ET DU BROYAGE
pointe. La macque aplatit les tiges, casse la chenevotte , détache l'enveloppe fibreuse, diminue la cohésion des fils, éclate et rompt lamatièregommeuse qui les agglutine encore.
En W estphalie , on se sert pour le macquage d^un moulin mu par l'eau; là, un arbre tour^ nant , muni de cames, élève 4 à 6 petits pilons en bois de hêtre, et les laisse retomber sur les tiges de lin étendues sur un bloc uni de bois. Des ouvriers placés devant ces pilons retournent et secouent de temps à autre les poignées de lin, et les empêchent de s'échauffer et de se brouiller.
Une autre machine usitée pour cet objet en Allemagne consiste en 2 cylindres en bois placés 1 un sur l'antre, portant des cannelures longitudinales larges et profondes, et fixés sur des axes en fer, dont l'un porte de chaque côte une manivelle. Le lin engagé par poignées entre ces cylindres, est reçu de l'autre côté à mesure qu'il s'avance par suite de leur mouvement de rotation, sur une planche inclinée de bois après avoir subi un macquage parfait.
En Flandre où l'on ne fait pas usage de la broyé ordinaire pour le lin, on lui donne un bon maillage en l'écrasant à nrauds coups avec une pièce de bois âav^ nommée battoir {fig.Z29), longue de as cent. (10 po. 1/2), large de 13 (5 po.) et épaisse de8 à9»'3 po. 1/2). Cette pièce porte par- dessous des cannelures prismati(]ues à arêtes arrondies d'environ 13 mill. (6ljg.) de hauteur, et dans son milieu est fixé un manche courbe (fig. 330) qui sert à la manœuvrer.
Fig. 329. Fig. 330.
Le lin étendu avec régularité sur une aire plane , on le frappe avec cet instrument d'abord par la patte, puis par la pointe, enfin au milieu de la tige. Ainsi maillé d'un côté, il est retourné de l'autre et traité de la même ma^ nière. L'opération terminée, l'ouvrier enlève les poignées, les secoue pour en détacher les impuretés et les débris de bois, et en forme des paquets.
Quelquefois on se sert dans le même pays pour cet objet de moulins qu'un cheval fait mouvoir et qu'on nomme mouline à battoire. Ces machines consistent en ime meule posée verticalement , qui parcourt un cercle en écrasant le lin qu'on lui présente. On peut briser ainsi de 180 à 150 kilog. de lin par jour.
Nous pensons qu'on pourrait aussi se servir avantageusement pour cette opération de la machine simple et ingénieuse, dont on doit l'invention à M. Catlinbtti (fig, 3S1). Cette
dJ4
AKTS AGRICOLES : PRÉPARATION DES PM-NTES TEXTILES. uv. iv.
Fig. 331.
machine se compose d 'un plateau circulaire horizontal A, porté sur son centre par un arbre vertical B,aYec lequel il peut tourner. Ce plateau, sur sa face supérieure, est sillonné de cannelures qui partent de la circonférence, et vont toujours, en diminuant de largeur, converger vers le centre. Sur la moitié de la surface de ce plateau , sont posés 9 cylindres coniques également munis de cannelures identiquement semblables à celles du plateau. Le !«' et le dernier cylindre sont en fonte et ne touchent pas les autres qui sont en bois, et placés très près les uns des autres. Ce i*' cylindre C porte un axe en fer qui se prolonge au-delà du bâti, et sur lequel est monté un volant D , muni d'une manivelle £. C'est lui qui, par les cannelures dont il est muni, engrène dans celles du plateau et le fait mouvoir circulait*ement. Les axes de tous autres cylindres portent des ressorts d'acier, qui les font presser contre ce plateau. Pour briser le lin, un enfant en prend une poignée qu'il étale sur le plateau , de manière à n'en couvrir que la moitié».à partir de la circonférence. Aussitôt que ce lin, par suite du mouvement qu'un homme imprime à la machine, est passe sous le l**' cylindre, l'enfant en étale une 2* poignée, puis une 3% et ainsi de suite. Quand le disque achève son tour entier, l'enfant enlève le lin tout broyé et parpoignées, à mesure qu'il sort de dessous le dernier cylindre j on bien si le brovage n'est pas suffisant , il lui donne un second tour, avec l'attention de retourner sens dessus dessous les poignées. Le lin étant sulfisamment broyé, il l'enlève, donne un coup de brosse sur les cannelures du plateau pour les nettoyer des brins de chenevotte, puis recommencée charger le plateau. Tout cela marche avec assez de célérité pour que l'opération soit continue.
