‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 141 sur 467 · CHAP. 2. CONSIDÉRATIONS SUR · texte numérisé non relu

CHAP. 2. CONSIDÉRATIONS SUR

chevaux énergiques, qui ne sont que #out äme, bientôt ruinés et hors de service, parce qu’en eux la tension du moteur est trop forte pour les rouages de la machine, et qu'ils ne sauralent y résister.

On entend par défectuosité, absence d’une ou plusieurs des conditions qui indiquent la beauté. Nous devons fare observer ic! que souvent, dansle vulgaire, on considère comme beau dans la conformation d’un animal ce qui plaît simplement au regard, et comme défectueux ce qui parait disgracieux. Or, il est de remarque que souvent une beauté d'apparence doit être considéréecomme une défectuosité réelle, et que, vée versa, souvent ce qui parait défectueux est beau dans l’acception propre du mot. Ainsi, par exemple, l’on entend dire tous les jours qu'une tête effilée est belle et qu’une tête camuse est défectueuse. Nous verrons plus loin que l’une et l’autre de ces opinions sont également fausses et démenties par la raison.

Le nom de fares est employé pour désigner les cicatrices que porte l’animal à la surface du corps, soit qu'elles proviennent d’opérations qu’il a subies ou de lésions qui lui sont survenues par accident.

Enfin on appelle vices les défauts qui, dépendant du moral ou du caractère de l'animal, ne se manifestent à l'extérieur que par son expression physionomique. Ainsi, les chevaux méchans ou rétifs ont dans les mouvemens de leurs oreilles, dans l’expression de leurs yeux, un caractère particulier qui dénonce en eux l'existence de leurs vices.

SECTION 1°°.— Considérations sur la machine animale et son appareil de mouvement.

Le squelette des animaux forme, comme on l'a vu dans les considérations d'anatomie, une véritable charpente osseuse qui prête un appui solide à toutes les parties du corÿs, et en détermine, comme dit RicHErAND, la grandeur, les proportions, la forme et l'attitude.

Les membres, parties essentielles de l’appareil locomoteur, sont formés par une colonne centrale brisée dans plusieurs points de son étendue, mobile en plusieurs sens, autour de laquelle se groupent, par régions, les muscles ou /orces destines à mouvoir les os ou /evéers qui la constituent.

Les os sont disposés angulairement les uns au-dessus des autres ; mobiles à jeurs points de contact ou articulations, ils présentent tous une conformation analogue; épais et volumineux à leurs extrémités, ils sont plus minces et ordinairement arrondis dans leur milieu ; tous sont creusés à leur intérieur d’un canal médullaire. La raison de cette manière d'être est facile à trouver : ces organes devant remplir dans la machine l'usage important de leviers, la présence dans leur intérieur d’un canal médullaire leur donne plus de résistance, d’après ce principe : que de deux colonnes creues formees d'une égale quantité de la méme matiere et de méme hauteur, celle qui présentera la cavité la plus considérable sera là plus forte. Le renflement des extrémités osseuses présente en outre le double avantage d'offrir aux articulations de larges surfaces, et de concourir, comme le pense Bicmar, à la ré-

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:A MACEH ANIMALE. 191 gularité des formes; car ce sont précisément les parties renflées des muscles qui correspondent aux parties amincies des os.

Les muscles, formés de fibres juxta-posées et non entrelacées, s’implantent sur les os au moyen de tendons, cordes flexibles et inextensibles dont l'une des extrémités aboutit à l'os, tandis que l’autre se prolonge dans l’épaisseur même du muscle, et s’y épanouit en membranes (aponévroses d'intersection), sur lesquelies s’anplantent les fibres motrices. Ainsi deux élemens principaux entrent dans la composition des muscles, le tissu czarnu proprement dit, et Le Lissu texdireux, Au premier appartient la propriété de se contracter ou de se raccourcir, au second celle de transmettre les effets de la contraction. Or ces deux élémens m’entrent pas toujours en même proportion dans la composition des muscles, et, suivant que l’un ou l’autre prédomine, l'organe moteur présente des caractères différens.

