‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 267 sur 467 · LIV: IIL · texte numérisé non relu

LIV: IIL

de manière à porter la tête en tous sens, et à la précipiter à coups redoublés contre terre. Il y a en même temps grincement de dents, bave écumeuse, dilatation des naseaux; les membres sont roides et en proie à de violentes convulsions; la respiration est très-accélérée' et se fait par saccades ; l'animal est insensible à l’action de la lumière, des coups, des blessures, et le pouls est dur, fréquent et quelquefois irrégulier. Ces attaques durent trois à quatre minutes, quelquefois davantage; puis les convulsions diminuent, le calme renait, l’animal se relève, paraît stupide, étonné, lourd et fatigué; mais après quelques instans ilse secoue, reprend son état habituel, et cherche à manger comme de coutume. — Chez le chien, le bœuf, la bête à laine, le porc, les symptômes de l’épilepsie sont, à peu de chose près, semblables à ceux que je viens de décrire, Les attaques reviennent à des époques indéterminées; ordinairement elles s’éloignent d’un mois, six semaines au plus ; quelquefois, cependant, elles se font remarquer tous les jours et même plusieurs fois par jour; mais dans ce cas l’épilepsie est aiguë et promptement mortelle. Volpi cite un cheval qui en offrait l'exemple deux ou trois fois en vingtquatre heures; M. le professeur Delafond a eu occasion d’observer l’épilepsie à l’état aigu sur l'espèce du porc : un de ces animaux offrait jusqu’à cinq ou six accès par heure.

Quel est le traitement à opposer à l’épilepsie? Je serais fort embarrassé pour le dire.Lorsqu'on peut parvenir à connaître la cause de cette affection, il est possible, en faisant disparaître cette cause, d’espérer la disparition de l'effet : c’est ainsi que l’épilepsie qui est occasionnée chez les chiens par la présence de vers dans le canal intestinal, peut être guérie par l’administration des vermifuges. Mais comme le plus souvent la cause est inconnue, o2 est réduit à errer dans le vague et à agir au hasard. On a conseillé l'usage de l’opium, de la valériane, de la digitale pourprée, de l’éther, de l'extrait de narcisse des prés, etc.; mais il faut le dire, les quelques succès qui ont été obtenus sont plutôt dus au hasard qu'aux méthodes qui ont été successivement préconisées. En résumé, l’épilepsie doit être considérée comme incurable.

$ II. — Tétanos (mal de Cerf.)

Cette maladie consiste dansune contraction permanente, et tout à fait indépendante de la volonté de l'animal, des muscles en général, et plus particulièrement des muscles extenseurs; cette maladie, qui se montre plus particulièrement sur les solipèdes et les agneaux, peut affecter tous les muscles du corps, ou seulement une ou plusieurs régions; suivant les parties qu’elle occupe, elle a recu différens noms empruntés à la médecine de l’homme :

ainsi on l’a nommée trismus, quand elle se borne aux mâchoires; opisthotonos,lorsqu’elle réside dans les muscles du cou et des membres antérieurs; pleurosthotonos. lorsqu’elle n’intéresse qu’un seul côté, etc. Mais la maladie se borne très-rarement à la partie primitiyement attaquée; elle commence ordinaire-

ment par les mächoires ei le cou, et ne tarde pas à devenir générale, — Les causes du télanos sont nombreuses et variées ; la castration, surtout quand elle est faite à testicules couverts, est une des plus fréquentes. Les grandes plaies, et principalement les plaies contuses et déchirées, l’exposition aux vents frais, aux pluies, aux orages; l’immersion dans une eau très-froide lorsque les animaux ont chaud; les blessures des nerfs, leur ligature à la suite d’une opération; les clous de rue pénétrans, les fractures, avec dilacération considérable des parties molles, etc.,en sont les principales.

