‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 289 sur 329 · IX1 RAGES · texte numérisé non relu

IX1 RAGES

Enfin, dans les terres calcaires à l'excès, de toutes les plus difficiles à féconder, pour remplacer les chardons, les euphorbes et les quelques graminées à feuilles coriaces que les moutons mêmes repoussent, et qui croissent parfois seules, spontanément, en de semblables localités, les espèces qui réussissent le mieux, sont : le brome des prés, les fétuques ovine et traçante, la fétuque rouge, le dactyle pelotonné, \efromental, le ray-grass, le paturin des prés, celui à feuilles étroites, etc., etc.

Quelque limité que soit le nombre des plantes cultivables sur un terrain donné, n'y en eût-il que 3 ou 4, il peut y avoir comparaison entre elles, et il est bien probable que les unes devront l'emporter sur les antres. — On devra donc avoir égard aux diverses circonstances suivantes : — le goût plus ou moins marqué que montre le bétail pour telles ou telles herbes, — leur précocité, — l'abondance de leurs produits, — leur permanence,— et les propriétés nutritives propres à chaque espèce.

§ II. —Du choix des plantes fourragères eu égard au goût des diverses sortes d'animaux.

Le goût plus ou moins marqué que montrent les bestiaux pour telles ou telles herbes est un indice qui trompe peu, et qu'on fera bien, en général, de prendre en grande considération ; cependant il n'est pas douteux, d'une part, que les animaux rejettent parfois au premier abord des plantes favorables à leur santé, et auxquelles on les habitue à la longue, au point même de les leur faire rechercher avec une sorte d'avidité, tandis qu'on les voit assez souvent manger spontanément d'autres plantes nuisibles, soit à leur existence, soit à la qualité de leurs produits. — «Sans avoir fait d'essais sur cette matière, dit Sprengkl, on ne peut jamais parvenir à un résultat certain ; l'analogie, dans ce cas, ne peut être un guide sûr, car le trèfle des champs (trifolium arvense) n'est pas mangé par le bétail, malgré que les autres variétés de trèfle soient pour lui une bonne nourriture. Il en est de même de plusieurs autres familles; celle des composées nous en offre un exemple singulier : le pissenlit (leontodon), l'apargie (apargia), la petite marguerite (belles), la thriucie (thrincia), l'épervière, (hieracium), la crépide (crépis), etc., etc., sont recherchées par le bétail, tandis que la matricaire Kmatrœaria), la grande marguerite (chrysanthemum), l'arnique (arnica), la centaurée [centaurea)iY'\m.mov telle (gnaphalium), la inn:\\s\e (tanacetum), \& camomille (anthémis), etc., etc., ne sonl broutées par les animaux que lorsque la faim les presse. Nous voyons figurer de même, dans les familles de plantes généralement désagréables aux bestiaux, des espèces qu'ils paraissent mangée avec plaisir ; c'est ainsi qu'ils recherchent le liseron (convolvulus arvensis), quoiqu'ils repoussen! les autres espèces de la famille des convolvulacées.

» On ne peut jamais conclure des effets que doit produire sur le bétail une plante quelconque, d'après ceux qu'elle produit sur les hommes, car l'on voit fréquemment de?

AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGÈRES. liv. i".

ver au foi a et aux racines, est «ne qualité précieuse, qui peut tenir à la nature du ter-

