LIV. II
alimens mal récoltés ou avariés ; l'influence des pâturages marécageux, des lieux bas et humides, des brouillards habituels, des prairies rendues fétides par certains engrais, par exemple, par les égouts des villes, le limon des fleuves; etenfin /’Lérédité. Les principales causes occasionnelles sont : le passage du chaud au froid, les vapeurs irritantes des écuries, etc.
Symytômes. Ils peuvent être distingués en ceux qui appartiennent à l’accès, et en ceux qui se font remarquer dans les intervalles qui séparent ceux-ci —Les symptômes de l'accès peuvent être divisés en cinqtemps.—1°" temps. Les yeux paraissent atteints d'une ophthalmie ordinaire : il y a larmoiement, rougeur de la conjonctive, tuméfaction des paupières, sensibilité et chaleur plus marquées des partes qui environnent l'œil, aspect blanchâtre de la cornée, fièvre générale plus ou moins forte ; les yeux sont presque toujours ferinés. Ce premier temps dure depuis 3 jusqu’à 10 à 12 jours.—2?° Temps. Les phénomènes précédens persistent, l’humeur qui s'écoule des yeux devient épaisse, la cornée est proéminente, l'humeur aqueuse perd sa transparence, et la cornée lucide paraît elle-même enflammée et obscurcie. — 3° Temps. L'inflammation paraît diminuer un peu de force, les symptômes qui la caractérisent se dissipent, l’œil se découvre, l'humeur aqueuse qui était trouble et rendait la vision obtuse, commence à recouvrer sa transparence, en laissant voir ce qu'elle a d’opaque, se condenser sous forme d’un nuage et se convertir en une matière floconneuse qui, précipitée jusqu'en bas de la chambre antérieure, y est enfin absorbée plus ou moins parfaitement. — 4° Temps.
Peu après l’éclaircissement de l'humeur aqueuse, il s'établit dans l’œil malade un nouveau travail inflammatoire moins fort que le premier; la matière précipitee s'élève, se répand dans toute l'humeur aqueuse une seconde fois, et la trouble de nouveau. — 5° Temps. Il est marqué par la cessation complète de tous les symptômes inflammatoires, la préei pitation de la matière opaque, et sa disparition définitive. Alors l'animal parait complétement guéri; mais quelques semaines après il survient une nouvelle attaque qui parcourt les mêmes périodes que la première, disparait comme elle, pour être suivie d’une 3°, puis d’une 4°, et ainsi de suite jusqu'à ce que les progrès du mal aient amené la perte complète de l'œil affecté. — Lorsque l'animal n’a encore éprouvé qu’un ou deux accès, on ne voit rien pendant les rémissions; mais lorsque les attaques se sont multipliées, les larmes acquièrent une qualité irritante,et déterminent souvent la chute des poils et même l'érosion de la peau en s’écoulant sur le chanfrein; l'œil perd un peu de son volume, rentre dans son orbite, prend une teinte ardoiïsée; la paupière supérieure se couvre de rides, la paupière inférieure se fend à une petite distance de l’angle nasal; puis le cristallin devient opaque, et la cataracte se développe.
Tout ce que l’on a pu faire jusqu’à présent pour guérir la fluxion périodique a échoué, et la maladie doit encoreëêtre considérée comme incurable. Les soins à donner aux chevaux qui en sont attaqués consistent à faire dispa-
MALADIES DES CHEVAUX
raître aussi promptement que possible les | Dans les boiteries légères, dont le siége ne se
symptômes de l’abcès; on y parvient en mettant en usage le traitement que j'ai fait con-
naitre en parlant de l’ophthalmie aiguë (voyez ce mot). 6
F. Maladies des membres.
$ 1°. — Considérations générales.
Les maladies des membres, comme celles du pied, que nous examinerons bientôt, ont pour caractère général, mais non essentiel, de faire boiter les animaux qui en sont atteints ; elles portent par conséquent les noms génériques de boittertes et de claudications. Ces maladies peuvent être légères ou graves, et donner lieu à des boiteries plus ou moins fortes. Lorsque l’animal se borne à appuyer moins franchement sur le sol avec le membre malade qu'avec les autres, on dit qu'il feënt. Si la douleur est plus forte, que l'animal ne s’appuie que le moins possible sur le membre boiteux, et que pendant la marche il accompére cet appui de balancemens considérales de la tête, on dit qu'il borte tout bas.
