‹ Maison rustique du XIXe siècleChapitre 170 sur 239 · DES POTASSES ET SALINS · texte numérisé non relu

DES POTASSES ET SALINS

3St

i) est composé d*iui atome de

[.otâssium 4S9,90

et d'un atome d'oxigène 100

le poids atomique du prbtoxide de potassium est donc égal à 68U,U0

Ce que Ton connaît dans le commerce et dans les arts agricoles et manufacturiers, sous le nom depotatse^ est en général formé de potasse caustiaue et de potasse carbonatée , mélangée avec plusieurs sels.

Les potasses viennent toujours de Fincinération de végétaux, et notamment en Amérique, en Russie , en Allemagne et en Toscane où les arbres sont très abondans sur certains points , et du lavaee des cendres qui en résultent. La lessive , chargée de tous les sels solubles que contiennent les cendres, c'est-à-dire de carbonate de potasse, de sulfate dépotasse, de chlorure de potassium (muriate de potasse), etc., évaporée à sec, procure le «ahn. Celuici, chauffé au rouge, donne la potasse vendable, le résidu insoluble (cendres lessivées) est composé de silice, d'alumine, de carbonate et de phosphate de chaux, d*oxide de fer, d*oxidede maDganèse et de quelques parcelles de charbon échappées à Tmcinération.

Le salin a presque toujours une couleur brune plus ou moins foncée, qu'il doit à la présence de Puimate dépotasse, dont la proportion varie avec la température à laquelle il a été soumis. Par la calcination au rouge, Tacide ulmique se brûle; Tulmate de potasse se transforme ainsi en carbonate , et la couleur brune du salin disparaît, mais alors le résidu

Erend ordinairement une teinte rouge, ou leuâtre. La première provient de la présence du péroxide de fer, la seconde est due au manganésiate de potasse, qui prend toiijours naissance quand le salin contient du manganèse et qiron le chauffe au rouge avec le contact de Tair.

Par une calcination ménagée , la potasse devient blanchâtre, légère et pulvérulente. Si ou pousse davantage le feu, elle fond et produit des masses dures et compactes.

La jn'éparaiion de la potasse est facile : On réduit d'abord en cencfres les végétaux que Ton veut exploiter. Pour cela, on pratique, une grande fosse en terre; le fond et les parois doivent en être bien battus; on y jette successivement les arbres et les plantes que Ton veut brûler, après avoir mis le feu au las, eton laisse le tout se consumer jusqu'à parfaite incinération. Si le feu était trop vif , il y aurait beaucoup de cendre entraînée par lescourans d'air. On met ensuite les cendres à couvert dans un

hangar, afin de les garantir des eaux pluviales. La cendre vieilhe est plus facile a laver que celle qui est récente , parce qu'elle se mouille mieux, ayaut déjà absorbé de l'humidité dans l'air. Il convient de l'humecter d'avance , à l'aide de 4 à 8 pour 0/0 d'eau , lorsau'on ne peut la laisser assez long-temps à rair.

Après avoir légèrement tassé les cendres sur un filtre A ( fy> 420), formé d'im tonneau

défoncé , muni d'un faux fond percé de trous, on les soumet à 3 lavages. Le 1*^ fournit une lessive assez riche , le 2* une lessive plus faible , le 3* une lessive encore moins chargée ; les eaux de lavases sont repassées sur de nouvelles cendres aun 2* tonneau B, puis après avoir traversé celui-ci , sur un 3« C, jusqu'à ce qu'on les ait amenées à 15* de l'aréomètre de Baume, environ; alors elles sont bonnes à évaporer.

Pour que ces lavages se fassent avec promptitude et pour qu'ils aient un effet assuré, il est bon d'y employer de l'eau chaude. A cet effet, on dispose une chaudière €|ui chauffe l'eau destinée au premier lessivage, ainsi que les lessives qu'on veut repasser sur de nouvelles cendres. Pour que le lessivagepar filtration soit facile, on pose sur le double fond percé de trous une couche mince de paille avant de le charger de cendres humides. Un perfectionnement notable consiste à placer un tube vertical de 5 à 6 lig. de diamètre, qui laisse échapper Talr chassé entre les deux fonds ; enfin on doit laisser la superficie des cendi*es toujours couverte de liquide , en ménageant l'écoulement au robinet ; cela régularise la filtration et prévient les fausses voies. Il est bon de laisser pendant 8 ou 10 heures les cendres ainsi immergées avant de commencer le soutirage, qui peut ensuite être continu mais très lent.