Parmi les muscles, en effet, les uns ont ce que l’on appelle une organisation complexe; en eux les fibres charnues sont très-courtes, mais très-multipliées, parce que les surfaces sur lesquelles elles s’implanient sont très-étendues. Lorsqu'on les coupe suivant leur longueur, on remarque en eux une disposition Lelle, que toutes leurs fibres très-courtes sont dirigées obliquement entre les membranes fibreuses qui se sont prolongées dans leur substance.

Ceux-là sont principalement caractérisés par le peu d’étendue, mais la grande force des mouvemens : « En effet, toutes les fibres étant » également grosses, elles ont le même degré » de force, et cette force, considérée dans un » muscle en totalité, est mesurée par le nom- » bre de ses fibres. » (Bicxar.)

Que si, au contraire, la longueur du muscle est due à de longues fibres charnues; si en lui l'élément fibreux n'entre que peu où point, nécessairement il devra produire des mouvemens très-étendus, « car plus une fibre est » longue, plus elle se raccourcit dans sa con- » traction : donc, en se contractant, ies mus- » cles rapprochent d'autant plus les os aux- » quels 1ls s’attachent, que leurs fibres sont » plus longues. » (Bicuar.)

Ainsi, règle générale, /a longueur des fibres charnues implique nécessairement l'étendue des mouvemens, tandis que leur nombre et leur multiplicité entraënent,comme conséquence nécessatre, la force de ces mouvemens, mais dans une étendue limitée. D'après cela, dans un chevai aux rapides allures, les rayons osseux des membres devront étre longs, parce que de cette longueur résulte nécessairement celle des fibres musculaires,et conséquemment une plus grande étendue des mouvemens. Dans le gros cheyal de trait, les muscles devront être volumineux, parce que leur volume est l’expression de la force qu’ils peuvent développer.

Considérés dans leurs rapports entre eux et avec les muscles, les os constituent des leviers du 1°*, du 2° et du 3° genre. L’articulation du Jarret nous offre un exemple du ester du premier genre dans l’action de ruer, Le point d'appui se trouve à l'articulation même, au point C, le calcanéum CD (fig. 5) représente le bras du levier de la puissance musculaire. et la résistance a pour bras de levier toute l’extrémité inférieure AC.

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Fig 85.

Cette même articulation nous offre dans fa progression un exemple de /evrer du 2° genre. Le point d'appui se trouve sur le sol en A; la résistance est représentée par le tibia TC, qui transmet en C tout le poids du corps; enfin la puissance est le muscle qui s'attache en D au sommet du calcanéum.

Le levier du 3° genre est le plus employé.

Ainsi, on en trouve des exemples dans les mouvemens d'extension et de flexion du bras sur l'épaule, de l’avant-bras sur le bras, du canon sur J'avant-bras. Considérez, en effet, l’articulation du genou . le point d’appui se trouve en G (fig. 86) dans l'articulation même. La résistance est représentée par l’extrémilé inférieure du membre, et la puissance par les muscles extenseurs ou flechisseurs qui s’attachenten B ou en A, très-près de l'articulation.

Si l’on se contentait de l'examen superficiel de l'appareil moteur et de l'agencement de ses rouages, « on serait tenté, comme le dit M. G1- » RARD, d’accuser d'imprévoyance la nature » dont les combinaisons sont toujours si sages » et si admirables. » Observez, en effet, la disposition des muscles par rapport aux leviers qu'ils doivent mouvoir. Couches sur les os, ils sont avec eux dans un parallélisme presque complet; en outre la plupart s'implantent sur les os très-près de leurs articulations, et les meuvent à la manière de leviers du 3° genre, dans lesquels la puissance a toujours un bras de levier plus court que celui de la résistance ; enfin, leurs fibres charnues agissent obliquement sur leurs tendons d'implantation, et conséquemment leur force se trouve décomposée 6

D’autres causes de déchets dans la puissance musculaire se retrouvent dans la résistance que les muscles s'opposent réciproquement par antagonisme, et dans le passage des tendons sur une ou plusieurs articulations, dont le jeu et la mobilité détournent une partie de Ja force de traction.

Mais recherchez la raison de ces imperfections apparentes, et vous verrez bientôt l’admirable rapport de moyen à but qui existe entre la disposition des rouages du mécanisme vivant et les effets qu’il produit. Et d’abord,

ANIMAUX DOMESTIQUES : CONFORMATION EXTÉRIEURE. Fig. 86.

