‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 263 sur 467 · C. Maladies des orsanes de la respiration · texte numérisé non relu

C. Maladies des orsanes de la respiration

$ L*.— Coryza (rhume de cerveau, rhinite).

C’est ainsi que l’on nomme la maladie qui consiste dans l’inflammation de la membrane muqueuse du nez (membrane pituitaire ); on l’appelait autrefois morfondure et enchifrènement. Le coryza peut attaquer tous les animaux domestiques; mais c’est le cheval qui y est le plus exposé; cependant on a encore assez souvent l’occasion de le remarquer sur les bêtes à laine et les bêtes à cornes; il est presque toujours occasionné par un refroidissement.

a. Le coryza des chevaux se présente avec les symptômes suivans : l'animal s’ébroue; la membrane pituitaire est d’abord sèche, chaude, rouge; bientôt elle fournit un produit liquide, d’abord aqueux, limpide et tonibant par gouttes, puis plus consistant, filant et visqueux; souvent les ganglions de l’auge s’engorgent. Ces symptômes sont rarement accompagnés de fièvre, et ne durent guère au delà de dix à douze jours.— Le traitement de cette maladie est simple, et consiste à placer les animaux dans une température douce, à faire de fréquens bouchonnemens, à couvrir le corps avec de bonnes couvertures, à diriger des vapeurs d’eau bouillante dans le nez, et enfin à avoir recours à la saignée et à la

ANIMAUX DOMESTIQ

UES : PATHOLOGIE. LAIV. Eft.

diète s’il survient de la fièvre. Quelquefois ces moyens font bien disparaitre l’inflammation, mais ne font pas tarir l'écoulement qui a lieu par les NaseaUx ; la persistance de ce Jetage, qui caractérise le coryza chronique, fait souvent prendre le change et supposer l'existence de ia morve. Un habile vétérinaire peut seul, dans un grand nombre de cas, reconnaitre ces deux maladies et établir les différences qui les distinguent. Le coryza chronique est souvent difficile à guérir ; cependant les fumigations aromatiques faites avec des baies de genièvre que l’on brûle sur des pelles rougies au feu, et dont on dirige la vapeur dans les cavités nasales, l'application de deux sétons à la partie supérieure du cou, comptent beaucoup de succès.

Le coryza du cheval prend quelquefois le caractère gangréneux ; dans ce cas, la maladie reçoit le nom de mal de téte de contagion.

C’est une maladie caractérisée par l’engorgement gangréneux de Ja membrane du nez, la tuméfaction des lèvres, de différens points de la tête, du fourreau, la grande difficulté de la respiration. Cette affection, presque toujours mortelle, fait souvent périr l'animal en moins de deux jours.

b. Le coryza des bêtes à laine, rhume des moutons, est ordinairement occasionné par les pluies, les orages, la fraicheur des nuits, l’action de la poussière des chemins. Les animaux qui en sont atteints s’ébrouent, respirent difficilement; leurs narines donnent écoulement à une matière d’abord muqueuse et transparente, puis plus épaisse et souvent parsemée .de stries de saug. Cette matière s'attache au pourtour des ouvertures du nez et les obstrue souvent. Cette maladie, qui influe rarement d’une manière fâcheuse sur la santé des animaux, se dissipe d’elle-même au bout de quelques jours.

c. Le coryzu aigu des bétes à cornes, casque, offre les sympômes suivans : cessation de l’appétil et de la rumination, sécheresse du mufle et de la peau, respiration bruyante; engorgement et coloration violette de la membrane du nez, qui ne tarde pas à se couvrir de chancres et à donner écoulement à une matière visqueuse sanguinolente; boursouflement des yeux et perte de la vue; flancs retroussés, sensibilité de l’épine et marche chancelante; amas de pus dans les cornes. Les symptômes augmentent rapidement, l’inflammation gagne les enveloppes du cerveau et donne lieu à des signes de fureur ou de vertige; les chancres du nez s'étendent dans ia bouche et rendent l’action d'avaler très-difficile; enfin l'animal meurt ordinairement le cinquième jour. Le seul traitement qui puisse réussir contre cette maladie, qui a été beaucoup étudiée par MM. Cruzel et Laborde, consiste dans l'emploi de vigoureuses saignées au début (deux saignées par jour, de 8 livres chaque; les renouveler pendant deux à trois Jours); dans l’application de deux sétons à la partie supérieure du cou, d’un séton au fanon et de plusieurs cautères faits avec l’ellébore noir et introduits sous la peau des reins (retirer ces cautères au bout de vingt-quatre heures ); il est en même temps essentiel de faire des injections d’eau de mauve et des fumigations d’eau bouillante dans le nez, d'appliquer sur

CHAP. à.

la tête un épais cataplasme de mauve et de farine de lin, de laver plusieurs fois par Jour le nez, le mufle et les yeux avec de l’eau de mauve, d’adminisirer tous les jours plusieurs lavemens d’eau de son, de mettre l'animal à la diète et à l’eau blanche, et de le séparer des autres. Ordinairement, vers le quatrième Jour, l'animal, s’il doit guérir, est hurs de danger. Si, malgré ce traitement, on arrive au quatrième jour sans avoir arrêté les progrès de la maladie, l’animal peut être considéré comme perau.