En général ^ le lin maillé avec soin n'a pas besoin au broyage d'avoir été séché à une température aussi haute; il conserve plus de longueur, sa soie est mieux divisée et devient plus fine par le travail ultérieur; enfin les pointes qui donnent la filasse la plus belle n'échappent plus à la brove, et ne sont plus enlevées en pure perte à respadage.
Le macquage fait éclater l'enveloppe fibreuse du lin , et commence à briser et k détacher la chenevotte ; il ne s'agit plus maintenant que d'achever de rompre celle-ci, de la séparer de l'enveloppe et de réduire cette dernière en filasse. Onatteintce butau moyen du krofMe qui se donne avec la broyé ^ instrument bien connu et très répandu. La broyé O^.SId) «tt formé de pièces de bols réunies à
Fig.83S.
un bout par une forte cheville. La pièce ou mâchoire inférieure est montée sur 4 pieds inclinés pour lui donner plus de solidité, elest élevée d'environ 812 (30 pou.) afin qu'elle soit à la portée de la main de Touvrière qui travaille debout. Elle consiste en une pièce de bois de 14 à 16 cenlim. (5 à 6 po.) d'écarrissai^e, et de 2" 27 à 2"» 60 (7 à 8 pi.) de long creusée dans presque toute sa longueur par 2 grandts mortaises, larges de 27 niill. (1 po.), qui 1^ traversent dans toute son épaisseur. Les 3 languettes que laissent ces mortaises sout taillées en couteaux non tranchans dans leur
f)artie supérieure. Une autre pièce moins arge que la t'», la mâchoire supérieure, munie d'un manche par un bout et portant sur sa largeur 2 languettes pareillement taillées en couteau et par-dessous, est attachée sur la i** par une cheville de fer qui les travei-se toutes deux par le bout opposé au manche, et fait l'office dfe charnière. Les 2 languettes de la mâchoire supérieure entrent librement dans les rainures de la mâchoire inférieure.
Pour broyer le lin , l'ouvrière en prend une poiçnée de la main gauche» et de la droite soulève par le manche la mâchoire supérieure delà bro^e. Alors elle engage le lin entre les 2 mâchoires, puis abaissant fortement et à plusieurs reprises la mâchoire supérieure, elle brise la chenevotte et l'oblige, en lirant à elle la poignée, à quitter la niasse. Quaud la poiçnee est bien broyée et secouée jusqui la moitié, elle reporte sous les lames de li broyé l'autre moitié qu'elle tenait à la main, et ne laquitte plusqu elle ne soit entièrement broyée. Cette manipulation est répétée sur plusieurs poignées, jusqu'à ce qu'il y ait environ 2 livres de filasse; alors elle en fait un paquet qu'elle plie en 2 en le tordant légèrement et en le nouant par le bout. Cest ce qu'on nomme ordinairement queues de cheval ou filasse brute.
Eu Bohême, le lin séché au soleil est d'abord soumis à une broyé en gros , oui n'a qu'une languette et qu'une rainure; delîi il passe à la broyé en fin, qui a 2 languettes et autant de rainures; quelquefois il ne subit cette 2* opération, qu'après avoir passé quelques heures dans le hâloir. Dans quelques pays on ne fait usage que de la broyé en gros, mais seulement pour les chanvres et lins grossiers; dans d'autres, les brodes ont5 w»guettes et rainures, et même plus. En Lan|u^ doc. on passe en l*' lieu dans une brojc dont les languettes sont dentées en scie, puis dans une autre à languettes unies comme la brt>ye ordiqaire. Enfin il est quelques pays où oq
dUP. 16<.
trayaille d*abord je lin avec une broyé dont les languettes supérieures jouent très librement dans les rainures inférieures^ puisou on TafBne avec un instrument de ce genre , ou ces parties entrent presqu'à frottement juste les unes dans les autres.
