LIV. V
■volaille et les œufs qu'elle transporte les uns après les antres dans son trou. Sa petitesse la dérobe davantage aux poursuites de l'homme. On dresse contreelle lesquatre-dechi f 1res, les Ira quenarçfâ(/T£ 713), el les autres pi ;ges ci- lessus indiqués. On la fait, dil-on, sortir de son trou en y introduisant de la r.hue. $a morsure passe pour venimeuse.
PutQis'{Mtu.vtefq/?utQrtus,L.).'P\i\s grand que la fouine, et reconnaissant à l'odeur infecte qu il répand. Il vit près des lieux habités
iuse ne grar insi que dan;
ainsi que clans les basses-cours et les colombiers, où il s'introduit quelquefois pendant la nuit. Mêmes moyens de destruction que contre ses congénères.
Loutre (Lutra vulgaris). La loutre se nourrit surtout de poisson, et c'est par conséquent pour les étangs qu'elle est le plus redoutable. Tout l'art de la chasse à la loutre consiste à lancer l'animal dans un lieu où il n'y a que fort peu d'eau; autrement elle échappe facilement aux chiens. On reconnaît sa présence dans le voisignage des étangs, à ses excrémens qui sont remplis d'écaillés et d'arêtes, el qu'elle a l'habitude de déposer sur quelque pierre blanche lorsqu'elle en rencontre une dans le voisinage. Quand on a découvert le chemin qu'elle suit habituellement, on y tend un traquenard {fig. 713), ou bien on la tue à l'aflût.
Loup {Canis lupus, L.). Comme le loup est fort redoutable pour les troupeaux, on a imaginé toutes sortes de moyens, soit pour les préserver de ses attaques, soit surtout pour le détruire. Une simple lanterne portant quatre verres de différentes couleurs, suffit pour l'écarter d'un parc de brebis pendant la nuit; on la suspend au côté de I enceinte opposé à la cabane du berger. Les grandes chasses à courre et à tir, avec chevaux, lévriers et chiens courans; les battues pour lesquelles tous les hommes armés d'une commune sont mis en réquisition au besoin; enfin l'affût : tels sont les moyens par lesquels on attaque directement et lue le loup. Mais plus ordinairement on emploie, pour lui donner la mort ou le prendre vivant, des moyens détournés très -divers. Ainsi, par exemple, on met une pincée de noix vomique dans un cadavrede mouton ou de chien qu'on dépose surtout en hiver dans un lieu solitaire, après l'avoir traîné dans les chemins et sur la lisière des bois. Assez souvent on suspend à des arbres de forts hameçons garnis de viande qu'il happe et avale en entier, car il ne mâche pas. Quelquefois on établit dans un chemin étroit un hausse-pied (fig. 712) dont la ni archet le //, appuyée sur la traverse c, la fait tomber quand elle est foulée
par l'animal, de sorte que le petit morceau de bois plat auquel est attachée la corde e, n'étant plus retenu par la traverse c, le nœud coulant se relève avec l'arbre a en même temps qu'il se resserre et saisit l'animal. Plus souvent on a recours au traquenard simple {fig. 713) ou double, dont les demi-cercles, à, Fig. 713.
