.
Ce dernier mode de semailles comprend les semis sous raies, les semis en sillons, ceux au plantoir ou à la houe, et ceux au semoir.
Pour semer en rayons, sous raies, un homme précède la charrue lors du dernier labour; il dépose, à des distances à peu près régulières, déterminées par le choix de la variété du mais, deux ou trois graines à chaque fois, sur l'arête du dernier sillon, de manière que
la charrue qui le suit les recouvre à une fai ble profondeur. — Quelquefois on laisse un ou deux sillons vides entre chaque rang, pour obtenir tout de suite l'espacement convenable; — d'autres fois, afin de se ménager du fourrage, on sème sur tous les sillons.
Pour semer en sillons, le semeur suit la charrue, et, au lieu de laisser tomber les semences sur l'arête du dernier sillon, il la dépose avec la même régularité au fond de la petite raie formée par la jonction de ce même sillon et de celui qui l'a précédé. — Dans ce cas, on recouvre avec le dos de la herse.
Pour semer à la houe, on fait de petites fosses en quinconce avec cet outil ; et si- le terrain n'a pas été préalablement fumé, on jette au fond, avant de placer les deux ou trois grains, une pelletée d'engrais ou de compost. — Dans plusieurs cantons de l'Amérique méridionale, et, à leur exemple, dans plusieurs endroits voisins des Pyrénées, on ne laboure pas la totalité des champs destinés au mais, on fait seulement2traits de charrue par chaque 3 pieds, et on les coupe à angles droits par deux autres traits semblables; c'est dans les points de jonction de ces traits qu'on creuse à la bêche ou à la houe un trou d'un 1/2 pied carré, dans lequel on met une poignée de fumier et des grains de mais.
Pour semer au plantoir, comme on le pratique aussi en Amérique, et fréquemment en Piémont dans la petite culture, on a recours à un plantoir à une ou plusieurs pointes (voy. page 222), pour faire les trous à des distances égales, dans le sens des sillons ou le long d'un cordeau;on introduit dans chaque trou deux ou trois graines, et on les recouvre aussitôt avec le pied.
Enfin, quand on fait usage du semoir, comme il y a un incontestable avantage à le faire partout où l'on possède une de ces machines, qui peut à la Ibis rayonner, ouvrir le sol, répandre l'engrais, semer et recouvrir, on met 2 ou 3 grains, par pied de longueur, dans laligne. — Plus tard on éclaircira, de manière que chaque touffe des grandes variétés se trouve à environ 3 pieds en tous sens de la voisine; — les variétés moins élevées doivent être beaucoup moins espacées. Du reste, nousrépétonsque la distance doitvarier, non seulement en raison de l'espèce qui fait l'objet du semis, mais aussi par suite de la quantité et de la fécondité plus ou moins grande du terrain. — En arrachant progressivement les pieds qui se trouveraient de trop, il faut avoir soin qu'à toutes les époques de leur croissance, les autres puissent jouir complètement de l'influence de l'air et de la lumière.
Une précaution générale, que nous n'avons pas encore trouvé l'occasion de recommander, relativement aux semis de maïs, c'est de ne pas les faire trop profondément, dans la crainte d'occasioner la pourriture d'une partie des graines, surtout dans les terres cornpactes et un peu humides, ou lorsqu'on sème de bonne heure. — Une couverture trop épaisse compromet la réussite de beaucoup de semences; elle retarde sensiblement la levée de toutes. — On regarde qu'un pouce au plus dans les terres fortes, un pouce et demi
CHAP. 15e.
DU MATS
dans les terres légères, sont la profondeur convenable.
§ VIII. — Des cultures d'entretien du maïs.
Lorsqueles jeunes pieds de maïs ont atteint quelques pouces de hauteur, qu'ils montrent leur 3e ou 4* feuille, ordinairement vers le commencement de juin, on procède à un premier binage, soit à la main {voy. pag. 226 et suiv.), ce qui peut paraître préférable à cette époque de la végétation, soit à la houe à cheval {voy. pag. 228 et suiv.). Pendant l'opération, il Faut avoir soin d'éviter de recouvrir la tige, ce qui pourrait la faire pourrir, surtout s'il entrait de la terre dans le cornet. — On commence à éclaircir les pieds trop rapprochés;— on en repique, ou ou sème de nouveau dans les places vides. Si on préfèrelepremiermoyen,quoiquele plus long, pour en obtenir les meilleurs résultats possibles, on fera bien, à l'aide d'une houlette, d'arracher les jeunes plants de repiquage en mottes. Encore, malgré cette précaution, éprouveront-elles sur les autres un retard marqué. — Si l'on choisit l'autre moyen, que nous avons trouvé généralement préférable, on doit semer le maïs quarantain ou toute autre variété assez précoce pour atteindre la maturité du premier.