Il faut que les aréteê des hmguenes 9$ des rakiureê ioient arrandiei soignauement^ si ou ne veut pas couper la soie, et on doit veillera ce que les ouvrières ne les rendent pas tranchantes pour hâter la besogne. On fera même bien avant de consacrer une broyé neuve à la préparation des lins fins et de f qualité, de l'employer au moins un an sur le cnanvre ou le lin commun. On ne doit tirer ia poignée de filasse, que lorsque la mâchoire supérieure esta moitié soulevée; d'abord on procédera a?ec lenteur et seulement lorsque les extrémités seront déjà débarrassées de leur chenevotte, autrementonbriseraitbeaucoupdefils; et on ne tirera avec quelque vivacité que lorsque toute la poignée sera bien réduite en filasse, pour raffiner et l'adoucir.
La broyé , comuie on le voit , est un àiafni- «eal grossier; on lui reproche les incouvéniens suivans : elle broie imparfaitement les fwintes où se trouve la filasse la plus fine; les tiges enjgiagécs «ntra les mâchoires et pressées par les. lames, ne pouvant s'étendre convenablement, cèdent sous le choc de la mâchoire supérieure, et se brisent ; le froissement que la niasse éprouve entre les lames la fait bourrer, mêle les brins, et malheureusement ce sont toujours les fils les plus fins et les plus beaux qui se rompent ou se brouillent ainsi , et sont ensuite enlevés au sérançage ; enfin la manœuvre de cet instrument est longue et très pénible, surtout pour des femmes qui «ont généralement chargées de ce soin.
J III.— De Tespadage et de l'écanguage.
Le Im qui a été broyé n'est pas jpour cela débarrassé de toute sa chenevotte; il eu conserve eucore une grande quantité qu'il s'agit d'enlever par une opération que l'on nomme ftpadage ou éeouehage, L'espadage se fait sur une planche A (fig. 833) attachée verticaleinent à une forte pièce de bois B qui lui sert de pied; cette planche a vers le haut une entaille demi-circulaire C, ou quelquefois elle n'est echancrée que sur le coté. L'espadeur ploie de la maia gauche une poignée de lin , qu'il appuie sur Fentaille ou l'échancrure C de la Planche, il frappe la portion de lin qu'il tient le long de la planche avec le tranchant de l«fpad« ou eepado» {fig. 384), sorte de couteau
DE L'ESPADAGE ET DE L'ÉCANGUAGE.
Fig. 331
Fîg. 333.
31S de bois à 2 tranchans mousses de 2 pi. de longueur, large de 4 à 5 po., épais de 6 â 7 lig. et ayant à une de ses extrémités une poignée par laqiielle l'ouvrier le tient de la main droite. Il secoue sa poignée après l'avoir frap* pée, la retourne, la frappe encore, travaille la pointe comme il a fait les pattes, prend soin de bien frapper le milieu qui est souvent le phis mal travaillé» et nettoie ainsi son lin des brms de chenevotte, de la plus grossière étoupe et des portions non brisées par la broyé.
L cspadage est une OfiérftHon importante qui exige, pour être bien faite, un ouvrier exercé. Celui-ci doit tenir fermement la poignée dans sa main pour qu'il ne s'échappe pas de fils qui se bouchonneraient^ et toucher le lin avec l'espadon plutôt en frottant ou en glissant qu'en frappant. Quelque soin qu'il prenne, il coupe encore beaucoup de brins sur l'arête vive de l'échancrure de la planche et les fait ainsi tomber en étoupes.
Pour être espadé convenablement , le lin doit être trie eec, et dans le Wurtemberg, surtout daas les temps humides, on lui communique le degré de siccité convenable en le passant au four ou dans un hâloir.
