LIV. 1h
il se fatigue beaucoup moins et n’est pas autant exposé à se blesser. De son côté, le vétérinaire, qui est aussi plus en sécurité, opère mieux, car il est plus à l'aise, et ne se hâte pas trop dans une opération qui offre d'autant plus de chance de succès que, sans perdre de temps, on met plus de lenteur à la pratiquer.
Quelques personnes désirent, d’autres exigent que le tracé du feu représente certaines figures ou emblèmes : les unes parce qu’elles supposent au feu plus d'efficacité sous teile forme que sous telle autre; les autres, parce qu’étant convaincues que le feu doit nécessairement laisser après lui des traces ineffaçables et très-apparentes, elles aiment mieux que ces traces soient le moins désagréables possible à la vue. Delà, les feux en croix de Malte, en médaillon, en étoile, etc. On concevra que je ne m'attache pas à combattre sérieusement la première de ces croyances. Quant à la seconde, c’est une erreur de penser que, dans tous les cas, la cautérisalion laisse nécessairement après elle des marques lrès-apparentes et ineffacables.On peut,en observant certaines règles, éviter les traces ou les rendre le moins apparentes possible; ces règles, les voici :
1° 11 faut faire en sorte que toutes les lignes qu’on iracera avec le cautère suivent la direction des poils de larégion sur laquellele feu est appliqué; 2° il faut, autant qu’on ie peut, faire les raies moins profondes et plus rapprochées, de manière à compenser leur profondeur par leur nombre; 3° enfin, n’arriver à une profondeur donnée des raies que par le plus grand nombre possible d'applications du cautère.
On voit, par le simple énoncé de la première de ces règles. combien les traces du feu doivent être plus apparentes quand il a consisté en l’un des dessins que je citais tout à l'heure pour exemple, puisque les lignes qui composent ces figures croisent à chaque instant et sur plusieurs points la direction des poils de la région sur laquelle elles sont tracées. — Un autre avantage résulte du parallélisme des raies avec les poils, c’est que ces raies se trouvent en même temps dirigées daps le sens dans lequel la peau s'étend lors des mouvemens de la région qu’elle recouvre. Et, en effet, la peau s'étend dans le sens dans lequel sont dirigés les muscles sous-jacens, et la direction des poils se trouve à peu près, sinon entièrement, en rapport, dans chaque région, avec la direction de ces muscles. Or, voici l'avantage de ce parallélisme entre la direction des traces du cautère et le sens d’extensibilité de la peau : l'animal n’est pas condamné à un repos absolu après l'opération; souvent même il est nécessaire qu'il soit légèrement exercé. Supposons donc une raie parallèle au sens dans lequel la peau se prête aux mouvemeus; lors de son extension, les bords de la raie tendront à se rapprocher, et rendront celle-ci plus étroite; que si,au contraire, la raie était transversale, ou à peu près, lorsque la peau viendrait à subir une exiension quelconque, les bords du sillon seraient d'autant plus écartés que l'extension serait plus grande; la raie, à chaque instant tiraillée dans le sens de sa largeur, s'agrandirait dans ce sens, et, pour peu que le feu ait été mis profondément, pourrait se déchirer dans son fond, d’où résulterait une cicatrice des plus défectueuses.
Quand lopération est terminée, plusieurs praticiens ont l'habitude d'appliquer de la graisse Où un onguent adoucissant quelconque sur la région cautérisée; et parmi eux, beaucoup ne le font que pour céder aux exigences de certains propriétaires qui croient à la nécessité de ces applications. Cette pratique n’est pas seulement inutile, elle est mauvaise. Elle nuit aux effets du feu. Car, à quoi bon des adoucissans? Pourquoi employer des moyens propres à. calmer l'inflammation sur des parties où on cherche, au contraire, à la produire? De deux choses l’une : ou le feu est nécessaire, et alors les adoucissans sont contre-indiqués; ou les adoucissans sont réclamés par la maladie, etalors on ne devait pas employer la cautérisation. Un autre inconvénient des corps gras appliqués immédiatement après l’opération, c’est de relâcher la peau, de lui permettre de se prêter davantage au gonflement qui va s’opérer, et de favoriser ainsi l'élargissement des raies, ce qui en rendra évidemment les cicatrices plus apparentes. — Il est donc inutile de rien appliquer sur une partie qui vient d’être cautérisée, à moins d'indications particulières; mais, alors même, ce ne sont pas des adoucissans, ce sont plutôt des médicamens pris dans la classe des excitans, des irrilans ou des astringens, qu’on met quelquefois en usage.