d'abord fixés en ddd, se rapprochent par l'effet de la détente d'un ressort b, quand l'animal marchant sur la planchette c, décroche en e les demi-cercles a, et le saisissent par le museau ou par la patte. Les autres pièges sont destinés à emprisonner le loup: ce sont les enceintes et les fosses. L'enceinte formée d'un seul rang de pieux a une porte disposée de manièreà rester fermée quand l'animal, ayant pénétré dans l'enceinte, où t'appellent les cris d'une oie, d'uu chien ou d'un mouton qu'on y a placé, a rencontré des ficelles transversales correspondant à un bâton qui maintenait la porte à demi ouverte; la porte de la double enceinte, au contraire, est établie de manière à revenir, après avoir été poussée, à l'état d'écartement où elle était d'abord; l'intervalle entre les deux rangs circulaires de pieux n'est que juste ce qu'il faut pour laisser passer le loup; celui-ci, une fois qu'il y est entré, comptant trouver le moyen de pénétrer dans l'intérieur de la double enceinte où l'on a placé une proie, tourne continuellement dans l'étroit passage, parce qu'il ne sait pas faire voile face, et qu'en poussant pour avancer la porte bâillant en dedans, il se ferme à lui-même l'issue qu il cherche. Les fosses profondes de 8 à 10 pieds, et larges de 6 à 8 pieds, sont recouvertes tantôt simplement de baguettes, de mousse et de feuillage, tantôt de trappes à simple bascule ou à deux bascules qui se relèvent au moyen de contre -poids, quand elles ont été abaissées Le plus souvent elles ne sont en'ourées d'aucune enceinte; quelquefois elles son* bordées d'un double rang de pieux placés verti-
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DES MAMMIFERES NUISIBLES EN AGRICULTURE
calement et recouverts d'une claie, ou obliquement dirigés et s'affrontanl par le haut pour former une sorte de toit ; on place sous la galerie ainsi formée un chien ou un mouton, et le loup, après avoir cherché en vain à les saisir du dehors, s'élance et tombe dans la fosse.
Renard (Felis vulpes, L.). Les cultivateurs voisins des bois ont beaucoup à redouter, pour leurs basses-cours, leurs ruches et leurs vignes, ie rusé et patient renard; mais les chasseurs riches ou de profession se chargent volontiers de les délivrer de cet ennemi, dont ils peuvent d'ailleurs se défaire par les moyens employés contre le loup, ou par des assommoirs, des "lacets en fil de laiton, et des fumigations. Différentes compositions dans lesquelles entrent en général des chairs grillées, du galba nu m et du camphre, sont indiquées comme propres à servir d'appâts pour le renard. Il faut prendre les plus grandes précautions pour que le piège ne conserve pas les marques de la présence de l'homme, et surtout l'odeur qui lui est propre. La personne qui dresse un piège, qui traîne un appït sur le terrain où elle veut attirer la bête, fera donc bien de frotter la semelle de ses souliers et le piège lui-même, a\ec les substances qui servent d'appâts ou avec de la graisse. Elle devra aussi laisser autant que possible à l'emplacement qu'elle a choisi , son apparence naturelle.
Famille des Insectivores. — On a dit que le Hérisson commun ( Erinaceus europœus, Lin.) {Jig. 714), qui appartient à cette famille, allait
Fig.714.
à la maraude des pommes et d'autres fruits qu'il rapportait sur ses épines. Non seulement le fait n'est pas avéré, mais encore il est douteux que le hérisson touche jamais aux substances végétales; ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il a un grand appétit pour la chair; aussi fait il sa pâture de taupes, de rats, de mulots, d'escargots, de limaces, de vers de terre, de larves de hannetons et en général de tous les insectes, c'est-à-dire d'animaux dont le cultivateur est bien aise de se débarrasser; et, comme d'ailleurs il est craintif, qu'il ne cherche ni à mordre, ni à griffer, au lieu de le détruire on devrait chercher, pour l'avantage des jardins, à en propager l'espèce qui devient rare.