Une partie de la filasse tombe sous Pecang[ue et l'espade avec la chenevotte: ces 3 ma* tières mélangées se nomment vulgairement équignom; elles sont séparées par des ouvriers qui font avec les débris de la soie un fil gros* sier pour la fabrication des toiles d'emballage. Lorsque le lin, au sortir de l'espadaee, conserve de la rudesse et que le milieu des poignées est encore charge de débris de chênevottes, on passe en quelques pays cette partie sur Vaffinotr. lame de fer polie a son bord intérieur et formant un tranchant mousse, large de 3 à 4 po., épaisse de 2 lig., longue de 2 pi. 1/2, posée verticalement et bien attachée à un poteau. L'affineur prenant de la main droite une poignée de lin par les pattes, la passe derrière ta lame et en saisit les pointes de la main gauche \ il appuie le milieu sur le tranchant du fèr, tirant fortement et alternativement les 2 mains, de manière que tous les brins et les différentes parties de brins soient frotfés successivement contre ce tranchant. On donue encore au lin pour l'aifiner une autre préparation qui consiste à le passer sur un f'ottoir; cette opération, qui parait préjudiciale à cette matière textile, sera décrite quand nous parlerons du travail du chanvre.
Les Flamands, avons-nous dit , ne broient
ris le lin, et se contentent de le mailler; mais ce maillage ils font succéder Vicanguage^ sorte d'espadage énergique préférable à l'espadage ordinaire et qui se donne de la manière suivante. Vécangue {fig, 335) est une sorte de hachoir ou couperet plat et mince, muni par le haut d'une tète oui est destinéeà I ui donner plus de poids ou de la volée: le manche est court, aplati, fixé sur une des faces du couperet par des chevilles de bois. Cet écangue est en bois dur et lisse, d'une épaisseur de ^ milL (2 lig.) et ne pèse pas au-deU de 5 quarterons. La planche à écanguer A {(ig, 336) a 4 pi. de hauteur, 1 de large et 1 po. d'épaisseur; elle est assemblée verticalement sur une autre planche horizontale B qui lui sert de patin ou pied, et porte à 2 pi. 1/2 dé hauteur un
échancrurc £ de 3 po. de hauteur et 4 de profondeur. Une des arêtes inférieures de cette ëchancrure, celle du côté où frappe Técangue, est taillée en biseau (fig. 837) pour que cet
Fig. 335.
Fig. 337.
Fig. 336.
écangue en tombant ne soit pas arrêté par ce bord et ne coupe pas la filasse. Le patin B ou planche inférieure a 5 pi. de long. 1 1/2 de large et 2 po. d*épaisseur. Du c6té ou l'ouvrier se place, et à chaque extrémité sont 2 forts montans ou pieux D de 1 pi. 1/2 de hauteur, qui reçoivent une grosse courroie en cuirC fortement tendue , qui sert à garantir les jambes de Touvrier pendant le travail ou la chute de Fécangue. L écangueur prend dans sa main gauche autant de hn qu'elle peut en contenir, passe celui-ci dans Téchancrure jusqu'au milieu de sa longueur, Tétendsur le bord inférieur, puis frappe verticalement dessus, du côté du biseau, avec récangue qu'il tient de la main droite; il roule, retourne et frappe ainsi sa poignée jusqu'à ce que la chenevotte soit détachée et qu il ne reste que la soie, puis passe successivement d'une portion écanguée à celle qui ne l'est pas. Un ouvrier dans une journée de travail peut écanguer ainsi 5 kilo§. de filasse provenant de 20 kilog. de lin roui.
Il y a aussi dans ce pays des fermiers qui emploient un moulin à ailes de bois pour écanguer leur lin ; cette machine se meut à bras. L'opération est plus rapide que par l'espadon ou i'écaugue qu'on tient à la main, mais le lin se casse davantage et est moins fort. En employant 4 hommes, un moulin de cette espèce peut espader 22 kilog. de lin par jour, tandis qu'un bon ouvrier n'en espade à la main que 4 1/2 à 5 kilog. On fait aussi usage pour Tespadage, en Angleterre, d'une machine mue par un cours d'eau et en forme de tambour vertical qui porte des espadons et M. Gibard est inventeur d'une machine ingénieuse destinée au même usage.
