LIV, LIT
même de se procurer, et qui possède spécialement les qualités qu’il recherche.
B.Croisement de deux races trés-différentes.
L'expérience a prouvé qu'il y avait inconvénient à accoupler ensemble deux races par trop différentes sous le raport de la taille, des formes ou des caractères particuliers. Cette marche, que l’on a tentée quelquefois, espérant obtenir des produits dans lesquels les défauts contraires des deux races seraient neutralisés, n’a eu pour résultats que des animaux plus où moins défectueux. Ce qui précède sur les formes et les qualités que le père et la mère transmettent respectivement à leurs descendans, explique suffisamment ce fait. De bons éleveurs ont conseilié par ceite raison de prendre d’abord pour type améliorateur une race mixte , lorsqu'on veut donner à la race indigène les qualités d’une autre qui en diffère essentiellement. Toutefois ce mode de procéder est fort long. La première méthode serait préférable, si on ne voulait utiliser les premiers produits que principalement pour la propagation. Lorsque, par exemple, on croise des brebis à laine de peigne fort grossière, avec des béliers électoraux ou de Naz, la plupart des métis qui en résultent ont une laine qui n’est ni de peigne ni de carde, mais mélangée des deux et qui,est ordinairement rejetée par les fabricans. Mais que l’on accouple les métis femelles, de nouveau avec des béliers électoraux, et la deuxième génération se sera beaucoup rapprochée des pères, et donnera déjà une laine de quelque valeur. A la quatrième cu cinquième génération, on sera plus avancé en procédant ainsi, qu'on ne l’eût été à la dixième en employant d’abord des béliers mérinos communs.
Néanmoins dans des cas pareils, il y a presque toujours avantage à introduire et à conserver pure la race que l’on veut posséder, à moins qu’il n’yait trop de difficultés à s’en procurerun assez grand nombre d'individus. C'est ce quiarriva dans lescommencemens de l’introductiondes mérinos en Franceeten' Allemagne.
Aujourd’huion ne voit plus que quelques culüivateurs employer le croisement pour ce genre de bétail. Mais c’est encore, pour toutes les espèces et les races chères et provenant de contrées éloignées, la seule méthode qui soit à la portée de la plupart des éleveurs.
Si néanmoins, en pareil cas, la race du pays était trop différente de celle avec laquelle on veut la croiser, on pourrait se procurer des individus d’une race voisine moins éloignée de la race étrangère, pour croiser avec cette dernière. Si par exemple, on voulait créer par croisement un troupeau de Dishley dans les Ardennes ou dans la Sologne, il ne faudrait pas songer à employer la race du pays, mais faire venir, dans les Ardennes des bêtes allemandes , en Sologne des bêtes du Poitou, qui les unes et les autres se rapprochent des Dishley.
C. Méthode d'effectuer lescroisemens.Dans les croisemens opérés entre une race commune et une race perfectionnée, on n’emploie jamais que des mâles de cette dernière. On pourrait également employer des femelles que l’ou accouplerait avec des mâles de la race indigène, mais cela serait infiniment plus coùteux et plus long, un mâle suffisant pour un
cap. 7.
grand nombre de femelles et pouvant donner chaque année 40 à 50 produits.
Pour fondre une race dans une autre, on accouple de nouveau les mélis femelles produits par le premier croisement, avec un mâle de la même race que le père, et on continue ainsi jusqu'à ce qu'après une série de générations, il n'existe plus aucune différence centre la race améliorée et son type améliorateur. C’est alors seulement et lorsque la nouvelle race est devenue constante, c’est-à-dire après la dixième et douzième génération, qu'on peut la multiplier par elle-même.
Un grand nombre des plus beaux troupeaux mérinos de l'Allemagne ont été créés de cette manière.
$ V.— Création d’une nouvellerace par croisement.
Au moyen des croisemens on peut non-seulement fondre une race dans une autre, mais eucore en créer une nouvelle qui participe en même temps des deux races dont elle provient. Il suffit pour cela d'arrêter le croisement lorsque les produits ont pris de la race étrangère et conservé de la race indigène, autant qu'il convient à nos vues.
Cette méthode, qui a été suivie et conseillée assez généralement pour les chevaux, et qui pareit au premier abord simple et facile, offre cependant de grandes difficultés et exige une connaissance approfondie de la matière, des soins et des précautions sans lesquelles elle n’a ordinairement que de mauvais résultats.
