‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 102 sur 467 · NOYER · texte numérisé non relu

NOYER

$ IV. — Produits, récolte des noyers.

Les noyers donnent un bon produit dans les pays où leurs fruits sont employés à faire de l'huile, mais plus encore dans le voisinage des villes où il s'en fait une grande consommation pour manger, surtout en vert et en cerneaux.On cite des noyers rapportant dans les bonnes années 50,000 à 100,000 noix; de tels arbres sont à la vérité fort rares, et leur trone n’a pas moins de 15 à 20 pieds de circonférence. Non seulement les noix se mangent vertes et sèches, mais, avant leur maturilté, on les confit au sucre de diverses manières.

Les noix ne se recuerllent point à la main, parce que souvent l'élévation des arbres ue le permettrait pas ; ensuite cela occasionerait un travail trop long et trop dispendieux; on les abat en frappant à coups de gaules sur les extrémités des branches où elles sont placées. Cela a l'inconvénient de briser et d'endommager beaucoup de bourgeons, ce qui nuit toujours à la récolte suivante; mais il serait bien difficile, sinon toutà-lait impossible, de faire autrement. Une autre cause qui s'oppose à ce que le noyer donne constamment de bonnes récoltes, c'est que, surtout dans le nord de la France, il est fréquemment atteint par les gelées tardives qui surviennent au moment de la floraison et qui brülent ses fleurs. L'arbre luimème, surtout dans sa jeunesse, est sensible au froid ; ainsi, dans l'hiver de 1820, j'ai perdu les trois quarts d’un semis, et, dans celui de 1829 à 1830, des noyers de 2 ans qui venaient d'être transplantés et mes avaient pour la plupart 5 à 7 pieds de haut, ont été gelées dans plus des 3/4 de leur longueur: il a fallu les rébattré presque tous à 1 pied de terre.

Enfin, dans les hivers très-rigoureux et trèsprolongés, les gros arbres eux-mêmes peuvent être frappés de mort, et c’est ce qui arriva en 1709, où un très-grand nombre de forts et beaux noyers furent tout-à-fait gelés.

Le bois de noyer est un des plus beaux bois de l'Europe; il est doux, liant, flexible, se taille bien au ciseau et prend au rabot un beau poli. Il a peu de valeur dans sa jeunesse, parce qu'il est blanchâtre, et sujet à être atlaqué par les vers; mais il prend en vieillissant une couleur brune et se veine quelquefois d'une manière agréable, Il se vend en général moitié plus que celui de chêne, elon assure qu'il croit aussi une fois plus rapidement, ce qui peut être regardé comime posilif d'après ma propre expérience; de sorte qu'il y aurait un grand avaulasÿe à en former des futaies: je ne sache pas cependant que jusqu’à présent aucun propriélaire ait pensé à planter des forêts de noyers.—Le bois de cel arbre a des usages très multipliés; on en fait des meubles de toute sorte, comme bois de lit, tables, commodes, secrélires, chaises, etc. Il a, lorsqu'il est bien sec, l'avautage de ne pas se tourmenter, Les lourpeurs, les sculpteurs, les currossiers, en emploient aussi beaucoup, el il est indispensable pour les armuriers, car jusqu'à present aucun autre bois indigène n'a pu remplacer celui du noyer pour la mouture des fusils.

Dans plusieurs départemens du centre et du midi de la France, la chaussure ordinaire äes habitans des campagnes n’est faite qu’en bois de noyer; dans le seul département de la Haute Vienne, cette industrie consomme, dit-on, par an, 4,000 noyers.et l’on fait 60 paires de sabots dans chaque arbre de 4 pieds 1/2 de circonférence. C'est comme bois de chauffage qu'iloffre le moirs d'avantages; il ne fait point un feu ardent et ne produit que peu de charbon et de chaleur.

Le brou de la noix contient beaucoup de tannin et d'acide gailique; il a été employé en médecine comme astringent et vermifuge.

L'écorce moyenne de l'arbre, recueillie au printemps, a été indiquée comme émélique.

Les teinturiers emploieut les racines de noyer et surtout le brou de noir, pour donner une couleur brune à certaines étoffes. Les menuisiers et les ébénistes se servent aussi souvent du dernier pour donner de la couleur aux bois blancs.

M. Baow, pharmacien à Toulon, a retiré d’un quintal de seve de noyer, exlraite au printemps par la térébration du tronc de cet arbre, 2 livres 1/2 de sucre brut, dont il a pu obtenir, avec 1/3 de perte, du sucre raffiné très-blanc, ayant toutes les qualités du sucre ordinaire. Reste à savoir si les frais ne seraient pas plus considérables que le produit.

SECTION ant. — De quelques autres arbres ou plantes oléiféres.