La seconde façon se donne 15 ou 20 jours après la première, à la charrue à deux versoirs, dite cultivateur. Elle procure à la fois un binage, un sarclage et un butage parfaits, qui a pour but, moins encore d'affermir la plante que d'ajouter à sa vigueur par suite de la sortie des nouvelles racines. — A cette époque, on supprime les tiges latérales qui poussent du collet, et qui affameraient la tige principale sans donner en compensation des produits suffisans. — C'est aussi le moment d'achever d'éclaircir. Les pieds de maïs ayant acquis 15 ou 18 pouces peuvent être utilisés à Tétable.
Dans quelques localités, avant de buter, on est dans l'usage de déposer au pied de chaque touffe un supplément d'engrais pulvérulens ou liquides. Sur les sols.de consistance moyenne et un peu frais, le noir animalisé et la poudrette produisent, de cette sorte, de puissans effets.— Les Lucquois emploient les matières fécales délayées dans l'eau. C'est à cet arrosement distribué avec parcimonie au pied de chaque plante, qu'ils doivent ces abondantes récoltes de maïs quarantain qu'ils retirent des terres où ils ont semé ce grain aussitôt que le blé en a été enlevé.
Presque partout on néglige un troisième binage, parce que, une fois que le maïs couvre suffisamment le terrain, il y a beaucoup moins à redouter la croissance des mauvaises herbes, et parce que les butages perdent de leur importance à mesure que la végétation approche de sa fin. Cependant, vers l'époque de la floraison, une dernière façon, moins profonde que la précédente, est assez souvent profitable lorsqu'elle peut s'exécuter à peu de frais.
Peu de temps après la fécondation, on casse, dans beaucoup de lieux, la sommité des tiges de maïs pour les donner aux bestiaux. Sans doute il y a quelques inconvé-
ÀGRICTTLTURF.
niens à faire cette suppression, qui oceasione une perturbation assez grande dans les mouvemens de la sève. Quelques cultivateurs croient avoir remarqué qu'elle nuit à la grosseur et qu'elle retarde la maturité des épis; mais celte différence est bien peu sensible, puisque d'autres prétendent avoir observé le contraire. Quoique nous nous rangions du premier avis, nous ne voudrions pas proscrire une pratique qui, lorsqu'elle n'est pas faite trop tôt, car alors nous savons par expérience qu'elle peut occasioner la coulure des fleurs ou la naissance de sousbourgeons latéraux, ne nous paraît pas présenter autant d'inconvéniens que d'avantages.
Lorsqu'on veut utiliser l'intervalle qui sépare les lignes de maïs par d'autres cultures, il faut renoncer aux binages et aux butages à la houe à cheval ou au cultivateur. Les binages à la main deviennent même difficiles, et le sol, qui produit davantage, se trouve aussi plus fatigué, de sorte que les avantages, en dernière analyse, ne sont pas aussi clairs qu'on pourrait le croire au premier aperçu.
La culture du maïs, même semé comme fourrage dans les interlignes, donne cependant,sans ces derniers inconvénient, de bons produits. Détruit avant le moment de la fructification, il épuise peu le sol et il peut faire place à un semis de navets, de raves, à une plantation de choux ou autres plantes destinées à être consommées pendant l'hiver. — Entre les rangs plus rapprochés du maïs quarantain, on pourrait aussi, à une récolte fourragère, faire succéder une plantation de colza. — Enfin, on peut encore faire, simultanément avec le maïs, d'autres semis de printemps qui exigent eux-mêmes des binages, tels que ceux de haricots, de pavots, de pommes-de-terre, etc., etc. Ce dernier moyen est souvent employé dans les pays de petite culture.
§ IX. — Récolte et conservation.
Il y a plusieurs manières de récolter le malt. Les uns, c'est le plus petit nombre, arrachent les tiges ; — les autres les coupent à fleur de terre avec la serpe ou la houe tranchante; — d'autres, enfin, détachent tépi et laissent la tige sur place. — Après la cueillette, on étend les épis sur l'aire ou sous un abri aéré, et on y forme des couches de 7 à 8 pouces d'épaisseur, que l'on remue fréquemment pour que leur humidité se dissipe. Quelques cultivateurs ont soin de ne récolter que la quantité d'épisqu'ils peuvent dépouiller le même jour ou le lendemain. Cette précaution est utile pour en prévenir la fermentation.
Le dépouillement ou effeuillement des épis est presque toujours confié aux femmes et aux enfans. Assis autour des tas de maïs qu'ils ont formés, chacun prend un épi d'une main, en détache de l'autre les spathes qui l'enveloppent, et le frottent entre les doigts pour en enlever les barbes encore adhérentes aux grains. Dans quelques pays, au lieu de dépouiller l'épi complètement, on lui laisse 2 ou 3 feuilles propres à servir d'attache à plusieurs épis qu'on lie ensemble pour les tenir suspendus.