Il est d’abord impossible de déterminer d'avance avec certitude quels seront les caractères, les formes, les qualités et les défauts que le produit héritera du père et ceux qu’il héritera de la mère. Les notions qui précèdent sur ce sujet ne sont qu'approximatives, et les principes qui en découlent subissent des exceptions fréquentes. D'ailleurs, cela ne serait-il pas, qu’il y aurait toujours impossibilité de préciser dans quelle proportion le père et la mère transmettront respectivement leurs caractères spéciaux, et jusqu'a quel point l'influence de l’un sera neutralisée par celle de l’autre. Un seul fait rapporté par Pabst
prouvera combien les circonstances peu- |
vent modifier les prévisions sous ce rapport. Un bélier électoral, d’une haute finesse, accouplé avec des brebis métis, avait donné une première année de fort beaux produits; l’année suivante, accouplé de nouveau avec les mémes bêtes, il ne produisit que des agneanx médiocres et à peine différens des mères. En recherchant les causes de cette anomalie, on s'aperçut qu'en dernier lieu, le bélier, confié aux soins d’un berger peu intelligent, avait reçu une nourriture si abondante qu'il en était devenu fort gras, et par suite lourd et paresseux, tandis que la première annéeil avait été entretenu dans l’état de vigueur le plus approprié à la monte, par un régime convenable.
Il se présente de plus une autre difficulté, c'est le peu d'aptitude qu'ont en général les métis à transmettre leurs caractères à leurs descendaus. J'ai déjà dit qu’une race possédait d'autant plus cette faculté qu’elle avait plus de constance. Or, le croisement détruit
MULTIPLICATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES
toute constance, il la détruit d'autant plus complétement, et augmente d'autant plus le temps et le nombre de générations nécessaires pour la créer de nouveau, que les deux races croisées étaient plus dissemblables.
Une longue expérience a appris aux éleveurs de moutons fins en Allemagne que des métis, même de 8° génération, en tout semblables aux bêtes de race pure, multipliés entre eux, ne donnaient cependant la plupart que des produits médiocres et dont plusieurs se rapprochaient de leurs ascendans maternels. Dans les croisemens avec des bêtes de race commune On a pu remarquer également chez les métis cette absence de la faculté de transmission à leurs descendans; aussi n’est-ce en général qu’au bout de la 10° et 12° génération que l’on croit pouvoir se passer de béliers mâles de race pure, et au bout dela 14: ou 15° que l’on se hasarde à employer les béliers métis à l'amélioration d’une race commune. Il est probable que ces faits, qui se sont presque constamment représentés chez les métis d’une race aussi ancienne, aussi constante que la race des moutons mérinos, doivent avoir lieu pareillement chez les produits croisés dans les autres genres de bestiaux. à
On a observé que les produits des métis tendaient en général à se rapprocher de celle des deux races composantes qui avait le plus de constance et qui était le plus en harmonie avec les circonstances naturelles et artificielles de la localité. Or, les premières, et presque toujours aussi les circonstances unie favorisant nécessairement la race indigène, plus’ que la race étrangère importée, on ne pourra éviter le retour vers la première
| qu'en changeant le régime, le traitement,
peut-être même l’emploi, en plaçant en un mot la nouvelle race que l’on veut créer, dans une position exceptionnelle.
Il n’en est pas tout à fait de même lorsqu'on croise deux races également étrangères à la localité; il est plus facile alors de créer, avec les métis qui en résultent, une race nouvelle qui, après un certain nombre de générations, pourra posséder des caractères à part et constans.
Plusieurs races de bêtes à cornes fort estimées, de l'Allemagne, ont été créées de cette manière, el on s'occupe aujourd’hui dans le même pays à former de nouvelles races de chevaux par un moyen semblable.
De ce qui précède, il résulte que, s’il peut être avantageux dans certains cas d'introduire plus ou moins de sang étranger dans nos races de chevaux et d’autres bestiaux, il y aurait danger à appliquer cette méthode généralement. Le succès en sera particulièrement douteux toutes les fois que le type améliorateur aura peu de constance, lorsqu'il différera considérablement de la race indigène, et qu’enfin, par sa nature, ses dispositions, ses vices, ses qualités, il s’éloignera du but que nous voulons atteindre et pour lequel nous n'avons besoin que d’une faible partie de ses caractères; c’est ce qui a lieu, par exemple, pour la race de chevaux de pur sang anglais, race artificielle, née d'hier, créée pour un usage unique et spécial, par dessoins el des moyens compliqués et dispendieux, et
que l'on est également obligé de prodiguer aux produits qui en résultent, si l’on ne veut pas les voir dégénérer promptement. Les résultats des croisemens opérés avec cetle race en France et en Aliemagne, résultats qui l'ont fait définitivement rejeter par la plupart des hippiatres les plus distingués de ce dernier pays, et notamment par le célèbre pe Burcsporr (1), confirment suffisamment cette opinion.
