AUX VERS-A-SOIE
,^.^ i qu'il suit: les deux r"jours .
température est fixée à H"", le 3* jour elle est portée à 16% le 4* à 16% le $• à 17% le 6' à 18* , le 7* à 19% le 8* à 20% le 9' à 21% les 10% IT et 12* à 22', et le 13* l'éclosion des vers commence. Celle-ci s'annonce dans les derniers ioors par le changement de couleur des œufs; ils étaient d'abord d'un gris cendré un peu foDcé, ib s'éclaircissent et prennent peu-àpeu une couleur cendrée claire, de laquelle lis passent enfin au blanc sale.
II parait d'ailleurs (^ue l'éclosion plus rapide ou plus ralentie dépend de circonstances atmosphériques qui ne sont pas encore bien connues , car M. Bonafous , dans un mémoire sdr une éducation de vers- à- soie faite en 1822 , dit avoir fait éclore ses œufs en 10 jours, eo coounençant également par donner à l'étuve ime chaleur de W et en ne l'élevant qu à 20 et 21* les 9* et 10« jours.
Un auteur antérieur aux deux précédens, BoissiER DE Savvagbs, dit que les graines éclosent en 4 à 5 jours en les exposant à 80 ou 32% mais qu'alors il y en a une grande partie .qui manque. Le même dit encore qu'ayant suspendu un petit paouet de |;raine à sa fenêtre sur un mur ex;pose au midi où la chaleur directe du soleil faisait monter le thermomètre à 45** , pendant qu'il descendait la nuit à 15, ce qui fait une différence de 30* de chaleur du plus au moins, cependant tous les œufs produisirent des vers , quoique fort à la longue.
Ala fin d'avril 1830, après avoir transporté, dans une chambre oii le thermomètre a été maintenu pendant 4 jours à 14'', de la graine qui, les jour» précédens, n'était ou'à 10* et même an-dessous, nous avons tout-a-coup, le 4* jour, élevé- la température à 26', 27«, et le 4" jour, après que la graine eut été exposée à cette chaleur constante, les vers commencèrent àécloreen grande craantité; dès le3'^our même il en était né plusieurs. Nous avions opéré sur plus de 2 onces de graine; Téclosion fut très-abondante pendant 4 jours, et les vers étaient très-bien portans.
Quoi qu'il en soit, les vers qui naissent le l^'jour sont ordinairement peu nombreux , et on néglige de les recueillir; mais on commence le 2* à les relever, en employant les moyens qne nous allons détailler ; on en fait 4 ou 5 levées dans le courant de la journée. La naissance des vers est toujours plus abondante depuis le lever du soleil jusqu'à 2 ou 8 heures après midi, elle se ralentit ensuite beaucoup dans le reste de^ la journée, et pendant la nuit elle devient toat-à-fait nulle. La toulité des vers met au moins 8 à 4 jours à naître ; tant que l'édosion parait assez nombreuse, on recueille les vers, et on ne cesse de le ftûre qne lorsqu'ils deviennent trop rares pour que cela en mérite la peine.
Au moment où l'on commence à voir sortir les petits vers de leurs œufs, on leur donne de petits rameaux garnis de jeunes feuilles de mûrier dont le aéveloppement coïncide toujours avec celui des vers quand leur éclosion n'a pas été trop hâtée. Si l'on plaçait les rameaux immédiatement sur la graine, il arriverait souvent, lorsque les vers seraient montés dessus , et lorsqu on voudrait les relever pour en substituer de nouveaux, qu'on enlèverait en même temps des œufs non encore éclos ; pour obvier à cet inconvénient, on couvre toute la graine de chaque boité avec un morceau de canevas, ou mieux encore d'un morceau de papier un peu fort, sur toute la surface duquel on a pratiqué avec une grosse épingle des trous nombreux formant comme un petit crible. Ce papier doit être appliqué sur la graine parle côté où l'on a faitentrer Véçingie,et on recouvre sa surface supérieure de jeunes bourgeons de mûrier détachés de leurs branches, ou même de petits rameaux garnis de leurs feuilles. Si on ne prenait cette précaution dès qu'on voit un certain nombre de jeunes vers sortir de la graine, ceux-ci, aussitôt après leur naissance, se répandraient de tous côtés, errant à l'aventure, cherchant à satisTaire l'appétit au'iis ont déjà. Guidés par l'instinct et par l'odeur des feuilles de mûrier placées sur le papier criblé qui est audessus d'eux, ils en traversent rapidement les trous pour aller prendre leur nourriture. Quand l'éclosion se tait bien , souvent en une heure tous les bourgeons de mûrier sont tellement garnis de vers, que toute verdure a disparu ; on n'aperçoit à sa place qu'une sorte de fourmilière noirâtre où les petits insectes sont 'par milliers. Alors on enlève avec précaution les rameaux ou les bourgeons de mûrier, tout chargés qu'ils sont de vers , en les prenant, surtout si ce sont de simples bourgeons, avec de petites pinces plates et légères dites brucelles^ et en ayant la précaution de ne presser que très-modérément l'instrument, et on les dépose sur une petite tablette de transport garnie de papier, pour aller ensuite, lorsque la levée est terminée, les placer sur les tablettes {fig. 136) où doit commencer leur
Fig. 1S6.
éducation. Aussitôt que cela est fait, on remet sur le papier-cnble d'autres bourgeons ou d'autres rameaux de mûrier qu'on enlève encore 2 ou 8 heures après lorsqu'ils sont couverts de nouveaux vers, et on continue ainsi à en faire des levées successives jusqu'à ce que l'éclosion des œufs soit entièrement achevée, on au moins jusqu'à ce que les vers des dernières levées deviennent trop peu nombreux pour mériter d'être recueillis.
ARTS AGRICOLES : ÉDUCATION DES YËRS-A-SOIE
Lnr/iY.
$ II. ^ Premier âge.