Symptônies. Le tétanos commence ordinairement par la roideur du cou et par la difficulté du monvement des mâchoires; bientôt les muscles de Ja tête deviennent tendus, et les mâchoires se serrent tellement l’une contre l’autre qu’il est souvent impossible de les séparer; alors l’animal est dans l'impossibilité de prendre aucune nourriture; il a la pupille dilatée, l’œil fixe et fréquemment recouvert par la troisième paupière (corps clignotant); puis le cou se roidit de plus en plus, les oreilles deviennent roides et immobiles, la tête est plus étendue sur le cou que dans l’état ordinaire, la respiration devient de plus en plus laborieuse ; enfin tous les muscles se prennent, la roideur devient générale, et la marche trèsdifficile. L'animal ne peut se coucher; s’il se remue, c’est tout d’une pièce ; et encore pour se déplacer, il ne fléchit pas les articulations, mais il porte ses membres d’abord en dehors, puis en avant. La maladie continuant à faire des progrès, le sujet s’affaiblit; il finit par tomber comme une masse, et les membres tellemerit roides que, lorsque l'animal est à terre, ceux qui se trouvent en dessus ne touchent pas le sol. Vers l'approche des derniers momens, le pouls devient petit, fréquent, irrégulier, intermittent ; des sueurs froides et co-

ieuses se manifestent, et la mort ne tarde pas à arriver.

Traitement.Un grand nombre de moyensont été proposés contre cette maladie ; les saignées, les bains tièdes pour les petits animaux, les affusions tièdes et les fumigations d’eau bouillante sous le ventre, le corps étant au préalable entièrement recouvert d’une ample couverture; les médicamens antispasmodiques les plus énergiques; les sudorifiques, les narcotiques et principalement l’opium ; les purgatifs, les vésicatoires sur les reins, aux fesses ; les lavemensirritans, etc., ont été tour à tour employés, et il faut le dire, presque toujours sans succès. Le tétanos est une de ces cruelles maladies qui font le désespoir des gens de l’art, et dont la terminaison, quoi que l'on fasse, est presque toujours mortelle; et il y à souvent pour cela une bonne raison :

c’est que les màchoires sont tellement serrées, qu'il est impossible de faire avaler le moindre remède à l’animal malade. Cependant, lorsque le trismus n’est pas complet, je pense que les purgatifs minoratifs (n°° 41, 45), les petites saignées répélées avec modéralion, les vésicatoires aux fesses peuvent avoir de bons effets. Mais une attention qu’il ne faut pas oublier, c’est de faire tous ses efforts pour rechercher la cause de la maladie, et de soustraire, s’il est possible, l'animal à son influence,

PATHOLOGIE SPÉCIALE

$ HI. — Crampe.

C’est une contraction involontaire,de courte durée, survenant tout à coup, et accompagnée d'une sorte d’engourdissement douloureux de la partie qui en est le siége. La crampe se fait sentir plus particulièrement au Jarret du cheval ; elle survient surtout le maün, lorsque l'animal qui y est sujet sort de l'écurie, êt la roideur qu’elle oceasionne est quelquelois si grande que l’animal ne peut fléchir la jambe. La crampe disparaît ordinairement lorsque le cheval a fait quelques pas: mais elle dure quelquefois au delà d’un quart d'heure. Pour en abréger la force et la durée, on a recours avec succès à de fortes frictions sèches sur le membre qui en est atiaqué.

$ IV. — Convulsion.

On donne ce nom à toit mouvement désordonné, indépendant de la volonté de l'animal, et se reproduisant à de courts intervalles, ainsi qu'aux secousses ou contractions violentes et involontaires d’un plus cu moins grand nombre de muscles. Les convulsions se remarquent plus particulièrement sur le cheval, le chien et le cochon; elles ne constituent pas des maladies particulières, mais bien des symptômes qui se font remarquer dans le cours de certaines affections, telles que Vépilepsie, les maladies vermineuses, les irritations gastro-intestinales, etc. C’est donc la maladie qui cause les convulsions qu'il faut rechercher et traiter; cependant on seconde quelquefois avantageusement le traitement principal, à l'égard des petits animaux surtout, par les bains tièdes, les antispasmodiques (éther, eau de fleur d’oranger), les narcotiques (opium et ses composés), l’ammoniaque liquide, etc.

K V. —kRage.

La rage est une maladie nerveuse qui peut attaquer tous les animaux domestiques, mais quise montre plus fréquemment sur les chiens que sur les autres animaux; elle a pour caractère principal l’enviequ’ontles malades de faire usagé de leurs armes offensives. Ainsi les carnivores et la plupart des autres animaux enragés mordent,et en outre le cheval attaque des pieds, le bœuf frappe des cornes, le mouton et la chèvre donnent des coups de tête, etc.