$ VI. — Amélioration d’une race par elle-même.
La possibilité de changer et d'améliorer une race sans croisemens repose, en parlie, sur la différence qui exisie, même dans les races les plus constantes, les plus uniformes, entre les divers individus qui en font partie; etensuite sur l’influencetrés-grande qu’exercent la nourriture, les soins, le genre de vie, l'emploi, sur les formes, la taille, les dispositions, et en général sur les caractères des animaux domestiques.
Il n’est point, par exemple, de troupeau de vaches dans lequel on ne remarque qüelques bêtes meilleures laitières que les autres, ou se tenant toujours en bonne chair, Landis que les autres restent maigres. Dans tous les troupeaux de bêtes ovines, il est également quelques individus ayant une plus belle laine, ou plus de dispositions à l’engraissement que le reste du troupeau, etc.; que les individus mâles et femelles qui présentent ces particularités soient accouplés ensemble, de même que leurs descendans, et que la nourriture, le traitement, les soins, l'emploi soient: dirigés de manière à favoriser encore ces caracières, et au bout de quelques générations on aura créé une souche à part, qui, dans un temps plus ou moins long, finira par devenir une race distincte ayant des caractères bien tranchés et constans.
La plupart des races les plus distinguées d'animaux domestiques doivent leur origine à ce mode de procéder; ainsi, la race électorale, les chevaux de course anglais, probablement aussi les races chevalines de l'Orient. Enfin, c’est la méthode qu'ont suivie Backwell, Fowler, Princeps, ces célèbres éleveurs anglais, pour créer les races si justement vantées de bestiaux que l'Angleterre leur doit.
Cette méthode est moins chanceuse que le croisement et que l'introduction d’une race étrangère, bien suivie, son succès n’est presque jamais douteux, Néanmoins il est des cas où le temps nécessaire pour atteindrele but serait tellement long. qu’il y a un avantage évident à lui préférer l’un des deux autres moyens. L’est ce qui 3 lieu lorsque la race que l’on veut améliorer ainsi diffère considérablement de celle qu’on désire posséder, et s’en éloigne surtout par des caractères sur lesquels la nourriture, le traitement, le genre de service n’influent que faiblement.
Je suppose qu’on veuille créer en Franche- Comté, et sans croisement, une race de chevaux de selle fins; malgré l'énorme distance à franchir, on y parviendrait incontestablement. Par un choix convenable des jumens,
ÉCONOMIE DU BÉTAIL. LIV « He
et surlout des étalons, par une nourriture sèche et composée en majeure partie de grains, par un emploi prolongé à la selle, on finirait par rendre le poil plus fin, les membres plus secs, le corps et surtout le ventre moins développés, la ‘croupe plus horizontale; il est probable même qu’on parviendrait également a rendre la tête plus légère, la pose de la queue et des oreilles plus gracieuse; mais il faudrait une longue série de générations pour atteindre à ces résultats, surtout aux derniers qu’on obtiendrait promptement par les croisemens accompagnés d’un traitement convenable, où mieux encore, par l'introduction d’une race étrangère de chevaux de selle.
La même chose aurait lieu pour des moutons grossiers qu’on voudrait rendre fins, ou pour les bêtes à cornes à demi sauvages de la Camargue dout on voudrait faire une race bonne laitière ou propre à l’engraissement.
Avant de se décider pour ce mode de perfectionnement, l'éleveur doit donc s'assurer si la race qu'il possède ne s’éloigne pas trop du type qu’il a en vue de créer, et si les dispositions et les caractères qu’il veut faire naître ou supprimer sont du nombre de ceux que la nourriture, le traitement, les soins et le genre de service peuvent modifier promptement. Parmi ces caractères on doit placer en première ligne la taille des animaux domestiques.
$ VII. — Taille de la race.