tous les cas, et que cependant on n’emploie guère que sur les chevaux fins, c’est d’entourer la région cautérisée ayec des bandes de toile fine ou mieux de flanelle, quand la forme de cette région le permet. Ce bandage, par la légère pression qu'il exerce, par la douce chaleur qu’il entretient, favorise singulièrement l'action du feu, et, en même temps, il soustrait la partie au contact des agens extérieurs et la préserve des frottemens ou des dents de l'animal.
Lorsque le feu a été étendu ou profond, que l’animal est jeune, irritable, ou qu'ils’est beaucoup débattu pendant l'opération, il est prudent de le faire saigner et de le tenir à la diète blanche pendant trois ou quatre jours. L’absence où la diminution des souffrances permettent de revenir plus ou moins vite au régime ordinaire.
La question de savoir si l'animal doit être exercé ou laissé en repos, après la cautérisalion, ne peut être résolue d’une manière générale et absolue. Il est des cas où le repos serait nuisible; il en est d’autres où il est, au contraire, une condition de succès. Je ferai connaître ces cas, en traitant de la cautérisation en particulier sur les différentes régions du corps où on la met le plus ordinairement en usage.
(a) Suites de la cauterisation.— Dans les cas ordinaires, les deux premiers jours on voil le fond des raies se recouvrir d’une sérosité d'autant plus abondante, que le feu a été mis plus fort et sur une région où la peau est plus organisée, plus vivante. Déjà aussi commence à se manifester un engorgement, variable lui-même suivant l'intensité de la cautérisalion, et suivant la région cautérisée, Peu sensible sur les autres parties du corps, cet engorgement est quelquefois très-considérable quand le feu a été mis sur un membre, dans des chevaux lymphatiques ou très-
Ce qui est utile, dans |
DE LA CAUTERISATION.
irritables. C’est surtout en pareil cas, et sur ces animaux, que des bandes de flanelle ont d’incontestables avantages. Cet engorgement, qui diminue un peu après huit ou dix jours, ne disparait cependant entièrement que plus où moins longtemps apres la chute des escarres, c’est-à-dire environ un mois, cinq semaines et quelquefois plus tard après l’opéralion. — Au bout de trois ou quatre jours, on voit la sérosité dont j'ai parlé se condenser sur les raies, et y former des croûtes jaunâtres qui les remplissent entièrement, et, souvent même, font saillie à la surface de la peau. Ces croûtes se sèchent et se durcissent de plus en plus jusqu’à leur chute, qui a lieu, terme moyen, du vingtième au trenlième Jour. En général. elles tombent d'autant plus tôt que le feu a été mis plus fort et que la peau est plus vivante. Une cautérisation légere ne produit presque pas de croûtss ; et la mince pellicule d’escarre qui adhère au fond de la raie se détache par lambeaux et ne tombe quelquefois que fort tard. C’est à l’époque de la formation des croûtes que la région cautérisée est le siége d’une roideur remarquable, et quelquefois telle, que, lorsque le feu a été mis sur une articulation des membres ou àson voisinage, la flexion en est impossible ou fort bornée, et, dans tous les cas, assez douloureuse. Cette époque est celle où il peut être utile d'appliquer sur la partie cautérisée des médicamens onctueux propres à assouplir les croûtes, à les empêcher de se fendre, et en favoriser la chute. Un riélange à parties égales d'huile d'olive et de vin bien battus et mélangés ensemble, de l'huile camphrée, de liniment ammoniacal, etc., sont des préparations qu’emploient à cet usage beaucoup de vétérinaires. C'est aussi à cette époque qu’il importe d'empêcher l'animal, par un des moyens que j'ai fait connaitre, de se mordre ou de se frotter; parce que c’est alors qu'il éprouve un prurit particulier qui l’excite à se livrer à l’un ou l’autre de ces actes,
Si l'on remarquait que les mouches le tour.
mentassent beaucoup, en s’attachant à la région cantérisée, on pourrait: écarter les insectes, soit en promenant sur les croûtes les barbes d’une plume trempée dans l’Auile de lën où l'huile empyreumatique, soit en recouvrani celte région d’une enveloppe.