Le ver-à-soîe, au moment de sa naissance, a J ligne lf4 de longueur, et il pèse 1/110 de ^ain poids de marc. Tout son corps est hérissé de poils et il paraît noirâtre à la vue simple; avec la loupe on reconnaît que sa tète est écailleuse, d'un noir plus luisaot que le reste du corps, qui est composé de 10 anneaux. A celte époque , tous les vers nés d'une once de graine peuvent facilement tenir dans un espace de 2 pieds carrés ; mais, au lieu de les mettre tous ensemble en les disposant sur les tabletttes, on les divise sur plusieurs places de manière qu'il ne soit pas nécessaire de les remuer jusqu'au moment de la r* mue, et de sorte qu'ils puissent alors y occuper 9 à 10 pieds carrés. Comme tous les vers ne sont pas nés en même temps , et qne si on leur donnait à tous une quantité égale de feuilles de mûrier à manger, les 1"" avanceraient davantage que les derniers, il faut chercher à les rendre égaux , au moins ceux qui sont nés le môme jour. On y parvient en éloignant les époques des repas pour les T" éclos, tandis qu'on les rapproche pour les derniers , de manière qu'à la fin de la journée ils aient tous reçu autant de nourriture les uns que les autres. Quant aux vers qui sont nés à 1 ou 2 jours de dislance, comme il n'est
f>as possible de les rendre égaux à ceux éclos e t*"* jour, on les place sur des tablettes différentes que l'on distingue par des numéros, parce que, pendant toule l'éducation, ces derniers vers seront toujours en relard des 1*" d'nn nombre de jours égal au temps pendant lequel leur naissance a élé différée.
Pendant tout le 1*' âge o/i donne chaque jour aux vers 4 repas , qu'on leur distribue à des intervalles égaux. Si on a fait coïncider le commencement de rincubation avec le développemeul des feuilles de mûrier, celles-ci pourront être données aux vers telles qu'on les aura cueillies sur les arbres; elles se trouverontproportionnées à la grosseur des vers ; mais 81 l'eclosion a été retardée , et oue les feuilles soient devenues un peu granaes, on les coupera en pelits morceaux, ce que Ton fait facilement en en prenant de petites poignées et en se servant de ciseaux ou d'un couteau: par ce moyen on multiplie le nombre des bords par lesquels les petits vers se mettent le plus ordinairement à les manger; cependant nous avons vu souvent les plus petits vers attaquer les feuilles par leur milieu même.
DANDOLoelM.BoNAFOVs se sont donné la peine de peser ce que les vers d'une once de graine consomment de feuilles pendant les differens âges de leur existence; ils ont trouvé que, pendant le f cette quan ti té montait à 7 livres en tout, et d'après cela ces auteurs prescrivent le poids de ces feuilles pour chaque journée et chaque repas ; mais il nous a paru que c'était compliquer les embarras de l'éducation que de s'astreindre à avoir toujours la balance à la main pour distribuer chaque repas. La consommation ne peut d'ailleurs être invariable y elle est soumise à la bonne santé des insectes.
La durée du l" dge n'cst que de 5 jours,
d'après Dandolo et M. Bonafous, et cela à une température constante de 19". — Nous nous croyons forcés de dire que jamais, dans aucune des nombreuses éducations que nous avons faites , nous n'avons pu obtenir de semblables résultats ; ce n'a été qu'à une chaleur de 21*" à 22'' que nous avons vu le 1*" ftge se terminer en 5 jours; autrement il s'est toujours étendu à 6, 7, 8 jours, et même beaucoup au-delà, lorsque la température n'a été que de 18^, 17*, lO*", et au-dessous. Quoiqu'il en soit, il est hors de doute qu'il y a économie de temps et de feuilles à tenir les vers dans une température un peu élevée et constamment la même, sans compter que l'on perd moins de vers que lorsqu'on lait traîner l'éducation en ne donnant pas assez de chaleur.
La V* mue s'annonce par l'éclaircissement de la couleur des vers; au moment oit ils s'endorment, ils deviennent luisanset comme bouffis. Quand on voit les vers engourdis^ on diminue la quantité de feuilles ; on n'en donne qu'à peu près ce qu'il en faut pour ceux qui restent éveillés et mangent encore ; lorsqu on les voit tous endormis, on peut pendant un jour entier ne leur rien donner du tout jusqu'à ce qu'ils aient fait leur 1'* mue , c'est-à-dire qu'ils aient quitté leur T* peau pour en revêtir une nouvelle. Cette mue, ainsi que les 8 autres qu'ils doivent encore subir, est une époque critique pour les vers, et il y en a toujours plusieurs qui succombent. Quelque soin que l'on prenne pour traiter tous les vers également bien , il y en a aussi toujours auelques-uns dont la mue est précoce, et d'autres pour lesquels elle est tardive, de manière que le temps de la mue n*est jamais moindre d'un jour 1/2 à 2 jours et même 2 jours 1/2. Les différentes mues ne sont pas d'ailleurs égales entre elles; la 1'* est plus courte que la 2* ; celle-ci que la 3" ; enfin, celle qui dure le plus long-temps est la 4*", et c'est aussi, en général , celle dans laquelle il périt le plus de vers.
S m. — Deuxième âge.