Le lin, étant espadé, reçoit encore en Flandre un autre apprêt qui se donne de la manière suivante : l'ouvrier assis prend le lin par petites parties « le met sur un tablier de cuir qu'il porte devant lui, cl lo ralisso avec des couteaux de fer dVnvimn I pi. de long,
PRÉPARATION DES PLANTES TEXTILES. uv. iv.
larges de 10 lig., mais plus étroits vers le manche , et dont le tranchant est arrondi. Ces couteaux sont de 3 espèces, et vont en augmentant de finesse. Le lin est frotté, ratissé de cette manière dans sa longueur 3 fois consécutives, jusqu'à ce que les débris de chenevotte et de gomme soient enlevés. EnWestphalie oii on se sert du même (H*océdé, l'ouvrier ratisse le lin sur son genou qui est couvert d'une peau de sanglier, le côté lisse en dehors, et ne se sert que de 2 couteaux. Lesdéchets sont assez considérables; ceux du i" frottement servent à (aire des toiles d'emballage , ceux des autres à confectionner des fili pour les toiles à sac ou de grosses toiles de ménage. Ainsi préparé , le lin est plié par bottes de 1 kilog 375 (2 3/4 liv.},et remis auxfileuseï ou au?L peigneurs.
S IV. — Da peignage ou aéraoçage.
Le lin nettoyé de toute sa chenevotte par l'espadage, doit, avant d'être filé, être soumit à une dernière opération qiii a pour but d'enlever les dernières traces de la gomme-résine qui salit encore ses fils , de le démêler , de le refendre et de l'affiner. Cette opération se nomme oet^naj^e ou sérançage; elle est faite par les fileuses elles-mêmes ou mieux par des ouvriers appelés siraneeursy qui travaillent le lin au moyen de peignes ou sérans.
Les peignes ou serons sont en général formés d'une planche de bois dur sur laquelle sont implantées des broches de fer, de cuivre ou d'acier pointues et polies. La forme de ces dents varie avec les pa^s et la finesse de la filasse qu'on veut obtemr; tantôt elles sont uni* formémenti*ondesdans leur longueur, excepté vers l'extrémité supérieure qui est pointue, ou bien elles sont coniques depuis le pied jusqu'au sommet; tantôt elles sont taillées en losange ou en carré. Parfois on les plante en lignes droites, les unes devant les autres sur les planches ; le plus souvent aujourd'hui , comme dans les peignes anglais, elles sont disposées en échic|uier ou diagonal ement avec beaucoup de précision. Leur longueur est également très variable, et dans un atelier desérançage, on a ordinairement un assortiment complet de sérans, depuis les plus gros jusqu'aux plus fins , à travers lesquels ou passe successivement la filasse suivant le deeré de finesse qu'on veut obtenir. On a pour l'ordinaire des peignes de 4 grandeur^ ; les dents des plus grands sont carrées ou en losanges , et ont par le bas une ligne carrée sur 3 ^ po. de longueur ; celles des plus fins sont rondes et grosses comme des aiguilles à coudre latoiie de ménage.
Pour procéder au sérançage^ le peigueur fixe ses sérans sur une table solide , selon Torditt de leur finesse , puis prend de la main droite une poignée de lin vers le milieu de sa Iongiieur, et avec un des bouts pendans, ordinairement les pointes, il enveloppe celle-ci une ou 2 fois pour lui donner plus de force. Le séranceur serre alors fortement la main, et imprime verticalement à la f>oignée un mouvement circulaire, qui fait tomber la filasse sur les dents du peigne le plus gros; s'il éprouve trop de résistance â tirer la filasse horizon ta temenl , il rcuicYc doucement pour
CIAF. f 0*.
PRÉPARATION DU CHAWVRE.
eo engager une moindre quantité. Quelquefois illève la poignée de dessus le séran, l'ouvre etladivise; quelquefois il la passe et la repasse vivement. Lorsque la pointe est bien clémêlée, il en engage une plus grande longueur , et continue ainsi peu à peu jusqu'à ce que la filasse passe sans difficulté entre les dçnts du peigne; après quoi, tortillant autour de sa main la partie démêlée , il peigne l'autre bout avec le même soin. On passe ainsi la filasse sur des peignes de plus en plus fins , où elle se divise, acquiert ae la souplesse et de la douceur. La filasse obtenue la 1'* est connue sous le nom de !•' brin. On en plie les poignées en 2 moitiés tortillées Tune sur l'autre, pour former des paquets. L'étoupe res« tée dans les sérans se travaille de nouveau , et fournit un brin fin, mais plus court et plus dur que le l*', qu'on nomme iecond brin. Le reste de l'étoupe qu'on peut carder est employé à divers usages.
