MALADIES DES MOUTONS
agneaux naissent faibles, et ne trouvent pas assez de lait aux pis de leur mère pour se nourrir; au mois de mai, on commence à traire les brebis, ce qui diminue encore la nourriture des agneaux. Comment ces animaux auraient-ils une bonne constitution ?
D'ailleurs le pays est humide, les bergeries y sont basses et les herbes aqueuses.
Traitement. Les saignées et les rafraichissans sont nuisibles dans cette maladie; les toniques produisent de bons effets. Un régime d'herbes sèches, des breuvages composés avec la décoction d’écorce moyenne du sureau, ou d’hysope, de sauge, de pouliot, et légèrement nitrés (1 ou 2 gros de sel de nitre par pinte), ont amené des guérisons lorsque la maladie ne faisait que commencer; mais ces cas sont assez rares et l'affection est trop souvent mortelle. C’est donc aux préservatifs qu’il faudrail recourir; mais ces préservatifs ne pourront être trouvés que lorsqu'on aura rendu le pays salubre et fertile, et c’est le gouvernement seul qui peut entreprendre cette tâche.
$ X. — Rhume.
(Voyez Coryza, page 308.) $ XI. — Maladie folle (maladie convulsive).
L'animal qui est attaqué de cetie maladie à de temps en temps des mouvemens extraordinaires; :l marche au hasard, chancelle, tombe, et ales membres agités comme dans l'épilepsie; puis l'accès passe, pour revenir quelque temps après. Cette affection, que je ne fais que mentionner ici en passant, est trèspeu connue dans sa nature, dans ses causes et son traitement.
$SXII.—Pourriture (cachexie aqueuse, foie pourrt, foie douvé, hydropisie, boule, bouteille, gamer, ganache, goître, cloche, jaunisse, etc).
Tous ces noms étune foule d’autres servent à désigner une maladie chronique, non contagieuse, assez commune dans les pays humides, et régnant souvent d’une manière épizootique ou enzootique. Les progrès de cette affection sont très-lents ; la bête qui en est menacée a une démarche languissante, tous ses mouvemens sont faibles; elle mange peu et rumine d’une manière irrégulière. Plus tard les signes de la maladiè deviennent plus évidens; les yeux et la bouche sont décolorés, l'animal ne résiste pas quand on lui prend un membre de derrière, la laine se détache à la moindre traction; sila maladie est plus avancée, l'animal a le soir sous la ganache une tumeur que l'on nomme bouteille où goître, et qui se dissipe pendant la nuit. Ce symptôme est lout à fait caractéristique de la maladie qui nous occupe. Peu à peu l’animal tombe dans le marasme et périt. Si on en fait l'ouverture, on trouve les chairs livides,les viscères blafards,les membres infiltrés, les cavités du ventre et de la poitrine contenant de la sérosité, un grand nombre de vers dans les intestins, d’hydatides dans les poumons, l’épiploon et le mésentère, et des douves dans le foie. — Cette maladie est particulièrement occasionnée par l’humi-
dité des prairies et des bergeries, la rosée, les brouillards, la nourriture aqueuse. Il n'est pas vrai que certaines plantes, telles que les espèces de renoncules qui portent le nom de douves, fassent naitre la pourriture; ce qui a pu donner lieu à cette croyance, c’est que ces plantes croissent en abondance dans les pâturages humides où les bêtes à laine prennent souvent le germe de cette maladie; mais c’est à l'humidité que celle-ci est due, et non pas à l'action des renoncules, dont les bêtes à laine ne font pas leur nourriture.