Enfin la douleur peut être assez vive pour empêcher l’animal de se servir du membre malade; on dit alors qu’il marche à trois Jambes. Ce dernier signe est le plus grave. Le point souffrant d’où procède la boiterie est indispensable à connaitre pour y apphquer des remèdes ; il se manifeste quelquefois par des plaies, des ulcères, des suintemens, des tumeurs diverses (eaux-aux-jambes, crevasses, exostoses, etc.). Malheureusement, il est des cas où les causes de la boiterie sont loin d’être aussi évidentes, et où il est nécessaire de recourir à un examen très-détaillé; trop heureux encore quand on parvient à découvrir le mal! car il faut avouer que dans bien des circonstances il est fort difficile de reconnaître, nou-seulement la partie malade, mais encore le membre boiteux. Voici cependant les principaux moyens d'être éclairei sur ce point.
On distingue quatre temps dans la part que chaque membre prend aux allures : 1° je lever; 2 le soutien, instant où le pied avance à peu près sans monter ni descendre; 3° le poser, instant où il regagne le sol; 4’ appui, moment où le pied qui a tombé sur le sol supporte sa part du corps jusqu’à un nouveau lever. Si l’on considère dans sa marche un cheval boileux, on voit que le membre malade fait son lever le plus vite, son soutien le plus long, son poser le plus tardif et son appui le plus court qu'il est possible, Au contraire, le membre qui correspond à celui qui est malade fait son appui le plus long, et les autres tewps aussi courts que possible, afin de venir au secours de celui qui est souffrant. Si le mal existe à un membre antérieur, la têle s'élève dans l'instant où il fait son appui, et la charge se prolonge sur le bipède diagonal opposé. Lorsque la douleur existe à un membre de derrière, la tête s’abaisse à l'instant où ce membre fait son appui, et ce mouvement.,en reportant sur les membres de devant une partie du poids du corps, soulage d'autant ceux de derrière ; le membre postérieur sain accélère son poser pour prolonger son appui.
manifeste pas d’abord suffisamment, au lieu de faire marcher le cheval au pas sur un chemin de sable ou sur la terre, on le fait partir au trot sur le pavé, et l’on a soin que le conducteur, courant à pied, tienne la longe à quelque distance de la tête. On se place d’abord en arrière, puis en face du cheval, puis enfin on se place de manière à le voir trotter de côté, et même en cercle avec changement de main. :
Le membre boiteux étant reconnu, il s’agit de procéder à la recherche de la partie malade. Voyons d’abord pour les membres de devant. Un caractère qui n’a, je crois, été indiqué par personne et dont je me suis serwi plusieurs fois avec avantage, peut faire reconnaître de suite si la maladie a son siége dans le pied ou à une autre région du membre : en faisant marcher l'animal boiteux sur un fumier épais, la claudication diminue ou dispa: rait si elle provient d’une altération du pied; elle persiste ou elle augmente si elle est occasionnée par une toute autre cause. Si le cheval est atteint d’un écart, l'extrémité inférieure du membre décrit une courbe en dehors pendant la marche, l'animal fauche. Dans ce cas, la boiterie augmente lorsqu’après avoir fléchi le membre malade, on l'écarte violemment du corps; d’ailleurs l'absence de tout signe de douleur dans les autres parties du membre vient confirmer le diagnostic. Si le cheval boite du genou, le mouvement de faucher existe encore un peu, mais cette boiterie est facilement reconnaissable à l’enflure de cette partie, et aux signes de douleur que l’animal donne quand on la comprime. La claudication qui dépend d’une maladie des tendons se reconnaît à leur gonflement, et à la douleur que l'animal manifeste quand on les touche ; en outre le cheval cherche à se soulager en mettant constamment ces tendons dans le relàchement; pour y parvenir il n’appuiele membre que sur la pince, et il tient les talons relevés. Les efforts de boulets se reconnaissent aussi facilement que ceux du genou. — Dans un membre postérieur, l’action de faucher indique presque toujours un effort de cuisse ou un état maladif du jarret. Ici comme pour les membres de devant, lorsqu'on fait marcher l’animal sur un épais fumier, ia boiterie diminue ou disparait si elle provient d’une altération du pied; elle persiste ou elle eugmente si elle procède d’une autre cause. Si le cheval estatteint d'un effort de cuisse, l'appui du pied sur le sol se fait par tous les points de la circonférence de sa face inférieure, la boiterie augmente lorsqu'on a fortement porté le membre successivement en avant, en dehors, et en arrière; le reste du membre ne présente aucune douleur. Un cheval atteint d'un effort de grasset éprouve beaucoup de difficulté à lever le membre malade; il le traine à terre en râclant le sol avec sa pince. Un ey- Jort de jarret s'oppose à la flexion de cette partie qui s'enfle, et devient chaude el douloureuse.