On commence Vévaporaiion des lessives à 15*^ dans des chaudières de tôle; on la termine dans une chaudière en fonte. Le résidu qu'on obtient ainsi est le salin, que l'on détache à l'aide d'un ringard et que Ton emmaga* sine. La disposition générale d'un atelier est facile à comprendre : Un long fourneau (fig. 421)supporte trois chaudières accolées; deux

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en tôle A, B, pour révaporationj» une en fonte C, pour la dessiccation du salin. La fu* mëe passe sous une ou deux chaudières D, £, en t61e^ qui sont destinées à chauffer les eaux de lesshrage.

A côté de cet appareil se trouvent quinze tonneaux, partagés en trois rangées ou bandes ; ce sont les tonneaux de lessivage. De sorte que dans un travail courant, on dessèche le salin , on évapore les eaux fortes et on chauffe Teau pureou les eaux faibles qui doivent servir aux lessives. Au moyen de tuyaux convenablement placés, des chaudières D, £, où le liquide s*échauffe, on envoie dans les tonneaux (A^. 420)-

Voici comment on conduit ropération : Toutes les eaux obtenues du lessivage à 15^ sont versées dans la chaudière A, ou elles commencent à s^évaporer, puis, au furet à mesure 3ue révaporation laisse de la capacité libre ans la chaudière suivante B, on y fait couler le liquide de A, aue Ton remplit comme la première fois. Le liauide plus concentré en B, sert à remplir la chaudière en fonte C, sous laquelle est disposé le foyer. Une vive ébullition a ordinairement lieu dans celle-ci, et dès qu'elle a enlevé une partie de Teau indispensable |Knir tenir en solution les sels solubles, ces derniers commencent à se précipiter ; il faut alors racler fortement de temps à autre les parois unis de la chaudière , à Taide de ringards aciérés (indiqués sur plat et sur champ , fig. 422 ) 9 que Ton plonge vivement dans la chau-

Fig. 422.

dière en les tenant dans la position de l'ouvrier O ( fi§. 420). Lorsque la précipitation estabondante, on laisse plonger dans la chaudière une capsule en tôle , suspendue comme Tindique la figure , par deux poulies et une corde attachée à un bout de chaîne en fer^ qui s*adapte à Tanneau réunissant les trois trmgles.

Cette capsule est percée vers ses bords de 4 rangées de trous ; ainsi disposée . elle reçoit la pi us grande partie des sels que rébullition agite dans les autres parties du liquide tandis qu'elle leur offre un repos relatif. Lorsqu'elle est suffisamment chargée, l'ouvrier l'enlève à l'aide de la corde , puis la laisse suspendue s'égoutter; il passe le ringard fortement dans le fond de la chaudière et retire la plus grande partie de ce qui reste de sel en suspension , en couvrant un instant le feu pour faire cesser ï'ébuUition, ajoutant même un seau de liquide froid et péchant au fond avec une large écumoire (ayant de 10 à 12 po. de diamètre), il remplit alors avec de la solution prise dans la chaudière B, décharge la capsule aans une trémie en bois doublée de plomb, et ainsi de suite; à la fin de la concentration , on dessèche avec précaution le liquide et le salin dans la même chaudière en agitant sans cesse è l'aide du ringard.

Il s'agit alors de calciner le salin ainsi obtenu. Cette opération se fait dans un four, de forme particulière ( fia. 423). Il a deux foyers A, dont la flamme pénètre jusqu'au fond B. du four.

et vient ressortir près de la porte C, par laquelle Flg. 423.

on introduit le salin. On chauffe le four aa rouge, puis on le charge en salin. Celui-ci se dessèche peu à peu et sans changer d'étst, quand il ne contient pas trop d'eau; mais s'il était trop humide, il fondrait et ne serait retenu qii'avec peine sur la sole. Au commence' ment de l'opération le salin décrépite, ceqoi provient de la présence des chlorures alcalios; ensuite il fond un peu et se boursoufQe. Il contracte de l'adhérence avec la sole; maisea repoussant la croûte supérieure du g&teau, à l'aide d'un rable A {fig. 424 ) tantôt sur le de-

Fig. 424 Bi ^

Tant, tantôt sur le derrière du four, la flamme qui agit sur la croûte inférieure la (ûi boursoufOer è son tour, et la force bientôt k se détacher d'elle-même.