Ce carnassier insectivore écarté, il n'en reste qu'un qui soit préjudiciable aux cultures eu France; c'est la Ta upe {fig. 715). Cet animal vit essentiellement, sinon exclusivement, de la chair des petits animaux, notammentdes grenouilles, des vers de terre, des vers-blancs et autres larves d'insectes. Sous ce rapport il est donc plus utile que nuisible au cultivateur, mais d'uu autre
Fig. 715
côté il lui cause beaucoup de dommage : 1° en bouleversant les semis; 2° en s'em parant, pour faire son nid, de tiges de diverses graminées qu'il saisit par la racine et tait descendre sous terre; 3°en creusant peu au-dessous de la surface de la terre de nombreuses galeries, qui dérobent aux plantes situées au-dessus l'appui et la nourriture, et qui deviennent des retraites pour d'autres animaux nuisibles, et des obstacles aux irrigations, ou qui, dans le voisinage des rivières, peuvent miner les digues et fournir un passage aux eaux; 4° en coupant les racines qu'li rencontre; 5° enfin en élevant des monticules qui rendent la surface des prairies inégales et le fauchage difficile. Néanmoins, tout n'est pas perte pour le cultivateur dans ces opérations de la taupe ; il faut y voir aussi une sorte de labourage, et lorsqu'on étend les taupinières à mesure qu'elles se forment, la terre neuve qui est ainsi continuellement ramenée à la surface fait beaucoup de bien à la prairie; d'ailleurs, parmi les plantes dont la taupe entame les racines, il en est quelques unes dont on est bien aise de se débarrasser, notamment le colchique d'automne,auquel elle a préférablement recours en cas de famine.
Ce mammifère vit solitaireet vient rarement à la surface du sol. Il se tient habituellement au pied d'un arbre, d'une haie ou d'un mur, dans un gite d'où il s'éloigne trois ou quatre fois par jour, principalement le matin et le soir,pour chercher sa nourriture et construire ses galeries. Il habite préférablement dans les terres douces et meubles, à moins qu'elles ne soient souvent labourées ou sujettes aux infiltrationset aux inondations. Le mâle est plus fort que la femelle. Celle-ci met bas, au printemps,et peut-être uneseconde fois à une autre époque de l'année, 2 à 5 petits. Elle prépare en hiver, pour les y déposer, un nid souterrain couvert d'une voûte solide, dans un endroit élevé et ordinairement protégé par une haie ou un buisson ; on voit 4 ou 5 grosses taupinières fort rapprochées au-dessus de cette demeure. De son gîte la taupe creuse à peu près en ligne droite une galerie principale qu'elle prolonge quelquefois à plusieurs centaines de toises et d'où elle ouvre d'autres boyaux accessoires; de distance en distance elle rejette en dehors la terre et forme ainsi les taupinières. La profondeur de ces chemins souterrains, les dimensions des monticules varient suivant l'âge et le sexe de l'animal et suivant le degré de chaleurou de froid. La taupe travaille dans toutes les saisons, mais c'est au printemps qu'eliemontre le plus d'ardeur à l'ouvrage.
On empoisonne les taupes en imprégnant de noix vomique, d'arsenic ou d'autres dro-
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gués vénéneuses, les substances animales qu'elles recherchent pour leur pâture, et en plaçant ces préparations clans leurs galeries. On a remarqué que des noix simplement bouillies dans la lessive leur sont funestes, et ce moyen de destruction serait économique si elles consommaient plus volontiers le fruit. Les odeurs fortes leur sont contraires; aussi a-t-on conseillé de les expulser de leur demeure en y introduisant de l'ail infusé dans l'huile de pétrole, préparation dont l'odeur seule paraît leur causer des convulsions. On les prend aussi en leur donnant la chasse ou avec des pièges.
M. Dralet a fait de la chasse des taupes à l'affût un art qui a ses principes et ses règles, fondés presque tous sur un seul point de fait: savoir que la taupe vient réparer les dommages faits à ses travaux dès qu'elle s'en aperçoit et qu'elle se croit seule. On cherche d'abord les gîtes et les galeries, puis on opère suivant les cas qui se présentent:
1° Supposons celui d'une seule taupinière (a fig. 71 6) : on l'enlève d'abord avec la houe et Fig. 716.