Si la manière dont se fait la boiterie ne suf fit pas pour rendre compte du siége et de la nature du mal, il faut Jaisser l'anima! en repos, examiner attentivement, presser, COMprimer dans tous les sens, faire mouvoir et
secouer fortement toutes membre, afin de voir s'il n’y a pas quelque part de la chaleur, de la douleur, de la roideur. du gonflement qui puisse mettre sur la voie de la découverte; on termine cet examen en faisant déferrer l'animal, et parer à fond le pied du membre boileux, et comprimant successivement tous les points de la sole et de la fourchette avec le mors ou les branches des tricoises. De cette manière, et avec quelques précautions, on parvient presque toujours à découvrir un point douloureux, et par conséquent le siége du mai. Il ne s’agit plus alors que d'appliquer un traitement convenable à la maladie reconnue.—Les boiteries dites de vieux mal sont celles qui sont anciennes, ou dont la cause est inconnue; il y a des boiteries de vieux mal qui subsistent constamment; d’autres ne sont apparentes que lorsque l'animal sort de l’écurie, et disparaissent lorsqu'il est chauffé pour revenir quand il a été refroidi ; d’autres enfin qui ne s’aperçoivent qu'à chaud.
$ II. — Eaux-aux-jambes.
Maladie dégoûtante qui affecte les parties inférieures des membres, et est caractérisée par uu suintement d’un liquide séreux, fétide, qui humecte la partie malade, et se rassemble en gouttelettes à l’extrémilé des poils réunis en paquets. Les eaux-anx-jambes attaquent plus spécialement les races communes, les chevaux qu'on élève sur des terrains marécageux, et dont les pieds sont plats, larges et évasés, et le bas des membres naturellement gros et chargé de poils abondans ; elles se montrent à toutes les époques de la vie, mais plus souvent dans l’âge adulte, et se propagent fréquemment aux quatre membres, en commencant le plus ordinairement par un seul ou par deux, et toujours par ceux de derrière.
—Les causes de cette maladie sont : les excès de travail, l'influence des localités humides, des écuries malpropres, le contact des boues âcres des grandes villes, la mauvaise habitude de passer à l’eau les chevaux qui rentrent du travail, et, dit-on, la contagion.
Symptômes. Les eaux-aux-jambes commencent presque toujours par une inflammation plus ou moins aiguë de la partie qui doit en être le siége. Le premier indice qui décèle cette maladie est le hérissement des poils de la couronne, du paturon et du boulet; ce hérissement est accompagné de l’engorgement et de la roideur du membre. Bientôt commence le suintement dont j'ai parlé; le liquide qui s'écoule est d’une odeur particulière très-désagréable, tenace et persistante ; il paraît d’abord comme une rosée qui se condense à chaque poil. Les progrès de la maladie déterminent bientôt le développement de la douleur; celle-ci devient si forte, que le moindre contact des corps extérieurs cause une grande incommodité; il suffit qu’une
aille touche un endroit souffrant, pour que
’animal lève le membre malade. Plus tard ce liquide devient épais, consistant et plus fétide, et rassemble les poils en paquets; ceuxci tombent et la peau se dénude dans une étendue plus ou moins grande. La matière de l'écoulement irrite les parties qu’elle touche,
les régions du:
ETVW TI.
