DU CHEVAL QUI SE COUPE
les deux pieds doivent se trouver rejetés en dehors et éloignés l’un de l’autre, puisque les branches internes des fers sont pans épaisses que les externes; 2° que les sabots doivent ètre moins offensans, puisque la râpe a diminué l'étendue de leur diamètre en dedans, que le fer dont ils sont armés est complétement dérobé sous la paroi par sa position et par l'obliquité de sa rive externe, et qu’enfin les rivets ne sauraient deveoir vulnérans pour le membre posé à terre, puisqu'ils n’existent pas du côté interne.
Mais à côté de ces avantages, la ferrure des pieds qui se coupent présente, il faut le dire, le grave inconvénient de fausser tout à fait l'appui du sabot sur le sol, de déranger les rapports des rayons osseux des membres, et de fatiguer douloureusement les appareils ligamenteux et-tendineux de leurs articulations inférieures. Aussi est-il prudent de n’employer cette ferrure que par intermittence, et de la remplacer de temps à autre par la ferrure ordinaire.
$ 1V.— Des autres défauts d’aplomb.
Pour les trois modes de ferrure que nous venons de passer en revue, la somme des avantages qu'ils présentent surpasse de beaucoup celle des inconvéniens qu'ils entraînent: et c'est pour ce motif qu'ils sont généralement adoptés. Il n’en est pas de même de ceux qui restent encore à examiner.Pour eux, au contraire, la somme des inconvéniens prédomine sur celle des avantages, et doit les faire toujours rejeter. Quelques mots seulement sur ces différens modes.
Un même mode de ferrure a été conseillé pour les chevaux bas du devant, sous eux du devant, arqués, droits sur leurs boulets, court- Jointés. Cette ferrure consiste à abattre les talons, en laissant à la pince toute sa hauteur, et à appliquer sous le pied un fer épais en pince et aminci en éponges. On pensait pouvoir, par ce mode de ferrure, déterminer l'allongement des tendons, et régulariser 1es aplombs. En admettant, chose douteuse, que tels soient les résultats produits, ils sont loin de compenser les graves inconvéniens qui les accompagnent ; et en effet, les tiraillemens continuels qu'éprouvent les tendons par le fait de cette ferrure, les rendent bientôt le siége de douleurs, d’engorgemens, de dilatations synoviales, et d'une rétraction même qui agit dans le sens du défaut qu'on a voulu éviter et ajoute à son intensité. Même mode encore a été conseillé pour les chevaux aux jarrets droits, afin, dit-on, de les asseoir davantage sur leurs jarrets; mêmes inconvéniens, et de plus, retards dans la progression.
Je ne parlerai pas ici des moyens conseillés par BourGELAT pour remédier au défaut des chevaux qui troussent, qui billardent, qui déjettent leurs membres. Tous ces moyens, plus ou moins ingénieux, ne sont plus connus que dans l’histoire de la ferrure, et leur énumération même serait déplacée dans un traité pratique.
SECTION Vi.
$ Ir, — De la ferrure de l’âne et du mulet.
La ferrure de l’âne et du mulet est pour les principes identiquement la même que celle du cheval. La forme seule des fers subit une modification, qui est la conséquence de la forme différente qu’affectent les sabots de ces animaux.
Le sabot de l'âne et du mulet est plus rétréci latéralement que celui du cheval, et plus allongé dans le sens antéro-postérieur; la sole en est plus creuse, la fourchette plus petite, les’talons surtout plus élevés ; la paroi a moins d'épaisseur que dans le cheval, et plus de dureté à sa surface; elle est surtout trèsamincie en quartiers : la circonférence de la surface plantaire se rapproche plutôt de la figure d’un quadrilatère que de celle d’un cercle.
Pour ferrer un pied de mulet ou d’âne,il faut le parer à plat, diminuer la hauteur des talons, laisser à la fourchetteson volume, et adapter au pied un fer dont la forme soit moulée sur la sienne. Le fer à mulet à devant ( fg. 231) et le fer à derrière (J£g. 232) forgé et ajusté convenablement, doit avoir une forme un peu
Fig. 231. Fig. 232.
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quadrilatère comme celle du pied, une égale épaisseur partout, plus de couverture en pince que dans les branches, où elle diminue graduellement jusqu'aux éponges ; les étampures doivent être placées un peu gras pour permeltre de donner au fer une lègère garniture sur toute la circonférence du sabot; l’ajusture doit être peu sensible. Pour placer ce fer sous le pied, il faut se servir de clous à lames larges et délicates, et dont l’affilure trèsoblique puisse vaincre facilement la résistance qu'oppose à leur pénétration la grande dureté des couches corticales de la paroi.
Un fer ainsi conformé protége suffisamment le sabot, le garnit assez pour empêcher la paroi de se dérober, et permet au pied de prendre sur le sol un point d'appui solide; et de plus, il à l’avantage de ne pas vicier les aplombs. Il n’en est pas de même des fers usuellement adoptés pour l’âne et le mulet.
Le fer à mulet le plus ordinairement employé a beaucoup plus de largeur et de surface que le nécessite l’étendue de la face plantaire du sabot; les étampures sont placées plus près de la rive interne que de l’externe, en sorte que lorsque ce fer est fixé sous le pied, la paroi se trouve débordée sur toute sa circonférence par une très-large garniture, et en arrière des talons par les éponges. On emploie cette ferrure dans le but, dit-on, d’élargir la base d'appui du mulet que la nature a trop restreinte.
ANIMAUX DOMESTIQUES : DE LA FERRURE