l'on s'assure si elle n'a pas de communication avec d'autres. Pour y parvenir, on tousse dans l'ouverture qu'on a laite, c'est-à-dire à l'entrée desgaleries, et. l'on en approcheen même temps l'oreille. Si la taupinière n'a pas de communication avec d'autres, la taupe, peu éloignée, est effrayée par le bruit, et on l'entend s'agiter; alors on découvre avec la houe la galerie a b jusqu'en b, où l'on rencontre la taupe. Mais l'animal, connaissante danger, a peut-être eu le temps de s'enfoncer verticalement en terre, suivant b c ; alors on le prend en creusant jusqu'en c ou en versant de l'eau en b et le forçant ainsi à s'y présenter. Si au contraire, en toussant, on ne l'entend pas se remuer, c'est une preuve qu'il y a nue communication de celte taupinière avec d'autres, et alors on opère comme dans les cas suivans;
2° Lorsque la taupe a élevé deux taupinières (ab,Jîg.7i6), on fait une brèche cl e longue de plus de 9 pouces, dans la galerie qui les joint, et l'on ferme avec un peu de terre les deux orifices de la galerie d et e. La taupe ne tardera pas à venir réparer le dommage, et suivant le côté où elle se sera présentée, on découvrira la galerie de d en a ou de e eu b. On peut aussi l'attendre au passage et la cerner entre le bout du manche de la houe qu'on aura posé derrière elle, et l'un des points r/, e qui sont bouchés.
3° Si la taupe a fait 3 taupinières {cdc, fig. 716), on pratique deux ouvertures}^ /«cha-
MAUX NUISIBLES. uv. ief.
cune entre deux taupinières consécutives, et, suivant le côté où l'animal se présente, on opèrecomme précédemment.
4° On peut toujours ramener au cas précédent ceux où le nombre des taupinières est supérieur à trois. Pour cela on ouvre toujours la première brèche au milieu de la chaîne que forment Ses taupinières et les galeries; si la portion où s'est montrée la taupe comprend trois taupinières, on agit comme dans le troisième cas; si elle en comprend un plus grand nombre, on la subdivise comme il vient d'être dit.
5° Si la taupe, ne venant pas souffler &\\x brèches, cesse aussi de souffler aux taupinières fraîches, c'est qu'elle s'est jetée dans la grande galerie pour regagner son gîte; on l'y attaque en pratiquant plusieurs ouvertures à proximité du gîte.
6° Setrouve-t-on près d'une taupinière extrême au moment où la taupe y souffle, on l'y retient prisonnière en donnant un grand coup de houe sur la galerie qui y aboutit.
7° Le cas le plus embarrassant pour le taupier est celui où de vieilles taupinières sont situées à proximité d'une des taupinières fraîches ou de plusieurs. Pour opérer avec sécurité, il faut commencer par intercepter toutes les communications entre celies-ci et celles-là, puis opérer comme dans les premiers cas.
Si l'on attaque plusieurs taupes à la fois, on doit être très-actif et très-vigilant, parce que, lorsqu'on est occupé à en guetter une, d'autres peuvent avoir le temps de traverser les parties des boyaux qu'on a mises à découvert. Pour s'apercevoir plus facilement de leurs mouvemens, on y plante de petits étendards de paille ou de papier dont l'agitation ou la chute indique la présence des taupes, auxquelles on rend encore le passage plus difficile, en plaçant dans la brèche une petite moite déterre. On reconnaîtra encore si une taupe vient souffler à une taupinière d'où l'on est obligé de s'éloigner, en l'aplatissant légèrement avec le pied.
Plusieurs pièges ont été inventés pour prendre les taupes. Le plus simple est un tube creux dans lequel elles entrent facilement en poussant une soupape, mais d'où elles ne peuvent sortir, parce qu'un rebord du tube ne permet pas à la soupape de s'ouvrir de dedans en dehors. Tantôt une seule extrémité est munie d'une soupape, l'autre restant fermée par un fond plein ou un grillage; tantôt chacune a la sienne. Le cylindre doit avoir un diamètre un peu plus grand que celui des galeries. Dans les environs de Paris, on emploie généralement pour la même fin une pincette élastique dont les extrémités sont maintenues écartées l'une de l'autre par une plaque de tôle percée et légèrement retenue sur leurs bords. On fait aussi des pièges du même genre en croix de S1. -André, au moyen d'un ressort placé dans l'angle supérieur. Le piège imaginé par le vicomte deBeaulaincourt( fig.l 17) est une sorl e de double collet : deux fils de laiton attachés en RRà la surface supérieure d'une planchette la traversent librement en UU, se courbent en cercle le long d'une rainure pratiquée dans deux anses dç bois tenant à la planchette, tra-
fcHAP. 19e
DES MAMMIFERES NUISIBLES EN AGRICULTURE
Fig. 717.