et entretient la douleur qui est toujourstrèsforte, surtout quand l'animal sort de l’écurie. Si la maladie n’est pas arrêtée dans sa marche, elle peut passer à l’état chronique. Alors l’écoulement persiste toujours et conserve encore sa félidité et sa consistance; mais la douleur disparait, et l'animal ne témoigne plus la moindre sensibilité lorsqu'on lui explore le membre. C’est alors que l’on voit naître sur les parties affectées des ulcères superficiels, sur les bords desquels se développent des excroissances charnues, rouges, molles, à bases étroites, auxquelles on a donné le nom de verrues ou de grappes. Enfin l’animal maigrit et dépérit, tout en conservant son appétit qui est même augmenté, mais qui ne peut reparer complétement les déperditions qui ont lieu par les surfaces malades.
Traitement. Voici celui qui a été recommandé par M. Barthalemy ainé, ancien professeur à l'école d’Alfort : alimens saips, ration ordinaire, travail fatigant tous les jours, ne pouvant être remplacé que par cinq ou six heures au moins d’un exercice actif; après le travail on lave la partie malade avec l’eau tiède ; on l’essuie de manière à absterger l’eau dont elle est humectée, puis on lotionne légerement toute la surface avec une dissolution de deux onces de vert-de-gris dans un litre d’eau de rivière. On répète cette opération tous les jours jusqu’à ce qu'il n’y ait plus d'écoulement et que la partie malade soit parfaitement sèche; 1l est même prudent. pour prévenir toute récidive, de continuer les lotions plusieurs jours après que ia dessiccation parait complète, ce qui a souvent lieu lorsque l’on n’a fait encore que trois où quatre applications; car dès la première, l'écoulement diminuesensiblement. Letravailest unauxiliaire indispensable : il détermine le dégorgement des jambes. Lorsqu'il existe des verrues, le cas est plus grave; on commence par les couper successivement, on cautérise avec le feu la base des plus volumineuses, de celles qui saignent beaucoup, après quoi on a recours aux lotions comme dans les cas où cette complication n'existe pas. On recommande généralement l’application du feu sur le membre, comme moyen de prévenir les récidives; cette opération n’est pas indispensable, el comme elle a l'inconvénient de tarer les animaux, on doit s'abstenir de la pratiquer, excepté peut-être dans quelques cas particuliers, où elle pourrait être rendue nécessaire par l’ancienneté du mal, l’âge avancé et le tempérament essentiellement lymphatique du sujet.
$ II. — Crevasses (mules traversines).
Entamures étroites, allongées, plus ou moins rofondes, accompagnées de suintement d’une umeur fétide, et ayant leur siége au boulet
et au paturon du cheval, dans le sens transversal. Les chevaux y sont exposés quand ils travaillent sur des terrains rocailleux, quand ils marchent dans les boues âcres, ou lorsqu'ils demeurent au milieu des urines, sur des fumiers épais, surtout dans les écuries qu'on nettoie rarement. Les animaux dont les jambes sont grasses, chargées de poils, dont le tempérament est mou et lymphatique, paraissent plus exposés aux crevasses que les che-
vaux fins. Les crevasses sont des maladies peu graves par elles-mêmes, mais qu'il est quelquefois trés-difficile de faire disparaitre entièrement. Celles qui sont occasionnées par l’action des boues âcres des grandes villes résistent souvent avec opiniâtreté aux traitemens les mieux dirigés; ou bien, si on parvient à les guérir, cette guérison n’est qu’apparente, et le inal ne tarde pas à reparaître, surtout si le cheval est de nouveau soumis à l’action des causes qui avaient amené la formation des premières.