Au bout d'une heure environ , l'acide ulmique et les autres matières organiques contenues dans le salin prennent feu. Les surfaces exposées à la flamme noircissent, puis blanchissent, en retournant la matière avec im large ringard B et une ratissoire C {fig- 434) de temps à autre , le salin se trouve converti es potasse* Quoique cette opération semble fort simple , 0 arrive souvent que le salin étant très riche en chlorures, ceux-ci fondent avant que la combustion soit terminée. £n ce cas, les morceaux de potasse présentent au centre des parties brunes qui ne sont point dépouillées de matière organique. Pour éviter cet inconvénient , il faut conduire la calcination très lentement , et faire en sorte que la combustion soit complète avant que la fusion s'effectue. La sole des fours doit être en gr^ ou en foute. Les soles en briques peuvent servir, mais elles sont trop promptement corrodées par la potasse.

Pour calciner 1200 kilog. de salin, on consomme 2 stères de bois. Celui-ci doit être choisi sec et donnant une longue flamme. Le salin perd de 10 à 20 pour 0/0 a la calcination.

Des essais nombreux ont été faits pour apprécier le rendement en potasse de divers plantes ou bois. On a remarqué que, tontes choses égales d'ailleurs, les plus jeunes branches des arbres , les arbustes et plus encore les feuilles, les plantes herbacées, sèches etincinérées à temps, donnent plus de potasse que les vieux bois et toutes les parties très ligneuses; mais ces résultats sont entreeox varublei

CBAP. 21s

SOUDE DE WARËCH.

suivant les saisons, les terrains et les engrais. Diaprés les expériences de Yauqueun, Darcet et Pebtvis, on y oïl que :

100 kil. bois de chêne, hêtre, tremble charme

donnent en salin de. . 100 à 200 gram.

100 kil. sureau^ faux-ëbé*

nier, noisetier 815 à 250

100 kil. orties, chardons des

grains, fougère, giayeiils 1000 à 500

100 kil. de marrons d'Inde. 1750

Section II. ^Cendres graveUa.

Sous le nom de cendre gravelée^ on désigne

{)lus spécialement la potasse qui provient de a combustion des lies de vin. Cette opération peut se pratiquer avec avantage dans tous les pays vignobles ; elle repose sur Vezistence du bitartratede potasse dans la lie. Ce selyexiste en assez grande quantité, mais il y est mêlé de diverses matières organiques, de sulfate de potasse et de qiielques autres sels. Quand on peut le faire, il vaut mieux en extraire le bitartrate de potasse, qui a bien plus de valeur que la potasse qu^il peut fournir, et il suffit pour cela de dissoudre à chaud , laisser déposer et cristalliser : toutefois, si les dépôts sont pauvres en tartrate, on les traite de la manière suivante :

Quand le vin est sontiré, on rassemble les lies qui en proviennent dans des tonneaux, oîi ou les Udsseen repos. An bout de quelques jours , on soutire le vin qui s*est séparé du dé pôt épais , et on place celui-ci dans des sacs, que ron met sous presse. Dans chaaue sac on met 18 kilog. de lie décantée; quana la matière est suffisamment pressée , on la sort des sacs sans briser le pain qu'elle forme, puis on termine la dessiccation à Tair. Chaque pain est courbé en forme de tuile faîtière , et posé debout sur un plancher ou un sol battu, pendant quelques jours. On peut ex poser au soleil à cette époque tous les pains essorés, et les sécher ainsi , an point de pouvoir être cassés net et avec bruit; chaque pain doit peser environ S kilog.

