‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 223 sur 467 · LIV. HI · texte numérisé non relu

LIV. HI

C'est à l’âge d'environ six semaines qu’on châtre les brebis ; alors, les ovaires ont à peu près le volume d’un haricot, et l'on peut avec une certaine habitude les reconnaitre avec le doigt.

Le manuel opératoire est à peu près le même que dans la truie, avec cette différence, pourtant, que la femelle doit être couchée sur le côté droit, puisque l'opération se fait par le flanc gauche. La présence du rumen dans la brebis, les cornes de la matrire beaucoup moins longues que dans la truie, exigent aussi de l'opérateur quelques différences dans les manipulations.

Lorsque cette opération est bien faite, les agnelles ne s’en sentent que le premier jour; elles ont les quatre jambesur peu roides, et ne lètent pas; mais dès le secona jour, elles sont comme à l’ordinaire.Après dix à douze jours, lorsque l’incision faite à la peau du flanc est cicatrisée, si le fil qui a servi à faire la suture n’est pas tombé, on le coupe par le milieu et on en tire les deux bouts au dehors.

$ VII — De la castration de la vache.

M.Winn,propriétaire dans l'Amérique septentrionale, a le premier rapporté avoirchâtré des vaches, et leur avoir conservé pendant plusieurs années,et sans interruption,la quanüité de lait qu'elles donnaient au moment où l'opération a élé faile. L’excitation dont la matriceest le siége,pendant le temps des chaleurs, et la fonction de la gestation ne nuisant plus à l’action des mamelles, on conçoit que la sécrétion du lait puisse se continuer. Toutefois, la castration des vaches, encore pratiquée dans quelques contrées de l'Allemagne avant de mettre ces bêtes à l’engrais, était à peu près inconnue en France, lorsque M. Lévrat, vétérinaire à Lausanne ( Suisse), publia en 1834, dans /e Recueil de médecine vétérinaire, les expériences qu'il avait faites sur cette opération, la inanière suivant laquelle il la pratiquail, et les résultats qu'il en avait obtenus sur plusieurs animaux.

Voici par quelles conclusions M. Lévrat terminait son mémoire :

« L'effet de la castration sur la vache me » paraît être tel, qu'il produit une sécrétion » plus abondante et plus constante de lait, le- » quel acquiert en même temps des qualités » supérieures ; d’où résultent les avantages » suivans pour le propriétaire:

» 1° Augmentation d’un tiers dans la pro- » duction du lait;

» 2° Certitude d’avoir à peu près constam- » ment la même quantité de lait pour desser- » vir les pratiques;

»3° Soustraction aux chances fächeuses des » accidens qui accompagnent ou suivent quel- » quefois la gestation et ïe vêlage;

» 4° Soustraction aux accidens qui peuvent » arriver pendant l’époque des chaleurs, lors- » que des vaches pesantes montent sur d'au- » tres, ou que ces bêtes sont saillies par de » trop gros taureaux;

» 5° Faculté d’engraisser plus facilement » les vaches lorsque leur lait commence à » tarir;

» 6 Enfin, la castration est l'unique moyen » de prévenir les dépenses onéreuses occa-

car. 3, DE LA CASTRATION. 269

» sionnées par les vaches qui deviennent tau- » reliéres; ce qui est tellement fréquent dans » certaines contrées, qu'il est rare de voir des » vaches se conserver plus de deux ou trois » ans sans devenir en cet état. Et, par exem- » ple, dans les environs de Lausanne et de s Lavaux, on est obligé pour cette cause de » changer de vaches tous les deux ou trois ans, » Ce qui est ruineux. »

En 1835, M. Levrat fit connaître, dans le Recueul de médecine vétérinaire, la quantité de lait que donnaient à cette époque des vaches qu'il avait châtrées l’année précédente.Ces bservations viennent à l'appui des conclusions de son premier mémoire.