Traitement. L'animal atteint de crevasses superficielles ou profondes doit être soumis au repos le plus complet, afin d'éviter que les plaies ne s’irritent à chaque mouvement du pied; il devra être placé dans une écurie sèche et bien neitoyée. Si les crevasses ne sout que commencantes et que la peau paraisse rouge et enflammée, l'emploi des adoucissans, tels que bains tièdes, cataplasmes émolliens (n°3), onctions d’onguent populéum, pourront en amener la gaérison. Mais 1l ne faut pas trop insister sur ces moyens qui ont quelquefois pour résultat de faire passer les crevasses à l’état chronique; il est bon, quand on a obtenu du mieux à l’aide des adoucissans, de faire suivre leur emploi par l’action de quelque dessiceatif; des lotions avec la teinture d’aloès ou avec une solution faible de vitriol bleu (sulfate de cuivre) dans le vinaigre, conviennent parfaitement. Si les crevasses sont anciennes, calleuses, et accompagnées d’un suintement abondant, il faut de toute nécessité appliquer des sétons à la partie supérieure du membre malade, administrer des purgatifs (n° 41, 44, 45), soumettre l'animal à l’asage des boissons mitrées, et faire marcher tous ces moyens avec le traitement local. Celui-ci se compose d’abord d’onctions d’onguent basilicum, que l’on remplace au bout de quelques jours par des cataplasmes de farine de lin arrosés d'extrait de Saturne, ou par des lotions faites avec une solution de sulfate de cuivre dans du vinaigre. Il arrive souvent que du fond des crevasses poussent des végétations, espèce de verrues allongées, plus grosses à leur extrémité libre qu’à leur racine : il faut les couper avant de commencer le traitement.
J'ai dit que le repos était la première condition de succès : mais il est des chevaux chez lesquels cette condition ne peut étre remplie, et qu’il est par conséquent impossible de guérir complétement. Le praticien doit se contenter, pour ces animaux, de dessécher les crevasses lorsqu'elles apparaissent (extrait de Saturne, solution de vitriol bleu); celles-ci ne tardent pas à reparaitre; mais on les dessèche denouveau, pour recommencer à chaque réapparition.
$ IV. — Enchevêtrure.
On nomme ainsi une blessure transversale, que le cheval s’est faite dans le pli du paturon, ou dans tout autre point des membres, et qui est le résultat du frottement qui a été exercé avec la longe dans laquelle l'animal s’est
ris. L’enchevêtrure arrive surtout lorsque a longe du licou est nouée d’une manière fixe à l’auge et qu’elle forme une anse; le cheval s’y engage le paturon lorsqu'il se gratte la tête
MALADIES DES CHEVAUX
ou la crinière avec l'un des pieds posterieurs.
L’enchevélrure est rarement un accident Srave; le plus souvent il ne consiste qu’en une écorchure superficielle qui occasionne un lé- 8er gonflement de la peau du paturop, puis un Suintement d’un liquide séreux et fétide qui s'accompagne d’une boilerie plus ou moins forte. — Le traitement de cette affection est simple : du repos, des soins de propreté, des bains de pied, des cataplasmes émolliens sur le point douloureux, et, s’il ya lieu, une petite saignée pour calmer la fièvre qui a pu s'établir, tels sont les moyens qui doivent être mis en usage. Sur la fin du traitement on peut avoir recours à l’onguent digestif, ou aux lotions de teinture d’aloës.
$ V. — Frayement des ars.
On nomme ainsi une lésion qui survient aux ars du cheval, c’est-à-dire à cette partie de la région inférieure de la poitrine, qui se trouve entre les deux avant-bras, en arrière du poitrail, et en avant du passage des sangles ; cette lésion est constituée par des gercures, des excoriations, qui s’accompagnent souvent de l’engorgement de la partie, d’un suintement plus ou moins abondant de sérosité, de la chute des poils, et d’une gêne très-forte de la marche. Cet accident survient à la suite du travail dans des terrains boueux, lorsqu'on n’a pas la précaution de laver les ars, à la rentrée des chevaux dans Pécurie; alors la boue qui s’est logée dans les plis de cette partie se dessèche, et fait le lendemain office de corps dur, qui, dans les mouvemens nécessités par la marche, excorieet irrile la surface exterieure de la peau. Les soins de propreté, le repos, les lotions avec une décoction d’écorce de chêne dans du vin, ne tardent pas à faire disparaitre cet accident, dont on pourrait facilement prévenir le développement en évitant la cause qui le produit.
$ VI. — Atteinte.