La lie est alors bonne à hrûler* On opère cette combustion au dehors, sur une aire bien battue, que Ton a eniourée d'un mur ou abri de 2 mètres de diamètre Jnr 25 centimètres de hauteur. Ce mur est fait en briques ou tuiles, sans mortier. Au milieu de cette enceinte, on dispose un fajgot de menu bois, que l'on entoure d'une vingtame de pains de lie pour commencer la combustion. Dès que ceux-ci sont bien enflammés, on en ajoute de nouveaux* On continue de la sorte, en élevant le petit mur à mesure que l'on accroît le tas. On s'arrête quand on a mis environ mille pains de lie dans le four. La combustion doit se faire de manière à n'être ni trop lente ni trop active. On a observé qu'elle s'opérait mietix avec les lies récentes qu'avec celles qui avaient éprouvé une fermentation dégageant des gaz putrides.

3000 kilog. de lies ainsi brûlées fournissent 600 kilog. oe cendres gravelées. Celles-ci sont ordinairement blanches etnarsemées de morceaux tachetés de bleu ou de vert; leur saveur est brûlante, elles donnent environ la moitié de leur patdsde potasM de boiuie qualité*

Les diverses cendres dont on a extrait des sels solubles par les moyens ci-dessus iudi* qués en retiennent toujours quelques traces; elles contiennent d'ailleurs plus ou moins de carbonate de chaux. Par ces deux raisons elles peuvent être employées sur les terres en culture comme de nous amendemens calcaires, doués d'une légère action stimulante, capables d'ailleurs d'alléger graduellement la couche, arable des sols argileux et compactes. |

Certaines cmdrMfieute^, trop pauvres en alcali pour être employées à l'extraction de la potasse ou même au lessivage et blanchissage du linge, comme celles de la tourbe et du bois flotté, peuvent être utilement appliquées à l'absorption de divers liquides chargés de matières azotées (sang, urine, etc. ) et servir ensuite d'enarais, Pfous indiquerons, à la fin de cet article, la composition et les usages communs et spéciaux des diverses potasses et soudes commerciales.

Section III. — Soude de iMreeh.

On connaît dans le commerce sous le nom de soude de toarech un produit que sa composition range en réalité parmi les potasses. Cette substance se prépare sur les cotes de la Normandie, au moyen de plantes marines connues sous le nom de goëtnon ou fucus^ qui peuvent flotter sur l'eau. Cette propriété permet d'en former des radeaux que l'on fait arriver aisément aux endroits où us doivent être desséchés et brûlés.

La comhMtion du goémon se fait dans une fosse, et à mesure que le résidu de l'incinération entre en fusion il se rassemble en masses ; c'est la soude brute qu^emploient les verreries à bouteilles. Pour en extraire les sels de warech, on lessive cette soude et on évapore la liqueur par des moyens analogues à ceux que nous avons décrits ci-dessus. Les eaux-mères retiennent les combinaisons d'iode; c'est de là qu'on extrait ce corps simple employé notamment en médecine pour le traitement des goitres, dans les arts pour la préparation de l'ioclure de mercure, et dans les laboratoires pour déceler la présence de l'amidone, etc. Les sels qu'on extrait des soudes brutes de warech par le lessivage contiennent en poids:

i Sulfate de potasse. • .

Chlorure de potassium Sel marin. • •

M. GAT-JiXissAC a donné cette composition comme la moyenne de plusieurs essais. Ces sels sont d'un grand intérêt par leur richesse en potasse, qui permet de les appliquer à la fabrication de l'alun et àcelledu salpêtre. On reconnaît les sels de warech à la présence de quelques traces d'iodure de potassium ; on peut en séparer une grande partie du sel marin par précipitation à cnaud; les autres sels cristallisent par refroidissement. Le sel marin ainsi obtenu

Ï>eut servir aux bestiaux ou être employé dans es mélanges réfrieérans.

Le carbonate de soude, qui constitue la substance utile des soudes naturelles, s'extrait, en France, en Espaene, etc., des plantes qui croissent sur le bord de la mer. Ceiles-d contiennent de l'oxalate de soude qu*oa trans»

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forme en carbonate par la calcinatlon et au*on débarrasse des matières étrangères par lessivage et précipitation.

Section IY. — Soudes naiurelki.

On désigne sous cette dénomination les soudes brutes qui sont un résidu à demi fondu de l'incinération de divers végétaux.