plantes nuisibles à l'homme sans inconvénient par les animaux. On remarque même, à l'égard des espèces de bestiaux entre elles, une grande différence : le gros bétail, par exemple, repousse les labiées et les personnées(excepté peut-être lemélampire des champs et celui des prairies ( melampirum arvense et ratense)', ainsi, il ne touchera guère au thym, à la véronique, à la sauge, à la crête- de-coq (rhinanthus), etc., tandis que ces plantes sont pour les moutons une nourriture saine et agréable. — Le bétail à cornes mange avec plaisir tous les végé taux de la famille des crucifères, comme les choux, les raves; les chevaux, au contraire, ne s'en nourrissent qu'avec répugnance; ils recherchent par contre, de même que les moutons, les plantes qui appartiennent à la famille des éq uisitacées; ils s'en nourrissent sans préjudice pour leur santé, tandis que ces mêmes plantes déterminent, chez le bétail à cornes, lorsque la faim l'a forcé à en manger, des dyssenteries et enfin la mort. Les plantes de la famille des hypéricinées, très-nuisibles aux moulons, sont consommées sans inconvénient par les chevaux. Une espèce de cette famille, le millepertuis crépu (hypericum crispum), contient un poison tellement énergique pour les moutons, que le seul contact avec la rosée qui, le matin, se trouve sur les feuilles, leur est très-dangereux.— On trouve ensuite des familles entières de plantes dont les feuilles et les liges sont rejelées par toutes sortes d'animaux; telles sont, entre autres, les solanées(l); et enfin on en voit d'autres dont toutes les espèces, à l'exception de quelques-unes, sont mangées par les chevaux et le gros bétail, de même que par les moutons et les cochons : telles sont les graminées. Cependant, parmi les différentes espèces de graminées, on eu remarque plusieurs qui paraissent plus propres à tel genre d'animaux qu'à tel autre.

» Si l'on veut connaître les plantes que les animaux recherchent le plus, il faulobser er ceux-ci lorsqu'ils se trouvent au pâturage ; là ils s'abandonnent à leur instinct, et, lorsqu'ils ont assez à manger, ils ne louchent point aux plantes qui leur sont préjudiciables. Cependant ou remarque avec élonnement qu'ils mangent des plantes reconnues comme vénéneuses, et cela sans danger:

mais, en observant de plus près, on voit qu'il se trouve dans le pâturage des plantes dont les propriétés neutralisent les effets des premières. En cherchant à connaître les végétaux dangereux et utiles qui se trouvent dans un pâturage, il faut considérer le nombre d'espèces qu'il contient : plus il y en a, mieux on peut distinguer celles qui conviennent aux animaux, tandis que, dans le cas contraire, on peut facilement se tromper. »

Du choix des plantes fourragères eu égard à leur précocité.

La précocité des herbages, pour les animaux qui ont été nourris pendant tout l'hi-

rain, comme au choix des espèces végétales. Dans les terrains argileux, humides et froids, le développement fourrager des plantes est souvent plus tardif de 15 jours que sur des sables facilement échauffés par les premiers rayons du soleil de printemps, et d'un autre côté entre certaines plantes, telles, par exemple, que le pâturin des bois et la fétuque élevée, il n'est pas rare de remarquer, sur le même sol, une différence au moins aussi grande. — On comprend, sans qu'il soit besoin d'entrer à cet égard dans des détails circonstanciés, que le meilleur moyen de remédier à la disposition tardive d'une localité ou d'une espèce, c'est de couvrir l'une d'herbes naturellement précoces, et de placer l'autre en des lieux perméables à la chaleur. Toutefois un pareil arrangement, très-facile et très commode pour un certain nombre de graminées, ne l'est pas, à beaucoup près, pour toutes : il en est qui ne ponrraient végéter hors des lieux auxquels elles furent destinées par la nature.

