‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 242 sur 329 · tome I. — oi · texte numérisé non relu

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102 AGRICULTURE : DES CEREALES ET DE LEUR CULTURE SPECIALE, liv. i«

Pour compléter la dessiccation du maïs, on connaît plusieurs procédés différens. — Dans les climats méridionaux, dès que les épis sont effeuillés, on se contente de les déposer sur le sol ou sur des toiles, en couches peu épaisses, et de les remuer assez souvent pour que l'air et le soleil les dessèchent. — Dans les pays où cette céréale mûrit plus difficilement,, on fait sécher les épis dans des éluves garnies de claies, et, le plus souvent, dans des fours de boulangers, dont on porte d'ab >rd la température au-dessus de celle qu'exige la cuite du pain. On y introduit ensuite les épis effeuillés, dont lévaporalion adoucit la chaleur ambiante, et, pour obtenir une dessiccation plus prompte et uniforme, on les remue dans tous les sens 5 ou 6 fois dans la journée, à demi-heure d'inter- "valle. L'opération se termine ordinairement dans les 24 heures. — Si les rafles, à leur sortie du four, n'étaient pas desséchées jusqu'à leur centre; si elles ne se rompaient pas avec facilité lorsqu'on essaie de les ployer entre les mains; et si, enfin, les grains, sans avoir changé de couleur, n'étaient pas légèrement feudillés à leur surface, on recommencerait la même opération à une température plus douce. 11 est à peine besoin de faire observer qu'une telle dessiccation porte atteinte à la vitalité du germe; les épis destinés à la semence ne doivent donc pas être desséchés de cette manière.

Dans la plupart des régions d'une température moyenne, on renverse les Jeuilles conservées au nombre de 2 ou 3 à chaque épi, on les enlace et on les lie avec un nœud ou un brin d'osier, en en formant des faisceaux de 8 ou 10 épis, qu'on dépose côte-à-côte sur des cordes ou des perches, dans l'intérieur et au dehors des maisons, sous les saillies des toits, etc. Mais ce mode de conservation peut rarement s'appliquer à la totalité des récoltes un peu abondantes. — Four suppléera l'insuffisance des habitations, en Amérique, en Valachie,en Hongrie, on construit, pour renfermer les épis de la céréale qui nous occupe, des séchoirs couverts de chaume (fig. 5(35)*

Fig. 565.

dont le pourtour et le fond sont formés de lattes en claire-voie, assez rapprochées pour retenir les épis. On donne à ces sortes de cages une longueur et une élévation calculées sur la quantité de mais qu'on doit y renfermer, mais seulement une largeur de 2 ou 3

pieds pour que l'air puisse circuler à travers. Le séchoir est élevé sur des poteaux de bois; la saillie du toit empêche la pluie de tomber à l'intérieur, et une porte à claire-voie, placée à June des extrémités, sert à s'y introduire à l'aide d'une échelle mobile. — Ce système de conservation, adopté depuis quelques années dans la ferme-modèle de Roville, est excellent; et on ne peut douter que toutes les fois que les épis sont passablement mûrs, ils ne se conservent très-bien, et que, retirés de la cage quelques mois après, ils ne soient complètement desséchés.

Quoi qu'il en soit, dès que les grains de mais sont assez secs pour se séparer de leur alvéole par le frottement réciproque de 2 épis, on peut procéder à Vcgrenage par l'un des moyens suivans : — Tantôt, et c'est le procédé le plus simple, on égrène le maïs de la manière qui vient d'être indiquée ; mais ce procédé, à cause de sa lenteur, ne convient que pour de petites récoltes ou pour le maïs destiné à la semaille. — Tantôt on se sert d'une lame de fer fixée à un banc sur lequel l'ouvrier s'assied pour racler les épis l'un après l'autre. — Dans les p?ys de grande culture, les cultivateurs abrègent de moitié l'opération par X emploi du fléau. Ils battent les épis sur l'aire à coups répétés, enlèvent les ralles avec la fourche ou le râteau, les mettent dansuncoin,et amoncèlent legrain dans un autre. — Parfois le battage a lieu sur des claies entrelacées de manière à laisser entre les branchages un vide suffisant pour que le grain puisse passer. On peut ainsi opérer à volonté eu plein air ou sous le toit de la ferme. — Il est des cantons où, pour égrener le maïs, 1rs cultivateurs se servent d'un sac grossier qu'ils remplissent à moitié, et frappent ensuite à coups redoublés. Le peu de durée des sacs rend ce moyen dispendieux. — Dans divers endroits de la Sicile, les garçons et les jeunes paysannes se rassemblent au son d'une cornemuse et, en dansant ou trépignant sur les épis avec leurs sabots de hêtre, ils dépiquent le maïs par cette joyeuse opération.

