‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 221 sur 467 · LIV. III · texte numérisé non relu

LIV. III

Outre l'excitation nuisible qu’ils en éprouvent et qui les fait se tourmenter, ils pourraient se détacher et essayer de saillir les jumens ou de monter sur les chevaux hongres, et se faire ainsi beaucoup de mal.

Quelques personnes croient utile de conduire les chevaux à la rivière ou dans les mares une fois par jour, pendant les premiers jours qui suivent l’opération. Nous croyons ces bains sans aucun avantage, et souvent même dangereux, lorsque les plaies suppurent et que les parties environnantes sont tuméfiées. Nous les avons vus souvent produire la cessation immédiate de la suppuration, et les animaux mourir du tétanos ou d’une inflammation de bas-ventre (péritonite).

C’est ordinairement le troisième jour en été et le quatrième jour en hiver, qu’on retire les casseaux. Alors, la mortification du testicule et de la portion comprimée du cordon est complète. Alors aussi, on observe un commencement de suppuration dans les plaies, et le fourreau est ordinairement le siége d’un engorgement mou et peu considérable.

Pour enlever les casseaux, on lève avec la plate-longe un des membres postérieurs, on excise avec les ciseaux les portions de testicules et de cordon mortifiées qui pendent au-dessous du casseau, on coupe ensuite avec le bistouri les tours de fouet qui réunissent postérieurement les deux branches de chaque casseau, on écarte ces deux branches l’une de l’autre, et le casseau tombe.

Après l'enlèvement des casseaux (c’est-à-dire après le troisième jour ) la suppuration augmente, ainsi que l’engorgement du fourreau, qui, dans certains chevaux, s'étend jusque sous le ventre. Alors, on peut rendre les promenades moins longues et moins fréquentes; el, si l'animal a de l'appétit et de Ja gaité, se relâcher peu à peu de la sévérité du régime pour le ramener insensiblement à sa nourriture habituelle. Les soins qu’exigent les parties opérées sont simples. Il suffit de nettoyer avec de l’eau tiède les bords des plaies sur lesquels le pus se concrète et forme des eroûtes; mais il ne faut pas laver les plaies elles-mêmes, ainsi que Je l’ai dit à l’article Parsemens, en traitant des plaies qui suppurent.

Si l'animal va bien et qu'on soit fondé à ne craindre aucun accident, il n’y a pas d’inconvenient, au bout d’une douzaine de jours, à lui faire faire un léger travail au pas, sur un terrain doux, pourvu que ce travail ne dure pas d'abord bien longtemps et n’exige pas beaucoup de tirage.

La marche vers la guérison est annoncée par l’épaississement graduel du produit de la suppuration, sa diminution de quantité, et enfin sa cessation complète qui précède de peu la cicatrice de la place.

b— Procédé par torsion.—Dans ce procédé, comme dans celui par les casseaux à testicules découverts, on incise d'abord les trois enveloppes les plus extérieures du testicule. Mais ensuite, au lieu de placer un casseau ou une ligature sur le cordon pour le mortifier d'abord, et n’enlever le testicule qu’au bout de trois Jours, l'opérateur pince le cordon le plus haut qu’il peut, entre le pouce et l'index de la main gauche, le serre fortement pour l’empêcher # glisser lorsqu'il opérera la torsion

engage l'index de la main droite dans une dé-,

chirure qu'il fait entre le testicule et l’épididyme, saisit le testicule de cette même main, et le fait tourner plusieurs fois sur lui-même, de manière à tordre le cordon au-dessous du point que pince sa main gauche; et, quand la torsion a distendu et affaibli le cordon, il le déchire, en tirant fortement sur le testicule avec sa main droite, tandis qu’il résiste avec la main gauche, qui n’a pas làäché le cordon. Tel est, en aperçu, le procédé par torsion, qui, sans contredit, au premier aperçu, parait devoir être préféré à celui par les casseaux. En effet, il évite la nécessité de laisser pendant trois ou quatre Jours deux morceaux de bois assez volumineux au milieu de plaies qu'ils frottent sans cesse pendant la marche, et sur lesquelles ils doivent certainement produire beaucoup d'irritation. On lui a aussi prêté l'avantage d’être, moins souvent que la méthode par les casseaux, suivi de f£stules au cordon où de champignons. On a même dit qu'il ne s’en développait jamais; et on cite comme preuve, la pratique d’un châtreur polonais fort célèbre dans les environs de Paris, qui châtre les animaux par torsion, sans les abattre. Nous ne voulons pas dire qu'entre les mains de cet homme la castration par torsion soit plus souvent suivie d’accidens que la castration par les casseaux entre les mains d’autres opérateurs ; mais nous affirmons que depuis six ans que nous dirigeons les hôpitaux d’Alfort, nous avons eu à y traiter pour des champignons au cordon testiculaire, un assez bon nombre de chevaux qu'avait opérés ce Polonais. Ce que je dis ici n’est pas pour déprécier la méthode de castration par torsion, mais seulement pour prémunir les propriétaires contre le trop de confiance qu'ils pourraient y ajouter, d’après les avantages exagérés qu'on lui prête.