versent de nouveau celle-ci par deux autres trous <z<2,et viennent, en se réunissant solidement avec un bout de cordon b qui a passé par un Irou central dont elle est percée, s'engager dans un anneau o suspendu à l'extrémité d'un ressort à boudin d. Le piège est maintenu dans l'état de tension au moyen d'une petite fourche c dont la tête peut entrer légèrement dans le même trou que le cordon b, et dont les deux branches divergentes barrent jusqu'à un certain point la galerie où elles sont placées ; c'est en les dérangeant que la taupe fait partir le ressort et se trouve prise par un des collets. Dans d'autres pièges du même génie, les collets sont simplement attachés à des cerceaux, à des branches élastiques fichées eu terre et courbées, et ils sont maintenus en place, soit par une motte de terre affleurant une planchette qui est suspendue file-même à la branche élastique, et que la taupe doit déplacer, soit par quelque cheville qui se décroche aisément quand elle est remuée, comme cela a lieu dans certaines souricières. Tous ces pièges sont d'un emploi avantageux, lorsque les taupes font des monticules ort éloignés les uns des autres, et surtout quand ils sont dressés sur la route qui conduit au gîte de la taupe. Les fumigations sulfureuses ou autres ne réussissent qu'autant qu'on est parvenu à confiner la taupe dans une partie de sa demeure, qui n'a point d'autre issue que cel e où Ton opère.
Quand on ne veut pas se donner la peine de détruire les taupes dans les prairies, on se borne à étendre les taupinières le plus ta vd qu'on le peut, c'est-à-dire lorsque l'herbe commence déjà à grandir, attendu que si Ton s'y prend trop tôt, il se forme bientôt un grand nombre de nouvelles taupinières.
§ II. — Mammifères rongeurs.
Genre rat (Mus). — Dans ce genre , tel que le circonscrivent le? naturalistes modernes , Fig. 718.
nous trouvons quatre ou cinq espèces qui font lortaux cultivateurs en France : i°LeRatnoir {fig. 718) ou commun (Mut ratus, L.), qui vit dans les maisons, tue les poussins et les pigeonneaux, mange le grain, creuse les murs, ronge la paille et le foin, en un mot, qui causerait des dommages incalculables, s'il était aussi multiplié que la souris. Plus gros et moins rusé que celle-ci, il devient plus facilement la proie du chat, qui cependant ne le mange pas volontiers. On l'empoisonne avec la mort aux rats, c'est-à-dire avec de la graisse mêlée avec du pain et de la graine de ménisperme (coque du Levant) en poudre, qu'on remplace, quand on juge qu'il ne peut y avoir de danger pour les enlans ou pour d'autres animaux, par du verre pilé, du vert-de-£ri$ ou de l'arsenic. On se sert aussi d'une éponge qu'on a fait griller avec du beurre salé ; cette préparation excite chez le rat qui l'a dévorée une soif ardente, et l'eau qu'on met à sa disposilion devient elle-même une cause de mort pour lui. On le prend aussi avec des pièges de diverses sortes, notamment avec de grandes souricières ou ratières, qu'on amorce avec du lard, du fromage , des noix rôties, etc. — Deux méthodes pour le faire tomber dans un réservoir d'eau où il se noie, sont indiquées par M. Loudon. lre : On accoutume les rats à venir manger sur un tonneau peu élevé, mais large et couvert d'un plancher de bois; au bout d'une semaine, on le remplit d'eau à une hauteur de 6 pouces environ, on place au milieu un morceau de brique ou de pierre qui s'élève d'un pouce ou deux au-dessus de la surface de l'eau, et l'on remplace le couvercle de bois par une peau de parchemin à laquelle on fait plusieurs incisions croisées au centre , et sur laquelle on place l'appât. Les rats qui tombent à travers ces ouvertures s'empressent de se réfugier vers la pierre, et leurs lamentations, qui ne tardent pas à être suivies de combats, attirent vers le lieu fatal tous les rats du voisinage.— 2e : La trappe inventée par M. Paul de Starton (%.719 et 720) est très-
Fig. 719.