La longueur de ces diverses opérations et les dépenses qu'elles exigent ayani fait recourir aux machines, 'y ni construit un égrenoir qui a été distingué à 1 exposition des produits de rindustrie (1834), et dont l'usage commence à s'introduire parmi les cultivateurs. Cette machine, dont la fig. 560 représente l'élévation, vue du côté du mouvement, et la fig. 567 la coupe longitudinale et verticale, par l'axe du tambour, est mue par une manivelle AA( fig. 5(36 et 567 ), montée sur un axe en fer qui porte aussi une grande poulie G pour servir à transmettre au batteur le mouvement que la manivelle lui imprime à l'aide d'une corde B sans fin. — L'économie de temps et de force que procure celte machine , la netteté qu'elle donne au grain, sans briser la rafle, et son prix, accessible à la plupart des fortunes, sont les avantages qu'elle présente; avantages constatés par l'expérience.

Après f égrenage, de quelque manière qu'il ail été opeté, il est essentiel de vanner le maïs-, comme on vanne le grain de toutes les céréales, afin d'en séparer la poussière, les

CHAF. ÏS

DU MAIS

Fig. 667.

parcelles de l'épi, et les corps étrangers qui s'y trouvent mêlés.

Le moyen le plus naturel de conserver le maïs est de le laisser en épis, mais il peut difficilement convenir aux pays de grande culture. — Lors donc qu'on a dégagé les grains delà rafle, les uns les serrent dans des greniers où ils les remuent de temps en temps; — d'autres les mettent dans des sacs, des coffres, des tonneaux. —En Toscane, en Sicile, à Malte et sur les côtes d'Afrique, on les enfouit, comme les grains de toute autre nature, dans des fosses souterraines, revêtues à l'intérieur de pailles ou de nattes de jonc, d'é corce, etc. — Chacun sait qu'un moyen trèspropre à prolonger la durée du maïs consiste a le soumettre à un degré de chaleur dont l'intensité, assez forte, à la yérité, pour détruire la vitalité du grain, paralyse en même temps les éléraens de fermentation, et durcit assez la partie du grain enchâssée dans l'a\e de l'épi, pour qu'il résiste à l'attaque des insectes. Malheureusement, la farine qui provient du mais étuvé n'est pas d'une conservation plus longue que l'autre. On ne doit donc moudre ce grain que pour la consommation de quelques semaines. Plus la farine acquiert de finesse sous la meule, plus elle est susceptible de s'altérer.

§ X. — Des produits du maïs.

Si nous faisions, avec les voyageurs, des recherches sur les produits de la culture du I maïs dans les contrées méridionales, nous verrions qu'à l'aide des irrigations, on en obtient sur le même sol au moins deux récoltes par an. C'est ce qui a lieu dans quelques parties de l'Egypte, et d'une manière bien plus marquée dans l'île de Cuba, où, au dire de M. Ramon de la Sagra, on voit se succéder jusqu'à4 cueillettes de mais : la lreen février,

la 2e en mai, la 3e en août, et la dernière en octobre.— Au sud de l'Europe, il n'est pas impossible non plus, comme on peut le prévoir d'après ce qui précède, d'obtenir 2 récoltes, soi en faisant sur le même champ 2 cultures consécutives de maïs précoce, soit en semant en juillet, dans les intervalles des lignes de maïs ensemencées en avril; mais, d'une part, il faut beaucoup d'engrais pour réparer l'épuisement occasioné par cette production forcée et, de l'autre, on chercherait vainement a l'obtenir hors de certains climats et de certaines positions favorisées par la proximité des eaux. — La multiplicité des recolles de maïs n'est pas le seul avantage des pays aussi heureusement situés : leur abondance en est un non moins grand. — Dans quelques parties de l'Amérique du sud, il est des lieux, dit M. de Humboldt, où l'on regarde comme médiocre une culture de cette graminée, qui ne rend que cent trente à cent cinquante fois la semence.

D'après nos calculs, le produit ordinaire étant de deux épis dans les bons terrains, et d'un seul dans les médiocres, chaque épi contenant approximativement 10 à 12 rangées, et chaque rangée 30 à 40 grains, on obtient quelquefois en Piémont jusqu'à 180 pour un.— Toutefois, la récolte moyenne du maïs, dans ce même pays, n'est que de 60 p. 1. En réduisant encore ce total, on trouvera toujours que, partout où le maïs prospère, il est de toutes les céréales celle qui donne les plus abondans produits. Matin. Bonafous.

Section vu. — Du Millet et du Sorgho.