Pour extraire la soude des plantes marines, on coupe celles-ci et on les fait séchera l'air; on les brûle ensuite dans des fosses dont la profondeur est d'environ 1 mètre et le diamètre de ] mètre 3 décimètres. Cette combustion se fait en plein air, sur un sol bien sec, et dure plusieurs jours. Elle procure, au lieu de cenares, une masse saline, dure et (compacte, à demi fondue et un peu boursoufflée que Ton amasse et qu'on verse dans le commerce sous le nom de soude. Les diverses soudes se distinguent par le nom du pays d'où elles sont tirées ou par celui de la plante qui les fournit.

Ces soudes brutes renferment, en proportions diverses du carbonate et du sulfate de soude, du sulfure de sodium, du sel marin, du carbonate de chaux, de l'alumine, de la silice t de l'oxide de fer et enfin du charbon échappé à l'incinération. Elles contiennent

Quelquefois du sulfate, de potasse, du chlorure e potassium, de l'iodure et du bromure de calcium.

La plus estimée est la harille ou soude d^Espagne y connue dans le commerce sous le nom i\esouded'Alicante^ de Carthagène, de Malaga; on l'extrait de plusieurs plantes, mais particulièrement de la barille^ espèce de salsola cultivée avec soin sur les côtes d'Espagne. Cette soude contient de 25 à 3â p. 0/0 ae carbonate de soude sec.

Les soudes qu'on récolte en France sont loin d'offrir cette richesse ; on en distingue de 3 sortes.

Le salicor ou soude de Narbonne^ qui provient de la combustion du salicomia annua cultivé aux environs de Narbonne. Cette plante est semée et récoltée dans la même année. On la coupe après l'époque de la fructification; la soude qui en provient contient de 13 à 15 p. 0/0 de carbonate de soude; on l'emploie dans la fabrication du verre vert.

La blanquette ou soude d^Aigues-Mortes^ qui s'extrait entre Frontignan et Aigues-Mortes de toutes les plantes salées qui croissent sur les bords de la mer. Ces plantes sont le salicornia europœa, le salsola tragus, Vatriplex portulacotdes^ le salsola kali et le statice Itmonium. C*est la première de ces plantes qui donne le plus de soude et la dernière qui en donne le moins. Toutes abondent en sel marin, que l'on en extrayait autrefois pour éviter de payer sur ce produit la taxe du sel. La blanquette ne contient que 3 à 8 p. 100 de carbonate de soude.

Le warech ou soude de Normandie, dont nous avons parlé ci-dessus en la classant parmi les potasses, ne donne que de 1 à 2 degrés alcalimé triques, et n'est par conséquent utile que par le sulfate de potasse, le cnlorure de potassium et de sodium ainsi que l'iodure de potassium.

Section Y. — Soude artificielle.

Cette soude est venue remplacer, dans presque tous leurs emplois, avec d'immenses avantages pour la France, et les potasses exotiques et la soude naturelle qui nous étaient fournies par les Espagnols avant la révolutioa de 93. On obtenait cette dernière, en France, sans autres soins que ceux donnés à la récolte et à l'incinération des plantes; ce fut alors l'un des objets les plus usuels et les plus nécessaires que nous fournissait le commerce étranger. La soude, en effet, est l'une à» principales matières premières des verreries, des fabriques de savons^ des buanderies, des blanchisseries de toiles, des opérations de teinture , dans plusieurs autres arts industriels on eu fait un usage journalier. On ne pouTail la remplacer que par la potasse; mais nousoe pouvions recevoir cette substance, pour la

1>lus grande partie, que de rétrançer,qui doos a refusait, et ce que nous possédions dev^ nait, pour la fabrication du salpêtre, d'une impérieuse nécessité.

Un ingénieux manufacturier, Carny, proposa, à cette époque où nous étions privés des ressources du commerce étranger, de publier ses moyens de fabriquer la soude. Leblaiic . DizÉ et ScHÉE furent les !*• qui formèrent un établissement pour l'extraction économique de la soude du set marin et dotèrent la France de cette nouvelle industrie. Dans la belle fabrique qu'ils fondèrent à cette époque, presque tout avait été prévu par eux; une amélioration remarquable fut apportée dans la construction des fours à réverbère par Paybn et M. Boii- RELiBR, qui bientôt après exploitèrent le nrocédé de MM. Leblanc et Diz£. Depuis lors tous les manufacturiers ont suivi les mêmes erremens, à quelques heureuses modifications près, que nous indiquerons dans le cours de cet article et qui furent indiqués par MM. Darcet, Clément, etc.