Fig. 720.
ingénieuse. On l'établit sous quelque appentis qu'on sait être fréquenté par les rats, ou dans
AGRICULTURE : ANIMAUX NUISIBLES
tiv. i*'.
lequel on les a habitués à se réunir, et l'on en rend les abords séduisansen Tentouranl de fagots, de menu bois, de paille, etc. Le piège se réduit essentiellement à une auge nm, à une trappe hc qui y est pratiquée, à une sorte de vase en cône renversé b sur lequel s'ouvre la trappe, à un petit conduit ce qui part du fond de ce vase, enfin à un tonneau où le conduit ce aboutitet qui est enfoncé en terre. Ce tonneau est en partie rempli d'eau ; à sa paroi est adaptée une bascule qui, en s'abaissant momentanément, laisse glisser dans l'eau le rat qui a cru y trouver un refuge. La trappe est dans une sorte de défilé LJ au-delà duquel est placé l'appât; elle ne doit pas céder à ta première pression que fait la patte du rat; c'est pour cela que le bout opposé au contre-poids h est garni d'une lame de fer et appuie sur un petit rebord de forme courbe.Comme leurre, on emploie de la drèche peu colorée qu'on oint d'huile de carvi, et de la paille de froment.
*>° Souris {Mus musculus, L.). Nous n'avons rien à dire de particulier de cette espèce {fig. 721), qui ne vit guère dans les champs et que
Fig. 721.
l'on combat avec les armes employées contre les rats.
3° Surmulot {Mus decumanus, Pall.). Plus grand que le rat noir qu'il détruit partout où il pénètre. Vorace, hardi et recherchant moins les grains que la chair, il fait la guerre à tous les petits animaux et se bat contre les chats. Il est des lieux où l'on ne peut sauver de sa dent les couvées de toute espèce qu'avec des précautions sans nombre, car il perce les murs. Il habite volontiers dans le voisinage des cimetières, des voiries, des rivières et des grands établissemens; on le fait sortir de son trou en y versant de l'eau ou l'enfumant pour l'assommer à coups de bâton dans des sacs placés à l'entrée; on lui dresse des pièges de toute espèce, on le poursuit avec des chiens dressés à cette chasse, et on l'empoisonne. Il faut varier souvent les appâts.
4° Mulot {fig.722) ou grand rat des champs
Fig. 722.
{Mus sylvaticusy L.). Un peu plus gros que la souris etle campagnol.il vit dans le voisinage des forêts et dans les pays de montagnes, d'où il se répand dans les champs à l'époque des semailles et des moissons pour y dévorer autant de grains qu'il le peut. Il fait de grandes provisions pour l'hiver. Il est très-commun dans certains cantons, et sa multiplication, habituellement moindre que celle du campagnol, est parfois étonnante; elle devient alors un fléau. Il est moins nuisible aux plantes cultivées dans les champs qu'aux arbres dont il ronge lécorce et endommage les racines. Il ne fouit pas volontiers et se réfugie dans les trous pratiqués par d'autres animaux. Mêmes moyens de destruction que pour le campagnol.
Vraisemblablement cette espèce est souvent confondue avec le Rat champêtre {Mus campestris, Fr. Cuv.) et le Rat des moissons {Mus messorius).