A ces symptômes se joint l’horreur que les animaux éprouvent pour les corps polis et brillans, et principalement pour l’eau.— La rage peut se développer spontanément sur le chien, le loup, le renard, le chat et la plupart des carnivores (rage spontanée); une fois qu’elle est développée chez ces animaux, ceuxci peuvent, par leurs morsures, la transmettre aux ânimaux de la même espèce, aux carnivores, aux herbivores, à l’homme, etc. (rage communiquée), au moyen d'un virus Qui, selon quelques auteurs, réside dans la salive, et selon d’autres, dans le liquide que renfermeraient des pustules qui se développent, dit-on, à la face inférieure de la langue (lysses). Nous ne possédons pas encore de preuves bien constatées de la communication de cette ma=

ladie des herbivores aux autres animaux.

Quelle que soit la nature du virus de la rage, il n’a besoin que d'être inséré sous l’épiderme, pour produire son action ; cependant on peut en annuler l’effet en le détruisant ; lorsqu'il est déposé sur les plaies qui donnent écoulement à du sang, celui-ci peut entrainer le virus et l’'empécher d'agir.

Les causes de la rage spontanée sont encore ignorées Ou peu connues; ce n’est pas qu'on n’en ait signalé plusieurs, en attribuant le développement de cette maladie à un excès de chaleur ou de froïd, au manque de nourriture, aux alimens putréfiés, à la soif prolongée, au défaut de sueur chez les chiens, à la colère, au besoin du coit, etc. Mais aucune de ces causes ne supporte un examen approfondi. La rage spontanée se remarque dans toutes les saisons, et plus particulièrement pendant les mois de mars etavril sur les loups, et pendant ceux de mai et de septembre sur les chiens. Lorsqu'un animal a été mordu par une bête enragée, la plaie se cicatrise comme une plaie simple; mais au bout de 20, 30 ou 40 jours, quelquefois moins et quelquefois plus, les symptômes de la rage se déclarent; dans quelques cas la plaie s'ouvre avant le développement de la rage, et détermine une démangeaison locale qui excite les animaux à se frotter contre les corps environnans. *

Symptômes. Ils varient suivant l'espèce d’animal.— Le chier enragé est d’abord triste et abattu ; il reste tapi dans un coin, grogne souvent sans causes apparentes; le plus souvent il refuse de manger et de boire. Le mal faisant des progrès, l'agitation de l'animal s'accroît, ses yeux s’enflamment, son regard est menaçant; il erre çà et là, les oreilles basses et la queue trainante, la bouche écumeuse et la langue pendante; c’est alors qu’il se Jette sur les hommes et sur les animaux qui se trouvent sur son passage ; il les mord ea courant et sans s'arrêter. Il en est qui perdent la voix et qui ne font entendre ni cris niaboiemens; d'autres sont fortement enroués et poussent des hurlemens ; presque tous éprouvent des convulsions à l'aspect de l’eau et des corps polis, sur lesquels ils se jettent avec fureur pour les mordre;ils mordent de même tout ce qu’ils peuvent atteindre, et lâchent prise presqu'aussitôt pour recommencer de nouveau. Le premier accès de rage dure peu de temps; il est ordinairement Jéger et suivi d'un peu de calme que l'animal conserve jusqu’à ce qu’il survienne un nouvel accès. Pendant les instans de calme qui séparent les accès, le chien enragé est triste, abattu; il a le dos courbé en contre-haut, le poil hérissé, la tête basse ; enfin il survient un second, puis un troisième accès; les forces s'épuisent, et l’animal meurt dans les convulsions, du 2° au 9jour. Il est à remarquer que les chiens affectés de rage inspirent une telle horreur et une telle frayeur aux autres, que.les plus petits de ces animaux se jettent sur les plus gros, Sans que ceux-ci cherchent à se défendre. — Le cheval devenu enragé par suite de la morsure d'un carnivore atteint de rage, est d’abord triste et abattu: lorsque l’accès survient, l’animal frappe du pied, hennit, rue, secoue la tête et se livre à des mouvemens désordonnés;

