DE LA SAIGNÉE
Lorsqu'on juge la saignée assez abondante, on cesse de comprimer, et, ordinairement, l’écoulement du sang s'arrête aussitôt. Ensuite et immédiatement, pour fermer l’incision et favoriser la cicatrisation de ses deux lèvres, on les saisit avec le pouce et l'index de la main gauche, on les applique Yune contre l’autre, en ayant soin de ne pas les tirer à soi pour reudre plus facile l’introducüon de l’épingle;car, par cette traction, on écar terait la peau de la veine, et le sang qui peut encore sortir de cette dernière s’'épancherait plus facilement dans le tissu cellulaire interposé, ce qui constituerait l'accident qu’on appelle trombus. On a, au contraire, la précaution, quand on a bien saisi et mis en contact les deux lèvres de la petite plaie, d’appuyer légèrement avec les doigts sur l’encolure de l'animal, au moment où on enfonce l'épingle. La négligence de cette précaution si simple n’est que trop souvent la cause d’un mal extrêmement grave, désigné vulgairement sous le nom de mal de saignée.
Les lèvres de l’incision étant ainsi pincées et maintenues en contact par l'index et le pouce de la main gauche, la main droite traverse ces deux lèvres avec une épingle qu'on fait pénétrer jusqu'aux deux tiers de sa longueur dans leur milieu et à une demi-ligne environ de leur bord libre, en attaquant d’abord la lèvre supérieure. De cette manière, la tête de l’épingle se trouve toujours en haut. Pour maintenir les deux lèvres en contact permanent, on fixe en dessous de l’épingle le lien préparé; celien doit se composer d’uu filun peu fort, ou de huit ou dix brins de crin de même longueur légèrement mouillés avec la salive pour être maintenus en contact; puis on dispose le z2œud de la saignée en faisant au milieu de la mèche deux anses que l’on superpose; ou bien, tout simplement, en préparant un nœud droit dont on laisse l'ouverture assez grande pour pouvoit l’engager entre l’épingle et la peau (/#g. 181). On en entoure les deux lèvres, et on le serre, en ayant toujours soin de ne pas tirer la peau à soi.On coupe alors les deux extrémités du lien de manière à ne leur laisser tout au plus qu'un pouce de longueur; on projette un peu d’eau fraiche sur l'endroit de la saignée, et l'opération est terminée.
Il arrive quelquefois, quand on n’a pas l’habitude de cette opération, que, pour peu que l’on éprouve de difficulté à enfoncer l’épingle, les deux lèvres glissent l'une sur l’autre pendant qu'on fait des efforts pour les traverser, et que, par suite de ce changement dans leur rapport, une seule des lèvres est traversée. Il en résulte qu'après l'application du nœud, le sang continue à couler au moindre mouvement de l'animal. 11 faut donc, quand on voit encore le sang s'échapper après la constriction du nœud, s'assurer si les deux lèvres sont traversées; et, sielles ne le sont pas, retirer l'épingle et la replacer convenablement.
D’autre fois la persistance de l’écoulement du sang après la suture dépend de ce que l'incision faite par la flamme est trop longue, ou bien de ce qu'où a placé l'épingle à l’une des extrémités de l'incision, au lieu de la placer dans le milieu. Dans le premier cas, le sang s'échappe par les extrémités de l'inci-
sion, en avani et en arrière de l’épingle; dans le second il ne sort que par l'angle de cette incision dont l’épingle se trouve trop éloignée. On remédie à ce dernier accident en ôtant l’épingle et la faisant pénétrer au milieu de lincision. Quant au premier, il faut également retirer l’épingle, puis en placer deux, l’une au tiers antérieur, l’autre au tiers postérieur de l'incision, en entourant chacune d’elles d’un lien particulier.
l'opération étant entièrement terminée, l'animal doit être reconduit à sa place et attaché au râtelier pendant au moins dix ou douze heures, afin de l'empêcher de baisser la tête, ce qui pourrait avoir des inconvéniens. On doit l’attacher aussi de manière à ce qu’il ne puisse se frotter la saignée, ni sur le mur, ni sur le bord de ja mangeoire, ni sur sa longe.
Si l'animal a été saigné pour une maladie un peu grave, on continué de lui faire observer la diète réclamée par son état : mais si la saignée n’a été pratiquée que comme opération de précaution, ainsi qu’on le fait assez souvent au printemps ou après le vert, sur des chevaux un peu pléthoriques, il suffit de lui faire observer la diète pendant les 24 ou 36 heures qui suivent l’opération; on le remet ensuite peu à peu à son régime ordinaire. Il est convenable aussi de laisser deux ou trois jours de repos absolu à un cheval qu’on a saigné, même quand il n’était pas malade.