Genre Campagnol {Arvicold).\>e, Campagnol ou petit ratdes champs (/#.723), vit principa-
Fig. 723.
lement de grains qu'il sait mettre à sa portée en sapant les tiges ; il se t'ent donc surtout dans les champs; mais il se jette aussi dans les prairies hautes où il ron^e des racines, ainsi que dans les jardins et dans les bois, où il consomme des fruits. Il fait de grandes excursions pour se procurer sa nourriture, mais il revient toujours à sa première demeure. Au rebours des mulots, il creuse sans cesse de nouveaux trous et ne fait pas de provisions. Les oiseaux de proie, les nocturnes surtout, les petits mammifères carnassiers, les chats, détruisent beaucoup de campagnols; quelques chiens les chassent avec fureur. Ils périssent aussi par milliers dans les inondations et après les grandes pluies ; néanmoins leur nombre est toujours trop considérable pour le cultivateur. On les combat donc par différens procédés : dans les terrains forts, par l'ouverture de fosses profondes de 18 à 20 pouces, plus larges en bas qu'en haut, et dont on aplanit bien les parois; par le forage, c'est-à-dire, en pratiquant des trous dans le sol au moyen de tarières; par les fumigations sulfureuses répétées sur les trous ouverts dans l'intervalle d'une nuit, après qu'on a bouché tous ceux qu'on avait trouvés ouverts la veille; dans tous les terrains, en inondant leurs demeures, en y introduisant des bâtons ferrés, en faisant fouiller le terrain par les cochons, ou suivre la charrue par des en fans qui tuent tous les animaux que le soc amène au jour, en dressant des chiens pour les chasser, en recourant aux préparations empoisonnées, etc.
DES OISEAUX NUISIBLES EN AGRICULTURE
CHAP. 19s.
Lérot ( Wyoxm Nitela^ Cm.). Nos vergers, et surtout nos espaliers de pêchers ou d'abricotiers, sont quelquefois dé\astés par le Lérot, espèce qui appartient au même genre que le Loir, mais qui n'est pas de la même espèce, quoiqu'on lui donne souvent ce nom. On le chasse la nuit pendant qu'il mange, en portant devant soi une lumière artificielle, et à coups de bâton. On lui tend des pièges lorsqu'il sort de son sommeil d]hiver, parce qu'alors il est affamé; on l'attire avec des fruits huileux, ou de la viande. Son habitation se fait reconnaître à la mauvaise odeur qui en sort, et aux excrémens qui sont à l'entrée.
Hamster (Cricetus). Le Hamster commun, qu on appelle aussi cochon de seigle y marmotte de Strasbourg, n'habite en France que l'Alsace ; il creuse en terre des trous qui ont jusqu'à 5 ou 6 pieds de profondeur, et il les remplit de grains dont il peut à chaque voyage apporter jusqu'à 3 onces dans ses abaioues. On n'indique pas de méthode particulière pour sa destruction.
Nous cn-yons inutile de parler ici du lièvre, du daim, du cerf, du chevreuil et du sanglier, animaux qui sont l'objet de la chasse proptement dite, et qui ne peuvent grands dommages au culti-
pas
causer de vateur.
Comme moyen de destruction pour tous les animaux qui se cachen». dans des trous ou des terriers, M. Thénard a indiqué l'emploi de l'hydrogène sulfuré : on mêle exactement dans un mortier ou un poêlon 4 onces (eu général 4 parties en poids) de limaille de fer et 3 de fleur de soufre ; on place ensuite le mélange dans un autre vase et on l'humecte partout d'eau bouillante en le remuant ; il se forme presque aussitôt du sulfure noir; quand l'action .commence à s'affaiblir, on ajoute 4 nouvelles parties d'eau en 2 fois, à 7 minutes d'intervalle, et quand la matière couverte d'une couche du liquide n'est plus qu'à la température de la main, on l'iutroduit dans des flacons au moyen d'un entonnoir et d'une cuiller de fer. Ces flacons doivent avoir 2 tubulures, l'une pour l'introduction de l'acide sulfurique, l'autre pour donner issue au gaz hydrogène sulfuré. On aioute l'acide par portions, après avoir engagé l'extrémité du tube qui passe par Ia2e tabulaire dans le trou qu'on veut infecter, et en l'assujettissant par du plâtre ou delà terre glaise. Si quelque fente du sol ou du mur laisse échapper du gaz, on y versera quelques gouttes d'acide sulfurique faible sur une très-petite quantité de chlorure de chaux. J. y.
