‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 271 sur 467 · SPÉCIALE · texte numérisé non relu

SPÉCIALE

le début, des antispasmodiques et des opiacés. J'ai souvent employé avec succès, dans ce but, l’élixir calmant de M. Lelong (1),à la dose de quatre à six onces dans une bouteille d’eau tiede. A son défaut, on peut administrer l’éther à la dose d’une once dans une bouteille d’eau froide; mais il ne faut pas abuser de ces moyens, et il faut promptement leur faire succéder les breuvages simplement adoucissans ( n° 5); on en donne une bouteille de demi-heure en demi-heure, jusqu’à ce que le mieux se prononce. — En même temps que l’on saigne, et que l’on fait avaler des brenvages, on fait sur les quatre membres d'énergiques frictions sèches, auxquelles on fait succéder des frictions avec l’essence de térébenthine; on renouvelle ces frictions comme les saignées. — Enfin on administre fréquemment des lavemens émolliens tièdes (n° 7), dont l’action, combinée à celle des moyens que je viens de décrire, ne peut manquer de produire de bons effets. Du reste, il faut supprimer avec soin les médicamens incendiaires, les promenades, ou plutôt les courses forcées, prescrites par un grand nombre de prétendus guérisseurs. Lorsque ce traitement a amené du mieux, on laisse l'animal à une demi-diète, aux barbottages et au repos pendant quelques jours : bientôt la guérison est complète.

$ III. — Vertige abdominal (érdigestion vertigineuse, vertigo).

Le nom de vertige, du mot latin vertere, qui signifie tourner, a été donné à une maladie du cheval, caractérisée par une singulière tendance de l’animal malade à se porter en avant, à pousser au mur, Comme On dit vulgairement, et à tourner sans cesse lorsqu'on le tient attaché à un piquet avec une longe. Le vertige peut dépendre d’une inflammation primitive du cerveau et de ses enveloppes; il porte alors le nom de vertige essentiel; cette maladiè peut encore dépendre d’une irritation de l’estomac, ou plutôt d’une violente indigestion; dans ce cas, qui est beaucoup plus fréquent que le précédent, l'affection porte le nom de vertige abdominal. Occupons-nous d’abor& de cette dernière nuance.

Causes. Les principales sont : les excès d’alimens après de longues privations, lusage des fourrages nouvellement récoltés, qui n’ont pas encore jeté leur feu; des alimens avariés, des feuilles de vigne, d'if, des bourgeons de jeune bois, de l’avoine trop nouvelle ou falsifiée, du son donné en trop grande quantité; en un mot, l’action de toutes les causes qui peuvent donner lieu aux irdige tions (Voyez ce m0t ).

Symptômes. La maladie qui nous occupe es généralementannoncée par des douleurs abdominales; l'animal frappe du pied, il est triste, ne mange pas, et regarde son ventre comme cela a lieu dans les indigestions ordinaires. A ces premiers symptômes succèdent bientôt ceux qui indiquent que le cerveau participe à la maladie; les sens deviennent obtus, l’état

(1) M. Lelong, pharmacien-vétérinaire des écuries du roi, et de l’école d’Alfort, rue Saint-Paul n° 36, à Paris. Je ne saurais trop recommander l’officine de cet excellent et consciencieux pharmacien.

de stupeur est marqué, la tète est appuyée dans la mangeoire, le pouls est petit et serré. Lorsque l’inflammation a fait des progrès, les yeux deviennent saillans, hagards, animés ; la respiration est courte et laborieuse, la bouche est chaude et remplie d’une salive épaisse.

Mais le symptôme le plus caractéristique consiste, ainsi que je lai déjà dit, dans la tendance invincible de l'animal à se porter en avant, à se piacer au bout de sa longe, et à pousser avec force sa tête contre le mur, ou contre les corps solides qui peuvent lui offrir un point d'appui. ILexécute parfois ce mouveinent avec tant de violence, qu’il se blesse le front et même se fracture les os du crâne. Abandonné à lui-même dans une cour, le malade marche irrésistiblement en avant sans voir les dangers, et ne s'arrête que lorsqu'un obstacle invincible lui oppose une résistance suffisante. A ce symptôme tout à fait caractéristique de la maladie, se joignent des signes de fureur, une anxiélé extrême, une agitation excessive, des sueurs partielles ou générales, des convulsions auxquelles succèdent des momens de calme, qui ne tardent pas à faire de nouveau place aux signes alarmans que je viens de décrire; enfin du 3° au 5: jour environ, la mort vient mettre un terme aux souffrances, si la maladie n’a pas été arrêtée dans sa marche par un traitement convenable.

Traitement. On est loin d’être d'accord sur le traitement à opposer au vertige abdominal. Un grand nombre de vétérinaires, s’attachant particulièrement à combattre linflammation cérébrale qui, dans le cas dont il s’agit, n'est pourtant qu'un effet d'une maladie intestinale, ont recours aux douches d’eau froide ou d'eau glacée sur latète, aux saignées pratiquées largement au cou, au plat de la cuisse, à la queue, etenfin aux frictions révulsives sur les extrémités : il faut se hâter de dire que le succès couronne bien rarement ce traitement; j'oseraismème affirmer que/artais il n’a guéri un vertige ABDOMINAL, OU, en d’autres termes, une INDIGESTION vertigineuse, el que les rares succès dus à cette méthode n'ont été obtenus que lorsque l'on avait à combattre, non pas une indigestion vertigineuse, mais bien un vertige essentiel, maladie qui, comme nous le verrons bientôt, diffère beaucoup de celle qui nous occupe. La raison de ces insuccès est bien simple : le point de départ de Ja maladie étant une indigestion, c’est à celle-ci qu'il faut s'adresser; c’est elle qu'il faut combattre pour faire cesser les symptômes cérébraux.

