ET DE SA CULTURE
qu'il a faites sur cette plante, l'a cultivée trois fois de suite sur le même terrain, sans que pour cela le produit en fût diminué. La carotte a néanmoins une assez grande puissance d'épuisement. Son feuillage assez rare ne lui permet pas de tirer de la couche atmosphérique une grande partie de sa nourriture, ce qui fait qu'à poids égal, elle est plus appauvrissante que la pomme-de-terre. Sous un autre rapport elle est encore inférieure à cette dernière plante. La pomme-de-terre, à une certaine époque de sa croissance, ombrage parfaitement le sol et empêche les rayons du soleil de le resserrer et de le dessécher; la carotte ne couvre le sol qu'imparfaitement; son ombrage est impuissant à empêcher la multiplication des mauvaises herbes; et s'il fallait encore ajouter une raison à celle que je viens d'énumérer, je dirais que les tubercules de pomme-de-terre, dans leur accroissement, soulèvent et divisent le sol, tandis que les racines de la carotte ne font que le resserrer.
Le point de vue sous lequel on a trop souvent négligé de considérer les carottes, c'est celui des avantages qu'elles présentent dans la combinaison des assolernens simultanés, et des ressources qu'elles procurent comme récolte dérobée. A la première époque de sa croissance, cette plante est long-temps faible etchétive. On a imaginé delà cultiver, comme le trèfle, en société avec une autre qui puisse lui procurer un ombrage salutaire sans l'étouffer, et qui mûrisse d'assez bonne heure pour lui permettre ensuite d'atteindre tout le développement dont elle est susceptible. Le lin, la navette, le seigle sont les végétaux qui s'associent le mieux avec la carotte. Après la récolte des premières plantes on arrache les chaumes, on sarcle et on bine. De cette façon la seconde récolte donne quelquefois plus de bénéfice que la première.
§ IV. — Culture des carottes.
C'est un fait bien reconnu, que la terre qui doit rapporter des carottes ne donnera qu'un produit insignifiant si elle n'est pas bien amendée ; c'est un fait également incontestable, qu'une terre fraîchement fumée avec du fumier d'étable donne aux racines une odeur désagréable; que les plantes se bifurquent et ont à combattre l'influence des herbes parasites dont le fumier a apporté les germes dans le sol ; et plus d'une fois les carottes, épuisées dans la lutte, ont été forcées de céder la place : c'estcequiarrive fréquemment quand la main de l'homme ne vient pas à son secours. Placé dans celte alternative, le cultivateur devra fumer abondamment la récolte qui précédera les carottes, afin que celles-ci, tout en profitant de l'engrais qui reste dans la terre, ne se trouvent point cependant en contact avec un fumier non décomposé. Si l'on n'a pu se ménager cet avantage, on aura du moins la précaution de n'appliquer à la carotte que des engrais pulvérulens, tels que la colombine, les tourteaux d'huile, la poudrette, le noir animal et animalisé. Afin que ces engrais agissent directement et avec plus d'efficacité, on ne les dispersera pas sur toute la surface mais ou
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les répandra dans les rayons mêmes où Ton dépose la semence.
On convient généralement que la terre devra être labourée pour les carottes, aussi profondément que possible, parce que de toutes les plantes sarclées c'est celle dont les racines traversent la plus grande épaisseur de terre. Avant de donner ce labour profond, on aura soin de herser et d'ameublir la surface, afin de ne pas placer au fond de la raie une terre durcie et resserrée.
On peut déjà semer les carottes vers la fin de février, mais l'époque la plus favorable, c'est la première quinzaine de mars. Cette époque serait encore reculée de plusieurs semaines si la température s'opposait à un ensemencement convenable.
Si on cultive la carotte comme récolte isolée, et sans l'associer à un autre végétal, il ne faut point songer à la semailleà la volée. La disposition par rangées a ici des avantages encore plus marqués que pour la plupart des autres plantes.
Si on n'a pas encore de semoir, on en choisira un des plus simples parmi ceux figurés précédemment. Avant de répandre la semence, on aura la précaution de laisser germer et lever les graines de plantes nuisibles qui se trouvent à la superficie et de les détruire par un léger hersage, répété plusieurs fois. On s'épargnera ainsi les frais d'un premier sarclage, ou du moins on en reculera beaucoup l'époque. — Les rangées seront éloignées de deux pieds. Une plus grande distance serait nuisible, parce que l'intervalle ne pourrait être en totalité ombragé par les feuilles : un éloignement moindre ne permettrait plus à la houe à cheval de fonctionner. — Avant d employer la graine on l'exposera au soleil ou dans un local chauffé, et on la frottera entre les mains, afin de briser les aspérités qui la recouvrent et au moyen desquelles les semences s'accrochent et se pelotonnent.— 4 a 5 livres de graines sont une quantité suffisante; il est rarement avantageux de la dépasser, parce que si les plantes lèvent bien, il faut ensuite une grande dépense de maind'œuvre pour arracher les plants surnuméraires.
Quand on sème la carotte dans une autre récolte qui doit lui servir d'abri, elle n'exige pas d'autre préparation que cette récolte principale. Comme il est probable que beaucoup de semences ne se trouveront pas dans des conditions favorables à la germination, on en augmentera un peu la quantité qu'on portera à 8 ou 9 livres. Ici il n'est guère possible d'opérer la semai Ile en lignes : mais ce qu'on perd sous ce rapport, on le récupère largement par la diminution des frais de sarclage, qui ne sont plus aussi nécessaires que si la plante eût été semée seule.
