‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 105 sur 467 · DU POMMIER ET DU POIRIER · texte numérisé non relu

DU POMMIER ET DU POIRIER

autres boissons sont rares ou d’un prix élevé. Au surplus, nul doute que plusieurs variétés de pommiers et de poiriers cultivées ne se prètent parfaitement à la formation des haies, que A. Taouix proposait de rendre meilleures et plus productives en greffant les rameaux les uns sur les autres aux endroits où ils se croisent.

$ II.— De l'éducation et de la plantation.

Dans la culture des champs, les soins qu’on donne à la plantation et à l'entretien des pommiers et des poiriers sont peu considérables, en sorte qu’on peut dire que c’est presque sans frais qu’on se crée pour l’avenir une richesse considérable. Lorsqu'on se trouve dans le voisinage des forêts qui n’en sont point encore dépourvues, on peut y faire choisir et arracher les sauvageons bien venans qui s’y rencontrent, pour en former aussitôt sa plantation; on les prépare comme les sujets transplantés d’une pépinière pour être mis à demeure, et on n’a plus qu’à les greffer au bout d’une année ou deux, selon la vigueur, la force et la hauteur de l'arbre.

La direction et la hauteur des ramifications doit surtout être prise en grande considération pour les pommiers, qui croissent peu en élévation et étalent souvent leurs branches jusqu’à terre, ce qui fait perdre une grande étendue de terrain. Pour ces arbres. il est donc de première importance de choisir les espèces qui affectent une forme élancée, pyramidale, ou tout au moins soutiennent leurs rameaux à une suffisante distance du sol pour que le soleil ÿ pénètre et que l'air y circule; par la même raison, il est aussi préférable de retarder la greffe de quelques années, si cela est nécessaire pour que l’arbre porte sa tête à une plus grande élévation.

À cette différence près, et à celle de la profondeur à laquelle pénétrent les racines et quiimpose pour le poirier le choix d’un terrain plus profond, la culture du pormmier et du poirier est la méme; quoique ce dernier soit généralement plus robuste, qu'il supporte mieüx l’exposition à l'ouest et au nord, qu’il craigue moins la grande humidité du terrain et l’évaporation des eaux voisines, leur enfance dans la pépinière, leur transplantation, la manière de les greffer et de les conduire, comme le mode de récolter leurs fruits et l'emploi deleurs produits, sont absolument les mêmes, et ce que nous allons en dire s’appliquera aussi bien à l’un qu'à l’autre.

Dans les circonstances ordinaires, lorsque l'étendue des terrains à planter est encore considérable, il est plus économique de créer une pépinière sur son domaine que de se pourvoir d'arbres chez les marchands; cela est aussi plws avantageux, parce qu’on peut, avec plus de facilité et de certitude, faire un choix bien combiné des variétés de fruits préférables. Mais il est pour cela indispensable que cette pépinière puisse être sous Ja surveillance immédiate du propriétaire ; car le fermier, à moins que son bail ne soit à très-long terme, donnera rarement à l’éducation des arbres les soins nécessaires, parce qu'il verra toujours dans un avenir prochain et assuré les soins et les embarras de leur culture, et au contraire, dans un avenir éloi-

gné et incertain pour lui, leurs utiles produits.

Du reste, nous ne nous étendrons pas ici davantage sur la formation et l'entretien d’une pépinière, puisque cette matière a été le sujet d’un article étendu au commencement du 5° livre (Agric. forestière, T. IV ); comme on peut greffer les arbres à haute tige, soit dans la pépinière, soit après les avoir transplantés à demeure, nous parlerons de la greffe après la plantation.

La transplantation à demeure doit avoir lieu lorsque larbre, sauvageon ou greffe, appelé aussi ente, a de 4 à 6 pouces de tour (10 à 14 centimètres). La plantation ne doit pas avoir lieu trop tôt, parce que les arbres n'offriraient pas de résistance; on ne doit pas non plus la faire trop tard ni avec des sujets trop forts, parce qu’ils occuperaient inutilement la place dans la pépinière, reprendraient plus difficilement, et pousseraient moins bien durant les premières années.

