‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 214 sur 467 · LIV. ILE · texte numérisé non relu

LIV. ILE

applique la pointe de la lame contre le vaisseau, en tenant l'instrument de manière que le dos de l’étui appuie sur l’entre-deux de l'index et du pouce entre lesquels il passe, tandis que le milieu de la tige est saisi à plat par l'extrémité de ces deux mêmes doigts, qui ne la serrent qu'au degré nécessaire pour la sou tenir; les autres doigts de la main sont allongés en bas; et, en même temps qu'ils servent de point d'appui sur la partie à opérer, ils sont des agens de compression qui font gonfler le vaisseau en interceptant le cours du sang. On tient la flamme de la main gauche si on saigne à la jugulaire gauche, et dans la main droite si c’est la jugulaire droite qu'on doit ouvrir, Le bâtonnet est tenu sous le bras dont la main est armée de la flamme.Généralement, età moins d'obstacles ou de motifs particuliers, on saigue de préférence à la jugulaire gauche, l'opération y étant plus facile pour les personnes habituées à se servir de la main droite. En effet, quand on saigne du côté gauche, c'est la main droite qui doit faire agir le bâtonnet sur la flamme ; el comme le coup doit être mesuré et appliqué avec précision, on le donne avec plus d'assurance avec la main dont on à l'habitude de se servir. Nous supposons, dans ce qui va suivre, que la saignée est pratiquée du côté gauche.

Nous avons dit plus haut que pour rendre le vaisseau apparent avant de l'ouvrir, on devait exercer, avec la main, une compression sur la jugulaire, au-dessous du point où on voulait pénétrer dans ce vaisseau. Pour obtenir plus facilement ce gonflement,quelques personnes, et notamment la plupart des maréchaux, entourent la base de l’encolure avec une petite corde qu'ils serrent assez fortement pour interrompre le cours du sang dans les deux jugulaires. Cette méthode est peut-être un peu plus simple et plus facile pour des opérateurs maladroits, que celle de la compression par les doigts; mais on cite dans quelques ouvrages vétérinaires des exemples d’accidens fort graves, et même de mort de animal, survenus à lasuite de son emploi. Ces motifs sont suffisans pour le faire rejeter, avec d’autant plus de raison, que l’autre méthode est elle-même des plus simples. à

Quand l'opérateur est bien assuré du trajet de la veine, il en approche la main gauche armée de l'instrument, de manière que la tige soit parallèle à la direction du vaisseau, et que la point de la lame effleure la peau sans la toucher.C’est ordinairement au milieu ou un peu au-dessous du milieu de lalougueur de l’encolure qu'on pratique la saignée(A/#g.178) : plus haut, où plus bas,on peut être exposé à des accidens trop graves pour qu’on ne prenne pas toutes les précautions pour les éviter. Avec les trois doigts qui ne tiennent pas la tige de la flamme, on maintient, eu appuyant légèrement, la compression de la jugulaire; et lorsqu'on la voit assez gonflée, on saisit de la main droite le bâtonnet passé sous le bras gauche, et on donne un coup sec sur le dos de la tige. L'habitude apprend à donner ce coup avec une force suffisante pour faire pénétrer la flamme dans le vaisseau, mais pas assez grande pour le traverser de part en part. Il suffit d'observer iei que plus la peau est fine, le vaisseau étroit et superficiel, l'animal jeune, l'instrument coupant

et le bâtonnet lourd, plus il faudra frapper légèrement. Aussitôt que le coup est donné, on doit se hâter de relever le bâtonnet. En donnant un coup lourd, en pesant sur le coup, on courrait le risque de transpercer le vaisseau.

La flamme doit être retirée aussitôt que le coup a été donné. Alors, si le vaisseau a été ouvert, un jet de sang s'échappe à l'instant méme, et s'arrête ordinairement jusqu’à ce qu'on recommence à le comprimer. Le jet continue si la compression est exercée par un lisn permanent.

Si, lorsqu'on retire la flamme, le sang ne sort pas, et si, malgré la continuation de la compression, il n’y a aucun écoulement au dehors, c’est que la veine n’a pas été ouverte; soit qu'on n’ait pas frappé assez fort, soit qu’on ait piqué à côté du vaisseau ou que celui-ci ait glissé sous le coup : dans ce cas il faut recommencer l'opération. Si la petite incision existant à la peau se trouve bien sur letrajet du vaisseau, la saignée n’a manqué que parce qu’on n'avait pas frappéassez fort : alors on place convenablement l'instrument, et, après avoir de nouveau fait gonfler le vaisseau, on donne un second coup dans la même incision. Si on s’apercoit que la non-réussite dépende de la mauvaise direction donnée à la lame, on la place mieux, et on fait en sorte de ne pas changer sa position en frappant avec le bâtonnet.

Il arrive quelquefois que le sang ne s’échappe pas en jet de l'ouverture faite au vaisseau ; il coule, à la vérité, quand on comprime audessous, mais 1l ne sort que lentement, et coule en nappe et en petite quantité le long des poils : c’est ce qu’on appelle une saignée baveuse. Cela peut dépendre de ce que louverture faite au vaisseau n’est pas assez grande. Dans ce cas on arrête cette saignée, et on en pratique une autre, en ayant soin de frapper plus fort. Cela peut dépendre aussi de ce que, par suite d'un mouvement fait par l'animal, les ouvertures faites à la veine et à la peau ne se correspondent plus : alors on doit chercher à rétablir leur parallélisme, en faisant placer la tête dans la position qu’elle avait au moment où la flamme a pénétré dans les tissus.

Lorsque la saignée a été bien faite, aussitôt qu'on exerce la compression au-dessous du

oint où elle a été pratiquée, le sang sort en jet continu, et on le recoit dans un vase. Les précaulions à avoir pendant cet écoulement consistent à maintenir la compression d’une manière exacte et sans déranger la peau, à borner autant que possible les mouvemens de la tête sur l’encolure, et, si le jet vient à se ralentir, à faire remuer les mâchoires de l’animal, soit en lui tirant la langue, soit en lui mettant un bâton dans la bouche.

La quantité ‘de sang qu’on peut extraire à un cheval ne peut être déterminée d’une manière absolue. On conçoit que celte quantité doit varier suivant l’âge, la constitution, la taille, etc., etc. de l'animal ; suivant aussi la nature, le siége et l’état plus ou moins avancé de la maladie qu’on a à traiter. Cependant on estime quela saignée moyenne pour un cheval doit être de 5 à 6 livres. Mais ilest des cas où on retire, en une seule fois, jusqu’à 12 livres de sang, et d’autres où on se borne à des saignées de 1 à 2 livres.

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