On nomme ainsi les ineurtrissures que le cheval reçoit des autres chevaux, ou qu'il se fait lui-même, soit aux talons, soit à la partie postérieure des paturons ou des boulets. Suivant leur violence et leur siége, les atteintes peuvent être simples, quand la meurtrissure est légère et que la douleur se dissipe d’ellemême en peu de temps; sourdes, lorsque la douleur est profonde et persistante; ezcornées, quand l'atteinte siége aux talons vers le biseau; compliquées, toutes les fois qu’elles sont accompagnées de l’altération de plusieurs üssus. Le traitement des atteintes varie suivant la gravité du mal. Si l'accident est récent et que la douleur soit forte, il faudra recourir aux cataplasmesastringens susceptibles de faire avorter l’inflammation (n°° 33,34), Si l'atteinte date d’un ou deux jours, il faut employer les calmans, tels que le repos, la saignée, les cataplasmes émolliens sur la partie malade, les onctions d’onguent populéum, etc. Ces moyens bien simples suffisent ordinairement pour amener la guérison. Mais si l'atteinte provient de coups que l'animal s’est donnés aux membres de devant avec les pieds de derrière ex forgeant, il faut chercher à faire disparaitre cette cause à l’aide d’une bonne ferrure.
& VII. — Effort (entorse).
Tiraillement douloureux, distension violente des muscles, des tendons, et surtout des ligamens qui unissent les os entre eux, survenue soit à la suite des efforts, ou des actes de force auxquels les animaux se sont livrés pour triompher d'une résistance ou pour porter des fardeaux, soit à la suile des faux pas, des glissades, des chutes, de l’action de se relever, etc, On distingue les efforts d’après les régions qui en sont le siége.
1° Æffort d'épaule, écart, entr'ouverture, distension scapulo - humérale. J'ai fait connaître plus haut (F, $ 1°"), la manière de procéder à l'examen des chevaux boiteux, et, par suite d'arriver à reconnaître les écarts ; je ne reviendrai pas sur ces détails. —Les écarts passent généralement pour des affections graves et fort difficiles à guérir. Si je ne consulte que ma propre expérience et surlout celle de mon père qui, dans une pratique de trente années, a compté, relativement à cette maladie, à peu pres autant de succès que de traitemens, Je Serais porté à tenir un langage tont à fait opposé. Pour arriver à de pareils succès, il ne faut pas craindre d'attaquer vigoureusement les écarts aigus dès leur début, par un traitement révulsif énergique. Pour remplir cette indication, mon père s'est servi avec beaucoup de bonheur des frictions de teinture de cantharides sur l’épaule, Voici la manière de préparer cette teinture qui, chez les pharmaciens et les droguistes, est presque toujours trop faible.
Dans une bouteille ordinaire on met deux onces de cantharides en poudre, et deux onces d’euphorbe également pulvérisée; en emplit la bouteille d’eau-de-vie à 22, on la bouche avec soin, on l'agite et on l’expose à l’action d'une douce chaleur pendant trois à quatre Jours. Il y a deux moyens fort simples d’obtenir la température nécessaire. Le premier consiste à enfouir la bouteille dans du fumier en fermentation ; le second, à placer ce vase sur le four d’un boulanger. On conserve pour l'usage cetie teinture que l’on décante au fur et à mesure des besoins.—Voici maintenant, d'après mon père, les règles que je suis dans
l'emploi de cette teinture. —Unécart aigu étant |
reconnu, Je fais sur toute l'étendue de l’épaule malade, depuis le garrot jusqu'à la distance de trois à quatre pouces de l'articulation
onces du médicament en question. Cette friction doit être faite lentement, avec beaucoup de soin et concentrée particulièrement à la partie supérieure et à la pointe de l'épaule. La partie ne doit pas être dénudée de ses poils qui fontoffice d'éponge et retiennent la liqueur appliquée sur la peau. Je mets près d’une deimi-heure à faire cette friction qui, je le répéle, ne saurait être faite avec trop de soin. On recommande de se couvrir la main avec une vessie afin d'éviter l'absorption des prine cipes actifs des cantharides, et les accidens qui pourraienten être la suite; je déclare avoir constamment omis cette précaution,et n'avoir jamais eu à m'en plaindre. La friction étant terminée, le cheval doit être attaché au rate-