Nous croyons peu utile de rappeler ici les principes fondamentaux des plantations, applicables à toutes sortes d'arbres, comme de planter en octobre ou novembre si le terrain est sec ou sablonneux, et, au contraire, au printemps si le sol a des qualités opposées; de creuser les trous d'avance afin que le terrain s'améliore et se mürisse, et de les faire aussi grands que possible; de placer sous les racines de l’arbre une couche de

azons retournés, de curures de fossés, de

onne terre enfin, sur laquelle on le dispose ; de bien étaler les racines qu’on a conservées aussi entières que possible; de les recouvrir de bonne terre meuble qu’on insinue avec soin dans tous leurs interstices, et qu'on presse suffisamment pour qu’elles ne puissent plus être ni remuées ni déplacées; de mettre à la surface la moins bonne terre et de la recouvrir de pierres, si le trou en a fourni et qu’on aura eu le soin de mettre de côté, etc. — L'arbre ne doit être enfoncé que de 2 ou 3 pouces de plus qu’il ne l'était dans la pépinière.

Les arbres plantés dans les champs étant généralement exposés aux atteintes des bestiaux, il est presque toujours nécessaire de les garnir d’épines; on choisit les rameaux épineux les plus longs, on les fiche en terre par le bas et on les attache à la greffe, au moyen de liens, en plusieurs endroits. M. L Dugois recommande l’emploi d’un fort tuteur haut de 5 pieds, qu'on incline un peu, et qui est armé de 3 chevilles présentant 6 pointes de 9 à 10 pouces, placées à la hauteur où les animaux pourraient se frotter; ce tuteur est lié à l'arbre par un hart, et on évite une pression nuisible au moyen d’un peu de mousse placée à l'endroit de la ligature.

Le pommier et le poirier viennent à peu près dans fous les terrains et à toutes les expositions; cependant ils prospèrent bien mieux dans un sol gras et profond, sain sans être sec, frais sans être humide, et à l’exposilion du sud ou du sud-est. Celle de l'ouest est surtout nuisible aux arbres fruitiers, parce que les vents les ébranlent, en brisent les branches, et font tomber au printemps la fleur et à l'automne les fruits qui, jetés bas avant la maturité, sont perdus ou ne donnent que des produits de très mau-

CULT. INDUSTRIELLES : DES PLANTATIONS DE BORDURE, ETC

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vaise qualité; dans les terres maigres et humides, l'arbre ne pousse pas, se couvre de mousse, et ne produit que des fruits chétifs; dans les sols profonds les racines s’assurent avec solidité, puisent plus de vigueur et de nourriture; l’arbre est plus beau et donne de meilleurs fruits.

Nous parlerons dans la dernière section de ce chapitre de la distance qui doit séparer Les arbres et des particularités relatives aux plantations en bordure ou er vergers.

Lorsqu'on ne veut que des arbres à cidre, et qu'on a fait choix dans la pépiniére de sauvageons à feuilles larges, à gros boutons, ce qui annonce de gros fruits, on peut se dispenser d’avoir recours à la greffe; mais cette opération est indispensable pour s’assurer des variétés déterminées, et cela est préférable sous tous les rapports. Au reste, la greffe des pommiers et poiriers n’offre aucune difficulté et ne cause jamais la perte d’un sujet; comme elle a lieu sur des individus déjà forts, on emploie presque toujours la greffe en fente qui réussit très bien, et donne des jets vigoureux ; si la greffe vient à manquer ou à être cassée, on en est quitte pour recommencer l’année suivante.

$ III. — De l'entretien des plantations.

Peu d'arbres sont moins exigeans pour les soins de culture que ceux qui nous occupent, et l’on voit des plantations fort belles et fort productives, souvent entièrement abandonnées à la nature. Cependant ce n’est pas là un bon exemple à suivre, et les soins d’entretien, peu dispendieux et fort faciles qu’on ne doit pas négliger de donner, sont toujours grandement récompensés par la belle venue et la fructification des arbres; c’est surtout durant les premières années de la plantation

ue les poiriers et les pommiers ont besoin

e ne pas être entièrement délaissés à eux-= mêmes.