Indépendamment de ces précaulions générales, il en est quelques-unes qui sont spécialement nécessaires après la saignée à la jugulaire. Ainsi, si l'animal est au vert au moment où on le saigne, il est prudent de le rentrer à l'écurie, de l’attacher au râtelier et de ne leremettre en liberté qu’au moins trois ou quatre jours après l’opération. On en conçoit facilement la raison quand on pense que le cheval qui pait a toujours la tête en bas; que conséquemment le sang, circulant moins facilement dans les jugulaires, les distend, écarte ainsi les lèvres de la plaie et gène ou empêche leur réunion, d’où peut résulter un #rombus.
La méme considération doit engager le propriétaire à s'abstenir pendant quelques jours de faire travailler avec la bricole. et surtout avec le collier, un cheval qui vient d’être saigné au cou; la pression exercée par les harnais à la base des jugulaires retardant notablementi le cours du sang dans ces vaisseaux, et occasionnant ainsi leur gonflement.
Sur un cheval bien constitué: on peut, sans inconvénient, retirer l’épingle au bout de six à huit jours; on doit la laisser plus longtemps sur des animaux naturellement faibles, ou débilités par les fatigues ou les maladies.
> Saignée à la saphène.
Après la jugulaire, la saphène est celle des veines que l’on ouvre le plus souvent. Cette veine rampe de bas en haut au milieu de la face interne de la cuisse (B /fg. 178), où la minceur de la peau la rend très-apparente, pour peu qu'elle soit distendue par le sang qu’elle conduit.
On saigne de préférence à cette veine dans quelques maladies particulières, et aussi quand l'animal a du rouvieux, ou bien qu’illuimanque une ou les deux jugulaires.
Liv. jil
Cette saignée se fait avec la flamrne cu la lancette. Le premier de ces instrumens est référable quand on saigne un peu haut. Plus as, la veine se trouvant sur la face interne du tibia, il vaut mieux faire usage de la lancette. Supposons qu'on veuille saigner à la saphène droite avec la flamme. Pour faire cette opération, on attache le cheval, on fait lever le pied postérieur gauche par un aïde, en lui recommandant de le porter fortement en arrière pour mieux découvrir la face interne de la cuisse droite. L'opérateur tenant la flamme dans sa main droite comme pour la saignée à la jugulaire, se place du côté et en avant du membre levé, faisant face à la face interne du membre sur lequel il veut saigner. Fléchissant les jarrets, 1l engage un peu le corps sous le ventre de l'animal, approche la flamme du vaisseau, le talon de l'instrument en bas, la lame en haut, et quand il voit bien la veine, il frappe sur le dos de la flamme avec le bätonnet qu’il tient de la main gauche : s’il a frappé juste et assez fort, le jet de sang, en s’échappant, indique que la saphène est ouverte. Aussitôt qu’il a donne le coup, l'opérateur doit se retirer pour éviter d’être atteint par le grasset du membre levé que l’animal, pour se défendre, porte aussitôt en avant, malgré la résistance que peut lui opposer l’aide. Si le sang nesort pas, c’est qu'on n’a pas frappé assez fort, ou que la flamme n’a pas été bien dirigée.
Dans ce cas on recommence l'opération.
La saphène n'étant point aussi volumineuse que la jugulaire, et la circulation y étant beaucoup moins active, il arrive assez souvent que le sang n’en sorte pas en arcade et par un jet continu; quelquefois même, et quoique la veine ait été bien ouverte, il sort assez difficilement, et la saignée est baveuse. On peut, dans des cas semblables, en accélérer la sortie en pressant avec la main sur le trajet du vaisseau, et de bas en haut, au-dessous du point où celui-ciaétéouvert,eten enlevant lescaillots de sang qui se forment autour de l’ouverture. Il y a des chevaux sur lesquels, pour obtenir une quantité de sang suffisante, il est nécessaire de pratiquer une saignée à la saphène de l’autre côté. On y procède avec les mêmes précautions que pour la première.
On arrête la saignée à la saphène comme celle de la jugulaire, avec une épingle et du crin. Cependant l'application de l’épingle y est généralement beaucoup plus difficile, non pas seulement à cause de la position plus gênée qu'on est obligé de prendre, mais encore parce que l’animal se défend davantage, soit qu’il soit plus chatouilleux dans cette région, soit que la piqüre de la peau y soit plus douloureuse.
Il est des chevaux auxquels il faut mettre le tord-nez, ou même qu’on est forcé d’abattre pour pouvoir placer épingle.
$ IL. —De la Saignée dans l'espèce bovine.