Parmi le grand nombre des procédés ingénieux proposés à cette époqUe, nous citerons, dans Tordre de vérification qui en fut faite alors :

1^ Celui de P. Malherbe, suivi chez le sieur Alban, dans une manufacture sise à Javelle près Paris : il consistait à décomposer le sel marin par l'acide sulfurique dans aes cornues. L'acide muriatique dégage était condensé dans des ballons et utilisé à la fabrication du chlore. Le sulfate de soude était décomposé dans un four à réverbère sous l'influence du charbon et du feu ;

2® Le procédé du sieur Atihënas, fondé sur la décomposition du sel marin pai* le sulfate de fer;

8* Le procédé anciennement connu en Angleterre, qui consiste à décomposer le sel marin par le plomb et qui fut appliqué en grand par MM. Chaptal et Bérarb;

4° Le procédé de MM. Guyton et Cariât, consistant à décomposer le sel marin par l'oxide rouge de plomb.

MM, GuYTON et Carnt ont encore propose la décomposition du sel marin : 5* par le felds-

Kath ; 6° par ia potasse. La soude, devenue lire, est rendue caustique par la chaux; ^ muriate de potasse (chlorure de potassium) ««•

Soude aAtificiellè.

paré par cristallisation ou précipitation, était utilisée par les fabricans de salpêtre. Ce procédé rappelle celui des savonniers allemands, qui obtiennent du savon à base de soude en ajoutant du sel marin à la solution du savon de potasse ;

7* Par Tacétate de plomb, obtenu au moyen de l'acide pyroligneux. Ce procédé est analogue à celui suivi dans ces derniers temps pour obtenir l'acétate de soude et la soude, en décomposant le sulfate de soude par l'acétate de chaux ;

8' Par la baryte ;

9^ Le sieur RiBAUCoimT a proposé la décomposition du sulfate de sonde par le charbon seul;

10** Le même chimiste a opéré la décomposition du sel marin par la lithar^e à froid et un broyage dans l'eau. Si le muriate de plomb avait une assez mnde valeur, ce procédé pourrait être applicable;

1 1* Enfin on a proposé et effectué la décomposition du set marin par la pyrite martiale (sulfure de fer natif).

Parmi tous ces procédés et plusieurs autres que nous omettons ici, parce qu'ils offraient moins de chances de succès encore, celui de MM. Lbblang et Dizé parut à cette époque le plus économique; c'est aussi celui que nous allons décrire, en prévenant qu'il a eu un tel succès et qu'il a pris tellement d'extension que la valeur des produits fabriqués annuellement en France^ tant en soude brute qu'en sel de soude raffinée , dépasse 20 millions de francs.

Ce procédé se compose de 2 parties distinctes : Tune a pour but la préparation du sulfate de soude^ et déjà quelques arts, celui de la verrerie notamment, utilisent directement la soude du sulfate; l'autre se compose de la conversion du sulfate de soude en soude brute. On pourrait considérer encore comme une 3* opération distincte le raffinage de la soude brute , et comme une 4* fanrication le traitement du sel de soude qui en résulte pour en obtenir Xeearbontxieëe soude cristallisé. Enfin, la conversion de ce dernier en carbonate sec ou en bicarbonate.

En effet, la préparation de ces produits a lieu dans des ateliers et à l'aide drustensiles particuliers. Nous décrirons successivement chacun d'eux.

$ I*'. •— Fabrication da sulfate dit des cylindres, et de l'acide mnriatique.

On désigne sous le l*' nom, dans le commerce, le sulfate de soude fabriqué dans des cylindres en fonte^ en décomposant, à un feu gradué, le sel marin par 80 centièmes de son poids d'acide sulfurique concentré ; c'est surtout dans les localités où l'acide hydrochlorique trouve un débouché facile que l'on donne la préférence à ce mode d'opérer.

