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$ VIII. — Tympanite (éndigestion gazeuse, indigestion méphitique, météorisation ).
C'est l’indigestion accompagnée de développement de gaz dans le tube digestif, et de ballonnement du ventre qui résonne comme un tambour quand on le frappe; les animaux herbivores y sont particulièrement exposés; je ne sache pas qu’on ait jamais observé cette maladie sur les carnivores. Je l’examinerai à part chez les ruminans et chez les solipèdes.
a. Tymparite des ruminans. Elle peut être aiguë Où chronique; la première est sémple ou compliquée de surcharge d'alimens. 1° La tympanite aiguë simple est la moins dangereuse, surtout lorsqu'elle est récente; elle a lieu principalement dans le rumen et se développe au printémps, surtout après des pluies et des rosées abondantes, et à la suite de repas faits avec du trèfle ou de la luzerne pâturés sur place, ou après avoir été fauchés et avoir subi un commencement de fermentation. Le seigle, les pommes de terre, les turneps, les choux, les navets et autres plantes peuvent aussi, mais plus rarement, la déterminer. La maladie apparait souvent pendant le repas, et débute par le gonflement du ventre et surtout du flanc gauche; ce gonflement augmente de plus en plus, l'animal tend le cou, respire difficilement, halète, dilate ses narines outre mesure,ouvrela bouche, éprouve de la tristesse, de la stupeur, de la roideur et de l’immobilité, pousse des cris plaintifs; le pouls s’efface et devient inexplorable; enfin si l’on n’apporte pasun prompt remède au mal, l'animal chancelle, tombe asphyxié, et périt dans des convulsions en rendant par la bouche et les naseaux une quantité plus ou moins considérable de maüères alimentaires bouillonnantes. Quelquefois ces symptômes se succèdent si rapidement, que trois ou quatre heures, et souvent moins, suffisent pour amener la mort. Les bêtes à laine qui pâturent, tombent et meurent souvent sans qu’on ait le temps de sen apercevoir. Dans le Roussillon, cette maladie est très-commune sur ces derniers animaux, et y a recu le nom particulier de falère. — Le traitement consiste à administrer des médicamens qui puissent absorber les gaz. Les breuvages d’eau salée, d’eau de savon, de lessive de cendres, de sous-carbonate de potasse ou de soude, ont souvent été employés avec succès. L’alcali volatil est bien préférable ; 1 à 2 onces pour le bœuf, 20 à 25 gouttes pour le mouton, dans de l’eau ordinaire, font quelquefois obtenir presqu’immédiatement l’affaissement des flancs. L’éther sulfurique, à la dose de 2 ou 3 onces pour les bœufs et d’un demi-gros pour le mouton dans de l’eau froide, peut aussi convenir; mais le remède le plus efficace est sans contredit celui qui aété conseillé par M. Charlot; il consiste dans l’administration d’une cuillerée d’eau de javelle dans une bouteille de lessive da cendres; on renouvelle cette dose au besoin.
Outre les moyens précédemment indiqués, il en est un qui n’est pas à négliger; il consiste à introduire dans le rumen, par la bouche et l'œsophage, soit une longue sonde faite en fil de fer tourné en spirale, et recouverte
d’une bande de cuir cousue, soit une longue canne flexible, ou un manche de fouet de charretier. On parvient encore à faire rendre des gaz par la bouche des bœufs, en levant la tête de l'animal, lui jetant au fond de la bouche une poignée de sel afin d’exciter les mouvemens des mâchoires, et en appuyant un eu, avec une palette de bois, sur la base de alangue. Quant aux bêtes à laine, on parvient
uelquefois au même but, en leur pressant débtément les flancs avec les mains. — Enfin lorsque la météorisation débute rapidement et que la suffocation est à craindre, il est nécessaire d’avoir recours à la ponction de la
panse; cette ponction, qui se pratique sur le |
flanc gauche avec un trocart, et même avec un couteau, est le moyen le plus sûr et le plus efficace, lorsqu'il est mis en usage en temps convenable.