On a traité (page 2 et suiv. de ce volume) des principales plantes oléifères qui, comme le Colza, la Navelte, la Cameline, les Moutardes, le Pavot, etc., sont cultivées pour le produit que leurs graines fournissent par l'extraction de l'huile qu’elles contiennent. Eu général, la culture de ces plantes appartient plus particulièrement aux départemens du nord de la France, comme celle du Noyer à ceux du centre, et celle de l'Olivier à Ja partie méridionale de notre territoire, voisine du littoral de la Méditerranée. Pour compléter ce qui a rapport aux végétaux oiéifères, uous allons indiquer rapidement quelques autres arbres ou plantes dont les fruits ou seulement leurs amandes, ce qui est le plus ordinaire, renferment aussi de l'huile.

En tête de ces végétaux il faut placer tous ceux de la section des Amygdalées dans la grande famille des ÆAosacées. Les amandes des Abricots, des Péches, des Cerises, des Prunes, et de l’Amande elle-mème, soit douce, soit amère, contiennent toutes une quantité d'huile assez considérable. Celle de l'4mande douce s’'extrait principalement pour les usages qu’on en fait dans la pharmacie. Ce qui se cultive d’Amandiers dans nos départemens du Midi ne suffit pas aux besoins du commerce, et la France tire tous les ans d'Espagne, de Sardaigne, d'Italie, des Deux- Siciles, etc., pour une centaine de mille francs d'amandes.

A Briançon et dans les environs de cette ville, on retire des amandes d’une espèce de prunier connu sous le nom de Prunier de Briançon (fig. 67), une huile fine, à laquelle on

CULT. INDUSTRIELLES : DES ARBRES ET ARBUSTES OLÉAGINEUX: iiv fi,

donne dans le pays le nom d’Auile de marmotte, et qui est au moins aussi estimée que celle qu'on extrait des olives. Cette huile de marmotte est douce comine celle que fournit la semence de l’'amandier, mais elle est plus inflammable et conserve un goût de noyau qui la rend un peu amère et lui donne un parfum agréable.

Les pepins des Pommes, des Poires, des Néfles et autres Pomacées sont oléagineux comme les amandes des Amygdalées. Il faudrait, dans les pays où l’on fait beaucoup de cidre, trouver un procédé pour les séparer du marc, et voir si le produit qu’on en pourrait tirer en huile vaudrait la peine de l’exploitation.

On a essayé ainsi de retirer de l’huile des

pepins du Raiïsin qui en contiennent une

certaine quantité; mais le goût de cette huile pe parait pas être agréable; si cependant les frais d'extraction n’étaient pas trop considérables, ce serait peut-être une chose qui ne serait pas à négliger.

La famille des Amentacées renferme plusieurs genres dont les semences sont riches en matière oléagineuse ; ainsi, lamande de la Noisette ordinaire doune une huile agréable, qu'on peut employer, quand elle est récente, pour l’assaisonnement des alimens.

Mais le fruit le plus recommandabie en ce genre, c’est la faire ou le fruit du Hétre, qui donne en abondance une huile d’une iresbonne qualité, avec laquelle on peut remplacer toutes les autres pour la préparation des alimens. Nous avous en France beaucoup de forêts qui produisent une énorme quantité de faines, et les agronomes qui ont écrit sur les avantages qu'on pourrait retirer en se livrant à l'extraction de l'huile de ces fruits, assurent que les forêts d'Eu et de Crécy ont donné dans certaines années plus d'un million de sacs de faines, et qu’en 1799 on retira, de celles recueillies dans Ja seule forêt de Compiègne, plus d'huile que les habilans du pays n'en pourraient consommer pendant 50 aus. Qui pourra croire d’après cela que nous tirious de l’huile de faine des pays étrangers? c’est pourtant ce que prouve le Tableau général du commerce de France

cHAP. 13°.

publié par l'administration des douanes.

On retire dans l'Orient de l’huile des amaudes du Pistachier, du Lentisque et du Térébinthe ; mais ilest fort incertain que ces arbres puissent être cultivés en France avec avantage sous ce rapport.

Les semences des Conifères sont en générai très-oléagineuses ; mais, parmi elles, il faut surtout distinguer l'amande du Pén-pinier, connue sous le nom de Pignon doux. Cette amande, qui est assez grosse, contient une grande quantité d'huile, puisqu'elle en fournit environ le tiers de son poids. Cette huile est limpide, incolore, assez agréable quand elle est fraichement exprimée, quoiqu'’elle relienne un goût de térébenthine très-prononcé. Cette huile pourrait servir à assaisonner les alimens, et sa saveur un peu piquante conviendrait peut-être pour relever certains mets qui sout naturellement trop fades ; mais il est douteux que cette huile soit jamais préparée en grand, et puisse faire un objet de commerce important, parce que les pays dans lesquels croît le pin-pinier sont les mêmes que ceux de l'olivier, el que les pi-

nons doux, par la qualité de l'huile qu'ils ournissent, ne paraissent pas pouvoir soutenir la concurrence avec les fruits oléagineux de ce dernier. Dans les Alpes, où croit le Pin cembro, il y aurait plus d’avantages à extraire de l’huile de ses amandes: c’est ce qu’on fait en Sibérie, où cet arbre est commu,

Les fruits du Zaurier commun, connus sous le nom de baces de laurier, contiennent deux sortes d'huile, l’une fixe, concrète et de couleur verte, qui est la plus abondante; l’autre liquide et volatile ; l'une et l’autre ne sont propres qu'aux usages de la pharmacie.