Aussitôt après la 1'* mue, commence le 2* dge; les vers pèsent alors 1/8 à 1/9 de grain ; ils ont 3 lignes 1/2 à 4 lignes de longueur; tout leur corps parait chargé d'une sorte de poussière; il est tacheté régulièrement de mouchetures d'un brun foncé ou d'un brun roussâtre , placées sur un fond blanchâtre ou grisâtre. Dès qu'on s'aperçoit que les vers revêtus de leur nouvelle peau ont repris toute leur vivacité , on doit sans retard les enlever de la litière qui s'est formée sous eux parles débris des feuilles qui .ont servi à leur nourriture. Pour rendre ce déplacement plus facile, on étend , sur les petites chenilles, de jeunes rameaux de mûrier garnis de leurs bourgeons et de leurs feuilles, et 2 à 3 heures après, lorsque l'on voit que les vers sont montés de leur litière sur ces rameaux et qu'ils en sont tous chargés, on les transporte sur d'autres parties de tablettes où on les distribue de manière à ce qu'ils soient disposés sur un espace d'environ 20 pieds caiTés, ce qui est l'étendue dont ils auront besoin jusqu'à la fin de leur 2* âge. Comme il y a tou-
CBAW. r. SOINS A DONNER
jours des retardataires qai n'ont point accompli leur mue en même temps que les autres, au lieu de jeter la litière hors de Tatelier, on laisse passer 4 à 5 heures , et lorsqu'au bout de ce temps on voit un nombre assez coQsidérable de vers ayant enfin achevé leur 1'* mue, on les recouvre de noureaux rameaux comme la 1'* fois, afin de recueillir ces vers en retard. Le moyen de faire regagner à ces derniers le temps perdu par eux , c'est de leur donner le lendemain et le jour suivant un repas de plus au'à ceux qui ont l'avance, et ce moyen, aoit élre employé par la suite pour tous les retardataires des différentes mues.
Quant à ceux qui peuvent encore être restés sur la Utière, comme ils ne sont ordinairement qu'en petit nombre, et que leur long retard annonce peu d'énergie vitale, on les jette ordinairement hors de râtelier avec la vieille litière. Quatre repas en 24 heures continueronl à être donnés aux vers pendant tout le T âge qui, à la température de 18 à 18" 1/2, ne dure que 4 jours selon Danoolo et M. BoNAFoos, et pendant lequel les vers d'une once de graine mangent 21 livres de feuilles mondées; mais, de même que nous avons déjà dit que nous avions vu le l*'âge durer plus que ces auteurs ne l'indiquent, de même aussi nous avons observé que le 2* âge se prolongeait toujours plus de 4 jours, et nous répétons ici celle observation pour la dernière fois, afin de n'y plus revenir pour les âges suivans, mais en leur appliquant la même remarque. Supposant donc la durée du 2* âge invariable, les vers devront s'endormir le 4* jour; à la fin du suivant ils seront réveillés, auront fait l«ur 2* mue, et on les relèvera alors de leur litière de la manière prescrite.
$!¥.—• Troisième âge.
Mesurés et pesés aussitôt après leur chan-
Î;ement de peau, les vers en commençant eur 3* âge ont 7 lignes de longueur et pèsent chacun 1 grain. Leur couleur est à peu près la mèoie que dans le 2"* âge, mais plus claire; qnelqoes-uns sont mouchetés de brun foncé sur les anneaux inférieurs de leur corps; le 4*à compter de la télé est marqué de 2 lignes figurées comme des croissans étroits. Le 3* âge, d'après les auteurs déjà cités, dure 7 jours , et pendant ce temps les vers consomment 70 livres de feuilles. La chaleur de la chambre peut être un peu diminuée, il suffit qu'elle soit de 18** d'abord, et ensuite de 17 seulement. Dans les deux âgesprécédens les vers ont pu rester d'une mue à l'autre sur leur litière, sans en être changés; mais, comme la durée du 3* âge est plus longue , et qwe les vers étant plus gros lont une plus grande consommation de feuilles el renuenl par suite des excrémens plus considérables, il faut, an milieu de cet âge, avoir soin de les déliter par les moyens déjà iodic|ués, et la vieille litière étant jetée hors de Falelier, on approprie la place que les vers ont occupée, c^sl-à-dire environ 32 pieds carres, afin qu'elle puisse servir de nouveau ; ce qui doit se faire d'ailleurs à chaque fois qu'on enlève une ancienne litière. Le 6" jour du
AUX y£ItS*A-SOI£. 187
8* âge lés vers s'endorment, occupant alors 46 pieds carrés, et ils s'éveillent le 7* jour ayant fait leur 8* mue.
S ▼. — Quatrième âge.
Déjà les vers ont changé 8 fois de peau en prenant toujours à chaque fois un accroissement plus considérable. Cette fois ils ont 1 po. de longueur ( fig. 137 }, et le poids de
Fig. 187.
paeeifeià^
chacun d eux est de 4 grains. Leur couleur générale est blanchâtre, mais chaque anneau de leur corps est tiqueté d'une multitude de petits points grisâtres ; les 3 anneaux supérieurs sont toujours plus clairs que les suivans, et les 2 trails en croissant que porte le 4% sont devenus plus larges, roussâ très, avec une ligne blanche dans le milieu. Pendant le 4* âge, dont la durée est de 7 jours comme le précédent, les vers provenant d'une once de graine auront besoin d'occuper depuis 60 jusqu'à UOpieds carrés, et c'est alors, afin de pouvoir facilement leur donner tout l'espace qui va leur devenir nécessaire dans cet âge et surtout durant le suivant, qu'il faut les transporter sans délai dans le grand atelier. Pendant cet âge la consommation des feuilles augmente tous les jours d'une manière sensible. Cette consommation, d'après les auteurs cités plus haut, est fixée à 240 livres, qui sont encore distribuées en 4 repas chaque jour, en faisant attention qu'on va toujours en augmentant la quantité de chaque repas jusqu^au 4* jour, qui est celui où les vers mangent le plus; car ensuite leur appétit diminue jusqu'au moment où ils vont faire leur 4* mue; alors, de même que la veille de toutes les autres mues, le besoin de manger s'éteint totalemen t, et, l'on peut pendant 24 heures leur supprimer la plus grande partie de la nourriture ordinaire. Quant à l'accroissement d'appétit que les vers éprouvent jusqu'au milieu de leur 4* âge, une augmentation semblable a lieu dans tous les autres âges; on la nomme petite frèze dans les 4 1«" âges, et grande jrèze dans le 5*.