Le pied des arbres doit être labouré chaque année à la surface et même amendé avec des gazons retournés, des curures de fossés, de la bousc de vache, etc. Ce travail est surtout indispensable dans les prairies non labourées. — Il faut avoir soin d'enlever les qourmands du sauvageon, qui poussent souvent au pied de l’arbre ou au-dessous de la greffe, et qui consomment la sève en pure perte. — Plus tard, il faut couper les rameaux trop multipliés ou mal venans, en ne laissant que les mieux placés et les plus vigoureux, afin d'obliger larbre à s'élever et à former une belle tête. Lorsque ces rameaux sont rabougris et affectent une disposition inclinée vers le sol où même horizontale, on oblient souvent de bons résultats en les recépant près de la greffe sur un œil supérieur, lequel donne un beau jet vertical et reforme l’arbre ; il est bon alors d’assurer une végétation plus vigoureuse en labourant le pied de l'arbre et y mettant quelques engrais. Ces soins de taille et de direction sont particulièrement nécessaires pour les pommiers qui, trop souvent laissant retomber leurs branches vers la terre, se trouvent ainsi exposés à la dent des bestiaux et couvrent le sol de manière à le rendre tout-à-fait improductif. — Il arrive souvent que les arbres,

après un temps plus où moins long, se couvrent de mousses, de lichens et de bois mort; il est indispensable d’extirper les premiers en frottant fortement les branches avec une brosse, par un temps humide; quant au bois sec, on le coupe à la serpe jusqu’au vif; on doit aussi détruire avec soin les guis qui infestent quelquefois les pommiers et leur sont très nuisibles. — Sur les vieux arbres l'écorce est quelquefois si épaisse et Si gercée qu'elle ne sert plus que de retraite à une multitude d’insectes ; 1l est bon d’en enlever une partie avec la plane du tourneur ou la serpe , ainsi que les champignons parasites.

Un très grand nombre d'insectes attaquent les arbres qui nous occupent ; nous en parlerons dans la 5e section.

Il est impossible d’assigner avec quelque exactitude la quantité des produits qu’on peut raisonnablement espérer d’une plantation de pommiers ou de poiriers. Lorsqu'on a planté de beaux arbres dans un sol convenable, et qu'on n’a pas négligé les soins d’entretien, on commence à obtenir quelques produits au bout de 5 ans; au bout de 10, ils méritent déjà l’attention, et on peut regarder les arbres comme en plein rapport à 20 ans. — La quantité de fruits que porte un bel arbre est souvent énorme, mais souvent aussi il n’en rapporte que quelques-uns où même pas du tout; généralement, même les bons arbres ne produisent une abondante récolte que tous les deux ou trois ans. — On voit souvent des plantations fort belles ne jamais fleurir, ou les fleurs avorter constamment ; cela paraît dépendre du choix des variétés plus ou moins fructifères en raison des circonstances locales; ce sujet n’a pas encore été suffisamment étudié, malgré son importance. C. BAILLY DE MERLIEUX.

SECTION 11. — De quelques autres arbres ou plantes dont les fruits ou la sève sont propres à donner des liqueurs vineuses, de l’alcool, etc.

Dans la grande famille des Rosacées, les sections des Amygdalées et des Pomacées sont celles qui fournissent le plus de produits vineux ou alcooliques. Après le Pommier et le Poirier, dont il vient d’être traité en particulier à cause de leur importance, il faut mentionner, parmi les Pomacées, les fruits des Alisiers, des Néfliers, des Cormiers, des Sorbiers, dont les habitans des campagnes emploient les différentes espèces pour préparer des piquettes ; mais, avec plus de soin et de méthode, les alises, les nèfles, les cormes et les sorbes pourraient servir à faire une sorte de cidre, et celui de cormes surtout , qui se prépare dans quelques cantons voisins des forêts où les cormiers sont communs, à beaucoup d’analogie avec celui gui se fait avec des poires. Tous ces cidres

onnent plus ou moins d'alcool à la distillation , et si on les fait au contraire passer à la fermentation acéteuse, ils peuvent être converts en vinaigre. C’est principalement dans les pays du nord qui sont privés de la vigne, que ces différens fruits sont employés pour en retirer de l’eau-de-vie.

Les fruits des Amygdalées jouissent des mêmes propriétés que ceux des Pomacées , et

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