La quantité de sang qu’on peut tirer à ur animal de l'espèce bovine, est, en moyenne, de 8 à9 livres. Cependant, à part les circonstances individuelles qui peuvent faire varier cette quantité, les saignées doivent être plus cepieuses sur les animaux du Midi et sur ceux qui vivent dans les gras pâturages de certaines
cap. 8.
contrées de l'Ouest, que sur ceux du Nord et des pays où l’espèce est chétive, et les pâturages maigres et peu abondans. sg
Dans l'espèce bovine, on saigne ordinairement à la Jugulaire et à la veine sous-cutanee abdominale. $
1° Suignée à la jugulaire (A fig. 193).—La saignée à cette veine, dans l’espèce bovine, se fait avec les mêmes instrumens et à peu près de la même manière que dans le cheval. La flamme est aussi l'instrument dont on fait usage; seulement, on doit se servir de celle des branches de cet instrument qui porte la lame la plus longue, attendu le plus d’épaisseur de la peau que celle-ci doit traverser avant d'atteindre la veine. Au lieu de comprimer ce vaisseau avec les doigts, pour le faire gonfler et le rendre apparent, on emploie une petite corde qui entoure et étreint la base de lencolure (B fg. 193) Ce moyen, dont nous avons blämé l'usage sur le cheval, est ici presque nécessaire, parce que la mobilité des parties sur lesquelles repose la jugulaire dans le bœuf empêcherait que celle-ci ne fût comprimée efficacement. D'un autre côté, l’animal étant toujours solidement attaché quand on le saigne, il n’y a pas autant à craindre qu'il ne s'échappe que le cheval, qu’on se borne le plus souvent à tenir à la main.
Le coup de bätonnet qu'on donne sur la flamme peut être très-fort, sans inconvénient, la jugulaire étant trop large pour que la lame de la flamme puisse la transpercer. Le sang sort aussitôt par un jet abondant. Pour arréter la saignée, on délache le lien qui embrasse le bas de l’encolure.Quelques praticiens n’emploient aucun moyen pour fermer l’incision, se contentant de pincer légèrement entre les deux doigts les bords de cette incision, de faire glisser deux ou trois fois la peau sur la veine, en la faisant remonter et descendre alternativement, et abandonnant ensuite la cicatrisation à elle-même. Je crois plus prudent l’emploi d’une forte épingle et du crin.
2° Saignée à la sous-cutanée de l'abdomen. —Cette veine (A fg. 197) se trouve sur les parties latérales etinférieures du ventre, où on la voit très-distinctement. Elle est surtout trèsapparente sur les vaches laitières ; aussi, est-ce principalement sur ces dernières qu’on y pratique la saignée. On procède à cette opération avec les mêmes instrumens que pour les précédentes. Pour la pratiquer, l'opérateur, soit qu'il saigne à droite ou à gauche, se place le long de l’épaule, le dos tourné du côté des parties antérieures de l’animal : de cette manière, il est plus éloigné des pieds postérieurs, par lesquels il pourrait être atteint dans une position inverse; car on sait que les bœufs et les vaches frappent de côté avec leurs pieds de derrière.
On arrête aussi la saignée à la sous-cutanée abdominale avec une épingle et du fil ou crin. Cependant quelques personnes l’arrêtent en appliquant un tuileau, une pierre plate ou un linge sur louverture du vaisseau, et en maintenant ce COrPS appuyé sur la plaie pendant quelques heures, où même la jonrnée entière, au moyen d’une bande circulaire qui embrasse le corps:
DE LA SAIÏIGNÉE.
$ LI. — De la saignée dans l’espèce ovine.
On saigne rarement les moutons, et cela avec raison. Ils sont en effet bien plus exposés à être malades ou à périr par défaut que par excès de sang. Néanmoins, il est des cas où celte opération peut être indiquée et produire d’heureux résultats.
On ne doit guère tirer en une seule fois, à un mouton, terme moyen, plus de 8 à 12 onces de sang. Il arrive peu souvent qu’on doive répéter la saignée.
On peut pratiquer cette opération sur plusieurs veines. Ceux de ces vaisseaux auxquels on saigne le plus habituellement, sont la yugulaire, la veine angulaire et la saphène.
1° Saignée à la jugulaire. — On la pratique avec la lancette ou de petites flammes. Un aide assujettit le mouton entre ses jambes, en lui appuyant la croupe dans l’angle d’un mur pour l'empêcher de reculer, en même temps qu'il lui soulève la tête de manière à tendre la peau de la partie inférieure de l’encolure. L'opérateur coupe la laine snr la partie du milieu de cetle région où passe la jugulaire, fait gonfler ce vaisseau avec les doigts, vu, mieux encore, avec un lien qui étreint circulairement le bas du cou, et, s’il fait usage de la flammette, opère comme sur le cheval, en observant de proportionner le coup de bâtonnet à la finesse de la peau. — S'il saigne avec la lancette, il tient cet instrument de manière à ce que la lame en soit fixée entre l'extrémité du pouce et de l'indicateur de la main droite à un demipouce au moins de la pointe, et à ce que les châsses, formant un angle un peu obtus avec la lame, passent à la base et sur l’ent:e-deux des deux mêmes doigts. Il fixe alors ia veine bien gonflée entre le pouce et l’index de la main gauche, enfonce la lancette jusqu’à ce qu'il sente qu’elle a pénétré dans le vaisseau, la relève par un léger mouvement de bascule, de manière à faire une ouverture d’un bon centimètre de longueur, et laisse saigner. Il arrive assez souvent à ceux qui ont peu d'habitude de saigner avec la lancette, de ne traverser que la peau du premier coup d'instrument.