La température de l'atelier pendant le 4* âge n'a pas besoin d'être au-dessus de 16 à n»; les vers ayant plus de force n'ont pas besoin d'autant de chaleur que dans les âges précédens où ils étaient plus faibles, et quand il arrive que l'air extérieur est naturellement aussi chaud que l'intérieur, on se dispense de faire du feu dans les poêles et les cheminées de l'atelier, el on peut alors ouvrir toutes les fenêtres, surtout si l'atmos» phère est calme. Au 4* jour de cette époque il faut avoir soin de oéliler les vers ainsi qu'on l'a fait dans la période précédente. Le 6* jour les vers s'endorment pour la dernière fois, afin de faire leur 4* et dernière mue; c'est pour eux la plus critique et aussi T. IlL- 18.
IM
ARTS AGRICOLES : EDUCATION DES VERS-A-SOIE
la plus longue ; bien peu de vers nV emploient que 2A heures , beaucoup ne rachèvent qu'en 30 heures et même plus.
S VL — Cinquième âge.
Comme nous avons toujours suppose jusqu'à présent, pour la facilité de l'explication, que tontes les mues se faisaient régulièrement et sans retard, nous dirons que le 7* jour du 4* âge étant passé, les vers ont opéré leur 4* mue et qu'ils sont entrés dans leur 5' âge. Si on les examine alors, on les trouve entièrement changés et presque méconnaissables; ils ont 30 a 22 lignes de longueur {fiff, 138), et pèsent 14 à 17 et même jus-
Fig. 188.
^^^^^jhmmmmm^^'
qu'à 20 grains; leur peau est presque partout blanchâtre tirant à la couleur de chair, sans taches, mais elle parait comme recouverte d'une poudre très-fine. Telle est la couleur la plus ordinaire des vers; cependant on rencontre presque toujours, dans une éducation un peu nombreuse, quelques vers qui diffèrent d'une manière très-sensible de ceux
3ui viennent d'élre décrits ; ces vers, au lieu 'être blanchâtres, sont d'un gris foncé et presque noirâtre , avec peu ou point de taches blanches.
Au reste, à l'époque dont 11 est question, on voit dans tous les vers^ d'après la couleur de leurs 8 pattes postérieures, quelle sera ia couleur de la soie au* ils Jileront ; ces pattes sont jaunes pour la soie de cette couleur, et blanches si le fil de l'insecte est blanc. Déjà, pendant le 4* àçe, ces signes de la couleur future de la soie pouvaient être entrevus, mais ils sont beaucoup plus distincts au commencement du W,
Aussitôt que les vers ont fait leur 4* mue^ on les change de tablettes en les espaçant toujours davantase. C'est alors aussi qu'il faudra avoir ample provision de feuilles, car la consommation aue les vers vont en faire pendant leur 5* &^e sera énorme ; elle devra être au moins 4 fois plus considérable (ju'elle n'a été pendant tous les âges précedens, puisque les quantités que nous avons annoncées précédemment ne se montent encore qu'à 300 et quelques livres, et que plus de 1400 vont leur devenir nécessaires. La place que les vers occupent sur les tablettes et la quantité de feuilles qu'ils mangent dépendent essentiellement de leur nombre , et ce nombre lui-même est soumis à l'état de santé des vers , qui dépend non seulement des bons soins apportés dans l'éducation, ce dont, il est vrai, on est toujours maître, mais plus encore sans doute de l'état de l'almos-
Shère extérieure dont il est toujours trèsiffidle , pour ne pas dire impossible de modifier les influences à l'intérieur de l'atelier. On voit donc d'après cela qu'il est dif-
UV. IV.
ficile de prévoir la quantité de vers qu'on perdra dans le courant d'une éducation; car, quelque heureuse qu'elle puisse être Jl mourra toi^ours des vers par une cause ou par l'autre. Dandolo, sous le rapport de la conservation , parait avoir obtenu des succès inconnus avant lui; mais on serait probablement dans l'erreur si l'on croyait qu'il fut facile d'arriver toujours aux mêmes résultats que lui. La preuve en est que même en ne faisant que des éducations peu nombreuses, et dans lesquelles par conséquent, toutes chances égales d'ailleurs , il est plus facile d'obtenir des succès , cependant on va voir par le tableau aue nous allons donuer des résultats de 39 éducations , combien le produit en a été variable.
Dans 7 éducations nous avons eu perte de 1/3
3 des 2 5
18 de t3
8 de 1/4
4 de ta
1 de 1/6
1 de 1,7
1 de 1?8
1 de !/»
D'après cela, lorsqu'on procède par 10 onces de graine, par exemple, la quantité de vers à loger et à nourrir pendant le S* âge, pourra varier de 10 à 50 et même à 100 mille, si la perte totale doit être d'1/5% d'1/4, d*l/3 ou même de moitié, ce qui, dans les grandes éducations, est ce qui arrive le plus souvent Il est donc très-difucile de pouvoir peser la quantité de feuilles donnée à chaque repas aux vers pendant toute une éducation. Si on le fait, ce ne peut être qu'un objet de curiosité pour se rendre compte de ce que les vers ont consommé dans telle ou telle éducation, mais cela ne pourra pas servir rigoureusement pour une éducation postérieure, parce que, si elle était moins heureuse, les vers auraient du superflu , et dans le cas où elle serait plus prospère, les vers n'auraient pas assez de nourriture.