Les vases cylindriques en fonte sont épais de 15 à 18 lignes ; ils ont 5 pi. de longueur et un diamètre de 18 po. ou de 2 pi. Dans le l*' cas, la charge de chaque cylindre est de 80 kil. de sel et de 66 kil. d'acide sulfurique à 60°; dans le 2* cas, on emploie, pour chaque cylindre, 160 kil. de sel et 130 kil. d'acide.

Un même foyer Mfi9* 425) chauffe 2 cylin-

▲GBICCLTUAB.

Fig. 425.

dres B, B' placés sous une voûte, et ordinairement 10 à 12 paires de cylindres sont ainsi rangés en batterie dans autant de fourneaux contigus. On peut changer ces vases sans démolir i^ autre chose du four-H neau que quelques briques de la devanture et du fond. Chacun des bouts des cylindres est fermé par un obturateur ou disque en fonte épais de 15 lig., perce près de ses bords d'un trou de 2 po. D (/{y. 426)

Fig. 427.

Fig. 426.

que Ton tourne vers la partie supérieure dn cylindre. On adapte dans le trou du disque posterieur B' un ajutageou tube en grès F, dont on laisse saillir en dehors environ 4 po. Sur ce bout de tube,on adapte une allonge courbe O dont la partie inférieure s'introduit dans le goulot d'une f bonbonneH; cellen^i est mise en communication avec une 2* qui fait partie d'une 2* rangée de bonbonnes communiquant toutes entre elles et avec la !•*, et indiquée par H I dans la fig. 427, qui représente une vue générale à vol d'oiseau de l'appareil. Celte 2* rangée communique avec une 3« K L, qui envoie de même les gaz dans toutes les bonbonnes d'une 4« rangée M N; quelquefois une 5« et même une 6« rangée reçoivent de même successivement dans toutes leurs bonbonnes les produits gazeux échappés à la condensution. Voici du reste comment on conduit l'opération :

Tous les joints de l'appareil étant bien lutés avec de l'argile mêlée de crottin et recouverte de terre franche, et le bout antérieur B seulement étant ouvert, on charge à la pelle le sel marin, on adapte et on lu te l'obturateur; puis on introduit dans son ouverture un entonnoir courbe P {fig. 426) à l'aide duquel on verse l'acide sulfurique. On retire reatoonoir et on ferme l'ouverture avec un tampon en grès qu'on lute.

On commence le feu que l'on augmente peu à peu. Il est préférable d'eniployei* comme

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coinbiistil)1e de la tourbe ou du bois plutôt que de la houille, parce que la température est moins inégale dans toutes les parties du cylindre.

L'acide sulfurique attaque graduellement le sel marin (chlorure de sodium); Feau contenue dans le mélangée, et notamment celle de Tacide employé qui forme du 5* au quart de son poids est décomposée, sonoxigène oxide le sodium qui se combine à Tacide sulfurique et produit du sulfate de soude; son hydrogène s'unit au chlore et forme de. l'acide cnlor- Eydrique (muriatique) qui se volatilise^ entraînant de l'eau eq vapeur. Ce gaz, rencontrant dans chaque bonoonne un peu d'eau et une plus basse température, se condense et produit l'acide commercial qui marque de 21 a 2Z^y contient de 0,38 à 0,40 d'acide pur, et équivaut, pour la force saturante, è 0,5 de son poids d'acide sulfurique concentré à 66*.

Lorsqu'il ne se déjgaee plus rien, quoique la température des cylmores soit au rouge brun, on enlève le sulfate avec des pinces et on recommence une autre opération.

S IL — Sulfate de wonàe des bastriaguw .

On connaît sous ce nom, dans le commerce, le sulfate de soude prépare dans l'appareil que nous allons décrire, auquel on a donné le nom de b€Uiringuey par la raison que le bruit de l'ébullition qui s'y produit a quelque analogie avec celui d^une danse publique. Cet appareil se compose d'un four à réverbère à la suite duquel est placée une chaudière à décomposer le sel marin ; puis un appareil condensateur qui varie suivant qu'on veut recueillir l'acide hydrochlorique ou que Ton préfère laisser perdre cet acide, en le oonaensant toutefois pour éviter les dommages qu'il causerait à la végétation des alentours s'il se répandait dans l'air.

