‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 280 sur 329 · LIV. Ie · texte numérisé non relu

LIV. Ie

0,35 huile essentielle; 1,50 substance analogue à la manne; 9,00 fibre végétale à laquelle se trouve intimement uni un peu d'amidon et d'albumine.

Les chimistes modernes en ont extrait une substance cristalline d'un rouge pourpre qu'ils ont appelée carottine, mais qui n'intéresse pas actuellement les arts agricoles.

§le

Espèces et variétés.

La Carotte {Daucus Carotta); en anglais, Carrai i en allemand, Gelbe Riïbe ; en italien, Carota ; en espagnol, Chiravia (yfc. 640 ;, Fig. 640.

est une plante bisannuelle de la famille des ombelliferes , dont les espèces sont peu multipliées : il serait à désirer que l'agriculture fit sous ce rapport de nouvelles conquêtes : celui qui trouverait une variété qui parcourût toute la période de sa végétation en peu de temps, rendrait un véritable service aux cultivateurs, à ceux surtout qui cultivent cette plante comme racine secondaire.

Voici les principales variétés cultivées: 1° La Carotte jaune commune ( Daucus Carotta radice lutea). Racine étranglée, courte, élargie.

2° La C. blanche {D.C. radice alba). Variété de la précédente, mais inférieure sous tous les rapports.

3° La G. jaune dorée ( D. C. radice aurantii coloris). Sa racine ne colore point le bouillon. C'est la meilleure espèce, mais une des plus petites.

4° La C. rouge (D. C. radice atro-rubente). Longue et grosse; vient bien dans les sols argileux.

5° La C. Hollandaise ou printanière. Variété de jardin.

6° La C. d'Achicourt et de Breteuil. Variété maraîchère, qui, d'après mes observations, ne diffère pas sensiblement du n° 4, et qui ne doit les qualités qu'on lui connaît qu'aux soins particuliers que lui prodiguent les habilans d'Achicourt et de Mont-Didier (Somme).

7° La C. blanche à collet vert. Espèce bien caractérisée et propagée surtout par les soins

de M. Vilmorin. C'est une espèce très-productive, et dont la racine sort un peu de terre, avantage incalculable pour les sols qui ont peu de profondeur, et qui permettra la culture de la carotte dans les terres à navets.

Il arrive souvent que, même à la première année, les carottes, au lieu de développer leurs racines, déterminent la croissance des liges et des organes floraux et la production des semences. Comme presque toujours cette propriété est héréditaire, on ne devra pas employer ces graines à la reproduction, ni les livrer au commerce de la graineterie. Au moment de la récolte on doit choisir les racines qu'on destine à porter semence : on prendra celles qui réunissent le plus grand nombre de qualités qui constituent l'espèce dans sa pureté. Elles seront droites, alongées, lisses, bien saines et surtout sans bifurcation.On coupera l'extrémité des feuilles en en laissant attachées à la racine seulement la longueur d'un pouce : si on les laissait entières, cette partie de la plante, pourrissant la première, pourrait altérer le corps même de la racine. On les transportera dans un lieu où elles soient à l'abri de la gelée, de l'humidité et de la lumière.

A la fin de mars on les plante à 3 pieds de distance dans un sol bien préparé, on les bine comme les autres récoltes sarclées; et, lorsque la plus grande partie des ombelles sont mûres, ce qui arrive dans le courant d'août, on les coupe et on les suspend dans un endroit sec et abrité.

§ II. — Du sol.

Comme presque toutes les plantes dont la racine forme le principal produit, les carottes demandent un sol meuble, ou du moins une terre dont la compacité n'offre pas trop de résistance à l'extension des racines. Si elles préfèrent un loam sablonneux qui ne soit pas exposé à une grande sécheresse ni à une humidité stagnante, elles donnent aussi des produits très-abondans, lorsqu'onles cultive dans un sol argileux, surtout si celui-ci contient un peu de chaux, et approche, par sa composition chimique, des terrains que l'on nomme marneux. Mais, dans Yargile pure, les carottes courent une double chance de non-réussite : en effet, si un pareil sol est humide, les racines y pourrissent; s'il est sec et resserré, elles ne peuvent s'y développer.