La pulpe des fruits du Cornoutiller sanguin est oléagineuse comme celle de l’olive ; mais

DES PLANTES OLEIFÈRES.

l'huile qu’on en peut retirer est âcre et impropre aux usages alimentaires ; elle ne peut servir que pour l'éclairage ; elle brüle, diton, sans donner de fumée.

En Allemagne, aux environs de la Forêt- Noire, on retire des graines contenues daus les baies du Sureau à grappe une huile qui n’est employée qu'à des usages grossiers. Le Sureau noir dont les baies sont souvent si abondantes en automne, pourrait très-probablement fournir aussi de l'huile.

Celle qu'on retire de la graine de Lin et de Chanvre est employée pour la peinture, l’éclairage et dans certaines fabriques. En Bourgogne, l’Autle de chenevis sert, dans les campagnes, pour assaisonner les alimens.

Les semences de toutes les Cucurbitacées sont oléagineuses ; mais on en fait bien peu d'usage sous ce rapport; cependant, comme quelques-unes d'elles sont contenues dans de très-gros fruits, qui peuvent d’ailleurs être employés à d’autres usages économiques, plus que suffisans pour indemniser des frais de culture, on peut croire que cela pourrait déterminer à extraire l’huile des graines qu’on obtiendrait alors pour rien. Ainsi, dans quelques cantons, où les citrouilles et les potirons sont cultivés en plein champ pour la nourriture des bestiaux, n’y aurait-il pas plus d'avantages à retirer la graine de ces fruits pour en extraire l'huile à part, que de les laisser manger aux animaux en même temps que la pulpe?

Une foule d’autres plantes, qu’il serait trop long d'énumérer, donnent encore des graines oléïfères; nous citerons seulement celles du Muflierou mufle de veau qui, sous ce rapport, sont ulilisées en Turquie; on en retire une huile qu'on emploie même comme assaisonnement dans les alimens.

" LoisELEUR DESLONGcHAMPSs.

CHAPITRE XIII. — DES PLANTATIONS DE BORDURE, DES VERGERS AGRESTES ET HERBAGES PLANTÉS, ET DES ARBRES QUI LES COMPOSENT.

SECTION ["°.— Du pommier et du porrier.

Parmi les arbres dont le cultivateur peut enrichir ses champs, on doit placer en première ligne, surlout pour les parties seplentrionales et centrales dela France, le Pommier et le Poirier; presque sans dommage pour les cultures herbacées, ils fournissent d’abondans produits en bois, et surtout en fruits dont tout le monde connaît les précieuses qualités, soit pour manger crus ou cuits et préparés de mille manières, soit pour en tirer plusieurs boissons qui, sous le nom de cidre, de poiré, sont fort estimées. Dans la division des Arts agricoles (Tome III), on a donné les développemens convenables sur la préparation de ces boisons et même sur la récolte des fruits destinés à les fabriquer.

En traitant de la conservation des produits agricoles (Tome T), nous avons suffisamment indiqué les procédés à la portée de la plupart des cultivateurs, à l’aide desquels ils peuvent prolonger la jouissance des fruits pour la consommation du ménage ou attendre un moment plus opportun de les présenter au marché; nous n'avons donc plus à nous oc-

AGRICULTURE

cuper ici que de la plantation, la culture et l'entretien des pommiers et des poiriers, que nous réunissons à cause de l’analogie complète des soins qu’ils réclament.

Le Poirier (Pyrus ; angl., Pear;ital., Pero; all, Birrbaum) appartient à la division des Pomacées de la famille des Rosacées ; c’est un arbre grand, vigoureux et durable, qui peut vivre deux siècles et plus, s'élever audelà de 60 pieds, et couvrir de ses vastes branches une étendue de terrain à peu près égale à sa hauteur. Sa forme est généralemen élancée et pyramidale, et ses racines sont essentiellement pivotantes.

Le Pommier (Malus; angl., Apple ; ital., Melo; all., Apfelbaum) appartient à la même division ; il est moins vigoureux que le poirier, dure un peu moins et est plus délicat.

Il ne dépasse guère 30 ou 40 pieds, ne s’élance pas comme le poirier, et souvent au contraire étend fort bas ses longs rameaux.

Ses racines ont une disposition analogue, ne s’enfoncent pas, mais sont très-courtes.

$ 17. — Des variétés et des usages du pommier et du poirier

Les pommiers et poiriers dont la souche pri-

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