La précocité, en elle-même, n'a pas le seul avantage de hâter le moment où Ion peut mettre les animaux au vert ou celui de la fauchaison ; nous verrons, lorsqu'il sera parlé spécialement du vu/pin des prés, du dactyle, des ivraies, etc., etc., que la richesse du pâturage ou le nombre des coupes que Ion peut effectuer dans le courant de la belle saison, dépend, en grande partie, de la rapidité de végétation des herbes qui composent les pâturages et les prairies. — 11 existe toutefois, entre ces deux sortes d'herbages, des différences qu'il importe de signalerici.— L'époque de la plus forte végétation des plantes réunies naturellement dans un même lieu est rarement le même : le vulpin des prés, Yàflouve odorante, le dactyle pelotonné, X ivraie vUace, le poa des prés, Y avoine des prés, etc., devancent les autres dans leur croissance printanière, et fournissent un abondant fanage pendant la première partie de l'été; — dans le cours de celte saison, ce sont : Vavoine jaunâtre, la crételle, la jéluque des prés, divers pàturins, la houque laineuse, le trèfle des prés, le trèfle rampant, la gesse des prés, etc. etc.; — enfin, pendant l'automne, la fétuque élevée, Yagrostis stolonifere, le chiendent, la millefeuilie, etc., etc. Un tel mélange et de telles dispositions présentent, entre autres avantages {yoy. le paragraphe?), celui de régulariser, pour ainsi dire, la production du fourrage sur les pâturages, pendant presque toute l'année; dans les prairies, au contraire, si l'on n'a eu la précaution de réunir des espèces d'une végétation à peu près uniforme quant à son développement et n sa durée, il arrivera, ou qu'on récoltera des herbes précoces lorsqu'elles auront perdu la plus grande partie de leurs sucs nutritifs, par suite de la dessiccation sur pied; ou que les herbes tardives seront loin encore d'être arrivées au point de maturité qui constitue les bons foins. Aussi, en pareil cas, surtout lorsque lea

(1) On sait que dans beaucoup de lieux les fanes de pommes-de-terre avant leur entière dessiccation sont utilisées pour la nourriture des vaches et des bœufs, cjui ne lea mangent à la vérité que faute de mieux» mais entin qui les mangent sans en être incommodés. 0. L. T.

csap. 18e. DES PATURA (;tS.

prairies ne doivent occuper la place qu'on leur destine que pendant un nombre limité

une qm d'années, préfère-Von assez souvent des semis homogènes.

Du choix des plantes fourragères eu égard à l'abondance de leur produit.

L'abondance des produits qu'on doit attendre d'une herbe quelconque considérée isolément, dépend soit de C élévation et du rolume ou de la multiplicité de ses tiges et de ses feuilles ; — soit de la rusticité plus grande qui lui permet de croître dans des terrains de moindre qualité et de résister aux intempéries des saisons; — soit, enfin, de la faculté qu'elle possède de continuer de végéter plus long-temps et de mieux repousser sous la fauix ou la dent des animaux.

En général les plantes qui s'élèvent et grossissent beaucoup, telles que les panis, le sorgho, l'alpiste, etc., etc., ne sont propres qu'à être mangées en vert parce qu'elles durcissent en se desséchant de manière à rebuter les animaux; — d'autres, comme le fromental, Yàjétuque élevée, les bromes, etc., doivent au moins être fauchées de fort bonne heure. Mais il en est aussi, et de ce nombre on pourrait citer \i /léole des prés, ou thimothy des Anglais et \" ivraie d'Italie, dont l'élévation des fanes ne diminue en rien la qualité du foin.

Assez souvent des herbes dont les tiges s'élèvent beaucoup tallent et gazonnentjort peu; celles-là peuvent faire quelquefois partie des prairies, mélangées à d'autres espèces, mais elles sont peu propres à entrer dans la formation des pâturages, tandis que d'autres herbes moins élevées et plus gazonneuses conviennent beaucoup mieux a cette dernière destination. — Dans les herbages fauchables, elles deviendraient inutiles, parce qu'elles échappent en grande partie à la faulx, et nuisibles, parce qu elles occupent la place de meilleurs produits, tandis que sur les pacages celles même qui ne sont qu'effleurées par la dent des chevaux ou des bêtes bovines sont atteintes rez-terre par les moutons, auxquels elles procurent une bonne nourriture.

La rusticité ne consiste pas seulement, pour chaque espèce, à résister aux vicissitudes dessaisons. a supporter accidentellement une liumidné surabondante dans le sol et une sécheresse prolongée dans l'atmosphère; a pousser avec assez de vigueur pour ne rien craindre du voisinage d'autres plantes plus voraces et moins utiles, mais encore, pour les plantes étrangères, à résister sans dommage aux froids de nos climats et à mûrir leurs graines avant l'atteinte des gelées. — Parmi nos graminées les plus rustiques il faut ciler Vagrostis florin, le brome des prés, le dactyle pelotonné, la fétuque ovine, etc., etc.