Traitement. Qn peut éviter le développement de la pourriture, en évitant d'exposer les animaux aux influences des causes qui la font naître. Aux premiers indices de cette maladie on mettra du fer dans la boisson des bêtes à laine, on leur fera boire des décoctions aromatiques, telles que celles de feuilles de sauge, de lavande, d’hysope, de thym, de baies de genièvre, où mieux encore du vin que l’on donnera par trois ou quatre cuillerées à la fois. L'usage du sel de cuisine dans les provendes ne peut être que fort avantageux. Les baies de genièvre réduites en poudre et mélées à la nourriture, le sulfate de fer (couperose verte) en dissolution dans les baquets qui contiennent la boisson des animaux, peuvent également avoir leur utilité. Mais une nourriture sèche et de bonne qualité convient par-dessus toutes choses. Ces moyens ne peuvent être employés que contre la pourriture commencante, car celle qui est avancée est inévitablement mortelle.
$ XIII. — Tournis.
Cette affection, qui est produite par la présence du Cæœnure cérébral dans le cerveau, est tout à fait identique au tournis des bêtes à cornes (Joy. page 340); elle n'attaque guère que les agneaux et les antenais.
$ XIV.— Météorisation.
(Voy. Tympanite des ruminans, page 305.) $ XV. — OEstres du nez.
Il y a une espèce de larve qui naît et croit dans le nez des bêtes à laine; elle est le produit d'une mouche qui dépose ses œufs à l’entrée de cette cavité. Cette larve, dès qu’elle est éclose, s'enfonce dans les cornets où elle grossit en incommodant beaucoup le mouton. On s’en aperçoit par les efforts qu’il fail pour s’en débarrasser; il baisse la tête, l'élève, la remue, s’ébroue de temps en temps, et quelquefois tourne comme s'il était atleint du tournis: bien des personnes y sont trompées.
Ces larves, nommées æstres, sont courtes, arrondies, blanches avec une tache brune à la tête. Quelquefois les bêtes à laine les rendent à force d’éternuer; pour en faciliter la sortie, ou du moins pour fes faire mourir, on expose les individus qui en ont à la vapeur de l’essence de térébenthine, ou mieux de l'huile empyreumatique. On peut se procurer commodément cette dernière vapeur en brülant de vieux cuirs, de vieux souliers dans une bergerie étroite, bien bouchée, et où l’on renferme les bêtes que l’on veut traiter. Si ces
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larves meurent dans les cornets et ne peuvent en sorlir, leur présence peut occasionner une inflammation dont on triomphe facilement en enlevant les larves au moyen d'ouvertures pratiquées à l’aide du trépan.
$ XVI. —-Chancre de la bouche.
Ce chancre, éminemment contagieux, ne doit pas être confondu avec le muguet des agneaux et les aphthes; il se montre sur la gencive inférieure, en dehors des dents; de là il gagne promptement la gencive intérieure, et plus souvent sur le devant de la bouche que sur les côtés. Il attaque aussi la gencive supérieure, et il peut s'étendre sur le palais, et même extérieurement sur le museau et sur les lèvres. Ce chancre, dont M. Morel de Vindé a donné une bonne description, commence par une tumeur qui se gonfle promplement, et dont le sommet présente une violente inflammation et une excessive rougeur; en moins de 24 heures cette tumeur s’élargit, se creuse intérieurement, puis s'ouvre et présente une plaie profonde qui s'étend avec rapidité; les dents se déchaussent des deux côtés, et les cavités qui les logent se corrodent. Aux diverses époques où ce chancre a déjà exercé ses ravages, il y a eu de nombreux exemples d’agneaux qui ont perdu toutes leurs dents, et qui ont même péri de la gangrène qui a suivi les plaies résultant de cette cruelle maladie. — On peut combattre avantageusement cette affection par la cautérisation avec l’acide nitrique (eau forte du commerce ). Ce moyen, proposé par M. Morel de Vindé, a été suivi du plus heureux succès dans une circonstance où la maladie dont il s'agit avait attaqué 32 bêtes en 5 à 6 jours. Ceite cautérisation doit se faire, non-seulement sur les chancres bien développés, mais encore sur ceux qui sont à l’état de tumeur commencante ; il faut alors fendre ces derniers avec le bistouri. Le point touché avec l'acide forme une escarre qui tombe bientôt, et qui laisse le plus souvent sous elle une plaie vermeille qui ne tarde pas à cicatriser. Lorsqu'après la chute de l’escarre, la plaie fournit encore du pus, il faut cautériser de nouveau avec l’eau forte, et continuer ainsi jusqu'à guérison parfaite : celle-ci ne se fait pas attendre plus de huit jours.
