MALADIES DES BOEUFS
quence du pouls, la rougeur des yeux, la diminution du lait et la sécheresse du mufle.
Au bout de 3 à 4 jours la soif devient inextinguible, la rumination est suspendue, Pair expiré est très-chaud, les yeux sont larmoyans, les excrémens sont rares, durs et enveloppés de glaires teintes de sang fétide; les animaux sont abattus, ont la peau sèche et adhérente, le pouls fréquent et intermittent, et les flancs retroussés. Bientôt il survient des frissons, animal chancelle, a la tête basse, la peau froide, la bouche écumeuse, les yeux élincelans, de la dysenterie, de lanxiété; enfin, il se plaint, s'étend et succombe. La mort survient le plus ordinairement du 10° au 20° Jour.
Il est possible de prévenir le mal de brou au moyen des attentions suivantes : 1” on n’enverra les animaux au bois qu'après qu'ils auront commencé à se rassasier d'autres alimens, surtout de son bouilli, de racines cuites ou d'herbe verte; 2° on ne les y laissera séjourner que deux ou trois heures le matin et autant le soir; 3° si l'on est forcé de nourrir les animaux dans les bois, il faudra les abreuver souvent d’eau blanchie par le son ou la farine d'orge, et contenant de la gomme en solution ; il faudra également leur faire avaler de temps en temps des décoctions de graines de lin, leur administrer des lavemens émolliens, et leur faire de petites saignées de précaution. Si la maladie se déclare, il est nécessaire de soustraire immédiatement les animaux à la cause de l'affection, de les saigner jusqu’à ce que les symptômes inflammatoires aient disparu, d’'administrer des breuvages émolliens et acidulés (n°° 4,5, 12,13), des lavemens émolliens, des gargarismes avec de l’eau vinaigrée miellée, et de soumettre les animaux à la diète et à de fréquens bouchonnemens. Sil survient un-peu de mieux, on peut appliquer un ou deux sétons au poitrail, et donner au malade quelques alimens de facile digestion, tels que des pommes de terre ou autres racines cuites et broyées.
Le mal de brou peut aussi attaquer les solipèdes et les moutons; mais les grands ruminans étant de tous les quadrupèdes domestiques ceux qui sont le plus fréquemment exposés aux causes de cette maladie, j'ai dû décrire celle-ci parmi les affections particulières aux bêtes à cornes.
$ III. — Météorisation (gonflement, indigestion gazeuse).
Voyez Tympanite des ruminans, page 305.
$ IV. — Pissement de sang.
Le pissement de sang est plutôt un symptôme qu'une maladie; cependant, chez les.
bêtes à cornes, il survient quelquefois un pissement de sang dont la nature n'est pas encore bien connue, et que l'on ne peut rapporter sûrement ni à une affection des reins, ni à une maladie de la vessie. Cet accident survient surtout chez les bêtes qui appartiennent aux cultivateurs qui, n'ayant pas de prairies artificielles, sont habilués à envoyer dès le mois d'avril leurs bestiaux dans des prés où ils mangent la pointe d'herbe, et sont en-
suite obligés, pour avoir du foin, de retirer les bestiaux des prés vers le 15 mai, et de les envoyer dans de maigres pâtures où ces animaux sont fréquemment réduits à brouter les feuilles et les jeunes pousses des haies, composées généralement de hêtre, de chêne et de charme. Cette alimentation dure jus-
w’au mois d'août ; aussi est-ce depuis le milieu de mai jusqu’au commencement d'août que l’on a occasion de remarquer celle maladie. — Les principaux symptômes qui accompagnent l'affection qui nous occupe, sont les suivans : tristesse, diminution de l'appétit, de la rumination et de la sécrétion du lait; pouls fréquent, sensibilité de lépine, voussure du dos, constipation, päleur de la peau et des muqueuses apparentes; sortie fréquente d’une urine d’abord jaune-rougeàâtre, puis tout à fait sanguinolente; au bout de quelques jours il y a perte complète de l’appétit, suspension de la rumination, faiblesse excessive qui force les animaux à rester couchés; enfin la mort survient, si un traitement convenable ne vient pas s’y opposer. ‘ |
Le traitement est simple : il consiste en une ou deux petites saignées dans le principe, et seulement quand les symptômes inflammatoires ont une certaine intensité ; puis en breuvages de décoction de graines de lin légèrement nitrée; on applique un sachet émollient sur les reins, on tient les animaux chaudement et on les met à la diète.— Quand ils vont mieux on leur donne de l’eau blanche et une petite quantité de bon fom. Ce
traitement procure ordinairement la guéri-
son en moins de huit jours.