Qu'on se borne donc, en délitant les vers au commencement du ô* âge, à les espacer convenablement sur les tablettes de manière à ce qu'ils n'y soient pas gênés, et qu'on leur donne de la feuille 5 fois par jour^ en les en couvrant largement au moment de chaque distribution. Comme, à cette époque de leur existence, ils font beaucoup de litière, il fant les changer de place le 4" et le V jour, toujours en élargissant l'espace, de manière que les vers d'une once de graine pourront occuper successivement 150, 200 et 250 pieds carrés. Au fur et à mesure qu'on délite les vers, on doit procéder am nettoie ment des tablettes et des claies. Chaque jour on s'aperçoit alors des progrès que font les vers ; on les voit pour ainsi dire croître à vue d'oeil. Le 5% le 6' et le 7* jour du 5^ âge sont le temps de la grande frèze, ou celui où les vers mangent le plus ; ils ont alors une faim dévorante, ns font en mangeant un bruit que l'on a comparé à celui d'une forte ploie. Il est bon à cette époque de leur donner on 6* repas. Après cela l'appétit des vers commence à diminuer, et le 8* et le 9* jours, ils sont parvenus à leur plus grand dévelop-
p. V. SOINS A BONIŒR
pement ; ils sont tout-d-fait blancs ; leur longueur est généralement de 86 lignes, et chez quelques-uns elle est même de 40; leur poids le plus ordinaire est de 72 à 80 grains , et quelquefois de 100 grains et plus. Dès-lors les Ters mangent beaucoup moins, ils cessent aussi de croître, et même ils paraissent diminuer un peu, parce qu'ils rendent une plus grande quantité d*excrémens , ils commencent, selon Texpression vulgaire, à se vider» Cela est déjà un 1*' signe que les vers approchent de leur maturité, et qu'ils vont bientôt faire leurs cocons. On reconnaît que cette maturité est complète aux signes suivans : 1* les vers montent sur les feuilles sans les ronger, et ils lèvent souvent la tète conime pour indiquer qu'il leur faut autre chose; t* ils quittent les feuilles et courent le long des claies en cherchant à grimper; 8** les anneaux de leur corps se raccourcissent, et la peau de leur cou parait toute ridée; 4** leur corps devient d'une certaine mollesse et la peau, surtout celle des anneaux inférieurs, acquiert une demi-transparence et prend une teinte légèrement jaunâtre, particulièrement dans les vers qui doivent filer de la soie jaune; 5** si Ton regarde les vers avec attention, on voit qu'ils traînent après eux un fil de soie qui sort de leur bouche, et dont on peut tirer un assez lonç bout sans le rompre ; &* enfin le ver tout entier annonce par sa couleur celle de la soie qu'il produira, et on peut connaître en l'ouvrant s'il devait devenir papillon mâle ou femelle ; ceux destinés àétre mâles ne contient qu'une liqueur jaunâtre, ceux oui doivent former des femelles sont pleins a'œufs. Quand on a reconnu à ces signes que le temps où les vers doivent filer leurs cocons est très- prochain, ou doit s'oocuper du nettoiement des claies en délitant les vers pour la dernière lois.
A part deux circonstances où le ver cherche en naissant sa nourriture, et, quand il est mûr, une place commode pour y faire son cocon, il est très-sédentaire sur la litière; la faim même ne l'en éloigne pas; nous avons vu plusieurs fois des vers abandonnés sans nourriture, y mourir après plusieurs jours de jeûne, sans avoir essayé d'en franchir les limites. Avant le sommeil qui précède les mues, auelcfues vers qui sont au bord des claies s éloignent à 1 ou 2 pouces tout au plus pour s'endormir à Técart; mais, la mue faite, ils redescendent promptement sur la litière.
§ VII. — Formation des cocons.
Le nettoiement dès claies étant terminé, il fout s'occuper sans retard de préparer aux vers les moyens de filer leurs cocons avec facilité, ce qu'on fait en leur construisant des haies, des cabanes ou des rames, ainsi que Ton dit selon les pays; c'est ce qui a été expliqué plus haut.
Loraque les vers commencent à monter sur les cabanes, on n'a pas besoin de conserver dans l'atelier plus de 17' de chaleur; il convient en outre que l'air soit aussi sec que possible, et, si rétat de la température extérieure le permet, on peut ouvrir partout
AUX VBRS-A-SmK. lit
portes et fenêtres dans les heures les plus chaudes de la journée.
On croit assez généralement que le ton* nerre est contraire aux vers-à-soie, et on redoute d'après cela les orages au moment où ils montent sur les cabanes. La preuve que le tonnerre et les commotions les plus iortes imprimées à l'atmosphère même de l'atelier dfans lequel ils sont, ne peut leur être nuisible, c'est que des coups de fusil ont été tirés dans une magnanerie au moment de la montée, sans produire aucun effet fâcheux. Nous avons vu nous- même, le 26 juillet 1824, des vers, étant alors k la fin de leur 6* âge, manger avec la plus grande avidité sans paraître ressentir aucune influence d'un violent orage qui dura environ 1 heure, et pendant lequel les coups redoublés du ton* nerre n'étaient pas une minute sans se faire entendre, et pendant lequel la foudre tomba 8 à 4 fois à peu de distance de la maison de campagne où nous étions. Des vers qui avaient déjà commencé leur cocon, le continuèrent aussi sans aucune interruption.
Quelque temps auparavant nous avions transporté à la campagne une centaine de vers, alors dans leur 8* âge ; nous leur fXxnesJaire > un voyage de 20 lieues sur l'impériale d'une diligence sans qu'ils en éprouvassent la moindre fatigue, et, à notre retour, qui eut lieu 2 jours après l'orage, quelques-uns de nos vers qui étaient sur le point de filer furent mis par expérience dans des cornets de papier fermés par le haut, puis renfermés dans une botte qui fut placée, comme la r* fois, sur l'impériale de la diligence, où elle fit 20 lieues, et malgré les innombrables secousses éprouvées pendant dix heures sur une route pavée, tous les cornais ayant été ouverts â la fin du 3* jour, nous trouvâmes que tous les vers avaient fait de beaux et bons cocons, dont l'un pesait lui seul 53 grains.