.Du reste, les soins à donner aux animaux ainsi opérés sont les mémes que pour ceux opérés par les casseaux.

Accidens qui peuvent suivre la castration, dans le cheval.

Bien que, dans le plus grand nombre de cas, la castration ne soit suivie d’aucun accident, quand elle est bien faite et que l’animal est dans des conditions favorables, il arrive pourtant quelquefois que certains accidens se déclarent, soit pendant l'opération, soit au bout de quelques jours, soit après un temps beaucoup plus long. Nous en indiquerons quelques-uns.

. Hernie ingutnale.— On appelle ainsi la sorüe d’une portiou plus ou moins considérable de l'intestin par l'anneau inguinal, eest-àdire par l'ouverture que traverse le cordon testiculaire pour sortir de la cavité du ventre et descendre dans les bourses. Les efforts que fait l’animal pendant l'opération tendant à pousser violemment l'intestin vers la région inguinale, il peut arriver, pour peu que l'anneau soit dilaté ou dilatable, qu'une anse intestinale s’y introduise et descende ainsi dans la gaine membraneuse qui forme un sac autour du testicule, soit pendant l'opération, soit immédiatement après. Or, si on se rappelle ce qui a été dit en parlant de la castra-

DE LA CASTRATION

tion à testicules couverts où découverts, on comprendra ce qui arrive dans le cas de hernie, suivant que l’opération a été faite par l’un ou l’autre de ces procédés. Si on a châtré à testicules couverts, la gaîne testiculaire n'ayant pas été ouverte, l'intestin ne peut descendre que jusqu’à l'endroit où le casseau est placé, puisque cet instrument applique l’une contre l’autre les deux parois de la gaine : dans ce cas, l'accident est beaucoup moins grave, si l'intestin n’est pas étranglé dans l’anneau.

Lors, au contraire, que la castration a été faite à testicules découverts, comme on a incisé toutes les enveloppes testiculaires, la gaine péritonéale a été ouverte, et l’intestin s'échappe au dehors dans une longueur quelquefois de plusieurs pièces. C’est alors un accident presque toujours mortel, attendu la difficulté très-grande qu’on éprouve à faire rentrer l'intestin, sans débrider l'anneau, et attendu les résultats presque toujours funestes de ce débridement. D'un autre côté, à supposer qu’on parvienne à rentrer l'intestin sans débrider l'anneau, il est encore très-difficile de disséquer la paroi incisée &e la gaine testiculaire pour la comprendre entre les branches du casseau, opération nécessaire afin de prévenir le retour, ou tout au moins de borner l'étendue de la hernie.

Cet accident est heureusement très-rare : et quelques exemples, peu nombreux à la vérité, prouvent qu'on est plus d’une fois parvenu à le combattre avec succès.

Hémorragie. — Elle a lieu par l'artère du cordon. Elle ne s’observe jamais quand on a châtré par les casseaux, à moins que l’animal ne les ait arrachés ou qu’on ne les ait enlevés trop tôt, avant que les vaisseaux aient eu le temps de s’oblitérer : tandis qu’elle a lieu nécessairement après la castration par £orsion: seulement, dans ce cas, elle s'arrête presque toujours spontanément au bout de quelques heures, et même plus tôt.