Aussi en 1835, M. Régère, vétérinaire à Bordeaux, fit insérer dans le même journal une série de faits sur la castration des vaches qu’il avait pratiquée chez divers propriétaires. Il résulte de ces faits qu'il raconte avec beaucoup de détails, et dontl'authenticité est constatée, que les vaches châtrées donnent sans interruption, après l'opération, une quantité de lait au moins double de la moyenne de ce qu’elies donnaient les années précédentes. « D’après » les recherches que j'ai faites depuis que j'ai » commencé à tenter ces expériences Jusqu’au- » jourd’hui, dit M. Régère, ce calcul est très- » exact; et si les vaches continuent à donner » du lait pendant toute leur vie. l’opération de » Ja castration aura d’incontestables avantages, » notamment dans les grandes villes ou à leur » voisinage, où les fourrages sont très-chers, et » où le lait se vend toujours bien. »

Une remarque qu: a été faite par MM. Levrat et Régère, c’est que quelques-unes des vaches qu'ils ont châtrées ont eu des chaleurs, nonobstant l’enlèvement des ovaires et leur impuissance à être fécondées. Ces bêtes ont offert dans le moment de leurs chaleurs cette différence avec ce qu'on remarque à cette époque chez les vaches qui n'ont pas été châtrées, que leur lait n’en a subi aucune altération pour la quantité et la qualité.

Comme on le voit, il serait bien à désirer que ces premières expériences fussent répétées ; el si les résultats des nouvelles tentatives qu'on pourrait faire venaient confirmer ceux déjà obtenus, une nouvelle source de produits et de richesse serait ouverte à l’agriculture

L'espace nous manquant ici pour décrire le manuel de l’opération, nous ne pouvons que renvoyer les vétérinaires qui seraient appelés à la pratiquer, au Arcueil de médecine vétérènatre (tome XI, page 68 et suivantes), où il a été indiqué avec une grande précision par M. Levrat.

Ce que nous dirons ici, c’est que l’opération, peu difficile à exécuter, parait anssi peu dangereuse, puisque jusqu'à présent elle n’a Jamais eu de suites fâcheuses.

SECTION vi. — Cautérisation.

De la cautérisation en général.—Cautériser c’est brûler. — La cautérisation à pour but : tantôt de détruire l’organisation et la vie dans les tissus à l’aide du feu ou des agens chimiques ; tantôt d'échauffer, d'irriter seulement, sans les détruire, les parties sur lesquelles on l’applique, au moyen des métaux chauftés.

Les agens à l’aide desquels on pratique la cautérisation, quel que soit son but, sont désignés sous le nom de cau'éères.-— Les cautères sont dits cautères actuels quand ce sont des métaux chauffés, comme le fer, le cuivre par exemple. — Ils sont dits cautères potentiels quand ce sont des agens chimiques, comme la pierre infernale, la potasse caustique, etc. — L'action du cautère convertit les tissus en une espèce de charbon qu’on appelie escarre.

$ I‘".— De la cautérisation inhérente.

En chirurgie vétérinaire, la cautérisation est employée pour détruire les tissus, par exemple daus les engorgemens charbonneux on gangreneux, dans beaucoup d'infiltrations séreuses qui s'étendent rapidement, dans quelques tumeurs dures, froides et indolentes, qu'on ne peut ou n'ose pas enlever, et sur lesquelles les applications médicamenteuses sont restées inefficaces ; on déiruit aussi avec le cautère actuel ou les caustiques la surface de certaines plaies qui présentent un caractère ulcéreux, les parties osseuses où cartilagineuses affectées de carie; on cautérise souvent les plaies qui sont le siége d’une hémorragie qu'on ne peut arrêter par la compression ou la ligature des vaisseaux. etc. —Mais ce mode de cautérisation n’offrant pas de règles bien fixes dans son application, et les cas où il est indiqué ne pouvant être bien rigoureusement déterminés sans de grands développemens, je n'insisterai pas davantage sur ce sujet, et J'arrive au second mode de cautérisation, plus important pour les propriétaires de chevaux.

$ 11. —De la cautérisation transcurrente (feu).