A compter du moment où les vers commencent à jeter leur bave ou bourre, c'est-àdire les !•" fils de leur soie (yf^. 188), ceux qui
Fig. 189.
sont sains et vigoureux terminent leur cocon en 3 ou 4 jours au plus. La première journée de la montée sur les cabanes on voit rarement
140 ARTS AGRICOLES : EDUCATION DES VERS-A-SOIE
un grand nombre de vers occupes à ourdir leur cocon, c'est le V et le 3« jour qu'ils quit-
UV. If.
tent la litière de toutes parts, et qu*on les voit erimper à la suite des uns des autres, cherchant une place commode pour leur ouvrage. Plusieurs se fixent tout de suile sans monter bien haut, ce sont les meilleurs, d*au très courent çà et là, parcourent plusieurs branches, quittent les places les plus commodes, ont peine à s'arrêter, et finissent quelquefois par retomber sur la litière. Le 4* ou le 5* jour après que les premiers vers montés aux cabanes ont déjà terminé leurs cocons et que les derniers sontencore occupés de ce travail, il ne reste plus que quelques retardataires dont on peutsans doute espérer encorequelque chose, mais sur lesquels il ne faut pas compter comme sur les !•'•; le retard que ces vers mettentà filer leur cocon annonçant chez eux moins de vigueur, on les enlève de dessous les cabanes et on les réunit sous des cabanes particulières, placées dans une autre chambre où Tair soit sec et la température à 18 ou 19^ Enfin, on peut former dans le même lieu des cabanes plus basses sous lesquelles on dépose les vers faibles ou ceux qui sont tombés du haut d's ramées, et on leur donne de la nourriture lant qu'il est besoin, en ayant soin de les resserrer et de rétrécir la place qu'ils occupent à mesure que leur nombre diminue sur la litière. Aux plus faibles on prête le secours de cornets de papier, ou, ce qui est encore plus facile et moins embarassant, on les met dans une grande corbeille, en les couvrant d'une couche légère de copeaux de menuisiers ou de menus rameaux debruyère, et on en fait ainsi autant de lits qu'il est nécessaire.
Aussitôt après qu'il ne reste plus de vers à nourrir sous les cabanes, on procède au der^ nier nettoiement des claies et des tablettes, dont les vers d'une once de graine peuvent, ainsi qu*il a déjà été dit, avoir occupé pendant les derniers jours^ depuis 200 jusqu'à 250 pi. carrés, selon que l'éducation a été moins ou plus prospère.
S Vlll. — Sixième âge : récolte des cocons ; choix pour la reproduction.
Chacun des âges précédens a commencé toutes les fois que la larve du ver-à-soie a changé de peau ; d'après cela le 6* âge ne commence réellement que lorsque le ver ayant filé son cocon, se raccourcit au fur et à mesure, et se métamorphose à la fin en chrysalide après avoir dépouillé sa peau de larve. La fig. 140 représente en A le cocon terminé et en B la chrysalide hors du cocon. Ce 6* âge se passe tout entier dans le cocon , et la métamorphose n'est point visible, à moins qu'on ne fende le cocon au moment où elle va s'opérer, ce qui a ordinairement lieu le 4* ou le 6* jour après quele ver a commencé à filer. Quelques vers, dans toutes les éducations, ne font point de soie, ils restent dans la litière ou descendent des cabanes après y être montés, avoir erré pendant quelque temps sur les branches, et ils opèrent leur métamorphose à nu sans être enveloppés d'un cocon. On ne ^rde jamais ces chrysalides, on les jette ordinairement hors de l'atelier. 11
Fig. 140.
serait curieux de savoir, en en conservant pour avoir les papillons, si les œufs de ces derniers donneraient naissance à des vers dégjénérés qui ne fileraient point, ou si, ne participant point à l'infirmité de leurs pères, ils produiraient de la soie comme les antres vers.
Revenons à ceux que nous avons laissés filant leurs cocons. Quatre jours après que le dernier ver est monté, on met à bas tous les petits fagots qui ont servi à faire les cabanes, et on en détache à mesure tous les cocons qu'on jette dans de grandes corbeilles, en ayant soin de mettre de côté tous ceux qui sont imparfaits, mal conformés, mous ou qui sont doubles, c'est-à-dire qui sont l'ouvrage de deux vers ayant filé en commun. Ces derniers se reconnaissent facilement à leur grosseur et à leur poids beaucoup plus considérables.
Si toutes les époques de l'éducation se sont passées heureusement, une once de graine pourra produire 100 et même jusqu'à 120 et 130 livres de cocons ; mais ces dernières récoltes sont fort rares; on s'estime heureux lorsque le produit s'élève au l*' poids qui vient d'être dit ; car il arrive assez souvent qu'on ne retire que 80 et même que 70 livres. Quant aux cocons eux-mêmes, ils sont fort beaux lorsque 250 à 260 pèsent une livre poids de marc. — Il résulte des observations faites pendant de nombreuses années dans les pays où l'on se livre depuis long- temps à l'éducation des vers-à-soie, qu'on a eu de bonnes récoltes lorsque les vents du nord ont régné durant l'existence des vers, et qu'elles ont été médiocres ou mauvaises lorsque^jiendantlemême temps, les vents ont soufDe souvent du sud ou du nord-ouest
Dès qu'on a séparé les cocons des rameaux qui formaient les cabanes, ou aussitôt qu'on a déramé ou décoconnéy comme on dit encore selon les provinces, on choisit les cocons destinés à la propagation de l'espèce. Quatorze onces de cocons fournissent communément une once de eraine. D'après cela on met ordinairement à part autant de livres de cocons qu'on veut (kire d'onoes de graine, et dans le
p. V. SOINS k DONNER
choix qu'on eo fait on donne la préférence à ceux qui sont plus durs, mieux conformés; ceux qui joignent à ces qualités d'avoir une espèce d*anneau ou de cercle rentrant qui les serre dans le milieu (fig. 140 ci -dessus), sont regardés comme très-bons.— Il n'y, a pas de signes bien certains pour distinguer le sexe des cocons; cependant on a cm remarquer que les plus petits , pointus aux deux bouts et serrés dans le milieu, renfermaient souvent des mâles, tandis que les plus ronds, les plus gros, peu ou point serrés dans le milieu et communément plus pesans, conteuaient très- ordinairement des femelles: il faut donc choisir parmi ceux qui réunissent ces derniers signes, au moins la moitié et même les deux tiers des cocons cju'on veut garder pour graine ; on aura toujours assez de mâles.