Quelle que soit la cause de l’hémorragie, il convient, quand elle se déclare, de faire autour des bourses et sur le périnée des lotions ou injeclions d’eau froide, pour l'arrêter. Si ce moyen était insuffisant, el que sa continuation après que l’ansmal a déja perdu beaucoup de sang donnât des inquiétudes, il faudrait, en attendant l’arrivée du vétérinaire, introduire le plus possible d’étoupes ou de linge mouillé dans le fond de la plaie, soutenir ce tampon au moyen d’une suture à bourdonnets, et continuer les applications d’eau froide.

Le tétanos, encore appelé mal de cerf, peut aussi survenir après la castration. Il cousiste dans une roideur et une tension des muscles, telles, que l'animal ne peut fléchir aucune région, et que son corps ne se meut qu'avec une extrême difficulté, et comme s'il était formé d’une seule pièce. On ne connaît pas toutes les causes de cet accident dans ses rapports avec la castration. La douleur très-vive que produit une aussi cruelle opération sur des animaux irritables en est certainement une des causes les plus fréquentes; mais elle n’est pas la seule. Nous avons vu plus d’une fois le tétanos survenir sur des chevaux à une époque où la douleur est ordinairement bien calmée : sur ces animaux, le tétanos a apparu quelques heures après qu'ils avaient été con-

duits dans des mares d'eau très-froide, au inoment où les plaies étaient en pleine suppuration. è

Cet accident est presque toujours mortel.

Engorgement du fourreau et du ventre.

__]| arrive fréquemment après l'enlèvement des casseaux, uon-seulement que le fourreau se tuméfie, mais encore que l’engorgement s'étend en avant dans la ligne médiane du ventre et se propage jusque sous la poitrine. Cette complication n’a rien d'inquiétant, si, comme cela a lieu le plus souvent, l'engorgement ne s’étend pas dans l’aine, si la suppuration est de bonne nature et si l'état général du cheval ne paraît pas s’en ressentir. La promenade, les frictions de lie de vin tiède, quelquefois de légères scarifications, plus tard la pénétration de l’engorgement par des pointes du cautère actuel, suffisent presque toujours pour le faire disparaitre.

Mais, si le développement @e cet engorgement n'a lieu que sept ou huit jours après l'opération; s’il coïncide avec une diminution notable, la cessation ou le changement de nature de la suppuration dans l’une des plaies ou dans toutes les deux à la fois; si la marche devient peu à peu moins libre dans le train de derrière, si les reins sont plus roides et que l'animal paraisse un peu souffrant, il y a a craindre la formation de champignons au bout du cordon, ou l’éxduration squirreuse de ce même cordon.

Si l'engorgement se manifeste brusquement, s'étend rapidement en avant, sur les côtés et en arrière, s’il est très-chaud et douloureux ; si le ventre devient sensible, l'expulsion de l'urine et des excréments pénible pour l'animal; si ces phénomènes s’accompagnent de la tristesse et de l’abattement, de la perte de l'appétit, @e la petitesse du pouls, etc., c’est qu'ilse développe une péritonite (inflammation du bas-ventre); accident très-grave, et pour lequel on ne saurait recourir trop promptement aux lumières d’un vétérinaire. On s’accorde généralement à regarder l'exposition longtemps continuée des animaux châtrés à des pluies froides, ou leur séjour dans une atmosphère froide et humide, comme une des causes les plus communes de cette dangereuse affection.

Champignons.—Squirre du cordon.—Fistule.

—Il n’esi pas rare qu’un animal sur lequel la castration a paru devoir être heureuse pendant les dix, douze ou quinze premiers jours qui ont suivi l’opération, laisse apparaitre au bout de ce temps, et même plus tard encore, les caractères de l’un des trois modes de lésion que je viens de nommer.

Le champignon consiste dans une végétation bourseonneuse, élargie à son sommet, pédonculée à sa base, qui se manifeste à l'extrémité du cordon. Il résulte presque toujours de ce que la circulation n’a pas été complétement interrompue, de ce que les vaisseaux ne sont point entièrement oblitérés à l'extrémité du cordou.

Cette affection n’a aucnne gravité quand elle existe sans engorgement ni induration du corps du cordon lui-même. Aussi, est-il prudent de faire promptement extirper, cautériser ou lier le champignon pour prévenir l'altération du cordon qui pourrait être Ja

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