DES PANSEMENS
1° Matières de pansemens.
Les objets qui servent aux pansemens sont en général: {° de l’étoupe; 2° une ou plu: sieurs lgatures en ruban; 3° des enveloppes de toile; 4° de l’eau tiède.
L’étoupe remplace, en chirurgie vétérinaire, la charpie ou les compresses graduées dont se servent les chirurgiens de l’homme. La meilleure est celle qui est fine, douce et bien nettoyée. Quelquefois on s’en sert avant l’application du pansement pour nettoyer {es plaies du sang ou du pus qui les recouvrent, alors on l'emploie sans lui donner de forme particulière. Le plus souvent on lui donne la forme de petits coussins plus où moins grands, épais ou allongés, qu'on nomme plumasseaux ; dans ce cas, elle fait partie de l'appareil du pansement, dont elle constitue la partie principale; par la superposition de ces coussins, elle permet d'établir sur la plaie la compression Jugée nécessaire. D’autres fois, et dans le mème but, mais sur des plaies plus inégales ou plus étroites, on forme avec l’étoupe de petits globes très-légers qu'on nomme boulettes. Dans quelques circonstances, on dispose l’étoupe en pelotes ovoides de la grosseur du petit doigt, pour l’introduire dans des plaies étroites dont on veut maintenir ou agrandir l'ouverture; ces pelotes s'appellent des bourdonnets. Enfin, quand on veut maintenir l’étoupe sur des plaies très-superficielles et suppurant peu, qu’on ne veut ou qu’on ne peut pas recouvrir d'un pansement ordinaire, on coupe l’étoupe en pelits filamens trèscourts (étoupe hachée) qu'on applique sur cette plaie, à la surface de laquelle elle se colle. Sous la forme de plumasseaux ou de boulettes, l’étoupe peut être employée sèche, ou recouverte ou imprégnée de substances médicamenteuses.
Pour les plaies qui consistent en de longs conduits fistuleux à deux ouvertures, on se sert de longues mèches de chanvre ou de lin, qu'on peut aussi employer sèches ou chargées de médicamens. F
On appelle bande ou ligature, en chirurgie vétérinaire, le ruban de fil bis où blanc, large d’un ou 2 pouces, dont on se sert pour entourer, maintenir ou serrer l’étoupade à la surface des plaies.
Les enveloppes sont des pièces de grosse toile, auxqueiles on a donné des dimensions et des formes en rapport avec les parties sur lesquelles elles doivent être appliquées. Elles servent ordiaairement à recouvrir un appareil déjà soutenu par la ligature, afin de prévenir son dérangement ou sa pénétration par des corps étrangers. Elles sont maintenues elles-mêmes, soit par des liens cousus à différens points de leurs bords, soit, comme cela se pratique le plus souvent au pied, par des liens qui les entourent.
2° Instrumens de pansemens.
Les instraumens dont il est généralement utile d’être pourvu pour procéder à l’application d’un pansement ordinaire, sont une paire de ciseaux, droits ou courbes, une sonde à spatule cannelée et boutonnée, une paire de
pinces (les pinces dites à anneaux sont préférables).
Les ciseaux courbes (fig.169) servent à cou- |
per au besoin l’étoupe, les ligatures, les enve-
loppes, pour en modifier les dimensions ou la |
forme suivant le besoin. Ils servent encore à exciser, à la surface des plaies, certaines végétations ou exfoliations dont l'enlèvement serait jugé nécessaire.
On emploie la sonde à spatule ( fig. 170) par sa partie élargie pour nettoyer les parties environnant la plaie, du pus qui les recouvre; et plus tard, pour étaler à la surface de la plaie ou des plumasseaux les médicamens onctueux dont on peut faire usage. Par son extrémité boutonnée, elle sert à sonder la profondeur des fistules qui s’ouvriraient à la surface de la plaie, et ensuite, si cela est nécessaire, à introduire des matières de pansement jusqu'au fond de ces fistules. La cannelure longitudipale qu’elle présente est utile pour conduire un instrument tranchant dans la profondeur d’une plaie étroite, dans le cas où on aurait à y faire quelque incision.
Les pinces a anneaux (fig. 171) ont pour usage l’enlèvement successif des plumasseaux ou boulettes qui composaient le pansement précédent. Elles servent quelquefois aussi à saisir et arracher des exfoliations osseuses, cartilagineuses ou tendineuses qui peuvent se présenter à la surface ou au fond de certaines plaies.
3° Règles des pansemens.
Avant de placer le premier appareilsur une plaie, on doit, avec une éponge fine ou de l’é-
CHIRURGIE. LLV. III,
toupe bien douce, étancher sans frottement le sang liquide, ou détacher avec précaution le sang coagulé répandu à sa surface.