Art. II. — Des oiseaux nuisibles.
C'est surtout à l'égard de cette classe d'animaux qu'il convient d'agir avec précaution dans les attaques qu'on doit lui porter, et même, en France où il existe une conspiration permanente contre la gentvolatile,nous avons peut-être plus besoin de faire valoir les services qu'elle rend, que d'indiquer les moyens de la combattre. On connaît ce fait arrivé dans le Palatinat, où, une prime ayant été offerte par tête de moineaux dont les cul-
tivateurs se plaignaient beaucoup, après ?eur destruction, les dégâts bien plus redoutables causés par les insectes devinrent tels, qu'on se hâta d'offrir une prime pour l'importation des oiseauxqu'on avait considérés commedes ennemis, tandis qu'ils n'étaient que des serviteurs un peu dispendieux.
Les oiseaux ne sont guère nuisibles à l'agriculture que par la consommation qu'ils font des graines et fruits pendans par racines ou confiés à la terre pour semences. Quelques-uns cependant arrachent les jeunes plants en cherchant leur nourriture dans les terres fraîchement remuées, et d'autres coupent ou déchiquètent les jeunes bourgeons naissans; mais ces dégâts sont peu graves et ne méritent point à leurs auteurs une guerre à mort.
Quant aux oiseaux granivores, on range parmi eux les Corbeaux, les Corneilles, les Freux, les Pies, les Geais, lesGrives, les Merles, les Etourneaux, les Alouettes, et bien d'autres; mais c'est à tort, car tous sont omnivores, c'est-à-dire qu'ils se nourrissent de substances animales et végétales: en sorte que, s'ils sont nuisibles au cultivateur en été eten automne, parce qu'ils déciment les graines qu'il était sur le point de récolter, ou lui ravissent une partie de celles déposées dans le sol pour la germination, ils lui rendent en compensation, pendant toutes les saisons, de signalés services en détruisant partout d'immenses quantités d'insectes. Faisons remar- 3 uer cpie plusieurs semblent préférer celte ernière nourriture, et qu'en tous cas, les insectes, par la destruction desquels ces oiseaux sont utiles au cultivateur, deviennent leur seule nourriture pendant la saison où les provisions sont rares, tandis que nos grains ne sont à leur portée qu'a des époques où les vivres de tout genre abondent. Depuis quelques années, les cultivateurs semblent élever plus de plaintes sur les ravages que leur causent les insectes, et beaucoup de personnes pensent qu'on peut attribuer leur multiplication à la destruction irréfléchie des oiseaux. M. Loudon, la Société d'horticulture de Berlin, celle d histoire naturelle de Gorlitz qui soutient que la diminution des fruits est en raison de celle des oiseaux; les Sociétés de Metz et de Mâcon, ont publié des Mémoires sur l'utilité des oiseaux. « De l'autre côté de la Manche, dit un de ces écrits, nou ne détruisons pas ces oiseaux en toiuovores,aucon traire nous lesprotégeons; le paysan même les respecte et ne permet point à ses enfans de s'en emparer. Nos campagnes en sont plus vivantes ; eu hiver nos bois et nos bosquets sont peuplés de ces animaux, et en été les insectes ne pullulent pas au point d'être nuisibles. On voit, pendant les travaux des champs, des volées de corneilles s'abattre sur les sillons, fouiller la terre fraîchement remuée et se repaître des larves d'insectes qu'elle renferme; lorsqu'on tue ces oiseaux, l'ouverture du gosier prouve qu'ils ne mangent pas de blé, mais seulement les insectes. »
Au reste, ces oiseaux sont utiles ou nuisibles au cultivateur à des degrés fort divers.
Les Perdrix ( Perdix cinerea et ru fa ), les Cailles {Perdix cothurnîx), les Bruans (Em-
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