Quelquefois, soit que l'animal se soit frotté ou mordu, soit que le feu ait été mis trop fort, les croûtes sont arrachées ou se détachent par plaques, et laissent à nu des plaies suppurantes plus ou moins étendues. On reüre de bons effets, dans ces cas, de lotions répétées deux fois le jour avec l'extrait de Saturne pur, ou la teinture d'aloës, qui les font promptement secher et cicatriser. à
Quelle que soit l'affection qui ait nécessité l'application du feu, il est rare que les effets curalifs de cette opéralion se fassent apercevoir avant trois semaines où un mois. J'ai vu bien souvent quelque amendement ne se manifester, après l'emploi du feu, que six semaines, deux mois et plus après son application. Il ne faut donc pas, coinme on le voit, êlre trop prompt à désespérer du succès.
Cependant il arrive assez souvent encore qu'une première cautérisation n’obtienne que des résultats nuls ou incomplets, soit que le
mal fût fort avancé et déjà ancien, soit que la cautérisation n'ait pas assez été forte, soit qu'elle n’ait pas été convenablement exécutée. On doit alors, pour peu qu'on tienne à l’animal, faire procéder à une seconde, parfois même plus tard à une troisième cautérisation.
(bj Régions sur lesquelles on pratique Le plus souvent la cautérisation. — Indication des cas dans lesquels on l’applique sur chacune d'elles. — On peut appliquer le feu sur toutes les régions du corps, lorsqu'elles sont le siége de maladies qui en réclament l'emploi. Cependant il est des régions sur lesquelles lindication de l'appliquer se présente plus souvent que sur les autres; ce sont : 1° les rayons inférieurs des membres ; 2 le jarret; 3° je genou: 4° la pointe de épaule ou toute l'étendue de cette région; 5 le grasset; 6° la face externe de la cuisse ; 7° les reins ; 8° le garrot.
1° Cautérisation de la partie inférieure des membres. — (J'entends par ces mots, /4 partie inférieure des membres, la portion qui s’étend depuis le dessous du genou ou du jarret, jusqu'à la couronne.) On peut avoir à cautériser un, deux, trois où quatre membres. Supposons le cas le pius simple, celui d’un seul membre : on peut avoir à le cautériser dans toute l'étendue de cette partie inférieure, c'est-à-dire sur le canon, le boulet, le paturon et la couronne; ou seulement sur Ja totalité où une partie de l’une de ces régions. —On met le feu sur toute la partie inférieure d'un membre, lorsque toute cette région est engorgée et qu'elle est le siége d’une infiltration molle où d'une induration sans beaucoup de chaleur ni de douleur. Une précaution qu'il faut toujours avoir la veille ou le malin de l’opération, quelle que soit la région du membre où le feu doive être appliqué, est de faire déferrer le pied de ce membre, pour peu que l’ongle soit trop long, de le faire parer convenablement et de lui faire rattacher son fer, ou mettre un fer neuf si le sien est trop usé; car il faut penser que pendant le mois ou les cinq semaines qui vont suivre, il serait impossible, à cause des croûtes dont la région cautérisée sera recouverte, de lever le membre pour ferrer l'animal; et que l’ongle alors acquerrait une longueur qui fatiguerait le membre et fausserait ses aplombs.—-Le feu sur cette région se met en raies parallèles à l’axe du canon sur toute la moitié antérieure de cette région, et en raies très-obliques ne s’écartant des premières que sous un angle très aigu, dans la moitié postérieure.
—On met le feu sur toute la région du canon dans le cas où l'engorgement dont je viens de parler ne monte pas jusqu'au genou ou Jarret, et ne s'étend pas inférieurement jusque sur le boulet.—Le dessin est le même que dans le cas précédent, seulement il est moins étendu.— Le feu qu’on a le plus souvent à appliquer sur le canon, est celui de la région tendineuse (moitié postérieure) de cette région. C'est qu’en effet c’est sur cette partie que se montrent le plus fréquemment les lésions qui en réclament l'emploi. Telles sont, par exemple : 1-les mollettes où petites tumeurs molles et élastiques qui se développent au tiers inférieur de cette région, au -dessus du boulet ( Æg. 178), ou à son tiers supérieur