On ne sérance guère que les lins destinés à l» fobrication des toiles ordinaires ; le lin ramé ^ui sert à celle des batistes n'acguerrait pas ainsi assez de finesse, et ne serait pas suffisamment débarrassé de sa gomme et de ses impuretés. Pour lui donner le degré de finesse requis, on le soumet à Vaction de la brosse. Cette brosse qui ressemble à une balle d'imprimeur, est composée d'un manche long de 5 po. auquel est attachée une demi-sphère de 12 po. de circonférence, çarnie, sur sa surface convexe, de poils de sanglier d'environ 3 lieu, de hauteur, placés à une ligne de distance les uns des autTCs. On brosse sur une planche lisse de 1 pi. de largeur sur 3 de long, à une des extrémités de laquelle est implantée une cheville verticale qui sert à fixer par 2 ou 3 tours la poignée de lin, ou bien on en prend une petite partie grosse comme le doigt qu'on tortille par le haut sur l'index gauche et qu'on maintient fortement avec le pouce ; le reste de la poignée est étalé avec soin sur la olanche et on y passe la brosse qu'on tient de la main droite, en !•' lieu du côté de la patte et d'abord avec précaution, puis un peu plus énergiquement suivant le degré de finesse qu'on veut obtenir. Cela fait, on retourne le fin et 00 le travaille de même du côté de la pointe, puis on tord légèrement et l'on plie vers le milieu de cette partie, qui s'appelle un cordon de lin. Lorsque le lin est bien sec, les fils se divisent, la gomme-résine qui enveloppe encore ses fils s'exfolie, s'enlève en poussière, et on obtient une filasse fine, douce et douée de beaucoup d*éclat. Les bottes de 3 liv. 3/4 se trouvent ainsi réduites à 1 3/4 liv. et même 1 1/3 liv. Les étonnes qui sont fines donnent des fils propres à fabriquer de belles toiles de ménage, du linge de table, etc.
Dans plusieurs pays on pense que le lin doit ^t Hen«ec pour êtresérancé, et on fait même chauffer les sérans quand le temps est humide ou quand ils ont séjourné dans un lieu froid. An contraire, dans d'autres on conserve le lin a la cave avant de le peigner, parce que l'expérience semble avoir prouvé que par ce se- j
jour il se divise mieux dans le peigne et donne moins de déchets.
Après le peignage le lin refoit souvent un maiïlage qut est destiné à lui donner de la douceur, a diviser ses fils et à le préparer au filage. Ce maillaçe se donne sur un bloc de bois, au moyen d'un maillet aussi en bois qui sert à frapper les paquets. En Bohême où on pratique avec soin cette opération, le lin est mis en paquets et tordu pour qu'il ne se mêle pas, puis maillé soigneusement pouce par pouce, en retournant le paquet de temps à autre et le frappant toiy ours, jusqu'à ce qu'il devienne chaud; alors on le prend à la main et on le froisse vivement et dans toute sa longueur pendant plus ou moins de temps. Le maiïlage, cet échauflcinent et ce froissage séparent les filaniens, les affinent et les adoucissent. Ce travail pourrait, comme on voit, s'exécuter plus promptement au moyen des procédés de macquage que nous avons indiqués ci-dessus.
Les lins amenés à ce point gagnent encore en
fnesse, en douceur et en nerf^ avant d'être filés, être conservés dans des caisses garnies de papier et placées dans un lieu sec et frais.
SicTioif IL — De lapr^aration du chanvre.
J I". — Du rouissage.
Le^ chanvre, ainsi que nous l'avons vu an chapitre de sa culture, est une plante dioYque, c'est-à-dire que ce sont des pieds différens qui portent les organes sexuels mâle et femelle (1). Il mûrît par conséquent à 2 époques différentes et on l'enlève en 2 fois, savoir : le chanvre mâle au mois de juillet ou d'août, et le chanvre femelle six semaines après, vers celui de septembre ou d'oclobre.
