‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 172 sur 467 · I. Du jarret · texte numérisé non relu

I. Du jarret

Situé entre la jambe et le canon, le yarret a pour base les os tarsiens unis entre eux et avec le tibia et le métatarse par un appareil ligamenteux, et recouverts par les coulisses fibreuses dans lesquelles glissent une portion des tendons fiéchisseurs et extenseurs,

ANIMAUX DOMESTIQUES : CONFORMATION EXTÉRIEURE

LIY, LIN.

Centre des mouvemens progressifs, le jarret peut être considéré tout à la fois comme Île point d'application de la résistance que ie poids du corps représente et des puissances musculaires qui doivent la combattre et la porter en avant. Il est facile de concevoir, d’après cela, l'importance de la belle conformation de ce rouage essentiel dans la machine locomotrice.

Si nous cherchons, d'après l'examen des beaux modèles que la nature nous présente, à tracer, pour ainsi dire, le dessin de la belle conformation de cette région, nous trouvons d'abord que les premières conditions de beauté qu’elle doit réunir sont les grandes dimensions en largeur et en épaisseur; car elles témoignent tout à la fois et de la longueur du prolongement calcanéen, et du développement des éminences latérales de l'extrémité inférieure du tibia,et de la solidité des appuis. Dans tous les beaux chevaux, nous admirons la sécheresse de ses faces dont les inégalités osseuses apparaissent sous une peau fine, et la netteté et la profondeur du vide du jarret, cette excavation particulière située entre le tibia et la corde tendineuse.

Quant au degré d'ouverture de l’angle que forme le jarret, l'examen auquel nous nous livrons nous indique que l’on ne doit pas à priori en donner la mesure d’une maniere absolue; que ce degré varie suivant l’ensemble de la conformation de l’animal; que. trèsouvert, par exemple, dans le cheval propre à la course, l'angle du jarret est, au contraire, fermé dans le cheval aux allures trides et cadencées.

Que si nous recherchions maintenant les raisons de ces différentes manières d’être, nous serions frappés de l’admirable rapport de moyen à but qui existe entre la structure de cette partie essentielle de l'appareil locomoteur et les effets qu'elle produit.

Dans le cheval aux allures rapides, par la disposition même des leviers osseux du jarret, la puissance musculaire exerce son action de manière à pousser la résistance du corps d'arrière en avant dans une direction aussi parallèle que possible à la surface du sol, sans perte aucune de mouvement; tandis que, dans les chevaux plutôt propres aux aliures liantes et cadencées qu'à la rapidité de la course, par le fait même de la structure du jarret, l’extension du membre aura pour effet de faire décrire au corps qui en recevra l'impulsion, une espèce de courbe au-dessus du sol : en sorte que, si, étant donnés deux chevaux ainsi différemment conformés, nous supposons leurs puissances musculaires douées d’une égale intensité d'action, il faut évidemment admettre que la progression sera plus rapide dans le cheval qui recevra une impulsion en avant suivant une direction rectiligne, que dans celui qui, sous une impulsion égale, décrira dans sa marche progressive des courbes au-dessus du sol.

IL existe des chevaux chez iesquels l’angle d'ouverture du jarret peut être considéré comme un terme moyen entre les deux degrés que nous venons d'examiner. Cette con formation doit être généralement recherchée dans les chevaux de selle chez lesquels la rudesse des réactions, résultat de la rectitude du

jarret, serait un inconvénient grave: tandis que, par ia demi-flexion de cette articulation, ils participent à la fois et de la vitesse des allures du cheval droit sur ses jarrets et de la souplesse de celui dont les jarrets coudes représentent un véritable ressort destiné à annuler en partie l'effet des réactions.