Le Millet on Panis {Panicum, Lin.); en anglais, Millet; en allemand, Panick; en italien, Panico et Sagcno, et eu espagnol, Alcaudia, n'est cultivé un peu en grand que dans quelques-unes de nos provinces méridionales.

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On fait entrer ses graines clans la confection du pain ; on les mange à la façon du riz, cuites dans du bouillon ou du lait; on les emploie à la nourriture de tous les animaux domestiques. — Ses feuilles sont avidement recherchées par les bestiaux; — enfin, ses tiges sèches servent à chauffer le four.

Il existe trois espèces principales de Panis : le commun {Panicum miiiaceum,YÀn.)\ — le Millet d'Italie (P. Italicum), et le Moka {P.germanicum), que l'on cultive à peu près de la même manière, et dont les produits sont peu différons. Cependant le dernier, généralement préférable aux deux autres comme fourrage, est moins productif eu grain (vor. le chap. Plantes fourragères).

Le Millet commun {fig. 568) se distingue

Fig. 568.

facilement du Millet d'Italie {fig. 569).— Le premier porte des panicules volumineuses, à longues ramifications, lâches et pendantes au sommet; la gaîne de ses feuilles est hérisbée et couronnée de poils à son orifice; ses graines sont blanches, jaunes ou noirâtres dans diverses variétés. — La seconde espèce a ses fleurs disposées en un épi serré, cylindrique, et à ramifications si courtes qu'elles sont sensibles à la base seulement; les feuilles sont moins larges, moins longues, et ordinairement moins velues. — L'un et l'autre s,élèventà3ou4 pieds (lm ou 1 ra 299). Quant au Moka {fig. 570), il se rapproche beaucoupdumilletdltalie. Son épi estcependant généralement plus court, ses tiges plus grêles et plus nombreuses.

Tous les millets aiment une terre légère, mais substantielle, profondément ameublie par plusieurs labours, et richement fumée.

Dans les sols pauvres ou arides, ils ne donnent que peu de tiges et des épis peu chargés de graiues ; —dans les sols numides, sans chaleur, ils pourrissent promptement par les racines.

Les millets, supportant mieux la chaleur et la sécheresse que la plupart de nos autres céréales, sont propres à succéder en seconde récolte à celles qui cessent d'occuper le sol à la fin du printemps ou au commencement de l'été, et à remplacer les cultures printanières détruites " par quelques accidens. — Nous verrons qu'on peut aussi en tirer un parti avantageux comme fourrage.

Vers le centre de la France, dans l'appréhension des gelées, dont ces plantes ne peuvent supporter la moindre atteinte, on ne les sème que dans le courant de mai. — Plus au sud, il faut devancer cetleépoque, afin de profiter de l'humidité accumulée dans le sol pendant l'hiver. Lorsqu'on n'opère pas par un temps de pluie, la graine des divers millets étant fort dure, il est avantageux de la faire tremper pendant 24 heures dans de l'eau à une douce température.

Les semailles se font à la volée ou par lignes plus ou moins distantes, selon le développement que doit prendre chaque touffe, eu égard à la qualité du terrain. — En général, l'espace réservé d'un niedà l'autre est de 10 à 15 po.(0m 271 à 0m 298) environ.

Quelle que soit la manière dont on aura semé, on devra plus tard éclaircir, sarcler, biner et buter d'après les mêmes principes que ceux qui ont été exposés en parlant du maïs. Par cette raison, pour faciliter le travail de la houe à main, les semis en ligne doivent être préférés. S'ils exigent, lorsqu'on ne possède pas un bon semoir, un peu plus de temps que les autres, cette légère diltérence est largement compensée plus tard par la plus grande facilité, la rapidité des sarclages et des butages, la perlée-

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tion du travail, et, en définitive, par l'abondance des récoltes.

On reconnaît que la plante approche de sa maturité à son changement de couleur. Les épis deviennent alors jaunâtres comme les graines; si l'ou attendait pour les recueillir que ces dernières fussent toutes parfaitement mures, on en perdrait une grande quantité; aussi la récolte ne doit pas être différée jusque là.

On coupe les épis à un pied de leur base, et on les suspend dans un endroit aéré et sec, jusqu'à ce que la maturation soit complète; puis on les égrène à la main ou on les bat avec un fléau, et ou les nettoie comme le blé.

Le produit en grain des panis est considérable. Malheureusement, leur qualité, comme substance propre à la nourriture de l'homme, n'est pas, à beaucoup près, en rapport avec leur quantité.

Le SORGHO (Ho le us Sorghum, Lin.); en anglais, Millet ; en allemand, Uirse ou Sorgsamen; en italien, Sorgo, et en espagnol, Alcaudia(fig. 571), est, comme on le voit par cette

Fig. 571.

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