Il est prouvé par Texpérience que lorsau*oa a fait choix de cocons qui étaient tous d*une couleur uniforme, on en obtenait une race de versqui donnaient exactement des cocons de la même couleur; mais comme. beaucoup d'éducateurs devers-à-soie ne prennent pas ce soin , on a le plus souvent, dans une seule éducation, des cocons de plusieurs couleurs et de plusieurs nuances. Ainsi dans les 2 couleurs principales, le jaune et le blanc, on distingue des cocons d'un jaune très- foncé et d'autres plus pâles; il y en a
3UÎ paraissent fanves clairs ou de la couleur tt nankin dts Indes, et dont la nuance est aussi plus ou moins intense. Les blancs ne sont pas moins variables, depuis le blanc le plus pur dit blanc sina ou de Chine, dont quelques éducateurs se sont appliqués à conserver la race aussi pure me possible, jus • 3u'an blanchâtre sale et à la teinte soufrée ont les cocons sont dits veru. Nous regardons ces derniers comme appartenant à une modification du blanc, parce que les vers qui les filent ontles pattes blanches, et parce
3ue cette race est très-difficile à maintenir ans une éducation subséquente; car, quelque soin qu'on ait pris de ne conserver que les cocons les plus foncés, il s'en trouve toujours un grand nombre qui passe au blanchâtre.
la bourre qui se trouve plus ou moins abondante sur la surface des cocons réservés pour la reproduction doit être soigneusement enlevée, parce qu'elle pourrait gêner les papillon» lors de leur sortie, et parce que, tel faible qu'en soit le produit il n'est pas à négliger. Cela étant fait, on place ces cocons dans des tiroirs ou dans des boites, et par lits de l'épaisseur de deux cocons, dans une chambre dont la température ne soit pas moindre de 15 ni plus forte que IS"*, si cela est possible, et ou attend la sortie des papillons.
An lien de choisir pour ainsi dire au hasard les cocons pour graine, ne vaudrait-il pas mieux, dans le courant de l'éducation, prendre les vers qui auraient toujours fait leurs mues les premiers, qui auraient par conséquent montré plus de vigueur, et les faire filer à part? Il ne serait pas dirficile d'essayer si ce nouveau moyen ne donnerait pas des prodoits plus avantageux; peut-être en obtiendrait-on une race de vers améliorés. Quant à la masse de cocons qui fait le vé-
AUX y£RS-A-SOIE.
ritable produit de l'éducatioD et qu'on doit conserver pour en retirer la soie, comme cette opération ne peut se faire tout de suite, il faut tuer les chrysalides dans les cocons mêmes, afin que ceux-ci ne soient pas percés par les papillons. La simple exposition des cocons pendant 8 à 4 heures à un soleil trèsardent sufQt pour faire périr la chrysalide ; mais ce moyen, à cause de l'incertitude du climat, est souvent insuffisant, ce qui fait qu'on le met rarement en usage. On préfère ordinairement employer la chaleur des fours que l'on applique assez souvent sans règle bien précise. Les cocons, placés dans de grandes corbeilles, sont mis dans le four après qu'on en a retiré le pain, et on les y laisse plus ou moins long- temps suivant le degré de chaleur, ce dont les ouvriers qui en ont rhabitude peuvent seuls être juges. Comme il n'est pas rare que cette chaleur étant applicfuce trop forte cause des accidens qui nuisent à la qualité de la soie et à son produit, on a proposé plusieursautres méthodes : l'emploi des substances volatiles, comme le camphre ; celui des gaz non respirables et délétères, comme Vacide carboniqucy le gaz acide sulfureux ; mais jusqu'à présent les divers essais faits en ce genre n'ont pas encore présenté des résultats assez positifs. M.Fon- TANA a aussi proposé d'étouffer les chrysalides par la vapeur de l'eau bouillante, ou en les plongeant dans l'eau bouillante ellemême; mais, quelques précautions qu'on prenne pour les faire sécher ensuite sur des claies bien aérées, et quelque favorable que soit la saison, le ramollissement du tissu des cocons et l'humidité qui les pénètre font promptement tomber la chrysalide en putréfaction, et sont d'ailleurs très-nuisibles à la qualité et à la beauté des cocons, qui par suite sont souvent tachés; de sorte que l'application d'une chaleur sèche a été en définitive reconnue le meilleur moyen pour faire périr les chrysalides Pour obvier à l'inconvénient des fours, ce qu'on a imaginé de mieux est un étouffoir qui consiste en une espèce d'armoire divisée en étages formées de caisses plates de cuivre ou de fer-blanc, dans lesquelles on introduit les cocons. La vapeur qui sort d'une chaudière enveloppe chacune de ces caisses qui sont hermétiquement fermées, et les cocons n'éprouvent aucune altération, ni dans leur couleur, ni dans leur tissu. On dit que la chaleur doit être élevée à 75** dans cet appareil ; mais nous ne croYons pas qu'il soit nécessaire de porter la chaleur si haut, car, dans un essai que nous avons fait en exposant dans une petive étuve, seulement à une chaleur de 50 deerés, ouelques centaines de cocons, il n'a fallu ou une heure pour en faire périr toutes les chrysalides. Une étuve dans laauelle il est toujoura assez facile de graduer la chaleur à volonté, pourrait donc aussi être employée pour étouffer les cbrysahdes dans les cocons. En opérant plus en grand, il serait peut-être nécessaire d'en élever la chaleur à 60 degrés au lieu de 50 qui nous ont suffi pour un petit nombre de cocons. Dans une assez petite étuve, comme celle dont on a donné les dimensions plus haut, on pourrait facilement étouffer 2 ou 3 mille livres de cocons.