Dans ce cas, on met cette première incision en rapport avec le trajet du vaisseau, et on y plonge de nouveau la iancette. — On arrête la saignée avec une petite épingle et du fil.
2° Saignee à la veine angulaire. — Cette saignécaété conseillée par Daubenton(Zzastruction pour les Bergers) comme étant à la fois plus facile et exposant à moins d'inconvéniens que toutes les autres.
« Cette saignée, dit-il, se fait sur le bas de la » joue du mouton, au niveau de la racine de la » quatrième dent mächelière. L'espace qu’elle » occupe est marqué sur la face externe de l'os » de la mâchoire de dessus par un tubercule » assez saillant pour être très-sensible au doigt » lorsqu'on touche la peau de la joue. Ce tuber- » cule est un indice très-certain pour trouver » la veine angulaire qui passe au-dessous. Cette » veine s'étend depuis le bord inférieur de la » mâchoire de dessous, près de son angle, jus- » qu'au-dessous du tubercule dont je viens de » parler. Plus loin, la veine se recourbe et se » prolonge jusqu’au trou sourcilier.
» Pour faire la saignée à la joue, le berger
» commence par mettre entre ses dents une » lancette ouverte; ensuite il place le mouton » entre ses jambes, et il le serre pour l'arrêter. » Il tient son genou gauche plus avancé que le »droit ; il passe la main gauche sous la tête de » l'animal, et il empoigne la mâchoire de des- » sous de manière que ses doigts se trouvent , sur la branche droite de cette mâchoire, » près de son extrémité postérieure, pour com- » primer la veine angulaire qui passe dans cet » endroit et pour la faire gonfler. Le berger » touche de lPautre main la joue droite du » mouton, à l'endroit qui est à peu près à égale » distance de l'œil et de la bouche. Il y trouve » le tubercule qui doit le guider ; il peut aussi » sentirla veine angulaire gonflée au-dessous de » ce tubercule. Alorsil prend de la main droite » Ja lancette qu’il tient dans sa bouche, et il fait » l'ouverture de la saignée de bas en haut, à un » demi-travers de doigt au-dessous du milieu » de l’'éminence qui lui sert de guide. »
Entre autres avantages que Daubenton trouve à cette saignée, c’est qu'elle n’oblige pas à couper la laine, ne la salit pas, et qu'un seul homme peut la pratiquer. Il est pourtant un inconvénient qu’elle présente, c’est qu’elle ne fournit pas toujours une assez grande quantité de sang.
La saignée à la saphène, qui ne nécessite pos non plus l’arrachement de Ja laine, offre en même temps l'avantage de permettre de tirer plus de sang qu'a l’angulaire; c’est pourquoi, j'ai vu quelques cultivateurs, saigner de préférence leurs moutons à cette veine, où l'opération n’exige aucune précaution particulière.
$ IV. — De la saignée dans le porc.
11 est fort difficile de saigner cet animal, dont les veines sont dérobées par la couche très-épaisse de lard qui se trouve sous la peau. Aussi ne pratique-t-on guère sur lui cette opération qu’en ouvrant, avec une lancette, une ou plusieurs des veines qui rampent sous la peau des oreilles; ou bien encore en coupant une oreille en travers ; ou enfin en excisant une portion de la queue. Quel que soit celui de ces modes qu’on adopte, il est trop simple et trop facile pour nécessiter ici aucun développement.
$ V.— Accidens qui peuvent survenir pendant ou après la saignée.
Une opération aussi simple que le parait la saignée peut cependant être suivie d’accidens fort graves, quelquefois mortels, et qui réclament les soins éclairés d’un vétérinaire. Je ne ferai donc que les énumérer ici, en indiquant, pour qu’on les prévienne, s’il est possible, les causes qui leur donnent le plus souvent naissance. Il est remarquable que ces accidens ne se manifestent le plus ordinairement, ou n'ont de gravité que dans l’espèce du cheval.
1° Blessure de la carotide. — Ya carotide est une grosse arlère qui suit, de chaque côté de l’encolure, la même direction que la jugu- Jaire, au dessous de laquelle elle se trouve, et dont elle est seulement séparée, dans la partie moyenne de cette région, par un muscle de quelques lignes d'épaisseur. La bleseure