Quant à la faculté de pousser de nouvelles feuilles et même de nouvelles tiges florales après l'époque delà fauchaison ou le passage des animaux, elle est loin d'appartenir également à toutes les espèces: le florin la possède à un haut degré; sa végétation est presque continuelle, et ses tiges conservent

îcug-lcnips leur fraîcheur en hiver; le dactyle pelotonné, qui se maintient mieux que beaucoup d'autres graminées des prés sur les terrains secs et médiocres, y repousse aussi avec une facilité et une rapidité remarquable; le ray-grass talle et se fortifie d'autant plus qu'il est plus brouté et piétiné, le vulpin des prés peut épier jusqu'à deux fois dans la même année, etc. Au point où nous en sommes, il serait, je crois, inutile de multiplier de semblables exemples; il nous suffira de remarquer que la propriété qui nous occupe en cet instant est une des plus importantes par rapport aux herbes fourragères, qui composent les prairies à regain, et surtout les pâturages ouverts pendant la plus grande partie de l'année aux animaux.

Du choix des plantes fourragères eu égard à la durée de leur existence.

C'est une loi fort ordinaire de la nature, que plus la durée d'un végétal est longue, moins son premier développement est rapide.— Une plante annuelle, semée au printemps, parcourt dans la même année toutes les périodes de sa courte existence, tandis qu'une plante bisannuelle ou vivace s'empare pourainsi dire seulement du terrain, et ne pousse ses liges florales que la seconde année. Il est même beaucoup de plantes vivaces qui n'arrivent qu'après 3, 4 et 5 ansà leur plus fort développement". Ainsi on doit attendre le maximum des produits d'un trèfle dès la seconde année ; mais on ne peut compter sur celui d'un sainjoin que la 3e a la 4 , et malgré la position en quelque sorte exceptionnelle où se trouve à cet égard la luzerne, dont chacun connaît la rapidité de croissance, toujours est-il qu'elle augmente annuellement en produits, jusqu'à ce que ses puissantes racinesse soient suffisamment emparées du sol II en est de même des graminées vivaces ; quoique la plupart végètent vigoureusement dès la seconde année, beaucoup ne parviennent à toute leur force que plus tard.

Les Jourrages annuels, à quelques familles qu'ils appartiennent, peuvent avoir une très-grande utilité dans la culture alterne. Nous les avons déjà vus, en traitant des assolemens, et nous 'les verrons bientôt en parlant de chaque plante des prairies et notamment des légumineuses en particulier, jouer un tôle important pour remplacer la jachère morte et préparer le sol à d'autres cul i ures. — Il n'est pas rare non plus qu'on les utilise momentanément dans la formation des prairies artificielles de longue durée et des pâturages permanens, pour obvier à la lente croissance des plantes qui les composent, et obtenir, dès la première année, une récolte de fourrage. C'est ainsi que l'on peut dans certains cas semer la luzerne de bonne heure en automne avec de Yescourgeon ou du seigle ; — mêler dans les terrains calcaires le brome doux et celui des seigles au sainfoin; — ailleurs l'orge des prés à des herbes dont le produit doit se faire attendre deux ans, etc., etc. — En pareil cas, les plam tes annuelles, pour peu qu'elles ne soient pas semées trop épais, protègent au prin*

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temps la première croissance des végétaux d'une plus longue durée, et lorsqu'elles commenceraient à les gêner dans leur développement, elles tombent sous la faulx sans avoir eu le temps de répandre leurs graines. Ajoutons que, tandis qu'elles procurent par leurs fanes une utile récolte, elles laissent encore dans le sol quelques débris qui devront, en se décomposant, tourner au profit de la végétation des années suivantes. Quand on veut établir un herbage temporaire, avant de choisir les végétaux qu'on pourra taire entier dans sa composition, il faut être d'abord à peu près fixé sur la durée

