LIV. ii
Fondé, comme on le voit, sur une grossière erreur, ce mode de ferrure entraine les plus fâcheuses conséquences. Le prolongement du fer en avant de la pince augmente la longueur du bras de levier de 1a force antagonisie des tendons qui, par ce fait même, agit sur ces organes avec plus d'intensité et en détermine promptement la fatigue et la ruine. On doit concevoir combien cet effet doit être rapide, si l’on réfléchit que les mulets et les ânes sont surtout utilisés dans les pays de montagnes, et que pour en gravir les pentes ils sont forcés de prendre un point d'appui sur le sol avec la pince de leurs fers. Quel ne doit pas être alors le tiraillement des tendons, pour peu que cette pince dépasse en avant la paroi ! Aussi rien n’est-ilmoins rare que de voir les mulets dont les sabots ont été ferrés longtemps d’une manière aussi irrationnelle,droits sur leurs boulets, et pinçards même par la rétraction des tendons. Ajoutons à cel inconvénient déjà si grave que, lorsqu'on fait travailler des mulets ainsi ferrés dans des pays boueux, humides et marécageux, les difficultés qu’ils éprouvent à chaque pas pour retirer leurs pieds enfoncés dans la boue, rendent leur marche plus lente et plus pénible.
En Provence, le mode de ferrure usité pour les mulets n’est pas tout à fait le même que celui dont nous venons de donner l'exposé.
Le fer provencal a une forme tout à fait quadrilatérale, c’est-à-dire que la partie antérieure de sa rive externe forme une ligne droite qui se réunit perpendiculairement avec la rive externe également droite des branches. Placé sous le pied, ce fer n’a de garniture qu’en quartiers, et se trouve à fleur de la paroi en pince. A ce dernier égard, il est moins irrationnel que le fer ordinaire, et semble même par la carrure de sa pince devoir être plutôt favorable que préjudiciable au service du tirage que remplissent surtout les mulets, en permettant aux pieds de prendre sur le sol un point d'appui solide.
Le fer à /a florentine, dont on fait usage principalement en Italie, est tout à fait absurde dans sa forme : sa pince est très-pro»
longée, pointue et dirigée en dedans. On ne saurait concevoir quelle idée première a présidé à la conformation de ce fer, et quel but on s’est proposé en lui donnant une forme aussi bizarre. Il présente tous les inconvéniens du fer à mulet ordinaire, et n’en offre aucun des avantages.
$ IE. — De la ferrure du bœuf.
Le pied du bœuf est différent du pied du cheval, en ce qu'il est divisé en deux onglons, et que son élasticité résulle de cette division même et non du mécanisme de son sabot. Aussi sa ferrure, beaucoup moins compliquée, n’a qu’un but unique, c’est de préserver de l’usure la corne du sabot: car Padaptation d’un fer protecteur sous chacun des onglons ne saurait mettre obstacle à leur écartement, et conséquemment à l’élasticité du pied.
On ne ferre pas les bœufs dans tous les pays de France; cet usage n’est adopté que dans les localités où ces animaux sont em-
cHaAP,. 6. DES INCONVENIENS
ployés à des services de tirage sur des routes pierreuses, ou bien encore dans les pays d'élève, avant de faire parcourir aux bestiaux le trajet qui les sépare des marchés des grandes villes.
Le fer du bœuf (fég. 233 et 234) est une pla-
Fig. 234.
Fig. 233.
que peu épaisse à laquelle on donne la forme de la face plantaire de l’onglon sous laquelle elle doit être adaptée. Cette forme est assez semblable à celle que représenterait le quart d'une surface ovalaire; les étampures, au nombre de six, sont placées près l’une de l’autre, seulement sur sa rive externe. Il porte à l’extrémité de sa rive interne un prolongement qui s’en détache à angle droit, et qui est assez flexible pour être piié à froid sur la paroi et remplacer les clous qui devraient servir de ce côté au maintien du fer. Pour le préparer à être fixé sous l’onglon, on donne à ce fer une ajusture qui consiste à relever un peu sa rive externe et son éponge, de manière à lui imprimer dans toute son élendue une légère incurvation destinée à se mouler sur la forme un peu convexe de la face plantaire de l’onglon ; puis on soutire de la rive interne un pincon peu élevé, mais assez long, qui doit remplir l’espèce de creux que présente l’onglon à sa face interne, et s'opposer à l’interposition entre la corne et le fer des graviers qui pourraient y pénétrer.
Pour fixer ce fer sous le sabot, on se sert de clous petits et délicats que l’on broche et rive à la manière habituelle ; puis, lorsqu'ils sont implantés, on rabat, à l’aide du brochoir, sur la paroi, la languette flexible que le fer présente à sa rive Interne.
Il n’y a point de différence quant à la forme entre le fer externe et l’interne, le premier est seulement un peu plus épais, et le second un peu plus large. Dans quelques pays, on ne ferre que l’onglon externe du bœuf.
SECTION vIi.— Des inconvéniens de la ferrure et des procédés proposés pour la remplacer.
La ferrure, basée sur les principes rationnels que nous avons indiqués, est, comme on a pu en juger, un art indispensable à lutilisation de nos grands animaux domestiques.
Cependant, il faut le dire, à côté des avantages immenses qu’elle produit se range une longue série de graves inconvéniens qu'elle entraine à sa suile. Ainsi on a observé avec raison que l’interposilion du fer entre le sol et le pied s’opposait à l'usure graduelle de la corne
ar le frottement, et qu'il résultait de ce dé-
aut d'usure un allongement du sabot , contraire à la rectitude des aplombs. On a dit avec raison qu’en associant le pied à l’inflexibilité du fer, on le privait des mouvemens