Nous avons déjà laissé entrevoir que celui qui cultive les carottes doit s'attendre et se préparer à des travaux dispendieux d'entretien. Cette plante, en effet, a une enfance longue et laborieuse : pendant que sa végétation se traîne lente et pénible jusqu'aux premières chaleurs du printemps, les mauvaises herbes se multiplient avec rapidité et ne tardent pas à envahir toute la superficie, et il faut de toute nécessité les arracher et les
emporter.Les carottes, lorsqu'elles n'ont en* core que leurs premières feuilles, ont tant de ressemblance avec les herbes parasites qui croissent au milieu d'elles, que les ouvriers peu habitués au port de cette plante les confondent souvent.
Il est très-nécessaire de faire le/? remier sarclage à la main. Les praticiens sont partagés d'opinion sur l'époque où il doit être exécuté. Les uns conseillent de l'opérer le plus tôt possible , afin que les mauvaises herbes ne puissent ni étouffer ni affamer les carottes. Les autres soutiennent que le sarclage ne doit être exécuté qu'au moment où les mauvaises herbes commencent à fleurir : ils disent, pour étayer leur opinion, que la végétation des parasites, loin de nuire aux carottes, favorise leur accroissement en couvrant la terre de leur ombrage, et en empêchant le sol de se resserrer, et d'empêcher l'alongementetledéveloppement des racines. Celte opinion parait fondée; un fait certain, c'est que les carottes ne craignent nullement le contact d'autres plantes : il est inutile d'invoquer à l'appui de cette assertion l'exemple des carottes que l'on sème dans le colza, dans le lin, etc.Mais dans ce cas il faut se tenir sur ses gardes, et avoir à sa disposition une armée de sarcleuses,afin que jamais aucune plante parasite n'arrive, je ne dis pas en graine, mais en fleur. Ce premier sarclage se fera à reruions, afin de piétiner la terre le moins possible et de ne pas fouler des plantes tendres et délicates.
Lorsque, quelques semaines après ce premier sarclage, les carottes ont poussé plusieurs feuilles, et qu'elles annoncent un état de santé et de vigueur, on donne un hersage énergique, si elles ont levé dru ; au contraire, si elles sont peu épaisses, on en donnera plusieurs, mais très-légers.
Ordinairement, après celte façon, les plantes prennent un accroissement rapide ; les rangées se dessinent, et on peutdès-lors/<7*><? fonctionner la houe à cheval autant de fois que le demande l'état de la terre sous le double rapport de l'ameublissement et de la propreté. C'est également le moment d'éclaircir les places trop épaisses. Ou laissera les plantes à 9 pouces les unes des autres dans la ligne. Quelques auteurs conseillent de regarnir les places vides en y plantant des carottes prises soit dans le champ même, soit dans une pépinière : cette méthode est peu pratiquée.
Les carottes semées au milieu d'une autre récolte se traitent à peu près comme celles semées en récolte principale, à l'exception que les binages se font à la main. Immédiatement après l'enlèvement de la première récolte, on donne plusieurs hersages répétés dans tous les sens, afin d'enlever le plus de chaumes possible. On procède ensuite à Véclaircissage du plant dans les places trop garnies : on enlève tous lesdébris rassemblés par le hersage ; on bine autant de fois qu'on le juge à propos. Comme il est rare que les carottes deviennent dans ce cas aussi grosses que les autres, on les laisse un peu plus épaisses.
Le feuillage des carottes a une odeur qui repousse presque tous les insectes. Cepeu-
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dant il est des contrées où "les limaces les rongent si impitoyablement à leur naissance qu'elles ne laissent parfois aucune trace des semis- Dans les jardins de l'Anjou le meilleur moyen connu de remédier à ce grave inconvénient est de saupoudrer là terre, à l'époque de la germination, de chaux en poudre qui éloigne ces animaux, tant qu'elle n'est pas éteinte par les pluies, sans faire le moindre tort itux plantes. Il y a lieu de croire que dans la grande culture le même moyen, ou l'emploi de cendres répandues à la volée de la même manière, tout en préservant les jeunes carottes, profiterait plus tard à leur développement.
§ V-— Récolte, conservation et produit.
Les carottes en récolte principale ont atteint tout leur développement vers la fin de septembre ; celles qui n'ont éié cultivées que comme récolte accessoire et supplémentaire n'arrivent à maturité que vers le milieu d'octobre. Ces plantes craignent peu la gelée, et, quand, à 1 arrière-automne, elles n'ont pas atteint toute leur croissance, on peut en retarder un peu la récolte sans inconvénient, à moins qu'on n'ait besoin de préparer la terre pour procéderàun ensemencement de plantes hivernales. « Dans la contrée que j'ha- » bile, dit Sciiwertz, nous n avons pas eu de » pluie pendant tout Tété. Vers la fin de sep- » lembre on aurait dû procéder à la récolte » des carottes, mais la terre était tellement » durcie qu'elle pouvait à peine être entamée » par un fort brabant; les feuilles des carot- » tes et des bettera\es tombaient flétries. » Pendant qu'on opérait l'arrachage dequel- » qin's-unes, il survint pendant plusieurs » jours une pluie violente qui dura jusqu'au » 12 octobre, i es carottes auxquelles on n'a- » vait pas encore touché commencèrent à vé- » géter de nouve »u, produisirent un chevelu » blanc et abondant; les racines augmentè- » reul d'épaisseur, et celles qui lurent arra- » chées les dernières étaient 1;3 plus grosses » que celles qui lavaient été auparavant. » ( Un leitung zum praklischen acherban.)
On a cru remarquer que les carottes provenant d'une semence produite elle même par des racines cultivées depuis long-temps dans les jardins, supportent moins bien les intempéries des saisons et les variations brusques de la température que celles qui ont été cultivées long-temps en plein champ : elles sont surtout beaucoup plus exposées à la pourriture dans les champs humides. Lors