Le modede cautérisation qui consiste à faire pénétrer du calorique dans la profondeur des tissus, sans les détruire, mais seulement pour les enflammer, est plus généralemeut connu sous le nom de feu. Ainsi, quand on pratique cette opéralion, on dit qu’on et le feu, qu'on applique le feu.—Le feu peut être mis en rates ou en pointes. Quelquefois on le met à la fois en raies et en pointes. Chacune de ces formes peut produire de bons résultats, si l'opération est conduite avec les précautions convenables. Cependant le feu en raies est celui qu’on applique le plus ordinairement. Les vétérinaires le désignent sous le nom de cautérisation transcurrente, et le définissent : une opération qui consiste à promener légèrement, et pendant un temps variable, un cautère actuel à la surface de la peau, saps la détruire. Le cautère dont onu se sert habituellement pour la pratiquer est en fer poli. Il a la forme d’une hache. Le bord de cet instrument qui correspond au tranchant de la hache a une épaisseur qui varie depuis celle d’une pièce de deux fr. jusqu’à celle d’une pièce decinq. (fig. 175.)

De toutes les opérations un peu graves, il n'en est pas qui soient plus souvent indiquées que la cautérisation ; il n’en est pas nou plus qui soient suivies de résultats aussi fréquemment heureux. Cependant quelques propriétaires répuguent encore aujourd'hui à l'emploi du feu : les uns, parce qu'ils revoquent en doute son efficacité ; les autres , parce qu'ils sont ef-

frayés des traces souvent difformes qu'ils ont vues résulter de son application. J'avoue que, moi-même, j'ai vu bon nombre de chevaux cautérisés sans succès, et d’autres assez désagréablement tares par cette opération. Mais je me hâte d'ajouter que, dans tous ces cas, ou bien le feu avait été mis à une époque où la maladie trop avancée ne laissait raisonnablement aucun espoir de guérison; ou bien, comme cela n'arrive que trop souvent, l'opération avait été pratiquée par des hommes aussi maladroiïts qu'ignorans, entre les mains desquels les moyens les plus salutaires deviennent presque toujours inutiles ou dangereux. Doit-on alors altribuer à l’impuissance ou au danger du feu ce qui n’est qu’une conséquence de son application mal raisonnée ou intempestive?

Il ne faut pourtant pas s’exagérer non plus, comme l'ont fait certains auteurs vétérinaires, la puissance curative de la cautérisation. Il est vrai, par exemple, que de jeunes chevaux déjà fatigués ont pu être redressés par cette opération faite à temps; mais avancer, comme on l’a écrit dans quelques ouvrages, qu’uz cheval dont les articulations sont fatiguées, ruinées, engorgées, œdémateuses, retrouve bientôt son ancienne vigueur, ses aplombs, sa souplesse, sous l'influence du feu méthodiquement appliqué, c'est évidemment aller au delà de la vérité.

Il ne suffit pas, pour mettre le feu, de connaître les règles assez nombreuses qui doivent présider à son application, il faut encore une assez longue habitude de cette opération pour arriver à lui faire produire les meilleurs effets en laissant le moins de treces possibles : double but que doit toujours chercher à atteindre un habile opérateur. Aussi, l'application du feu, si simple en apparence, est-elle une des opérations les plus difficiles à pratiquer convenablement; et, pour cette raison, doit-elle n'être confiée qu’à des vétérinaires. Je laisserai donc de côté, à son égard, tout ce qui a trait à des détails d’exéculion, pour ne m'occuper qu'à consigner ici tout ce qui me paraît devoir être porté avec quelque utilité à la connaissance des propriétaires.

A moins d'indication pressante, et toutes les fois qu’on peut différer sans danger, il est préférable de ne mettre le feu que par un temps doux, l’action du froid nuisant à ses bons effets, et les mouches tourmentant beaucoup les animaux pendant les grandes chaleurs. Il faut surtout éviter les temps de pluie et de boue, quand le feu doit être mis sur la partie inférieure des membres.

Quand les poils sont trop longs sur la région à cautériser, on les coupe; quand ils sont fins et courts, il est préférable de les laisser. Si des applications médicamenteuses ont été faites antérieurement, et que les parties soient grasses ou recouvertes de légères croûtes, on les nettoie avec de l’eau savonneuse quelque temps avant l’arrivée du vétérinaire, afin qu’elles aient le temps de sécher : la présence de la graisse et des croûtes prolongeant inutilement l'opération.

Beaucoup de propriétaires préfèrent que leurs chevaux ne soient pas abattus quand ils pe sont pas par trop indociles. C’est un tort. Quaud le cheval est couché et solidement fixé,

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