LIV, 1it

ce parallélisme des puissances musculaires avec leurs bras de levier était nécessité par la régularité des formes; car les membres auraient eu un volume énorme si la direction des muscles s'était rapprochée de la perpendiculaire. Qu'on remarque bien cependant que ce parallélisme est en partie détruit par le volume des extrémités osseuses, dont la saillie détourne le muscle de sa direction et agrandit l'angle sous lequel il s’insère. Les éminences dont les os sont garnis, la rotule et les sésamoiïdes remplissent aussi les mêmes fonctions dans le squelette ; comme le renflement des extrémités des os, ces organes ont pour but de favoriser les puissances musculaires, soit en augmentant la longueur de leurs bras de levier, soit en les détournant de leur direction parallèle à la manière des poulies de renvoi.

Quelques exemples vont me faire comprendre. Examinons l'articulation du fémur avec le tibia; soit AR (fs. 87 ) le muscle destiné à opérer l'extension du Fig. 87.

second de ces os sur le premier : au lieu de suivre la Girection AP, presque parallèle au bras du levier, il va s’insérer SOUS Un angle bien plus ouvert à la rotule, qui, attachée au moyen de ligamens fibreux, transmet à cet os iout l'effort exercé sur elle. Dans l'articulation du fémur avec le coxal, l’éminence osseuse qui domine cette articulation peut étre considérée comme le bras de levier des puissances musculaires qui étendent Ja cuisse sur le bassin. Les apophyses épineuses des vertèbres remplissent encore le méme rôle par rapport aux muscles qui viennent s’y implanter; en sorte qu’en règle générale le développement des éminences osseuses et des extrémités articulaires des os doit toujours être recherché comme une beauté dans la conformation d’un animal, puisqu'il implique nécessairement la force des puissances musculaires. Que si, maintenant, nous recherchons pourquoi les muscles s'insèrent sur les os si près des articulations, et les meuvent à la manière de leviers du troisième genre,nous voyons que le déchet énorme de la force musculaire qu'entraine l'emploi de ce levier est compensé, et bien au delà, par les avantages qui en résultent pour la vitesse et l’instantanéité des mouvemens. Qu'on examine, en effet, dans le membre antérieur, l'articulation du genou (méme figure); certes, la puissance du muscle fléchisseur eût été plus favorisée, si son tendon, au lieu de s’insérer en A, était descendu jusqu'en C à l'extrémité inférieure du canon. Mais observez que, pour faire décrire à l'extrémité AP l’arc de cercle PH, il aurait été forcé de se raccourcir de toute la longueur GC. tandis qu’il suffit d'un raccourcissement infiniment plus court, comme de G en A, pour produire un effet identique. Cetemploi du levier du 3° genre favorise donc la vitesse du mouvement au dé-

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pens, il est vrai, de la force musculaire ; mais ce désavantage pouvait être contrebalancé dans les muscles en augmentant le nombre de leurs fibres sans augmenter beaucoup leur volume, puisque, par cela même qu'ils sont disposés de manière à produire des mouvemens tresétendus par une petite contraction, leurs fibres peuvent être plus courtes et conséquemment plus multipliées.

Il résulte de ces considérations que les beautés générales à rechercher dans la conformation des animaux, sont le développement énergique des PUISSANCES MUSCULAIRES, le développement et la largeur des articulations, et la sarllie des éminences osseuses.

SECTION 11. — Division du cheval.

BourGELaT, le premier des auteurs français qui ait fait un traité complet sur la conformation extérieure du cheval, avait établi pour son étude la division en avant-mair, corps proprement dit, et arrière-main. Cette division ne pouvant s'adapter à la description de tous les animaux, puisqu'ils ne sont pas tous susceptibles d’être montés, nous suivrons préférablement celle adoptée dans l'anatomie vétérinaire.

$ IT, — De la tète.

L — De la tête considérée dans son ensemble.

La tête est importante à examiner sous le double rapport de sa conformation et de son expression. C’est elle, en effet, qui porte, pour ainsi dire, le cachet de la race de l'animal ; c’est sur elle que se déroule le mouvant tableau de Sa physionomie; car, bien que les animaux n'aient pas, comme l’homme, la faculté d’exprimer par les muscles de leur face les sensations qu'ils éprouvent, les passions qui les animent, ils ont cependant comme Jui, pour les traduire au dehors, le langage énergique des yeux, et en outre ces mouvemens particuliers des oreilles, des narines et des lèvres, par lesquels ils nous révèlent, en quelque sorte, l’énergle qui les anime, les qualités dent ils sont doues et les vices qui les déprécient.