Destroismoyens qu'a l’éleveur d'augmenter la taille, le dernier mentionné est dans presque tous les cas le seul avantageux.
La taille dépend trop de la nourriture pour que l’on puisse espérer de bons résultats de l'introduction d’une grande race dans un pays pauvre, à moins que par une bonne culture on n’ait préalablement augmenté la nourriture dans une égale proportion. Mais dans ce cas on aurait pareillement augmenté la taille de la race indigène, et cela avec beaucoup plus d'avantage et moins de risques; car on à obsérvé généralement que, proportion gardée du poids des individus, les bêtes de petite taille sont plus sobres, se contentent plutôt d’un fourrage de méaiocre qualité, utilisent en un mot mieux la nourriture que celles de grande taille, tant que cette nourriture reste au-dessous d’un certain terme, tant pour la qualité que pour la quantité. On engraisse de petits bœufs dans des pâturages, ou avec des alimens qui souvent ne serviraient qu'à entretenir un nombre proportionné de grands bœufs. Des vaches de l'Oberland ou du Cotentin cessaient de donner du lait et devenaient d’une maigreur effrayante, dans des pâturages où de petites vaches du pays trouvaient assez, non-seulement pour se bien entretenir, mais encore pour donner des produits satisfaisans.
Ea laissant à l’amélioration dans la nourriture le soin d'augmenter la taille et les produits de larace indigène, on a l’avantage fort grand de pouvoir procéder avec lenteur et prudence aux changemens. que cela nécessite dans le système de culture; de ne pas crain-
{t) Voy, Lundwirths shafltiche Mittheilnngen v. Fr. Schmalz, Tome IV, pag. 60.
cHAP. 7,
dre de dégénération dans la race ainsi améliorée, cette amélioration étant progressive, et le résultat immédiat de causes qui existent toujours ; enfin, on jouit à mesure de l’effet de chaque amélioration introduite dans le régime alimentaire.
Qu'on ne craigne pas, du reste, que ce mode de procéder soit trop lent. L’effel de linsuffisance, aussi bien que de l'abondance de la nourriture sur la taille des animaux se remarque de la manière la plus sensible dès la première génération. J’ai vu en Lorraine, entre autres à Roville, des produits de la petite et chétive race de bêtes à cornes du pays, avoir, à 12 ou 13 mois, plus de taiile que leurs parens, et cela, par le fait seul de la nourriture. M. Fvart, directeur d’Alfort, vient d’obtenir des résultats plus remarquables encore, avec de petites bêtes de Naz.
On a objecté, notamment pour les chevaux, que l’augmentation de la taille, lorsqu’elle était due seulement à la nourriture, avait ordinairement pour résultat de gâter les formes, et de rendre les animaux ventrus, lourds et empâtés. Cette objection, généralisée, est sans fondement ; elle ne peut s'appliquer tout au plus qu’à une seule espèce d’aliment, les fourrages verts. Une nourriture sèche, peu volumineuse et substantielle, comme par exemple les grains, tout en augmentant la taille autant et plus que les fourrages verts, bien loin d’avoir l'inconvénient en question, est au contraire un moyen puissant de le faire disparaitre, et cela non-seulement dans une race, mais encore chez l'individu isolé. Pendant mon séjour en Saxe, J'ai eu fréquemment l’occasion de voir les chevaux à demi sauvages de la Podolie et de l'Ukraine, qu’on amenait en grandes troupes pour la remonte d’une partie de la cavalerie saxonne. Ces animaux qui, jusque-là, avaient vécu sans aucun soin et en pleine liberté, étaient d’un aspect véritablement repoussant, et je ne pouvais d’abord assez m’étonner que l’on payàt 25 à 30 louis pièce des rosses pareilles. Mais au bout d’un mois, mon étonnement fut plus grand encore en revoyant ces mêmes chevaux. Leur poil long et hérissé, leurs formes défectueuses avaient disparu, et beaucoup d’entre eux auraient pu figurer à côté des plus beaux chevaux de selle au bois de Boulogne ou à Longchamps. Les Anglais disent avec raison que la taille d’un cheval est dans le sac à avorne. Ce n’est pas, en effet, par le jeûne qu'ils sont parvenus à faire des chevaux de 10 à 12 pouces avec des étalons arabes de 3 à 4. Or, la sécheresse des formes de leurs chevaux fins prouve, mieux que tous les argumens, le peu de fondement de l'opinion citée plus haut.