ETV. II

il a, dans quelques cas, des envies de mordre, se mord lui-même et bave beaucoup; quelquefois aussi il a horreur de l’eau, et se 1ette avec fureur sur ce liquide. Sur la fin de la maladie, il n’est pas rare de voir survenir une paralysie du train de derrière ; enfin ja mort vient mettre un terme aux souffrances.— Le bœuf pousse des beuglemens plaintifs, cherche à frapper de ses cornes et à se jeter sur les animaux et les personnes qu'il rencontre ; il a des mouvemens désordonnés , il cherche rarement à mordre. Vers le 2° ou le 3° jour les bœufs enragés urinent beaucoup et goutte à goutte; ils sont très-excités à l’accouplement, et cherchent à monter sur les autres; vers le 4° jour ils restent couchés, et le train de derrière se paralyse : dès lors la bouche devient écumeuse. Il est bien rare que ces animaux aient horreur de l’eau: presque tous, au contraire, boivent beaucoup. La mort survient vers le 9° jour.— Chez lés bétes à laine ja rage se reconnaît à la démarche chancelante, à la paralysie plusou moins'complète des membres postérieurs, à la tristesse, et a l'excitation vénérienne qui porte le mouton euragé à tourmenter le troupeau en montant sur les bêtes qui l'entourent ; les symptômes de fureur se manifestent par une fréquente envie de se battre à coups de tête, mais non par ün besoin de mordre. —-- Chez les porcs les symptômes de la rage ont un peu d’analogie avec ceux du chien.

Traitement préservatif. Lorsqu'un animal a été mordu par un carnivore enragé , il faut se hâter de cautériser les plaies, afin de détruirele virnsrabique avant qu'il soit absorbé; on pratique cette cautérisation soit avec le feu, soit avec les caustiques, tels que les acides minéraux concentrés, la pierre à cautère, la pierre infernale, et surtout avec le beurre d’antimoine, qui de tous les caustiques est celui qui doit être préféré dans le cas dont'il s’agit. Mais avant de procéder à la cautérisation, il est bon de laver la plaie avec de l’eau fraiche; une fois la plaie cautérisée, il faut la faire suppurer pendant un mois ou six semaines à l’aide d’un onguent irritant. Tous les autres moyens préconisés en pareil cas ne méritent aucune confiance. Si l'animal qui a été mordu est de peu de valeur, le plus prudent est d’en faire le sacrifice; dans le cas contraire, on peut essayer de cautériser la plaie, mais en usant des moyens d'isolement convenables, jusqu’à ce que l’on soit assez éloigné de l’époque de l'accident pour n'avoir plus à redouter le développement de cette terrible maladie ; deux mois de surveillance sont nécessaires, et encore n’a-t-on pas la certitude que la rage ne se déclarera pas après cette époque. — La rage déclarée est incurable, et inévitablement mortelle.

$ VI. — Apoplexie (coup de sang ):

Je place ici l’apoplexie, bien que dans cette maladie le système nerveux ne soit pas primitivement malade : mais je n’ai pas la prétention de donner une classification exacte.

Cette maladie, assez rare chez les animaux, est caractérisée par la diminution ou la perte de la sensibilité et des mouvemens volontaires, par un état de stupeur, la lenteur des inspi-

CRAP. 5.

rations et la rareté du pouls. De tous les ani- | inaux demestiques, c'est le cheval qui y est: ie plus exposé; cette affection attaque de préférence les jeunes animaux, surtout ceux qui sont vigoureux, ardens, d’un tempérament sanguin, el fortement nourris. L’apoplexie est due à un épanchement de sang ou de sérosité dans le cerveau : de là sa division en sanguine et en séreuse ; On lui a encore donné les noms de faible, forte et foudroyante suivant que l’épanchement est plus ou moins abondant, et que les symptômes sont plus ou moins graves. Les causes de l’apoplexie sont les accès de fureur, les coups sur la tête, l'exposition longtemps prolongée au soleil, surtout lorsque les animaux doivent y travailler ; l'usage des alimens excilans ou indigestes pris en trop grande quantité, les indigestions, l'habitation dans des logemens trop chauds, l’omission des saignées annuelles lorsque les animaux y sont habitués ; les travaux forcés, surtout au trait; quelquefois un repas trop long accompagné d’une nourriture substantielle; un harnais mal ajusté, comprimant le bas du cou, et s’opposant au retour du sang de la tête, etc.

Symptômes. L'apoplexie se manifeste le plus souvent d’une manière subite ; elle frappe alors les animaux comme un coup de foudre : ceux-ci tombent et offrent de la stupeur, de l’engourdissement, la fixité et l'insensibilité dans les yeux, l’immobilité des paupières, la dilatation des pupilles, la rougeur des membranes muqueuses apparentes.