qu'il devra avoir. Il seraitégalement fâcheux, en effet, de cultiver des plantes qui ne donneraient pas encore le maximum de leurs produits lorsqu'il faudrait les détruire, ou qui dépériraient avant l'époque fixée pour le retour des cultures économiques; — de remplacer, par exemple, dans l'assolement quadriennal le trèfle par le sainfoin Ou la/#zerne, et, dans un assolement qui comporte un herbage de 5 à 6 ans de durée, le sainfoin par le trèfle ; Yagrostis tf Amérique ou la fétuque élevée par l'ivraie d'Italie, etc., etc. — Il y a donc place dans la bonne culture pour les herbes fourragères de quelques années d'existence seulement, comme nous venons de voir qu'il y en avait parfois pour les herbes annuelles; eu pratique, leur importance est même Irès-graude. — Le trèfle, quoique vivace, est traité presque partout, avec grande raison, comme s'il n'était que bisannuel ou tout au plus trisannuel, parce que, dès la 3e année il est rare qu'il ne se dégarnisse pas. Mais aussi, dès l'année qui suit le semis, on sait combien il est fourrageux. — Ce seul exemple suffit.

Lorsqu'il s'agit plus spécialement des pâturages permanens, la longue durée des plantes qui les composent est une condition première de succès. Cette durée peut s'obtenir, soit en faisant choix d'espèces naturellement très-vivaces, comme [a/étuque élevée, Vagrostis d'Amérique, le thymothy, etc. ou d'espèces qui se régénèrent facilement par suite de la disposition de leurs racines à tracer ou de leurs tiges à pousser de nouvelles racines de chacun de leurs nœuds inférieurs, telles que lesfétuques traçante et flottante, le florin, etc., etc. , soit- en mélangeant plusieurs espèces différentes, ce qui présente, lorsque le choix est fait avec discernement, dassez nombi eux avantages, car non seulement la disposition différente des tiges et des racines, l'élévation et la profondeur plus ou moins grandes auxquelles parviennent les premières ou pénètrentlessecondes,fontque le terrain peut nourrir un plus grand nombre de plautes et se trouve mieux garni à sa surface, de sorte que les produits sont plus considérables, mais encore que la somme totale de ces produits est moins dépendante de la variation dessaisons, et qu'enfin l'herbage est infiniment plusdurable,attenduqu'ils'établit entre tous les végétaux une sorte de rotation telle que ce sont toujours ceux qui se trouvent dans les circonstances, pour eux les plus favorables, qui dominent aliernativement les autres.

§ VI. — Du choix des plantes fourragères eu égard à leurs qualités nutritives.

Quoiqu'il y ait parmi les chimistes quelque divergence d'opinion sur les propriétés plus ou moins nutritives de telles et telles substances qui entrent dans la composition des végétaux, telles, parexemple, que le principe amer que Spretvgel considère, à cause de l'azote qu'il contient, comme l'un des plus nourrissans, après l'albumine, et que Davy croit, au contraire, devoir être rejeté, dans les excrémens, avec la fibre ligneuse; — sur l'importance plus ou moins grande, dans l'acte de la nutrition, de divers sels, notamment de l'hydrochlorale de soude ou sel marin, et du phosphate de chaux, qui abonde dans les os des animaux; — enfin, sur celle des acides, tels que les acidts hydrochloriques, phosphoriques, etc., et des nombreux corps simples qu'on retrouve en petites quantités dans les cendres végétales, comme la soude, la potasse, la chaux, la magnésie, la silice, le 1er et la manganèse. — Il est un point sur lequel on est généralement d'accord, c'est que, plus les plantes possèdent de substances sotubles, plus elles sont nutritives.

« Si l'on veut connaître avec exactitude, dit Sprengee, la valeur d'une plante comme fourrage, il faut, dans les analyses, considérer, avant toute chose, la quantité eu poids de l'eau et de la fibre végétale en raison de celle des autres substances qui s'y trouvent, puis la quantité des parties incombustibles nutritives, commele sel marin, le phosphate de chaux, etc., et enfin, celle des parties incombustibles qui ne servent pas, ou presque pas, à la nutrition, comme la silice, l'alumine, etc. — Il est important de connaître la quantité d'eau et de fibre végétale, parce qu'une trop grande proportion de l'une peut occasioner la pourriture aux moutons, et que l'autre résiste en grande partie à ta digestion. — Il faut que les plantes destinées au pâturage des moutons soient riches eu sel commun, en principe amer, en ai orne, en phosphate de chaux et en substances contenant de l'azote ; — les premières de ces substances conservent l'énergie des organes digestifs, les autres contribuent beaucoup à la production de la laine, de la viande, etc.

