DES ATTITUDES ET DES MOUVEMENS PROGRESSIFS
membres, exige, de la part de tous les muscles extenseurs, une permanence de contraction, qui les épuisé et les affaiblit; et bientôt le sentiment pénible de lassitude dont leur tissu devient le siége, avertit l'animal de mettre des bornes à cette position, qu'on ne lui fait prendre ordinairement que pour le placer, c’est-àdire le mettre dans les conditions les plus favorables à son examen extérieur.
2 Du cabrer
Le cabrer est l'attitude dans laquelle le corps est porté seulement sur le bipède postérieur. Pour se préparer à son exécution, l'animal détermine le déplacement du centre de gravité des colonnes antérieures sur les postérieures, en fléchissant sous lui ces dernières, et rejetant en arrière la tête et l’encolure ; puis, lorsque l'équilibre est ainsi rompu, par la détente subite des membres antérieurs, il communique à son corps une impulsion assez forte pour l'enlever de terre et le redresser tout entier sur ses Jarrets.
L'instantanéité de cette attitude résulte et de l’étroitesse de la base de sustentation représentée seulement parle parallélogramme compris entre les pieds postérieurs, et de la grande énergie de contraction musculaire qu’elle nécessite de la part du principal moteur de l'enlèvement du devant sur le derrière, qui agit dans cette disposition du corps presque parallèlement sur le levier du troisième genre, représenté par l’épine vertébrale; aussi la durée de cette position est-elle infiniment courte. Il est cependant des chevaux doués d'assez d'énergie pour la conserver longtemps et progresser même dans cette attitude. Tel est cet étalon dont parle M. Girard, qui, du plus loin qu'il apercevait la jument, se dressait sur ses jarrels et marchait jusqu’à elle sur les deux pieds de derrière.
3° De la ruade.
La ruade est une action par laquelle l'animal enlève les parties postérieures sur les antérieures, et détend en arrière avec plus ou moins de violence ses deux membres à la fois.
Pour exécuter cet acte, le plus puissant de ses moyens de défense, le cheval porte en arrière, sous le centre de gravité, ses membres antérieurs qui seuls doivent lui servir de soutien, et, déchargeant ainsi les colonnes qui doivent être soulevées de terre, il tâche encore de les contre-balancer en quelque sorte pàr le poids de l’encolure et de la tête qu'il fléchit et porte en bas en s’encapuchonnant.
Puis. lorsque le corps est ainsi préparé, les muscles extenseurs de la colonne vertébrale élèvent de terre les membres postérieurs qui opèrent la ruade en se détendant en arrière.
La durée de cette action est excessivement courte : lorsqu'elle est produite, le corps tend à revenir à sa première position, comme le fléau d'une balance à bras inégaux, lorsqu'on a exercé sur le bras le plus court une pression qui à fait un instant pencher de son côté léquilibre. Jamais en effet, dans cette position, le centre de gravité n'est assez deplacé pour que sa ligne de gravilation tombe
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sur la base de soutien : et l’énergie de contraction qu’elle exige de la part de son principal agent moteur, comme dans le cas précédent, défavorisé par son levier, est trop grande pour être de longue durée.
$ III. — Des mouvemens progressifs.
1° Du saut.
De tous les mouvemens progressifs, le saut est le plus énergique, le plus prompt, le plus rapide; par lui l’animal, élevé au-dessus du sol et lancé avec plus ou moins de force, peut franchir des distances plus ou moins grandes, des hauteurs plus ou moins élevées.
Le cheval qui veut l’exécuter rejette en arrière la tête et l’encolure, avance sous son corps ses membres postérieurs fléchis, et, déchargeant ainsi les antérieurs, donne au tronc une inclinaison qui facilite comme dans le cabrer le déplacement du centre de gravité.