Les naseaux sont très-ouverts, la respiration est courte, lente ; le pouls est large et rare; enfin il y a immobilité plus ou moins complète, interrompue parfois par quelques mouvemens convulsifs : la mort ne tarde pas à venir mettre fin à cet état. Lorsque les animaux pe meurent pas, la paralysie et l’immobilité : peuvent succéder à l’apoplexie.

Traitement. I doit être.administré promptement. Il faut d’abord placer l’animal malade dans un lieu frais, lui faire sur la tête d’abondantes lotions d’eau très-froide, ou des douches d’eau légèrement vinaigrée; lui faire | respirer des vapeurs de vinaigre, et lui frictionner fortement les extrémités avec de l'essence de térébenthine. Lorsque l’on a obtenu du mieux, il faut avoir recours aux émissions sanguines, et surlout aux saignées du plat de la cuisse. Je n'ose pas trop insister sur l’urgence des saignées, car j'ai vu ce moyen être trop souvent suivi d'insuccès, tan- | dis que j'ai guéri el va guérir piusieurs che- | vaux atteints de coups de sang, par le seul | emploi des douches d'eau froide sur le crâne, des vapeurs acides dans les naseaux, et des frictions révulsives sur les extrémités.

$ VIL — Paralysie.

. Diminution ou abolition de la contractilité des muscles d'une ou plusieurs parties du corps, avec où sans lésion de la sensibi-

lité; et par suite, diminution ou abolition |

complète de la faculté de mouvoir ces parties. Lorsque la paralysie est bornée au train de derriere, elle reçoit le nom de paraplégie. Ces maladies sont trop rares chez les animaux, et trop peu connues pour que je les décrive ici.

AGR

PATHOLOGIE SPÉCIALE

H. Maladies des yeux.

$ 1°,—Ophthalmie ( fluxion des yeux ).

On nomme ainsi l’inflammation des yeux, considérée d’une manière générale. Cette maladie offre plusieurs variétés qui sont relatives à son siége, à sa nature et à ses complications. Lorsque l’inflammation est bornée à la conjonctive (membrane qui tapisse les paupières et la face antérieure du globe de l'œil), on la désigne sous le nom d'ophthalmie externe et de conjonctivite; quand elle se propage aux parties coustituantes du globe oculaire, l'ophthalmie porte le nom d’irterne, enfin cette inaladie, généralement aig@ë dans le principe, peut persister après la disparition des symptômes inflammatoires, et devenir chronique. Examinons succes:',ement ces trois variétés.

a. Ophthalmie aiguë externe, conjonctivile.

Elle peut être produite par toutes les causes susceptibles d'exercer une action irritante sur la conjonctive; tels sont : les corps étrangers introduits entre les paupières et le globe, comme la poussière, les grains de sable, les moucherons, les brins de fourrage et d’or:

dure qui tombent desrâteliers, etc.; les coups de fouet, les contusions, le contact subit d'un air très-froid, l'impression d’une vive lumière succédant à l'obscurité; l’action des gaz ammoniacaux qui se dégagent des fumiers, certaines émanations de marais, etc. Elle accompagne un grand nombre de: maladies aiguës dont elle n’est alors qu'un des symptômes.

Cette maladie débute quelquefois par un peu de fièvre ; les paupières se gonflent et se rapprochent lorsque l'œil est exposé à l'action de la lumière; la rougeur vient se joindre à ces symptômes, et des vaisseaux sanguins fins et ramifiés forment un réseau sur la conjonctive; la sécrétion des larmes est d’abord suspendue et la membrane est sèche; mais cette sécrélion ne tarde pas à se rétablir, et alors les larmes coulent en abondance, surchargent

| le bord des paupières, les débordent et cou-

lent au dehors. Si l’ophthalmie est forte et que l'animal soit irritable, il peut survenir de la fièvre reconnaissable à la chaleur de la peau, la fréquence du pouls, la diminution de l'appétit, etc. Au bout de quatre ou cinq jours ces différens symptômes commencent à décroitre; ou bien ils augmentent de force et annoncent une ophthalmie plus grave.*Dans ce dernier cas, la matière des larmes à tant d’âcreté qu'elle excorie superficiellement les parties sur lesquelles elle se répand: en mème temps les yeux s'emplissent de chassie. Parfois la conjonctive se tuméfie tellement qu’elle écarte les paupières, se-prolonge sur la face

| antérieure de l'œil jusqu'à la cornée lucide,

où elle forme un bourrelet circulaire d’une couleur écarlate. La maladie prend d’abord le nom de chémosis, mais ce degré de gravite est assez rare.