«Les plantes qu'on destine au gros bétail, et surtout aux vaches laitières, peuvent contenir une plus grande quantité d'eau que pour les moutons, puisque l'eau contribue à la formation du lait. Outre cela, il faut qu'elles contiennent les matières que nous trouvons dans le lait, c'est à-dire la soude, le chlore, le soufre, le phosphore, la potasse, le carbone et l'azote. On voit ordinairement les vaches donner une plus grande abondance de lait après avoir mangé des plantes contenant un suc laiteux et amer, mais non acre, comme plusieurs espèces de plantes de la famille des composées, par exemple, le pissenlit, Ynypochœris, le laiiron. Plus ce suc laiteux est riche en substance saccharine, en albumine, en gluten, en gomme, en mucilage, en phosphate de chaux, en sel marin et en hydrochlorale de potasse, plus il convient à la production du lait. Les plantes

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dont le suc laiteux est acre, comme 1 'euphorbe, sont dangereuses. »

Il ne faut pas cro re que la substance solublc soit identique dans toules les plantes, et que la proportion de ses parties constituantes ne varie pas, dans le même végétal, eu égard à diverses circonstances, parmi lesquelles on doit placer eu première ligne l'époque plus cm moins avancée de la végétation. Ainsi, l'albumine abonde dans certaines herbes, parmi lesquelles je citerai le pied d'oiseau {prnithopus perpu.sdlus) et le pissen lit (leontodon tanixacum) ; — dans d'autres, domine les graminées, c'est le mucilage; — dans plusieurs, telles que le boucage saxifrage { pimpinella saxijraga ), la lu pu Une (mrdicago lupulina), ce- sont la gomme et ie mucilage; — dans quelques-unes, par exemple l'elyme des sables (elymus arenarius) la malière sucrée domine, etc., etc. Ainsi encore, d'après les nombreuses expériences qui ont été laites sur les graminées, sous les auspices du duc de Bedfort, par les soins de G. Sinclair et deDAVY, on voit que la mat ère saccharine est plus considérable au commencement de la floraison, et le mucilage pendant la maturation des grames, tandis que les principes amers et les ingrediens salins abondent dans les récultes de regain. De sorte q l'en ihéorie, avant de faire choix d'une plante fourragère, il faudrait non seulement connaître sa composition chimique, mais savoir encore si, par suite de sa disposition physique, elle se prêtera à être consommée au moment où elle contient le plus de parties favorables à la nutrition, ce qui ne peut avo r lieu que pour un ceitain nom >re de végétaux, attendu qu'il en est beaucoup dont ie foin cesse alors d'être mangeable, soit parce que la fibre ligneuse devient trop roide, soit parce que les envelo, pes florales et le> arêtes qui les accompagnent prennent a*sez de consistance pour gêner plus ou moins les bestiaux pendant la mastication.

Il est ceriain que les plantes vertes, déduction faite de la quantité d'eau de végétation qu'elles renferment, quantité telle qu'elle peut quelquefois occasioner de graves désordres dans ta santé des animaux, contiennent, à poids égal, moins de parties uiiiiitives que les plante-, arrivées au moment de la floraison, et celles-ci généralement moins que les piaules déjà plus avancées daus la maturation Ici les découvertes de la science sont parfaitement d'accord avec les don-

nées de la pratique, et celte coïncidence est d'une haute importance pour la formation des prairies, comme on le verra ailleurs. Dans les pâturages, toutes les plantes étant consommées en vert, il n'y a plus lieu de s'occuper vie cette circonstance, mais il reste toujours à étudier comparativement les qualités nutritives des diverses espèces.