Les figures ci-jointes représentent Tappareil des bastringues propre à recueillir l'acide muriatique. Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans la coupe (/f^jT. 429), l'élévatïon{ fig. 428) et la coupe horizontale (y?^. 480).

Fig. 480.

;b bi=q

•iW"«4fflii

Fig. 420.

A, cendrier; B, grille du foyer; C, mur de séparation, dit autel du foyer; D, sole du four à réverbère, construit en briques réfractaires cimentées à joints serrés avec de l'argile réfractaire ou terre à ertuset Toutes les parois et la iroûte F de cette partie du four doivent être eonstroites avec les mêmes soins. F, mur de séparation entre le four ci-dessus et la chaudière à décomposition: G, ouvreaux par lesquels les produits de la combustion passent

dans la 2* partie du four; H, 2* capacité dose» dans laauelle est adaptée une chaudière I en plomb, a bords relevés, sans soudure; K, voûte en briques qui recouvre cette chaudière; L, ouverture rectangulaire, fermant en 2 parties par 2 obturateurs M; K, conduits par lesquels passent les produits de la combustion du foyer B, et les vapeurs dégagées du l*' four D, et de la 2* partie ou chaudière I, pour se rendre dans une chambre en briques O, où s'opère un 1*' refroidissement* Les eaz et vapeurs passent ensuite dans une série de 20 à 25 grandes tourilles P à l'aide de larges tubes en grès Q ( Nous n'avons dessiné que les 2 premières et la dernière tourilles ; on sapposera

aisément toutes celles oui sont intennëdiaires et absolument semblables) } R, grande chemfnée où se rendent en défimtive, pour s'exhaler dans l'air, les gaz et les vapeurs. Un foyer A, pratiqué au pied de cette cneminée, sert à y déterminer un tirage constant. On peutéfiter la dépense du combustible, qu'il faut y entretenir enflammé pour le tir^, en introdûsant dans la même cheminée te condoit de k flamme d'un four à soude construit à proximité. Dans ce cas, le forer supplémentaire A ne serait allumé que oans les momens d'interruption du four à soude*

On conçoit que le long appareil réfrigérast pouvant suivre toutes les sinuosités qu'on vent lui faire parcourir et même être ramené près du point de départ, il sera toujours facile de choisir l'emplacement le plus convenable pour la cheminée et le four à soude qui, en raiseo de l'économie de la main-d'œuvre, doit être peu distant du four à sulfate.

Si l'on n'a pas d'emploi de Vaeids kifàrodUmque, et que, par eonsequent,il ne convîennepas de le recueillir, il faut cependant chercher les moyens de le condenser, afin d'empêcher qtt*jl se réoande dans Tair et aille altérer la végétation aes alentours à une grande distance ; d'an autre c6té, il est impossible d'affecter une forte dépense à cette condensation, puisque la fabrication de la soude offre, par suite de la grande concurrence, peu de bénéfice.

Une foule d'essais ont été entreprispoar arriver à la solution de ce problème diracUe, et d'autant plus important, que les fabricans de soude ont eu fréquemment de très fortes indemnités à payer aux agriculteurs dont ils détruisaient la récolte.

Dans les fabriques voisines de laina^ou des rivièreg^ on est parvenu à condenser assez bien les vapeurs acides, en les dirigeant, au sortir du 2* four, dans une longue et large conduite en briques cimentées d'argile, où coule constamment, sur une légère peu te (un 1/2 po. par toise), une naope d'eau; une cneminëe d'appel chauffée directement, ou mieux par le tour à soude, enlève à une grande hauteur les gaz et vapeurs non condensés, afin que, disséminés sur une grande étendue, ils perdeot ce qui leur restait d'action nuisible.

Une autre circonstance locale qui a facih'té la condensation à peu de frais des vapeurs nuisibles, c'est le voisinage de vastes earnèrtt abandonnées, dans lesquelles on faisait déboucher l'issue de la cheminée ou conduit, aa sortir du deuxième four.

Lorsque l'on ne peut pas profiter de ces dispositions locales ptrticiiUères, on a recours

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