Traitement. La première chose à faire est de s'assurer, s'il est possible, de la cause de l'ophthalmie; si elle dépend d’une cause externe, d'un corps étranger introduit entre les paupières et le bulbe de l'œil, il faut

x, II. — 41

s'efforcer de l'enlever, car sans cela tous les , remèdes possibles deviendraient inutiles. Le | plus souvent, lorsque la cause est écartée, uelques lotions d’eau fraiche suffisent pour dissiper le mal; on peut cependantrendre la guérison plus rapide en insullant, plusieurs fois par jour, dans l'œil malade quelques gouttes d'un collyre astringent (n° 39, 40). Si l’ophthalmie est grave et que l’animal paraisse beaucou souffrir, il est nécessaire d’avoir recours à une saignée générale, à une demi-diète et à l'application sur l’œil de compresses imbibées d'un collyre calmaut (n°° 65, 10). Lorsque l'inflammation est diminuée, on passe un séton derrière l'oreille, et on revient aux collyres astringens.

b. Ophthalmie aiguë interne. C’est celle qui intéresse les parties constituantes du globe de l’œil. Elle peut résulter de la violence avec laquelle l’ophthalmie exierne parcourt ses périodes; elle peut encore être occasionnée par des coups violens et autres lésions physiques sur l'œil. La maladie commence constamment par une ophthalmie externe ; mais l'animal parait souffrir davantage de lœil malade, dont la chaleur est très-grande. La suppuration, le trouble des humeurs, des abcès dans les chambres de l'œil, l’opacité deses membranes internes et même la rupture du

lobe, tout est à craindre dans cette maladie; es moindres accidens qui en résultent trop souvent, sont des taches à la cornée lucide (taies, albugo). — Le traitement de cette maladie doit être entièrement antiphlogistique dans le début : ainsi les saignées générales, la diète, l'application de sangsues autour des yeux, l'usage des collyres adoucissans (n°*° 10, 65), l'application sur les yeux de cataplasmes calmans (n° 61), devront former la base de ce traitement, sur lequel il faudra insister tant que les symptômes inflammatoires ne seront pas calmés; puis on fera usage de collyres astringens (n° 39 et 40). On a encore conseillé d’avoir recours aux purgatifs au début de la maladie; ces médicamens en agissant comme révulsifs, peuvent avoir leur utilité.

c. Ophthalmie chronique. Elle succède généralement à l’ophthalmie aiguë et se manifeste surtout sous l'influence du froid humide et des causes d'’irritation peu vives, mais agissant longtemps. Elle siége particulièrement sur la portion de conjonctive qui tapisse les paupières; la douleur qu’elle occasionne est peu intense, et la rougeur qu'elle produit n’est bien sensible qu'au bord des paupières ; du reste la sécrétion des larmes n’est pas considérablement augmentée, l'œil supporte assez facilement la lumière,. mais il est souvent chassieux. La durée de cette maladie est toujours très-longue, et souvent la conjonctive finit par s’épaissir et s’endurcir. Dans le traitement de cette ophthalmie, il faut avoir recours aux collyres astringens (n°° 39, 40), aux sétons derrière l'oreille, aux purgatifs et à un régime foriifiant. Si sous l'influence de ces moyens la maladie ne disparaît pas, on peut faire usage de la pommade anti-ophthalmique de janin, ou de celle de Desault. On introduit, matin et soir, gros comme un pois de l’une de ces pommades entre les paupières et le bulbe de l’æil, et deux ou trois heures après celte opération on lave les yeux avec de l’eau frai-

ANIMAUX DOMESTIQUES : PATHOLOCIE.

LIV üli.

che. M. Leblanc conseille de traiter l’ophthalmie chronique par la cautérisation à Faide d’un large cautère creux ayant la forme de l'œil; on fait rougir ce cautère et on l’approche à une petite distance de l'œil.

$ LL. — Cataracte (dragon ).

Cette maladie consiste dans l’opacité, soit du cristallin, soit de sa capsule, soit de ces deux parties à la fois; opacité qui s’oppose au passage des rayons lumineux et empêche la vision. Le cheval et le chien sont les animaux les plus sujets à cette affection, qui est très-souvent la suite d’ophthalmies répétées. On reconnait la cataracte raissante à un obscurcissement d’abord léger de la vue; cet obscurcissement augmente par degrés jusqu’à cécité complète; dès le principe, l'œil malade présente presque tou- Jours derrière la pupille une tache blanchâtre plus ou moins large; cette tache ne parait d’abord que sous la forme d’un petit nuage dont la circonf#rence peut à peine être aperçue, mais qui devient de plus en plus épais et facile à distinguer; quelquefois le cristallin, quoique obscurci, est encore brillant, plus ordinairement la tache est mate.

