I. De l’encolure
C’est une conséquence nécessaire de Ja loi d'harmonie et d'accord qui préside au développement de toutes les parties, que la corformation de l’encolure soit en rapport avec celle de la téte. Si nous jetons en effet les yeux sur les animaux de race distinguée, que l’on considère comme des types de la belle nature, nous admirons en eux cette noblesse de maintien, cette attitude élevée que l’encolure donne à la tête; mais ce qui nous frappe surtout dans l’examen de ces beaux modèles, c’est la variété qu'ils présentent dans la conformation de leur encolure. Autant de races, en effet, autant de formes différentes, portant toutes avec elles la raison de leur manière d’être, en sorte qu'on ne peut ici, comine pour beaucoup d’autres régions du corps, tracer d’une manière absolue le dessin de la belle conformation. On doit se contenter de contempler la nature dans ses œuvres variées, et chercher seulement à pénétrer dans les rai-
sons des beautés qu’elles nous présentent.
IL est cependant une forme que, d’un aveu commun, l’on considère comme belle, c’est celle que Burrox a donnée au cheval, dont il a peint le magnifique portrait, et que nous retrouvons dans les animaux de race turque,
ersane, navarraine ou limousine. Chez eux,
’encolure est rouée dans sa forme, c'est-àdire que son bord supérieur, dont s’échappe | la crinière, s'élève en ligne droite en sortant du garrot, et suit en approchant de la tête une direction eurviligne ; tandis que le bord inférieur s'étend, sans former de courbure, du poitrail à la gorge.
Dans les chevaux espagnols, l’encolure présente dans ses courbures les gracieuses flexions du cou du cygne; elle est pyramidale dans les chevaux de race anglaise ou normande, c’est-à-dire que ses deux bords s’éterident en ligne droite, en convergeant l’un vers l’autre, du corps à la tête.
Enfin, dans le cheval arabe, le cheval-père, l’encolure est renversée, c'est-à-dire que son bord supérieur décrit, en s'étendant du garrot à la nuque, une courbe dont la convexité est en bas, tandis que le bord inférieur présente une courbure en ayant. C’est principalement dans les encolures ainsi conformées que l'on observe en avant du garrot une dépression plus ou moins profonde, que l’on a désignée sous le nom de coup de hache.
Dans le cheval libre, le cheval tel que la créé la nature, toutes ces conformations sont belles; mais, dans l’état de domesticité, on a dû préférer pour certains services telle forme plutôt que telle autre, attacher conséqueinment à cette forme une idée de beauté, et considérer comme défectueuse toute manière d'être différente. C’est ainsi que les hippiatres ont toujours recherché dans le cheval de selle une encolure rouée, parce que c’est elle qui donne à la téte cette attitude perpendiculaire si favorable à l’action de l'embouchure.
Dans les chevaux aux allures trides et cadenceées, tels que les chevaux de manége ou de parade, on considère comme une beauté la gracieuse encolure de cygze; tandis que, dans le cheval de promenade, aux allures rapides, on préférera l’encoiure droite et pyramidale du cheval anglais. Enfin, cette encolure renversée, que les hippiatres considèrent avec raison comme défectueuse dans le cheval de selle, devra être recherchée comme une beauté caractérislique dans le cheval de course, car cette conformation donnée par la nature aux animaux coureurs est la plus favorable à la rapidité des allures.
Il est vrai de dire, cependant, qu'il existe dans la conformation de l’encolure, des beautés et des défectuosités absolues. Quelle que soit la forme qu'affecte cette région, les muscles doivent en êlre énergiquement développés dans les limites que permet l'harmonie des proportions. C’est dans le cheval de trait seulement que l’exagération même du volume musculaire doit être considérée comme une.
beauté, car elle est tout à la fois l’expression d’une force grande et d’un grand poids. Par sa force, l’encolure soutient avec plus d'avantage le poids de la tête et de l'énorme collier dont on la charge; et, comme les chevaux destinés au tirage ne peuvent entrainer à leur suite les |
DIVISION DU CHEVAL
fardeaux auxquels on les attache, que par l’action combinée de leur poids et de leur force musculaire, qui s'exerce sur le collier ou la bricole, on voit que plus leurs régions seront volumineuses et pesantes, plus ils seront favorisés.
Outre les muscles qui servent de base à l’encolure, les vaisseaux sous-cutanés de cette région doivent être bien apparens sous la peau fine qui les revêt. Il faut qu’elles soient bien prononcées, ces excavations longitudinales que l’on observe sur l’une et lautre de ses faces, et que l’on désigne sous le nom de gouttieres des jugulaires, du nom des veines qui en occupent le fond. Il faut enfin que l’encolure soit, comme on le dit, bien sortie, c’est-à-dire que sa réunion avec le thorax ne soit tracée que par des démarcaons peu frappantes. D’après cela, on devra considérer comme défectueuse dans cette région, la maigreur de ses muscles, qui la font paraître gréle et décharnée. Cette con formation se fait cependant assez souvent observer chez les chevaux anglais de course ; mais, dans ces animaux, l'énergie de contraction des fibres musculaires supplée à leur nombre, et annulle les effets de cette défectuosité.