SII.—Angine laryngée (étranguillon, mal de gorge, esquinancie interne).

C’est l’inflammation de la membrane muqueuse du larynx. Cette maladie, ordinairement occasionnée par les refroidissemens, est caractérisée par la difficulté de la respiration qui s'exécute avec bruit, la dilatation des naseaux, la gène que les animaux éprouvent à faire mouvoir la tête sur le cou, la tuméfaction de la gorge, la douleur que l'animal éprouve lorsqu'on explore cette partie, le bruit que l’on y entend lorsqu'on y applique l'oreille. Si la maladie augmente, 1l se développe une fièvre plus ou moins forte, et il ya pour l’animal danger de suffocation. — Les bétes à laine atteintes de cette maladie s’é-

brouent fréquemment, et présentent souvent

un écoulement nasal.—ZLes chiens y sont assez sujets ; quand ils en sont attaqués, le vulgaire suppose qu'ils ont un corps étranger dans le gosier ; ils aboient d’une manière pariticulière, Liennent la bouche ouverte sans pouvoir la fermer complétement, et témoignent de l’horreur pour les liquides; aussi désignet-on cette affection sous le nom de rage-mue. — 1l y a une variété de l’angine laryngée qui se termine rapidement par la gangrène de la gorge, et qui entraine en peu de temps la mort des animaux qui en sont attaqués. Cette variété, qui a quelquefois régné d'une manière épizootique, a été désignée sous le nom d’esquinancie gangréneuse.

Le traitementde l’angine laryngée simple est en tout semblable à celui de l'angine pharyngée (voyez plus haut); seulement, lorsqu'il y a danger de suffocation, il devient nécessaire de procurer pour quelques jours un passage artificiel à l'air au moyen d’une ouverture

ratiquée à la trachée-artère dans le milieu de la région du cou (voyez Trachéotomie).

Quant à la rage-mue des chiens et à l’esquinancie gangréneuse, ce sont des affections presque toujours mortelles et dont le traitement ne doit pas trouver place ici.

$ II. —Catarrhe pulmonaire (bronchite, rhume de poitrine, morfondure).

On appelle ainsi l’inflammation de la membrane muqueuse des bronches, maladie qui peut être occasionnée par le passage subit du chaud au froid, l'impression d'une boisson froide, les animaux étant en sueur, etc.— Les symptômes de cette affection sont la gêne et la difficulté de la respiration, une toux plus ou moins forte, sèche et fréquente au début, puis moins fréquente et plus grasse; l’écoulement par le nez d’une matière filante, blan-

PATHOLOGIE SPÉCIALE

châtre, presque transparente d’abord, et qui, peu à peu, devient plus visqueuse, épaisse, opaque, et finit par prendre une teinte jaupâtre. Si la maladie est forte, il se développe de la fièvre. A ces différens signes s’en joignent d’autres tirés de l’auscultation de la poitrine, c’est-à-dire de l'étude des bruits que l'air, dans ses mouvemens d’entrée et de sortie, produit en parcourant les conduits aériens des poumons ; c’est en appliquant l'oreille successivement sur les différens points de la paroi extérieure de la poitrine, que l’on peut apprécier la nature de ces bruits. On donne le nom de bruit respiratoire pulmonaire à celui qui se fait naturellement entendre dans l'etat de santé; il est difficile de le caractériser par des paroles, mais il suffit de l’avoir entendu une fois sur un cheval jeune et vigoureux pour s’en faire une excellente idée et ne jamais l’oublier. Dans le cas de catarrhe pulmonaire, les bronches se trouvant en partie obstruées par d’abondantes mucosités, l’air ne peut circuler que sous forme de bulles, qui. en surmontant l’obstacle que lui opposent ces mucosités, produit une sorte de bruit de glou-glou que l’on désigne sous le nom de râle muqueux. I y a donc du r4le muqueux dans les points où l’air peut passer ; en même temps il y a absence du bruit respiratoire dans les endroits où il ya obstacle complet au passage de l'air. — La bronchite est une maladie généralement peu grave, et qui cède ordinairement en quinze ou vingt jours à un traitement simple.