Dans les chevaux de trait, la grande flexion des jarrets est une disposition qui se fait assez souvent remarquer et qu’on doit considérer comme belle. C’est par elle, en effet, que les puissances musculaires sont le plus favorisees. Il est assez d'observation que les chevaux de trait qui ont les jarrets coudés sont, en outre, crochus, c'est-à-dire qu'ils ont les deux pointes calcanéennes tournées l’une vers l’autre, et les pieds dirigés en dehors.

Celte conformation défectueuse, en ce qu'elle accuse un défaut d'aplomb, ne parait pas plus préjudiciable que les genoux de bœuf au service que rendent ces chevaux. Il semblerait même que, chez les limoniers, elle devrait être recherchée comme une beauté, dont ici encore on pourrait trouver la raison dans la grande force de résistance que donne aux jarrets leur disposition en arc-boutant.

Comme toutes les articulations, le jarret peut étre affecté de tumeurs dures ou molles, dont l'étude est d’une haute importance, parce qu'elles influent d'une manière incalculable sur la valeur d’un cheval.

Les tumeurs dures sont connues sous le noi de /arde, de courbe et d’éparvin calleux.

La Jardeou le Jardon est une tumeur osseuse qui se forme au côté externe du jarret, sur la téle du péroné. Développée sous le ligament latéral externe de larticulation, elle met par sa présence obstacle à la liberté de ses mouvemens, souvent gêne le jeu de ses tendons fléchisseurs en se prolongeant en arrière du canon, et, dans ces deux cas, détermine infailliblement la elaudication.

La courbe à son siége sur la tubérosité mterne de l'extrémité inférieure du tibia : elle est congéniale ou acquise, et, dans ce dernier cas seulement, préjudiciable au service de l’animal par la claudication qu’elle cause.

Enfin l’éparvin calleux est une exostose qui se développe en dessous de Ja courbe, au niveau de la jarde, sur l'extrémité supérieure du canon et la tête du péroné interne : susceptible comme la jarde de se prolonger jusque sous les tendons fléchisseurs, il entraine après lui les mêmes conséquences.

On a donné le nom d’éparvin sec à une maladie encore peu connue dans son siége, dont l'effet est de susciter dans les mouvemens progressifs une flexion saccadée et comme convulsive du canon sur la jambe. C'est ce que l’on exprime par le terme de Aarper. Cette défectuosité peut avoir son siége sur un seul membre ou sur les deux à la fois ; dans ce dernier cas elle est moins grave parce qu’elle n'entraine pas la claudication : mais elle pisSSn ee toujours le grand inconvénient, dans es chevaux de selle, de mettre obstacle à la rapidité des allures.

Les tumeurs molles dont le jarret peut être affecté sont le capelet, la varice et les vess! £gons.

On désigne sous le nom de capelet ou passecampanr une tumeur molle, pâteuse, qui se

DIVISION DU CHEVAL

développe sur la pointe du jarret au sommet du calcanéum. Le plus souvent indolente et peu volumineuse, cette tumeur n'est pas réellement préjudiciable aux animaux qui en sont. affectés; on y attache toutefois de l'importance, parce que, pour en obtenir la disparition, on est forcé davoirrecours à l'application du feu.

Le vessigon est une tumeur molle, pâteuse, le plus souvent indolente, développée dans le vide du jarret et due au boursouflement des gaines synoviales tendineuses. Fréquens dans les vieux animaux, les vessigons peuvent être chez eux simples où chevillés. Rarement à leur début ils déterminent laclaudication; ce n'est que plus tard, lorsqu'ils ont pris du développement, qu'ils peuvent géner les mouvemens articulaires et faire boiter l’animal qui en est affecté, Leur présence peut ètre considérée comine un témoignage non équivoque d'usure et de ruine.

La varice où dilatation de la veine saphène à son passage sur le jarret est uné défectuosité bien rare dans les chevaux. On a longtemps confondu avec elle une tumeur qui se fait fré-

uemment remarquer sur la face antérieure

u jarret et du côté interne. Cette tumeur, de la même nature que le vessigon, est due au boursouflement de la synoviale articulaire.