Quand la cataracte est bien établie, cette tache offre des couleurs variées où paraît dominer le blanc diversement nuancé de jaunâtre, verdâtre ou bleuâtre. — La médecine ne possède aucun moyen de rendre au cristallin la transparence qu'il a perdue; toutes les pommades, tous les onguens ou collyres qui ont été proposés, ont échoué; en dernier ressort, quelques vetérinaires ont voulu recourir à l'opération qui se pratique à l'égard de l’homme. Mais à part les difficultés de cette opération, difficultés qui sont dues :

1° aux mouvemens de la troisième paupière (membrane clignotante) qui recouvre la face antérieure du globe de l’œil à l'approche des corps étrangers ; 2° à la présence d’un muscle nommé droit postérieur qui n'existe pas chez l’homme, et qui, à la volonté de l’animal, retire le globe au fond de l'orbite; 3° au volume énorme du cristallin; 4° à l'impossibilité de fixer l’œil d'une manière invariable, condition néanmoins indispensable pour que l'opération puisse se faire avec succès; 5° à l’indocilité de l'animal pendant et après l'opération; à part, dis-je, toutes ces difficultés, l'opération dont il s’agit ne peut présenter aucun avantage, lors même que le succès serait aussi complet que possible ; car l'animal opéré n’a pas comme l’homme la ressource des lunettes à verres convexes, destinées à augmenter la réfraction des rayons lumineux, et à suppléer jusqu'à un certain point aux fonctions du cristallin : cette opération ne lui procure donc qu’une vue obscure, mauvaise, qui le ren lui-même ombrageux, effrayé, plus 1incommode et plus dangereux que lorsqu'il n'y voyait pas.

$ II. — Goutte sereine (amaurose).

L'amaurose consiste dans la perte complète ou presque complète de la vue, sans altération appréciable de l’œil ou des diverses parties qui le composent. Elle peut ètre produite par la

ufAbP. 6:

paralysie de la rétine, par celle du nerf optique, ou par l'atrophie de ce nerf,elle dépend aussi quelquefois de certaines affections du cerveau; mais elle n’est alors qu’un des symptômes de ces dernières affections, et elle cesse avec elles. La véritable amaurose naît sous l'influence de l’'ophthalmie chronique, de l’habitation des lieux bas et humides, froids et obscurs, de la mauvaise nourriture, etc. Elle peut être complète ou incomplète : dans le premier cas la pupille est très-dilatée et 1 iris tout à fait immobile lorsqu'on fait passer l’animal de l'obscurité à la lumière, et vice versd; alors celui-ci est tout à fait aveugle, et il offre dans sa marche, ses allares, une incertitude facilement apercevable. Däns le second cas la pupille est très-dilatée, mais l'iris est encore susceptible de quelques mouvemens de dilatation et de resserrement : l’amaurose incomplète est très-difficile à reconnaitre.

On a conseillé de combattre l’amaurose par les sétons derrière l'oreille, les purgatifs, les collyres excitans (n° 24), les vapeurs d’éther ou d’ammoniaque sur les yeux, etc.; mais il faut avouer que ces moyens sont bien rarement suivis de succès, et que le plus souvent l'amaurose est incurable.

SIV.—Taie(albugo, néphélion, nuage de la cornée).

Ces différens noms ont été donnés à un obscurcissement à la cornée transparente (vitre de l’œil) occupant toute l’étendue de cette membrane (albugo), ou seulement un point circonscrit (taie), et dans ces deux cas pouvant être entièrement opaque, ou bien demi-transparent (nuage, néphélion); tous ces cas, qui ne sont que des degrés différens d’une même maladie, peuvent être la suite de l’ophthalmie aiguë ou chronique; mais ils se mani-

festent surtout sous l'influence de coups sur

l'œil. On traite les taies en insufflant dans

lœil malade un collyre sec composé de sucre candi réduit en poudre impalpable, et mêlé à un peu de nitrate de potasse, de sulfate de

zinc, ou d’os de sèche.

Page 1