$ Y.— Tournis (lourd, lourderie, tournoiement ).
Maladie particulière aux bêtes à cornes et aux bêtes à laine, et déterminée par la présence, dans le cerveau, du Cæœnure cérébral (Tænia cerebralis), espèce de ver hydatide.— Les causes qui amènent l'apparition de ce ver vésiculeux ne sont pas connues.—Les symptômes qui en signalent la présence sont les suivans : nonchalance, lenteur dans les mouvemens, tête un peu inclinée d’un côté ou de l’autre ; au bout de quelques semaines, l’animal, abandonné à Iui-mème dans une cour ou un pâturage, tourne en cercle du côté où existent les cœnures; ce dernier signe est tout à fait caractéristique. Lorsque l'animal rentre à l’étable, il est rare qu'il trouve sa place. Quand la maladie est très-avancée (5 à 6 semaines), l'animal devient très-faible, pousse avec la tête ou le poitrail contre la crèche, mange peu, chancelle quand on le fait sortir: enfin il devient tout à fait paralysé du côté affecté, reste constamment couché, et finit par mourir si l’on ne prévient pas celte terminaison en le vendant pour la basse boucherie,
Le traitement du tournis ne peut être efficace qu'autant que l’on a extrait le cæœnure qui exerce une compression sur le cerveau.
On peut y parvenir à l’aide d'opérations chirurgicales qui ne peuvent être faites que par une main exercée, et dont la description ne peut trouver place ici.
LIV, Lite
$ VI. — Limace.
Affection ulcéreuse du pied, ayant son siége entre les deux onglons, attaquant la peau de cette partie, et s'étendant souvent jusqu'au ligament interdigité. Cette maladie peut être occasionnée par la malpropreté, les graviers, les fumiers, les boues âcres qui sé- Journent entre les onglons; elle est rare chez les génisses et les taureaux et plus commune chez les bœufs de travail. La limace débute par une légère inflammation de la peau interdigitée, et par un gonflement que l'on aperçoit à la face antérieure de la réunion des onglons. La partie enflammée, d'abord rouge et rugueuse, blanchit et se recouvre d’une matière de consistance butireuse d’une odeur fétide. Bientôt il se forme des crevasses qui ne tardent pas à dégénérer en ulcères, dont les bords sont caileux. Cette plaie augmente en profondeur, finit par mettre à decouvert le ligament interdigité, le corrode, et donne lieu à des souffrances qui occasionnent une forte fièvre de réaction et empêchent l’animal de s'appuyer sur le pied malade.
Traitement. La limace est une maladie trèsopiniâtre, qui résiste souvent aux traitemens que l’on met en usage. Lorsque l'affection est à son début, les soins de propreté, les bains de rivière, peuvent avoir de bons effets. Si l'inflammation est développée, il faut avoir recours aux cataplasmes émolliens (n° 3) et insister sur leur usage tant que l’inflammation persiste et que la forme ulcéreuse ne se prononce pas. Lorsqu'il y a du mieux, aux émolliens on substitue les astringens et les dessiccatifs (extrait de Saturne, solution de vitriol bleu). Si, malgré ces moyens, la plaie passe à l’état d’ulcère, il faut la panser avec de l’onguent égypliac que l’on rend plus énergique au besoin, en y ajoutant un pi de sublimé corrosif. Une cautérisation légère avec un cautère à pointe mousse produit parfois de bons effets. Lorsqu'on est parvenu à donner à la plaie un meilleur aspect, on abandonne les caustiques et on panse avec des plumasseaux imbibés d’eau-de-vie ou de teinture d’aloës.
Lorsque le ligament interdigité est attaqué, le bœuf reste quelquefois boiteux pour toujours.
$ VII. — Engravée.
Maladie du pied ainsi nommée, parce qu’elle est ordinairement produite par des graviers qui s’enchässent dans l’ongle. Elle commence par une irritation des tissus sous-cornés, qui détermine du gonflement, de la douleur et de la chaleur dans le pied. La bêle engravée feint d’abord, et finit par boiter de plus en plus; la douleur occasionne quelquefois de la fièvre et de la tristesse. Si dans cet état on contraint le bœuf à marcher, il devient bientôt fourbu et incapable de se soutenir; c’est ce que l’on observe fréquemment sur les bœufs que l’on amène de très-loin à Paris.
L'’engravée produit constamment l'usure et l’amincissement de l’ongle,et occasionne souvent des bleimes à la sole et aux talons ; assez ordinairement elle détermine la tuméfaction des couronnes et des paturons, ou donne lieu