Traitement. — Tenir l’animal chaudement, à une demi-diète et aux barbottages ; lui faire prendre tous les matins un électuaire adoucissant (n° 2); saigner l'animal au cou s’il survient de la fièvre, et réitérer la saignée jusqu’à ce que les signes de l'inflammation aient disparu; puis passer un ou deux sétons au poitrail, les tenir bien propres et les panser tous les matins avec de l'onguent basilicum. Sur la fin du traitement, remplacer l’électuaire adoucissant par un électuaire tonique (n° 29); et enfin, terminer par l’administration des antimoniaux (n° 72, 73 et 74), lorsqu'on voit la toux conlinuer et la poitrine rester embarrassée après la disparition complète de l'inflammation, telles sont les règles à suivre dans le traitement du catarrhe pulmonaire.

$ IV.— Fluxion de poitrine ( pneumonie, péripreumonte).

On nomme ainsi l’inflammation du tissu du poumon, malodie grave, dont les causes sont analogues à celles de la maladie précédente. Elle peut être aiguë où chronique. La première est caractérisée par les symptômes suivans : au début, il y a tristesse, naseaux dilatés, frissons quelquefois suivis de chaleur, pouls grand et fort, respiration plus ou moins accélérée, mouvemens des flancs grands et ré guliers. Si la maladie est étendue aux deux poumons, en appuyant l'oreille sur la partie du corps qui y correspond, on entend à peine le bruit de la respiration ; si elle est bornée à un seul poumon, ce bruit est plus fort dans le poumon sain. Si la maladie n’est pas arrêtée dans sa marche par une saignée, la tris-

| tesse devient plus grande, les muqueuses ap-

parentes, celles du nez surtout, deviennent rouges ; l'air expiré est chaud, la toux sèche et fréquente; les parties de la poitrine qui correspondent aux endroits enflammés rendent un son mat lorsqu'on les percute; le bruit respiratoire est remplacé par un bruit particulier appelé réle crépitant ; bruit qui a beaucoup d’analogie avec celui que produit le sel de cuisine, lorsqu'on le fait décrépiter en le jetant sur des charbons ardens.Après quelques jours, la maladie marche vers une terminaison quelconque : tantôt la gaieté reparaît, le pouls devient plus souple, les flancs sont moins agités, le râle crépitant cesse de se faire entendre, et est remplacé par le bruit respiratoire ordinaire : c’est la résolution; tantôt la maladie parait rester stationnaire, il y a absence du bruïl respiratoire et matité complète à la percussion de la poitrine; le pouls est petit et serré, la peau est sèche, l'animal ne se couche pas, la convalescence est trèslongue, et l’irrégularité des flancs persiste quelquefois longtemps; c’est l’irxduration où l’Aépatisation ; tantôt, enfin, la maladie fait des progrès rapides, les muqueuses pâlissent, l’air expiré a une odeur fétide, les naseaux donnent écoulement à une matière grisâtre ou

roussâtre d’une odeur souvent insupportable; |

c'est la gangrene, dont la mort est la suite certaine.

Traitement.— La saignée générale est le moyen le plus puissant à opposer à cette maladie ; elle doit être faite largement, répétée tant que la gêne de la respiration et la plénitude du pouls ne diminuent pas d’une manière sensible, et à des intervalles assez rapprochés pour ne pas donner le temps à l’inflarmmation de reprendre sa force. Des boissons émollientes (n° 4), des électuaires adoucissans tous les matins (n° 2), une température douce, la diète sévère et ie repos absolu doivent être ajoutés aux moyens précédens. Quand la première inflammation est passée, on applique des sétons au poitrail. Si la maladie prend une tournure fàcheuse, on a recours aux sinapismes et aux vésicatoires sous le poitrine.

La pneumonie chronique est peu commune chez les animaux, excepté chez les vaches.

Cette affection, considérée chez ces derniers animaux, a reçu les noms de pommeliere et de phthisie calcaire; je m’en occuperai en

rlant des maladies particulières aux bêtes à cornes.

La péripneumonie gangrénewse est une maladie très-grave qui règne quelquefois d’une manière ép:zootique sur les grands animaux domestiques, et principalement sur les bêtes à cornes. Cette redoutable affection exige un traitement préservatif, et des soins qui varient souvent avec les localités, et qui ne peuvent être prescrits que par des hommes de l’art; son histoire serait donc déplacée ici.

$ V. — Asphyxie.

On donne le nom d’asphyxie à la mort apparente occasionnée par la suspension de la respiration, entrainant avec elle l'arrêt de la circulation du sang, et la cessation de l’action du cerveau.—Les causes qui la produisent peuvent se ranger dans deux séries : 1° le défaut

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