Puis alors, contractant d’une manière presque convulsive les muscles extenseurs de ses membres fléchis, il en opère la détente, et communique à tout son corps une impulsion qui, supérieure, comme le dit RICHE- RAND, à sa tendance au mouvement vers la terre, l'élève à une hauteur variable, pro-
ortionnelle à l'intensité du mouvement de
as en haut qu'il a reçu. — Lorsque les pieds de derrière ont abandonné le plan de sustentation, et que, semblable à un projectile, le corps a reçu son impulsion, les membres antérieurs restent fléchis sous lui afin de se dérober en quelque sorte au heurt de tout obstacle, dont la rencontre dans ce mouvement rapide déterminerait infailliblement sa chute. Mais lorsque la gravitation le ramène vers le sol, ils s'étendent alors,et, gagnant la terre successivement, afin de neutraliser la rudesse des réactions, ils lui offrent une base nouvelle.
L’exécution facile du saut n’est pas donnée à tous les chevaux ; elle exige de leur part cette grande énergie musculaire, apanage des chevaux de race, et surtout des chevaux anglais, dont la prééminence dans ce genre d'exercice est devenue proverbiale.
2 Des allures.
On donne le nom d’a//ures aux différens modes de progression du cheval, effectués par les mouvemens successifs et plus où moins précipités de ses membres. M. Grrarp les divise en allures zaturelles et allures acquises, et il subdivise ces dernières en allures artrftcielles et allures défectueuses. Nous ne traiterons ici que des allures naturelles.
Les allures naturelles sont celles qu’exécute
le cheval abandonné à iui-même, lorsqu'il n’a |
pas été modifié par l'éducation ou par l'excès des services.
Dans ces allures, les membres se meuvent toujours en diagonale, et peuvent se succéder un à un, deux à deux, deux à un et un à deux; c’est de cette différence dans leur succession que résultent les différentes allures naturelles, du pas, du trot et du galop.
a) Du pas.—De toutes les allures, le pas est celle ou la stabilité du centre de gravité est le plus assurée par le triple point de soutien
qui lui est toujours présenté; de toutes les allures, c’est donc la plus lente, la plus douce, la moins élevée et celle qui exige de la part de l’animal le moins d'efforts musculaires.
Pour se préparer à son exécution, le cheval en station baisse la tête, allonge l’encolure et incline le corps en avant des membres antérieurs. Puis alors, lorsque l'instabilité du centre de gravité rend sa chute imminente, il rejette sur une des colonnes antérieures tout le poids de son corps, dérobe l’autre sous lui en fléchissant ses articulations, puis la porte en avani, par son extension entame le terrain, et étaie sur une nouvelle base le centre de gravité sorti de sa position d'équilibre.
Dans cette allure, les membres se succèdent un à un. Si, je suppose, le membre droit de devant est parti le premier, le membre gauche de derrière suit un instant après, ensuite le membre de gauche de devant part à son tour pour être suivi un instant après du membre droit de derrière. Ainsi, le pied droit de devant pose à terre le premier, le pied gauche de derrière pose à terre le second, le pied gauche de devant pose à terre le troisième, le pied droit de derrière pose à terre le dernier; ce qui fait un mouvement à quatre temps, dans lequel le corps a toujours trois points d’appui sur le sol.
Dans un pas bien régulier, on doit donc entendre quatre battues bien marquées par des intervalles égaux, mais on ne doit voir que deux foulées sur le sol, car la foulée des membres postérieurs doit recouvrir celle des antérieurs. Tel est le pas ordinaire.
Le pas accéléré ou pas de campagne n’en diffère que par une succession plus rapide des membres.
Le pas relevé diffère du pas ordinaire, par le plus long intervalle qui existe entre les battues des deux bipèdes diagonaux, et par une flexion saccadée et comme convulsive de la région digitée, lorsque le membre quitte la terre ; en sorte que dans cette aliure, comme dans une allure plus accélérée, on voit à chaque lever briller la face luisante du fer.
b) Du trot. — Dans le trot, la base de sustentation n’est plus représentée que par le parallélogramme tracé entre les deux membres d’un bipède diagonal; cette allure doit donc être plus précipitée que le pas, car l’instabilité plus grande de l'équilibre doit exiger de la part des membres une succession plus rapide.