Si la plaie existe sur nne région du corps conformée de mauière à ce que l'appareil puisse être entouré et maintenu par une ligature, on applique successivement les différentes pièces de l’étoupade, boulettes ou plumasseaux, suivant l'indication; et quand on en juge la quantité suffisante, on met la ligature dont la longueur sera en raison du volume de la partie et de l'étendue de l'appareil. Ce qu'il faut observer dans la disposition successive des différentes pièces de l’étoupade, c’est de remplir d’abord, avec de petites boulettes, les cavités que la plaie peut présenter; et, quand on a ainsi nivelé sa surface, de la recouvrir de plumasseaux de plus en plus larges, de telle sorte que, quelle que soit l’épaisseur de l'appareil, elle soit à peu près la même sur toute la surface de la plaie, à moins d'indication particulière. Quant à sa largeur il n’y a pas d’inconvénient, il y a même avantage, lorsque le pausement doit être maintenu par une ligature circulaire, à ce que l’étoupade dépasse un peu de tous côtés l’étendue de la plaie. Pour ce qui est de la ligature, on applique d’abord par le milieu de la longueur sur le centre de l’appareil, on fait un premier tour qu’on serre convenablement; puis, on en confie un bout à un aide, pendant qu'avec l’autre bout on continue les circonvolutions jusqu'à ce qu'on soit arrivé à l’extrémité; on prend ensuite l’autre bout avec lequel on finit d'entourer complétement l’étoupade, et on réunit les deux extrémités par un nœud, ou bien on les arrête avec une ou plusieurs épingles. Une observation qu'il ne faut pas perdre de vue, c’est qu'il ne suffit pas toujours que l’appareil de pansement soit maintenu ;souvent il est nécessaire qu'ilexerce sur la totalité, ou seulement sur tel ou tel point de la surface de la plaie, une compression plus où moins forte, suivant les cas. La répartition convenable et le degré suffisant de cette compression constituent une des parües les plus importantes de l’art des pansemens ; c'est celle qui exige le plus d'habitude de la part de l'opérateur.
Si la région du corps sur laquelle se trouve la plaie est conformée de manière à ce que les plumasseaux ne puissent être maintenus à sa surface par une bande circulaire, on a recours, pour la fixer, à la suture à bourdonnets. Nous ne la décrirous pas ici.
Enfin, lorsque la plaie résulte d’une incision chirurgicale ou d'une blessure produite par un instrument très-tranchant, qu'il n’y a ni contusion, ni perte de substance, ni altération des tissus, et qu’on pense qu’elle pourra se cicatriser sans suppurer, on la netloie avec soin, puis on en rapproche les ]è- | vres, qu'on maintient en contact à l’aide de bandes agglutinatives ou par un poiut de suture, dit suture de Pelletier, qui n’est autre chose que le surjet des couturières. soit par la suture à points passés, ourlet des couturières. Les deux lèvres ainsi accolées contractent en quelques Jours des adhérences et se cicatrisent.
| Les conditions hygiéniques dans lesquelles laninial doit être placé après le pansement
varient suivant la gravité de la plaie: dans les cas ordinaires, le repos et une légère diminution de nourriture suffisent; dans les cas graves, outre le repos, il faut soumettre l’animal à une diète absolue autant que durent les souffrances et la fièvre; souvent même il faut pratiquer plusieurs saignées. La coloration lus ou moins rouge des membranes de l'œil, a chaleur de la bouche, le développement du pouls doivent guider en pareil cas. Les animaux ont alors besoin plus que jamais de loger dans des habitations dont l'air soit pur; et, pour les chevaux, le pansement à la main doit être fait avec soin au moins une fois par Jour. Nous avons indiqué plus haut, en traitant des moyens de contrainte, comment on empéchait les animaux de déranger leurs appareils. Le temps qu’on doit lasser écouler entre l'applicaiion et la levée du premier apparei! varie : il doit être de vingt-quatre à quarante-huit heures, dans les temps chauds, si l'on pense que beaucoup de sang existe sur la plaie où a pénétré l’étoupade, surtout lorsque l’appareil est peu serré; si l'appareil parait s'être dérangé; si on craint d'avoir trop où pas assez comprimé; si l’animal parait éprouver des douleurs plus vives qu’elles ne le sont ordinairement après une semblable opération; enfin si la suppuration est trop abondante ou de trop mauvaise odeur. Par un temps doux ou froid, et dans des conditions contraires à celles-ci, on peut laisser l'appareil en place six, dix jours et plus pour les pansements du pied; pour les autres, le premier pansement doit être fait en général le troisième jour.
4° Levée d’un appareil ct pansemens subséquens.
La levée d’un premier appareil, après une opération grave, doit être faite par un vétéripaire; nous n'avons donc pas à nous en oCCtIper ici; mais ilest des plaies résultant d’accidens légers ou d'opérations simples, à l’égard desquelles la levée du premier appareil ne comporte que des règles faciles à comprendre; nous en dirons un mot.
Avant de lever un appareil comme avant tout pansement, il faut préparer tout ce dont on peut prévoir le besoin. De cette manière, le pansement se fait plus vite et la plaie est moins longtemps exposée à l’air, dont le contact prolongé est souvent dangereux. De l’eau tiède, une éponge, une sonde à spatule, des ciseaux, de l’étonpe en plumasseaux ou boulettes, les médicaments nécessaires et une nouvelle ligature, sont les objets dont il faut se munir.
Si le temps est beau, on panse l'animal à l'air; s’il est pluvieux, sous un hangar ; enfin, si le temps est froid ou si l’on ne peut faire autrement, on le panse à l'écurie, ce que l’on évite lorsqu'on le peut, parce qu'il n’y fait pas aussi clair, et que l'air y est souvent vicié par la mauvaise odeur qui s’exhale de la plaie en suppuration. On fixe et fait maintenir l’animal dans une position favorable ; on humecte avec l'éponge imbibée d’eau tiède les fils ou bandes qui maintiennent l’étoupade, et qui sont ordinairement agglutinés par le sang qui les a pénétrés ; on les déroule, on détache avec soin l’étoupade des poils qui avoisinent la