$ XVII. — Feu Saint-Antoine (feu sacré, mal des ardens, érysipèle gangréneux ).
Maladie épizootique très-grave, presque toujours mortelle, très-contagieuse, qui parait avoir exercé de grands ravages autrefois dans les troupeaux, mais qui est devenue extrèmement rare de nos jours. Sa rareté et son incurabilité bien reconnue m’engagent à ne pas la décrire.
$ XVIIL. — Piétin.
Maladie du pied consistant dans le développement d’un ulcère qui intéresse d’abord exclusivement le sabot et altère progressivement les parties intérieures. Cette affection commence par un décollement de l’ongle vers le biseau et du côté du talon. Si l’on enlève
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la portion de corne décollée, les parties sonsjacentes se présentent dans leur état normal, et sont recouvertes d’un épiderme très-fin, humecté d’un fluide oléagineux. Ce décollement de l’ongle précède toujours la formation de l’ulcère, qui s'annonce par une légère tuméfaction, s'établit sans abcès, et tend toujours à creuser. Alors la bête boite, le pied devient chaud et douloureux, et la portion de corne détachée se durcit et se fendille. Comme la douleur est très-aigüe, les bêtes dépérissent promptement; si plusieurs pieds sont attaqués, elles restent couchées, et continuent à manger dans cette position, Jusqu'à ce qu'un traitement convenable ou que la mort aient mis fin à leurs souffrances. Le piétin, abandonné à sa marche naturelle, peut amener la chute de l’onglon, la carie du dernier phalangien et des ligamens, et des désordres qui gagnent progressivement les parties supérieures. — Les boues âcres, les litières imprégnées d'urine et d’excrémens sont, dit-on, les causes du piétin; la contagion parait avoir beaucoup de part dans sa propagation. Quand une bête en est attaquée dans un troupeau, il est bien rare que l'affection. ne s’étende pas à plusieurs autres bêtes.
Traitement. On enlève la portion de corne détachée et les chairs filandreuses, et lon cautérise lulcère, soit au moyen de l'acide nitrique (eau forte), soit avec le sulfate de cuivre (vitriol bleu) réduit en poudre trèsfine, et appliqué sur la partie préalablement mouillée avec de la salive ou de l’eau. L’opération dont il s’agit doit être faite aussitôt
ue l’on s'aperçoit de l’existence du piétin;
e cette manière, on empêche les progrès de cette affection, et on obtient une guérison rapide. Si l’on attend trop tard, les désordres deviennent considérables, requièrent une opération plus grave et des soins plus minutieux. Il faut alors entourer le pied malade d’étoupes recouvertes d’égyptiac, et renouveler le pansement tous les Jours ou tous les deux Jours au plus tard.
$ XIX.— Fourchet.
Maladie qui a son siége dans un canal folliculaire formé par un repli de la peau, et situé immédiatement entre les deux os des couronnes, au-dessus de la peau qui revêt le fond de la séparation des onglons.—Les causes du fourchet paraissent être tantôt une accumulation de Phumeur sébacée dans le canal du fourchet, tantôt l'introduction dans ce canal de quelques corps étrangers, tels que la boue, la poussière, la terre, les graviers, etc. L’affection est d'autant plus commune, que les terrains sur lesquels pàturent les animaux sont plus durs, plus secs, plus pierreux, plus échauffés par le soleil; les animaux les plus gros et les plus pesans paraissent en être attaqués de préférence. Le fourchet commence par une inflammation qui donne lieu à un gonflement plus ou moins étendu. Ce gonflement, borné d’abord à l’entre-deux des doigts, gagne peu à peu le pourtour du canal du fourchet, et finit par embrasser les couronnes et jes paturons. 11 s'accompagne d’une boiterie qui est d'autant plus forte, que les douleurs sont plus vives et les désordres plus