On reconnaît la maturité du chanvre mâle lorsque les fleurs avant répandu leur poussière fécondante se cfétachent, que les feuilles se flétrissent, qiie la tige jaunit par le haut et blanchit vers la racine. Quant à celle du chanvre femelle, elle est indiquée par la maturité de la semence et la sécheresse de la tige. Il faut s'appliquer à saisir avec exactitude cette époque de maturité, parce que le chanvre mûr à point se rouit plus promptement, donne une filasse qui se détache plus facilement que celui qui a été récolté vert ou qui est resté trop long- temps sur pied.
La récolte des chanvres mâles et femelles étant faite à temps, il ne faut pas, comme cela se pratique en quelques lieux, les réunir pour les rouir ensemble; les derniers étant plus desséchés sur pied, seraient à peine rouis lorsque les autres commenceraient à éprouver dans le routoîr un commencement dfe décomposition putride.
Le chanvre étant mûr, est arraché de terre, et posé en petits faisceaux sur le sol pour lefavre sécher; il faut pour cela 8 à 10 jours. Au bout de ce temps on bat le chanvre femelle ponr en extraire U semence ; qiielques personnes ont conseillé de rouir le cnanvre avant qu'il soit
(0 Par une babilode biiarre on donne presque partout en France et en Belgique le nom de chatwre mdlê
aux tiges qui portent la graine, et celui de chaiwre femeUe à celles qui portent les organes mâles de la plante. Nous oe pouvons adopter ces locutions Ticieuses et nous emplayons dans te teite les mois de chanvre màle et femelle dans leur véritable a^^epliou.
3ië
ARTS AGRICOLES : {"RÉPARATION DES PLAIfTES TEXTILES. m. n.
bien sec, en assurant qu*il présentait alors moins de résistance au rouissage, mais Tusage a prévalu dans les pays où Ton cultive cette plante, de ne le soumettre à cette opération qu^après Tavoir fait sécher complètement, en alléguant comme fait d'expérience qu'il donne alors une filasse plus nerveuse et plus durable, et qu'il est moins siget à pourrir dans le routoir.
On a aussi prétendu que les feuiîlei introduites dans les routoirs avec les tiges passaient très promptement à l'état de décomposition putride et altéraieut la qualité du chanvre ; cependant en Alsace, oii on produit de très belles filasses, on fait rouir le chanvre avec ses feuilles. Au reste, si on craignait quelque mauvais effet de leur présence, on peut enlever celles du chanvre mâle au moyen d'un peigne à dents de fer ou de toute autre manière ; les feuilles du chanvre femelle tombent généralement au battage.
Avant de rouir le chanvre on fera bien Jtenlever les racines et les samtniiéê ^uï ne produisent rien ou presque rien, qui concourent à brouiller les nlamcns, à faire perdre du temps aux ouvriers et à augmenter les déchets. On fait cette opération en plaçant les tiees sur un billot et en coupant les racines ou (es sommités avec une hache, ou bien en les mettant entre 2 planches et retranchant les parties
3ui passent avec une vieille faux emmanchée ans un morceau de bois.
Le bai du rouissage du ehawvre est le même que celui du lin; c'est-à-dire au moyen de Teau ou bien de la lumière, de la rosée et de la pluie, de faire passer k l'état de décomposition le principe eommo-résineux oui enveloppe et agglutine les fils, de rendre la chenevotte cassante et de séparer celle-ci de la couche fibreuse qui Tenvironne.
On faitroulr le ehanvrean moyen deprocédés anali^ues à ceux dont on se sert pour le lin, tels çiue le irorage et le rouissage k l'eau. Ce dernier est le plus généralement employé; quant au rorage, qui mériterait la préférence, suivant M. Pïicolas, professeur ae chimie à Caen, il est déjà usité dans les Vosges et dans
3uelques autres lieux de la France ainsi que e l'Allemagne. On peut voir à la section pi*écédente la manière de pratiquer ces 3 procédés. Le rouissage du chanvre est plus prolongé que celui du lin. Le chanvre mâle reste oans le routoir 8 à 10 jours et le chanvre femelle 15 lours et plus long-temps encore, môme dans les temps les plus favorables de l'année. On reconnaît quHI est complet à des indices semblables à ceux qu'on emploie pour le lin, tels que rétat cassant de la chenevotte, la facilité avec laquelle la filasse se détache sur toute la longueur de la tige; enfin, lorsqu'on a conservé les feuilles, au peu d'effort qu'il faut faire pour les séparer.