29 La tympanite aiguë compliquée de surcharge d’alimens se développe moins promptement que la précédente; l’usage en trop grande quantité de grains, de balles de céréales, et surtout de son, donne le plus ordinairement naissance à cette affection qui est caractérisée, non-seulement par un grand dégagement de gaz dans le rumen et les intesns, mais encore par la plénitude du rumen qui oppose résistance à la main portée sur le anc gauche. Il ne suffit plus ici de donner issue aux gaz ou de les neutraliser, mais il faut encore vider le rumen de la plus grande quantité des matières qu’il contient : on y parvient en pratiquant au flanc gauche une ouverture suffisante pour y passer une grande cuiller à soupe (poche) avec laquelle on retire vingt ou trente lilres de substance alimentaire; après cette opération, qui soulage beaucoup l'animal, on délaie les alimens restés dans le rumen, en y injectant des liquides toniques; on met l’animal à la diète blanche pendant les premiers jours qui suivent l'opération, et jusqu’à ce que la plaie commence à se fermer. 3° La tympanite chronique reconvaîitle plus souvent pour cause l’usage d’alimens avariés ou mal récoltés, d'eaux impures, ou l’usage trop longtemps prolongé d’alimens secs. L’animal qui en est atteint a d’abord de fréuentes et légères météorisations; l'appétit evient irrégulier et se déprave; la rumination est lente et imparfaite ; les excrémens sont foncés en couleur, secs et d’une odeur forte; l'animal maigrit, la peau devientsèche, les yeux sont chassieux, le mufle est sec;enfin la météorisation devient presque continuelle et l'animal ne tarde pas à mourir. Ici il est necessaire de faire la ponction du rumen avec un trocart, et de laisser le tube de linstrument à demeure; mais cette opération ne s'adresse qu’à un des effets de la maladie, et non as au mal lui-même; celui-ci consistant dans ’entassement des alimens dans le feuillet, et dans un état inflammatoire plus ou moins >rononcé des organes de la digestion, ne peut être combattu que par l’administration abondante des breuvages adoucissans et mucilagineux; mais il est assez difficile d'obtenir la guérison de cette maladie, et le parti le plus sage est de faire le sacrifice de la bête, si l’on peut retirer un parti convenable de ses dépouilles. ; b. Tyrmpanite des solipèdes. Elle se déve-
PATHOLOGIE SPÉCIALE
loppe plus particulièrement sur les chevaux, el reconnait pour causes principales la nourriture avec des légumineuses en vert, et les indigestions de graines de pois, de vesces, de féverolles, de son, etc. Le premier symptôme consiste dans le gonflement du ventre et le soulèvement des flancs ; l'animal éprouve des coliques, se couche. se relève et se tourmente. La têteest basse, les yeux sont mornes, larespiration est difficile, les ailes du nez sont soulevées convulsivement, le pouls s’efface et devient imperceptible; bientôt l’accablement est à son comble, des sueurs froides coulent de la tête, de la poitrine et du ventre, l’animal se laisse tomber et périt dans les convulsions. — Quand la météorisation n’est pas très-forte, on parvient quelquefois à la calmer par l’administration de quelques breuvages stimulans, aromatiques, ou éthérés, ou bien composés avec l’alcali volatil ou l’eau de javelle. (Foyez plus haut le traitement de la tympanite aiguë simple des ruminans). On emploie en même temps le bouchonnement et la promenade au pas. Mais quandles symptômes sont intenses, ces moyens sont sans pouvoir et doivent être remplacés par des breuvages mucilagineux, des frictions d’essence de térébenthine sur les membres, e
même la saignée s’il y a des signes d’une violente inflammation de l’intestin. La ponction du cœcum (au milieu du flanc droit) est trèsrarement suivie de succès. Malgré tout ce que l’on peut faire, la tympanite aiguë des solipèdes occasionne très-souvent la mort.
$ IX. — Maladies vermineuses du tube digestif.
On donne le nom de vers intestinaux à des animaux qui se développent dans l’intérieur du canal digestif, sous l'influence des lois de la vie, et de certaines conditions de faiblesse ou de maladie de la partie dans laquelle ils prennent naissance. Une fois formés, soit spontanément, soit par l’évolution naturelle de germes apportés dans l’intérieur du corps, ils paraissent pouvoir se multiplier par la voie de la génération, et se perpétuer tant que les circonstances favorables à leur procréation existent.
Les vers existent quelquefois en grande quantité dans le tube digestif, sans qu'aucun accident ne signale leur présence; d’autres fois ils irritent ce canal et donnent lieu à tous les signes d’une inflammation, ordinairement chronique, de la membrane muqueuse gastro-intestinale; appétit variable, langue chargée, coliques plus ou moins vives, gargouillemens, diarrhée, dilatation des pupilles, démangeaison du bout du nez et de l’anus que les animaux frottent contre les corps extérieurs; quelquefois ces animaux sont atlaqués d’épilepsie. Tous ces symptômes peuvent seulement mettre sur la voie du diagnostic de la maladie; mais ces doutes ne peuvent être levés que lorsqu'on a vu des débris de vers dans les excrémens.
Le traitement des maladies vermineuses consiste dans l’administration des substances anthelmintiques (n° 80, 81, 82, 83 et 84); mais il est toujours bon de continuer l’usage de ces remèdes pendant un temps assez long, et de faire suivre leur emploi de l'administration
d’un purgatif, afin de provoquer l’expulsion des vers qui n'auraient été qu'engourdis par l’action des médicaments vermifuges. 11 s’Agit ensuite de remédier à l’état général de faiblesse qui a présidé ou accompagné le développement des vers; l’on y parvient par l'administration des toniques (n°° 26, 27, 29).
$ X. — Coliques.
Le mot colique, dans le langage usuel, sert à désigner d’une manière collective toutes les douleurs abdominales portant les animaux à se tourmenter et à se livrer à des mouvemens quelquelois désordonnés. Mais la souffrance reconnaît elle-même une foule de causes; ainsi tantôt c’est une inflammation d'une portion ou de la totalité de la membrane muqueuse du tube digestif (gastrite, entérite, gastro-entérite) qui occasionne les coliques; tantôt celles-ci proviennent d’une indigestion ou d’une tympanite, ou d’un état inflammatoire de la membrane séreuse de l'abdomen (péritonite); tantôt enfin, c’est une inflammation du tissu des reins (néphrite) ou de la vessie (cystite) qui y donne lieu. Le mot co/ique indique donc seulement un groupe de symptômes, un état d'anxiété, de souffrance, mais ne fait rien préjuger de la maladie qui en est le point de départ. Une colique ayant lieu, avant de procéder à son traitement, la Pientre chose à faire est donc de rechercher affection qui l’occasionne, et il n’y a qu'un praticien expérimenté qui puissele faire, Toutes les maladies qui déterminent des mouvemens de coliques étant décrites à d’autres paragraphes, je ne dois pas en parler ici. (Voyez Entérite, Gastro-entérite, Indigestion, Tympanite, Péritonite, Néphrite, Cystite, Entérite suraiguë du cheval.)