Comme ce dernier, elle est un indice de fatigue et d’épuisement.

Dans les animaux mous et lymphatiques, dont la peau du jarret est épaisse et le tissu cellulaire abondant, on y observe quelquefois des crevasses de la même nature que les malandres du genou auxquelles on a donné le nom de solandres.

Le jarret est souvent taré par l'application du feu que nécessite Ja présence des diverses tumeurs que nous venons d’énumérer,

SECTION ui.— De la Connaissance de l’âge des animaux domestiques.

L'âge des animaux domestiques, et surtout du cheval, est un objet très-important dans l'étude de leur extérieur; car lorsqu'ils sont trop jeunes, ils ne sont pasencore aptes à remplir les services auxquels on les destine et ils exigent des ménagemens, aux dépens des propriétaires obligés d'attendre l'époque de leur entier développement; lorsqu'ils sont trop vieux, au contraire, la durée des services qu'ils peuvent rendre est évidemment moins longue, et leur valeur doit se mesurer d’après cette durée même.—Nous donnerons done une assez grande extension à cet article extrait en partie de l'excellent Mémoire de M. Gina».

$ 1‘. — De l’âge du cheval.

Avant PEssiNa en Allemagne,etN.Grirarpen France, on n'avait de notions exactes sur l'âge du cheval que jusqu'à 8 ans ; grâce aux recherches et aux observations de ces illustres vétérinaires, nous possédons maintenant le moyen d'évaluer le nombre des années de cet animal même dans une vieillesse très-avancée.

Les dents, instrumens de la mastication. enchässées dans les alvéoles des maxillaires l'une à la suite de l’autre, forment à chaque màchoire une ligne courbe, parabolique, dite &r-

cade dentaire. Dans le cheval on compte de 36 à 44 dents, que l’on distingue en 12 zncisives, 4 angulaires où crochets, el 24 molaires.

Des dents incisives. Ainsi nommées parce qu’elles sont destinées à inciser les alimens, ces dents ont élé distinguées en dents caduques et dents de remplacement. Les premières font leur éruption quelque temps après la naissance, et, comme l'indique leur nom, doivent tomber à une certaine époque de la vie; elles sont encore appelées dents de lait, parce que l'animal les porte lorsqu'il tète encore sa mère.— Les dents de remplacement sont celles qui paraissent en arrière des caduques, el doivent prendre leur place.

Les dents incisives sont au nombre de six à chaque mâchoire; elles représentent dans leur ensemble un demi- cercle assez régulier dans les jeunes chevaux, mais qui se déforme avec l'âge.

d’un côté à l’autre, qui ne tarde pas à se remplir d'une matière noirâtre, à laquelle les anciens vétérinaires donnaient le nom de germe de fève : cette cavité est circonscrite par deux bords tranchans, dont l’antérieur est plus sail lant que le postérieur. Cette extrémité libre prend le nom de table dentaire (roy. fig. 95), lorsque les deux bords se sont mis de niveau par l'usure, et que la cavité ne forme plus qu’une partie de la surface de frottement qui, à mesure que l'animal vieillit, se rétrécit, se rapproche du bord postérieur et finit par disparaître entièrement.

Quant aux bords latéraux de cette partie libre, l’interne est arrondi et beaucoup plus épais que l’externe, généralement mince, même tranchant dans les coins : au moment de l’éruption,ces bords dentairess’imbriquent, l’externe se prolonge sur l’interne.

Toute cette partie libre est enveloppée par l'émail, substance que sa grande densité met à même de supporter lesefforts de la mastication; il revêt les deux faces de la partie libre, se replie dans l’intérieur de la dent et forme la cavité conique, dont l’orifice se remarque à l'extrémité libre de la dent vierge.Cette cavité, à laquelle on a donné le nom de cornet dentaire extérieur, est plus rapprochée de la face postérieure de la dent que de sa face antérieure, comme on peut l’observer en faisant

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