ARTS AGRICOLES : ÉDUCATION DES YERS-A-SOIE
L'éducateur de ver-à-soie qui ne tire pas luî-méme la soie des cocons qu'il a produits, doit les vendre le plus tôt possible ^ car chaque jour qu'il les garde après avoir fait périr les chrysalides, ses cocons diminuent de poids, et celte diminution est assez rapide pour que le 8* jour seulement il y ait déjà environ 1/20" enmoins, lelS'jour 1/8*. Un mois après la perle est énorme, elle est de près d'un tiers;
Elus tard encore elle serait de moitié, et enn des deux tiers.
% IX. -> Seplième âge: Naissance des papillons, accouplement et fécondation , ponte, couser? ation de la graine.
Les papillons sortent des cocons qui ont été conservés pour graine, 18 à 20 jours après que les vers ont commencé à filer, si le lieu dans lequel ils sont est à 16 ou 18''; mais, si la température est plus élevée, il ne leur faut que 15 à 16 jours; a un moindre degré de chaleur, au contraire, ils ne subiront celte dernière métamorphose qu'en 22 à 24 jours, et même plus. C'est le plus souvent depuis 5 à 6 heures du matin jusqu'à midi que les papillons viennent au jour, rarement sortent-ils dans la soirée et presque jamais pendant la nuit, quoique ces insectes appartiennent à la classe des papillons nocturnes. Dans l'intérieur du cocon même. Tinsecte parfait déchire la peau mince dans laquelle il est enveloppé, et débarrassé pour ainsi dire de ses langes, il perce un des bouts de son cocon qu'il a préalablement amolli en l'humectant d'une liqueur particulière, ordinairement jaunâtre, qu'il dégorçe par la bouche, et il sort après avoir pratiqué un trou en heurtant fortement avec sa tète jusqu'à ce que le tissu cède à ses efforts réitérés. iNous avons dit qu'il fallait disposer les cocons horizontalement et par lits cle deui d'épaisseur, parce que lorsque le papillon est parvenu a porter sa tète et ses pattes antérieures en dehors de son cocon , il est facilité pour en sortir tout-à-fait, en s'accrochant par ces mêmes pattes aux autres cocons qui se trouventdevant lui. Aussitôt après que les papillons sont entièrement sortis, ils évacuent par l'anus, avec une sorte d'éjaculation, un autre liquide à. peu près semblable au premier, et qui n'en est probablement que le superflu.
Dès- lors, si on laisse aux mâles la liberté, ils cherchent les femelles pour s'accoupler avec elles. U accouplement complet s annonce par des tremblemens du mâle uni à la femelle {fig, 141 ). Alors on peut
{)rendre avec précaution l'un des deux par es ailes, et les placer réunis dans des tiroirs ou des boites garnis dans leur fond de morceaux de linge ou d'étoffe. Lorsqu'on a rempli une de ces boites ou un de ces tiroirs de mâles et de femelles accouplés ensemble, on en met de même dans un second , dans un S"", et ainsi de suite jusqu'à ce que tous les papillons suienl successivement nés el accouplés. La copulation durerait naturellement 20 à 24 heures, et nous l'avons même vue se prolonger jusqu'à 2 et Z jours entiers ; mais, comme on a observé que l'accouplement prolongé, loin d'être
IXH. I?.
Fig. 141.
avantageux , nuit au contraire à la ponte, parce que la femelle épuisée périt souvent avant d'avoir répandu tous ses œufs , on est dans l'usage d'abréger l'accouplement, et on sépare ormnairement le mâle de la femelle au bout de 8 à 10 heures; on peut même ne les laisser que 6 heur-es ensemble, et j^ce moyen un mâle pourra facilement surare à 2 et 3 femelles dans la même journée. Nous avons fait l'expérience de plusieurs papillons qui ont fécondé successivement jusqu'à 10 et 12 femelles ; l'un d'eux même en a fécondé jusqu'à 17, et la graine , fécondée par le dix - septième accouplement, s'est trouvée être aussi bonne que celle provenant du 1". —Quand lesaccouplemens durent nalurellcment trop long-temps, on désunit, comme nous l'avons dit, les conjoints au bout de 6 à 8 heures, et^ pour les séparer on les saisit, l'un de la mam droite, l'autre de la gauche, par les ailes, en les tirant doucement en sens inverse. Beaucoup de couples se désunissent assez facilement par ce moyen ; mais il eo est quelques-uns qu'il faut laisser à euxmêmes parce qu'ils sont trop intimement unis, et qu'on pourrait les blesser en les tiraillant trop violemment.
Aussitôt oue les femelles sont séparées des mâles, on place les 1"* dans des tiroirs sépirés garnis de linge ou d'étoffe, afin qu'elles y fassent la ponte de leurs oeufs, et si, lorsqu'on a opéré la séparation, il reste beaucoup de cocons qui n'aient pas encore produit leurs papillons , on met les mâles en réserve pour les employer au besoin.
Chaque femelle pond environ 600 œufs (fig. 142 ) dont elle fait ordinairement la plus grande partie dans les premières 86 heures, quelquefois même en beaucoup moins de temps.
Les papillons, ne prenant aucune nourriture, ne tardent pas à s'épuiser; ils meurent pour la plupart du lO'au 12* jour; mais, le plus souvent, dès que les mâles ont fécondé les femelles , et dès que celles-ci ont fait leur ponte, on les jette aux poules qui les mangent avec avidité. Au moment oii les œu/s sortent du corps de la femelle, ils sont presque blancs; quelques heures après ils dcfiennent d'an