LIV
dent la force et l’énergie dans un animai.
Ainsi, d'après cette définition, une machine animée ne doil nous paraitre belle qu’autant que, par l'inspection de ses caractères extérieurs, NOUS POUVODS Juger & priori des bons effets qu’elle est capable de produire. Certes, dans la grande majorité des cas, en raisonnant ainsi, nous arrivons à des conclusions justes; mais observons toutefois qu’il ne faut pas considérer exclusivement les corps animés comme des machines dont on peut calculer mathématiquement les effets; qu’il faut tenir compte de leurs forces motrices, forces inhérentes à la nature organisée, qui ne se manifestent à l'extérieur que par des signes bien fugaces, et qui modifient étrangement les résultats qui paraissent dépendre le plus des lois de la mécanique.
Ainsi, pour prouver la vérité de cette assertion, comparons ensemble un cheval anglais et un cheval normand identiquement semblables entre eux. L'un et l’autre paraissent réunir tous les caractères de la force; dans l’un et dans l’autre la charpente osseuse est également bien construite : les masses musculaires, également bien nourries et bien prononcées, se dessinent sous leurs tégumens avec une égale énergie ; enfin tous deux sont également beaux dans l’acception propre du mot. Ici, à raisonner mathématiquement, ces deux machines, ainsi construites, doivent produire des effets identiques; mettez-les cependant toutes deux en mouvement, et vous serez étonnamment surpris de la différence des résultats qu'elles vont donner.
C’est qu’en effet il existe dans les corps vivans un moteur, Un principe d'action, ce qu’en physiologie on appelle l’rrflux-nerveux, qui, variable en intensité suivant les individus que l'on considère, est, pour ainsi dire, à une dose tresélevée dans le cheval anglais, et souvent, au contraire, bien fractionnée dans le cheval de race normande. Mais qu'on ne prenne pas ces expressions à la lettre; elles pourraient induire en erreur, car elles semblent faire supposer que l’on peut évaluer la quantité de ce principe, tandis que, par sa nature, il échappe à tous les calculs, et même son influence est telle quelquefois que, dans la machine la plus défectueuse d’après les lois physiques, il produit les effets les plus inattendus. Témoin, par exemple, ces chevaux qui, pour me servir d’une expression vulgaire, n’ont que de l’éme. A voir leur habitude extérieure, avec ces muscles grêles, cette encolure mince, ces hanches saillantes, ces côtes que l’on peut compter sous la peau, ces flancs et ce veritre retroussés, on , serait tenté, au premier abord, de les prendre : pour des mauvais chevaux ; mais qu'on exa- , mine leur tête, on verra que tout, dans l’expression de leurs yeux, dans la position de leurs oreilles, dans la dilatation de leurs narines, décèle l'énergie qu'ils renferment; et en effet, lorsqu'ils sont en action, ils déjouent tous les calculs que lon a pu faire d'après l’inspection de leur conformation. Il est vrai de dire, cependant, qu’il en est de ces animaux (qu'on me passe la comparaison) comme d’une machine dont la force de résistance n’est pas : en rapport avec la puissance de son moteur;.
elle éclate, se brise, et bientôt est mise hors d'usage. De même il n’est pas rare de voir ces *