L’encolure penchante, caractérisée par le développement graisseux de son bord supérieur, que l’excès de son poids entraine avec la crinière sur l’une ou l’autre de ses faces, doit être aussi considérée comme bien défectueuse. Rien n’est plus dangereux, en effet, que les plaies dont peut être le siége le tissu lardacé qui lui sert de base.
Enfin, lorsque le bord inférieur de l'encolure forme avec le poitrail un angle bien prononcé, qu'entre elle et les épaules la démar:cation s'établit d’une manière brusque et saillante, que le coup de hache est profondément marqué, c’est une défectuosité grave qui nuit à l'apparence du cheval, et qu'on exprime en disant que l'encolure est fausse, mal sortie, ou mieux encore, qu'elle est fchée dans le thorax.
La crinière, qui orne le bord supérieur de l'encolure, est plus ou moins cos plus ou moins longue, plus ou moins fine et soyeuse, suivant la race de l’animal. Elle est en général moins épaisse et moins touffue dans les jumens et dans les animaux qui ont subi de bonne heure la castration, que dans ceux qui sont entiers; c’est principalement chez ces derniers, surtout les gros chevaux de trait, que l’on observe au bord supérieur de l’encolure des plis transversaux plus où moins profonds creusés dans l'épaisseur du tissu lardacé qui lui sert de base. La peau de ces plis devient souvent le siége d’une gale assez rebelle, connue sous le nom de roux-vieux.
La crinière est quelquefois double dans les gros chevaux de trait. Les crins qui la composent ombragent alors l’une et l’autre face de l’encolure. Quelquefois on la taille er brosse dans les petits chevaux poneys.
L’encolure peut être tarée, soit par des traces de sétons sur ses faces latérales, soit par de marques de feu ou des cicatrices dans le fond de la gouttière des jugulaires. Les unes et les autres de ces tares sont graves; les sétons ne se placent en effet sur celle région que
dans le cas de maladies fort redoutables, telles que Ja morve, la fluxion périodique, et l’on n’a recours le plus souvent à l'application du feu que pour faire fondre les engorgemens dont la goûttière peut être le siége à la suite de thrumbus ou d’ulcération de la veine; les cicatrices, enfin, sont les traces d'opérations qu'ont pu nécessiter ces deux derniers accidens, dont la gravité est très-grande, parce qu’ils ont presque toujours pour conséquence l’oblitération de la jugulaire.
IT. Du garrot.
Le garrot, situé entre l’encolure et le dos, a pour base les apophyses épineuses les plus élevées des premières vertèbres dorsales, et l'appareil ligamenteux et musculaire qui les entoure.
La condition essentielle de la beauté de cette région est sa grande élévation. Dans tous les chevaux fins de pur sang, cette grande hauteur du garrot est pour ainsi dire caractéristique, et coexiste toujours par une loi-nécessaire avec la belle attitude de l’encolure et la liberté des mouvemens de l'épaule; et en effet, plus les apophyses épineuses des vertèbres dorsales sont élevées, plus grande doit être la perpendicularité des muscles qui agissent sur le bras de levier de l’encolure. plus grande aussi l’étendue de contraction de ceux qui se rendent à l'épaule.
Par une raison inverse, dans tous les chevaux où le garrot ne sera pas apparent, la tête devra nécessairement avoir une moins belle attitude, les mouvemens des épaules être moins libres et les allures moins précipitées conséquemment. C’est surtout dans les chevaux employés au service de la selle, que les avantages de la première conformation et les inconvéniens de la seconde deviennent plus frappans.Voyez, par exemple, comme dans ce cheval dont le garrot est tranchant, sec et évidé, la tête, avantageusement relevée par ses muscles, est légère à la main du cavalier; ses épaules sont libres et déliées, et la selle, fixée en place, ne tend pas sans cesse à se porter en avant. Au contraire, dans le cheval bas du devant, la tête, peu soutenue par les muscles, est pesante.àa la main. Ses membres antérieurs, peu libres dans leurs mouvemens, ne se dérobent qu'avec lenteur sous le poids du corps, car ils sont encore surchargés par celui du cavalier. De là les dangers pour ce cheval de butter et de forger frequemment. Ajoutons à cela que souvent les contusions de la selle sur le garrot peuvent donner lieu à des accidens tres-redoutables.
Dans les gros chevaux de trait, le garrot est généralement moins bien sorti que dans les chevaux fins; mais chez eux cette conformation n’entraine plus les graves inconvéniens que nous venons de signaler. Il est vrai de
ire cependant que ceux dont le garrot est bas et empâté sont plus exposés que les autres à être affectés de ces maladies si graves et si fréquentes connues sous le nom de aux de garrot.
HI. Du dos.
Le dos a pour base les apophyses épineuses des dix à douze deynières vertebres dorsales,
ANIMAUX DOMESTIQUES : CONFORMATION EXTÉRIEURE