Dans la belle conformation, la tète représente à peu près une pyramide quadrangulaire, tronquée inférieurement, dont la face antérieure, plane supérieurement et légèrement arrondie sur le chanfrein, est aussi large que possible dans toute son étendue; dont la face postérieure (auge) est concave, profonde et nelle, sans aucune tuméfaction; dont les faces latérales, enfin, sont sèches et revèêtues d'une peau fine, qui laisse apparaitre en relief les éminences anguleuses des os, les saillies arrondies des muscles, et dessine bien les vaisseaux sous-cutanés. Les oreilles sont droites, hardies dans leur position, fines, déliées et libres dans leurs mouvemens; les yeux clairs, vifs, pleins de feu, assez gros, et placés à fleur de tête; la ganache décharnée et peu épaisse; les naseaux bien ouverts, la bouche demi-fendue.

Recherchons maintenant les raisons de la beauté de cette conformation. Et d’abord, cette lar, geur, cette grande étendue de La Jace antérieure de la tête, que nous considérons comme

AGRICULTURE

DIVISION DU CHEVAT.

belle, n'est-elle pas pour nouùs un indice d’une conformation analogue dans les cavités nasales? et la largeur de ces cävités n’implique-t-elle pas elle-même, comme l’observe judicieusement M. Ricor, une conformation semblab.e dans tous les autres organes auxquels sont dévolues les fonctions respiratoires ? Car il existe dans l'économie une connexion si intime, un rapport si parfait de structure entre toutes les parties d’un même appareil, qu'étant donnée l’organisation d’une d’entre elies,on peut, par analogie, deviner l’organisation de toutes les autres.

Ainsi, et en nous bornant à l'appareil respiratoire, Si nous considérons par exemple un cheval de noble race, tel que l’arabe et l'anglais, ou parmi les chevaux de trait de notre pays, le boulonais et le breton, nous serons frappés de l’admirable rapport qui existe entre le grand développement de leur poitrine, soit en hauteur, soit en largeur, et les grandes dimensions que présentent les premières voies aériennes. De même, et par une loi inverse, car la nature est conséquente même dans ses imperfections, nous verrons toujours coïncider l’étroitesse de la poitrine avec le peu de largeur des cavités nasales.

Remarquons maintenant que la plupart des autres beautés que nous avons saisies dans une tête bien conformée, telles que la sécheresse et la netteté de ses faces, l’état de pléni tude des vaisseaux qui rampent sous sa peau.

le développement de ses muscles, l'éclat brillant des yeux et l'énergie du regard, etc., ne sont en quelque sorte que les conséquences nécessaires de la parfaite conformation des organes respiratoires et de l'intégrité de la fonction qu'ils remplissent. Elles ne s’observent en effet que sur les animaux à tempérament sanguin, chez lesquels le sang, complétement vivifié au contact de l'air, porte dans toute Féconomie un surcroît d’excitation et de vie dont ces beautés ne sont en quelque sorte que l’expression.

La conformation des cavités nasales est donc la partie la plus importante à examiner dans la tête des chevaux; c’est sur les différences qu'elles présentent sous ce rapport que sont basées la plupart des variétés que nous allons énumérer en indiquant leurs caractères.

1° Téte camuse, caractérisée par une dépres sion profonde sur le front au niveau des yeux.

2° Téte de rhinocéros, dépression transversale sur le chanfrein.

Les tètes ainsi conformées ne sont défectueuses qu’en apparence, car les cavités nasales en sont larges et spacieuses comme dans la tête carrée.

3° Téte de lièvre, oreilles rapprochées, front étroit, chanfrein étroit.

4° Téte moutonnée, mêmes caractères que la précédente, si ce n’est que le chanfrein décrit une courbe dans sa longueur.

5° Téte busquée, la courbe existe dans toute la longueur de la face antérieure.

6° Zéte conique, l'extrémité inférieure est très-étroite, la tête parait comme effilée,

Toutes ces conformations sont réellement défectueuses, parce qu'elles impliquent l’étroitesse des cavités nasales.

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