Les tiges du chanvre s'élevant quelquefois a 12, 16 et même 18 pi. de hauteur, il est impossible de les mettre debout dans les routoirs; mais ici les sommités et les racines étant retranchées , toutes les autres portions de la tige peuvent se rouir plus également et être placées transversalement sur des perches en plusieurs couches successives qu'on assu-
ftit ensuite par des liens, et qu'on immerge la manière ordinaire dans les routoirs. On
fera bien de couper eh 2 ou Zjoartîes les Hgesàt 13 à 15 pieds; de cette manière ces tiges sont plus faciles à travailler, elles s'adaptent mieux aux dimensions des routoirs, donnent déplus longs brins, moins d'étoupes au peignageet une filasse toute aussi résistante.
Parle rouissage à Teau on obtient généralement, quand l'opération est bien conduite et qu'il y a un léger renouvellement de l'eau, une filasse blanche et ner^'euse; dans les routoirs à eau stagnante elle est blonde, jaune ou verdâtre. Par un bon rorage il parait qu'elle est grise, douce et facile à blanchir. Les chaovres noirs ou marqués de taches brunes, sont trop rouis, échauffés ou altérés. Au reste, la couleur des chanvres, très variable dans chacune de nos provinces qui les cultivent, dé* pend en granae partie de la nature du sol du degré de maturité de la plante, du mode de rouissage et des eaux où il s'est Qpâ*ë.
S II. — Da balâ^e^ teîIUge, brojage, etc., da obtiTre.
Le chanyre parfaitement roui est ordinaii^ ment séché sur le pré^ nettoyé, mis en bottes et conservé dans un heu sec jusqu'à ce qu'on le soumette aux manipulations qui ont pour but d'en séparer la filasse.
La manière la plus simple de séparer la filasse de la chenevotte est le teillage d la mots, 3ui se fait ordinairement à la campagne par es femmes, des enfans ou des vieillards. Les femmes tiennent ordinairement sous le bras gauche ou dans un tablier une botte de chan* vre, dont elles prennent 3 ou 8 tiges qu'elles rompent entre les doigts; la chenevotte se casse, elles la détachent de la couche filamenteuse dont elles entourent leurs bras Lorsau'elles ont rassemblé une quantité suffisante e filasse pour en former une poignée , elles la tordent de 3 à 4 tours pour que les brins ne se brouillent pas. Cette façon, très en usaee encore en Bourgogne et en Champagne, est longue et on lui reproche de donner udc filasse qui n'a pas toute la longueur de la tiee, et qui cause par conséquent beaucoup de aéchet au peignage ; en outre cette filasse enlevée en rubans reste couverte de plaques de gomme oui augmentent son poids au détriment de l'acheteur; elle n'est pas débarrassée du limon et autres impuretés qui l'ont salie dans les routoirs, et est très difficile à blanchir.
Ces inconvéniens font qu'on donne la préférence à la broyé ordinaire pour le travail des chanvres; mais auparavant de faire usage de cet instrument il convient de sécher les tiges au hâloir comme celles du lin.
Nous conseillons, si on veut obtenir une belle filasse, de soumettre préalablement, ces tiges à un bon macquagepBv un des moyens que nous avons indiqués ci-dessus.
La broyé qu'on emploie pour le chanvre est la tnéme que pour le lin et se manœuvre de la même manière; seulement, les tiges de chanvre étant beaucoup plus grosses et plus dures, on se sert de broyés dont les languettes sont moins hautes que pour le lin et entrent plus librement dans les rainures, pou ne pas éprouver trop de résistance ; ou bien on commence le travail avec une broyé à une seule languette et rainure très libre et très facile, et
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