Or,les hommes les plus étrangers à la médecine savent bien que les saignées sont loin d’être favorables à la guérison des indigestions, et que les évacuaus les plus énergiques sont les moyens les plus convenables en pareil cas.

Depuis longtemps Gilbert a préconisé l’administration de l'émétique à haute dose dans le traitement du vertige abdominal; cette méthode est, je ne sais pourquoi, généralement tombée dans l'oubli, bien que l’émétique réupisse au plus haut degré les propriétés désirables, puisque chez les chevaux il agit à la fois et comme évacuant très-énergique, et comme révulsif sur la muqueuse gastro-intestinale. Dans le courant de l’année 1834 j'aieu à traiter plusieurs chevaux vertigineux, et

LiV. 111.

J'ai employé avec le plus heureux succès la méthode de Gilbert, d’après le conseil je dois en faire l’aveu, d'un fort habile vétérinaire, M.le docteur Philippe, quiavait déjà traité quatorze chevaux par cette méthode et comptait quatorze succés !.. Voici en quelques mots la manière de procéder à ce traitement : au début du vertige abdominal, faire avaler au cheval,avec toutes les précautions possibles, une once d'émélique dissoute dans une bouteitle d’eau tiède; si animal est difficile et qu'il pousse violemment au mur, il faut préalablement l’entraver et le jeter sur un bon lit de paille, puis lui relever la tête pour lui faire avaler son breuvage; en mêine temps il

faut passer deux sétons à la partie supérieure

et sur les côtés de Pencolure. Le chevalrelevé, reconduit à sa place et attaché de telle facon qu'il ne puisse se blesser, où lui administre immédiatement un lavement rendu purgatif au moyen d’une once d'aloës en poudre; on renouvelle ce lavement au bout d’une heure, et on attend les effets de ce traitement sans plus rien faire. Ordinairement au bout de quelques heures les symptômes du vertige ont disparu, et il ne reste plus que ceux de l'indigestion et de l’irritation gastro-intestinale, qui ne tardent pas eux-mêmes à diminuer. Il faut ensuite beaucoup de précaution pour remettre l'animal à son régime ordipaire.

M. Watrin,médecin-vélérinaire à Versailles, a obtenu plusieurs succès dans le traitement du vertige abdominal, par l'administration à l'intérieur de lhuile de croton-tiglium à la dose de 20 à 30 gouttes dans une décoction de graine de lin. Cette méthode a de l’analogie avec celle de Gilbert, et mérite d'être essayée.

B. Maladies du systéme nerveux.

$ 1°. — Vertige essentiel.

Cette maladie a été longtemps confondue avec la précédente, dont on croyait fort difficile de la distinguer; considérée tour à tour comme une inflammation du cerveau, ou de ses enveloppes, ou des deux à la fois, elle paraitrait, d’après M. le prof. Renault, consister dans une inflammation pure et simple de l’unedes enveloppes du cerveau (l’arachnoïde), et mériterait par conséquent la dénomination d’arachnoïdite aiguë qui lui a été donnée par ce professeur. Si l’on en croit le même observateur, le verlige essentiel serait facilement distingué de l'indigestion vertigineuse par la tranquillité de l'animal qui, au lieu de se livrer à des accès de fureuret de pousser violemment au mur, se porterait paisiblement en avant jusqu’à ce que sa longe ne lui permette plus d'avancer, et resterait ensuite fort longtemps dans cette position. Il arrive même souvent que les chevaux atteints de cette maladie font un demi-tour sur place, tournent leur croupe du côté de la mangeoire et leur tête du côté opposé, et restent longtemps dans cette position, retenus qu’ils sont par leur longe qui les empêche d'aller plus loin. D’après ces caractères, le vertige essentiel, ou l’'arachnoïdite de M. Renault, pourrait être nommé vertige tranquille pour être distingué de l’indigestion vertigineuse, que l'on pour-

rait désigner sous le nom de vertige furieux. Mais cette maladie est fort rare et a encore besoin d’être observée.

$ II. — Immobilité.

C'est une maladie nerveuse dont les causes sont obscures et dont la nature intime n'est pas bien connue. Le cheval atteint de cette affection est lourd, inattentif à la voix du conducteur et comme absorbé par une sensation interne ; il sort difficilement de cet état, même à la suite de coups qu'il parait souvent ne pas sentir;l'animal tr?m0obile reste presque sans mouvemens à la place où il se trouve : il prend du foin, le mâche, reste quelques instans sans le mâcher, et recommence ensuile cette action; sa tête est ou basse ou élevée; ses yeux sont fixes, sa vue peu certaine, ses oreilles souvent immobiles ; lorsqu'il a buil conserve fréquemment la dernière gorgée d'eau dans sa bouche sans l’avaler ni la rejeter, et il ne la laisse tomber que lorsqu'il veut prendre une bouchée d’alimens.

Le cheval atteint de l’immobilité recule avec beaucoup de difficulté; souvent même il ne peut plus exécuter cette action, et si on veut l'y contraindre, il se défend, non pas par méchanceté, mais d’une manière qui indique que c’est par douleur ; il tourne la tête à droite, à gauche, sans remuer le corps; il se met sur les jarrets en roidissant les membres de devant, avec lesquels il décrit des cercles en dehors, au lieu de les porter eu arrière par la flexion. Ces membres restent croisés lorsqu'on les place lun devant l’autre. — Les moyens mis en usage pour combattre cette affection ont généralement été infructueux.

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