Cette élude, ainsi que je l'ai déjà dit, a été faite avec soin pour les grandi ées, en Angleterre, dans le jardin du duc de Bedfort ; — elle l'a été aussi pour un grand nombre de plantes de familles différentes, en Allemagne, par Sprengel. — Je crois utile de reproduire ici, en les présentant sous une forme un peu différente, une partie, non pas des analyses, mais seulement des résultats des analyses qui ont été faites dans ces deux pays, sans leur donner toutefois plus d'importance qu'elles n'en doivent raisonnablement avoir dans l'état actuel de nos connaissances chimiques (1).

Parmi les diverses graminées herbagères qu'on rencontre le plus habituellement dans les prés et les pâturages naturels et arlifici Is, celles qui paraissent, à l'état de dessiccation ou de foin, contenir à poids égal le plus de parties nutritives, sont divers pdturins, entre autres celui des bois ou à feuilles étroites, et le poa comprimé, dont on fait peutêtre trop peu de cas en France; le pâturin commun contient moins de parties solubles, et il en est de même de celui des prés, surtout lorsqu'on le laisse sur pied jusqu'à la fl >raison. — A côté des pâ tu rins et sur la même ligne, se trouve lajléole des prés, lorsqu'on la fauche déjà en graines; — Célyme des sables, trop ignoré comme fourrage vert; — la fétuque élevée, de toutes la plus riche en parties nutritives; puis celle des prés, la houque odorante, la houque molle et la houque laineuse ; la cretelle et quelques brômrs, tels que le stérile, le brome sans arêtes et la /louve odorante, fauchés, les deux premiers, lors de l'épanouissement de leurs premières fleurs, la 3' à l'époque de la fructification; viennent ensuite : le pâturin élevé, le dactyle pelotonné, les fétuques durette el glauque, la hrize, V avoine jaunâtre, l'orge des prés, ïagrostis stolonifère, etc. — En 6e ligne se trouvent l'ivraie vivace, le pâturin commun, l'avoine des prés; quelques aira, le chiendent, le bfâme élevé, l'a^rostis des chiens, etc. — Enfin, d'après les mêmes auteurs, le fromenlai et C avoine pubescente, la canchejle.rueu.se, la Jétuque flottanîe et la mélique bleue, se-

(1) Voici comment ont opéré les deux chimistes anglais et allemand : — Davy, après avoir soumis à l'aetion de l'eau bouillante seulement les herbes, soit vertes, soit sèches, jusqu à ce que toutes les parties soluUlrs fu.-.»ent enlevées, tit ensuite filtrer la liqueur pour en séparer la libre ligneuse et l'évaporer ensuiie à siccité ; le ré>idu solide de cette évaporaiion lui paraissant renfermer drune manière suffisamment exacte la masse de îa matière nutritive qu'il désirait connaître. — Sprengel, aiin d'arriver à plus de précision, a cherché combien de substance on pouvait extraire des plantes préalablement desséi liées et pulvérisées, en les traitant au moyen de l'eau, de l'alcool et d'une lessive alcaline caustique. — D'après le premier procédé, il est probable que toutes les parties rendues ordinairement soluhhs par suite de la mastication et de la digestion ne furent point enlevées par l'eau; — d'après le second, on doit penser que le contraire eut lieu, c'e-t-à-dire qu il y eut plus de matières dissoutes à l'aide des procèdes artificiels employés par l'expérimentateur qu'il n'y en a naturellement dans l'estomac des, an. maux; mais, comme les analyses furent faites de la même manière pour chaque série de végétaux, on peut croire, sinon à leur précision rigoureuse, au moins à leurs résultats comparatifs, le.» seuls que j'aie eu l'intention de présenter ici. J'ajouterai toutefois que, pour arriver à cet égard à des d Minées suflisanment exactes, il faudrait connairre mieux qu'on ne (e fait la nature des réactions ehim.ques qui ont lieu dans les divers organes de chaque espèces d'herbivores et notamment des ruminaus. O. L. T.

agriculture.

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