La préparation à cette allure est la même que pour le pas: si nous supposons que le cheval entame le terrain par le membre droit de devant, le membre gauche de derrière partira au même temps, sans qu'il y ait, comme dans le pas, d'intervalle entre le mouvement de l’un et le mouvement de l’autre. Puis le membre gauche de devant partira avec le droit de derrière aussi en même temps, de sorte qu’il n’y aura dans cette allure que deux temps et un intervalle. Et comme le pied droit de devant et le pied gauche de derrière posent à terre en même temps, et qu'il en est de même pour le pied gauche de devant et le pied droit de derrière, on ne devra conséquemment, dans un trot bien régulier, en-
tendre que deux battues. Ainsi, dans le mou-
vement du trot, la translation du corps s'opère
par l’action simultanée de deux membres opposés en diagonale qu marquent leur passage sur le sol par deux foulées seulement, chaque pied postérieur recouvrant l'empreinte de chaque pied antérieur. BOURGELAT a observé qu'entre les deux actions simultanées des bipèdes diagonaux, il existe un instant très-rapide, pendant lequel le corps lancé en avant est suspendu dans l'air, parce que chaque membre de chacun des bipèdes antérieur ou postérieur n'attend pas que son congénère soit tombé pour se détacher du sol.
L’allure du trot est plus ou moins rapide, suivant l'énergie musculaire, suivant aussi, comme nous l’avons déjà dit, la conformation des avanti-bras et des canons. Tout le monde sait ce que l’on entend par petit trot, bon trot, grand trot, eu encore trot allongé, trot de chasse.
c) Du galop. — Le galop est, de toutes les allures, celle ou l’étroitesse de la base de sustentation du corps et l'instabilité de l’équilibre qui en est la conséquence, exigent de la part des membres le plus de rapidité dans la succession de leurs mouvements ; c’est aussi de toutes, celle qui nécessite dans les puissances musculaires le plus de force et d’énergie de contraction. Car le galop n’est à proprement parler qu'une sorte de saut en avant, renouvelé d’une manière continue et toujours avec une égale intensité, par les détentes continuellement renouvelées ellesmêmes et toujours égales des ressorts locomoteurs. Le cheval se prépare donc à son exécution comme il se prépare à celle du saut, en portant en arrière la tête et l’encolure, fléchissant sous lui les membres postérieurs, et rejetant ainsi le devant sur le derrière.
J'admets maintenant, pour mieux faire comprendre les mouvements harmoniques des membres dans cette allure rapide, que le cheval ainsi disposé n’en exécute qu'un seul des pas complets,ou, pour mieux dire, un seul des sauts en avant dont elle n’est qu’une succession.
Si nous considérons donc l’animal entamant la marche du côté droit, ou, comme on le dit, galopant à droite, nous voyons qu’il opère le lever de ses membres en trois temps bien distincts, Dans le premier, le membre antérieur droit est détaché du sol, enlevé et porté en avant; puis, immédiatement après et simultanément, le membre antérieur gauche et le membre postérieur droit exécutent leur lever, en sorte qu’au troisième temps de cette action, toute la masse du corps n'est plus soutenue que par l'extrémité postérieure opposée à celle qui entame le terrain ; lorsque ce quatrième membre effectue son lever, par sa détente il imprime à tout le corps une im-
ulsion qui le lance comme un projectile et
e détache complétement de terre.
Si, maintenant, pour la facilité de l'analyse de cette action complexe, nous supposons le corps arrêté dans l'air au sommet de la courbe parabolique qu'il décrit, et ses membres maintenus fixes dans leur attitude, nous voyons que telle est en dessous de lui leur disposition, que le bipède latéral droit, auquel appartient le membre qui a entamé le terrain, devance toujours lautre bipède. Ainsi, le membre antérieur droit, qui le pre-