On éloignera la carotte des terrains pierreux et graveleux , parce qu'ils s'opposent au développement des racines, et qu'ils augmentent dans une forte proportion les dépenses de binage et d'arrachage. Cette plante supporte sans en souffrir un plus grand degré d'humidité que la plupart des autres plantes tuberculeuses oufusiformes; mais il faut pour cela que le climat soit chaud. On a remarqué que dans les pavs où la période cullurale est généralement humide, comme en Angleterre et notamment dans le Suffolk, les carottes donnent un plus haut produit que dans les contrées exposées à une grande sécheresse à la même époque. Il ne faut pas néanmoins perdre de vue la destination à laquelle on réserve ce produit; cultivées dans un climat sec, les carottes ont plus de saveur

chap. 17e. DE LA CAROTTE

et par conséquent plus de valeur quand on les destine à la vente.

La racine de la carotte étant fusiforme, et pénétrantgénéralement à une grande profondeur, le sol auquel on la confie doit avoir mie couche arable assez profonde pour ne point l'arrêter dans son développement longitudinal. On connaît depuis peu d'années quelques variétés dont les racines se rapprochent beaucoup dans leur configuration de celles de certaines espèces de navets et de raves, et qui par cela même n'exigent pas un sol aussi profond. On peut encore cultiver dans ces mêmes terrains la variété dite blanche à collet vert, dont les racines croissent en partie hors de terre.

§ III.— riace dans la rotation.

Sous le rapport des assolernens, les carottes laissent au cultivateur bien moins de latitude que la plupart des autres plantes sarclées. En effet, elles aiment à être semées de bonne heure ; dans bien des cas, lorsqu'on en veut étendre la culture sur une grande surface, la terre doit être déjà préparée avant l'hiver, et il n'est pas rare que l'automne empêche le laboureur de faire les dispositions préliminaires qui assurent la réussite de la semaille de laquelle néanmoins dépend tout le succès.

D'un autre côté, peu de plantes agricoles, autant que les carottes, souffrent de la présence des herbes parasites. 11 est donc indispensable de les placer à la suite d'une récolte qui elle-même ait nécessité cette destruction, ou du moins qui ait été enlevée d'assez bonne heure pour qu'on puisse provoquer la germination des semences que recèle le sol, et pour les détruire ensuite. C'est pourquoi la place qui leur convient le mieux , est à la suite d'une récolte de pommes-de-lerre, de betteraves, etc. Il est vrai que, par l'adoption de cette combinaison, on ne peut guère regarder les carottes comme une récolte jachère, mais je n'en suis pas moins convaincu que c'est dans une telle succession de culture que cette plante donne le plus haut produit, et demande le moins de déboursés.

Lorsqu'une pièce de terre, soumise à l'assolement alterne depuis longues années, se trouve amenée à un état suffisant de propreté, on peut y cultiver des carottes après une récolte céréale. Mais il serait imprudent, dans l'état actuel des choses, de conseiller aux cultivateurs triennaux de semer des carottes sur une jachère précédée elle-même de deux récoltes céréales; les frais de culture se portent, en pareil cas, à une somme si élevée, que cette circonstance seule suffirait pour éteindre chez des hommes naturellement et justement circonspects, tout désir d'amélioration agricole.

Si la carotte est exigeante sous le rapport des plantes qui la précèdent dans une rotation, elle est en revanche très-accommodante pour les végétaux qui la suivent. Elle est pour tous une excellente préparation. Si l'on en excepte le colza et l'orge d'hiver, tous les végétaux aiment à venir à sa suite. On avait cru longtemps que la carotte est antipathique avec elle-même, c'est une erreur. M. Bertier père, bien connu pour les excellentes études

Page 1