Plusieurs auteurs se sont basés néanmoins sur cette opinion pour conseiller le croisement avec des étalons étrangers de grande taille, comme le seul moyen convenable d'augmenter la taille des petites races indigènes, ou du moins comme devant toujours accompagner l’augmentation de la taille par le fait de la nourriture, L'expérience n’a point sanctionné ce principe; tous les faits ont, au contraire, prouvé que la taille dépendait beaucoup plus de la mère que du père, et qu’ensuite, s'il y avait inconvénient à croiser deux
MULTIPLICATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES
races très-dissemblables, c'était surtout le cas lorsque les mâles appartenaient à une grande race, les femelles à une petite. Les produits qui en résultent sont décousus et disproporlionnés dans leurs formes. Certaines parties du corps tiennent du père pour la grandeur; d'autres se ressentent de l’étreinte qu'elles ont éprouvée dans l’étroit bassin de la mère. Cette dernière court aussi beaucoup de danger dans le part. On a observé qu'il y avait même presque loujours de l'avantage à employer des mâles un peu plus petits que les femelles. On obtient ainsi des animaux bien conformés et ordinairement plus grands que leurs pères. Les mulets et les bardeaux sont des preuves bien évidentes en faveur de cette théorie : les premiers, issus d’un baudet et d’une jument, sont toujours beaucoup plus grands que leurs pères, souvent même pius grands que leurs mères, et ont presque la conformation extérieure de ces dernières, tandis que les bardeaux, qui résultent de l’accouplement d’un étalon avec une ânesse, sont à peine plus grands que leurs mères, ont des formes décousues et sont paresseux. Aussi la production de ces animaux, production qui, sans ces inconvéniens, eût été si avantageuse, u’a-t-elle lieu nulle part en grand. En Suisse, le taureau est souvent le plus petit animal du troupeau.
$ VIII. — Accouplement consanguin.
Dans l’amélioration d’une race on est souvent obligé d'opérer l’accouplement entre individus de la même famille, c'est ce qu’on appelle l’accouplement consanguin.
Les opimons sont très-partagées sur les effets de cet accouplement prolongé. Les uns prétendent qu'il conduit infailliblement à la dégénération. Les autres, parmi lesquels on compte le célèbre Backwell et d’autres bons éleveurs anglais et allemands, tout en accordant qu’il y a dégénération par l'exagération de certains défauts, lorsque ces défauts prédominent dans les individus de la même famille que l’on veut accoupler ensemble, sont
| d'avis, néanmoins, qu'il n’y a point dégéné- | ration par le fait seul de l’accouplement con- | sanguin (que les Anglais nomment 7 and in et les Allemands ZzzucAt), et que l’on ne doit par conséquent pas craindre de l’employer | toutes les fois que la famille appartient à une race bien constante et est exemple de défauts spéciaux à tous ses membres et prédominans.
On ne doit donc faire attention qu’à la perfection des animaux reproducteurs, surtout pour le but que l’on se propose d'atteindre, et choisir le plus parfait, qu'il soit parent ou étranger. De part et d'autre on présente des faits, de sorte que la question est encore en suspens; toutefois, le plus grand nombre parait être en faveur de l’accouplement consanguin. C’est ainsi que se sont formés et que se forment encore chez un grand nombre de petits et de moyens propriétaires les troupeaux de métismérinos : le bélier mérinos, qui a servi à produire les métis de première génération, sert encore à produire ceux de seconde avec ses filles, et ceux de troisième avec ses petitesfilles, etc.; et on n’a pas éprouvé d’inconvenient de cette méthode d'opérer, mais on en
aurait eu, ainsi que l'expérience l’a prouvé, de faire saillir les mères par les fils, parce que ceux-ci étaient des métis et par conséquent dénués de constance.
$ IX. — Qualités individuelles des animaux reproducteurs.
Soit que l’on croise ou qu’on améliore d’une autre manière les animaux domestiques, il ne suffit pas de considérer la race des sujets re-
roducteurs, il faut encore voir leurs qualités individuelles. Il existe sous ce rapport de trèsgrandes différences entre les animaux d’une même race, et c'est souvent pour n’y avoir pas attaché assez d'importance qu’on a oblenu de mauvais résultats de croisemens, du reste bien entendus. On est trop disposé à oublier toute l'influence qu’exercent les circonstances artificielles sur les caractères et les qualités d’une race et même des individus isolés, et jusqu’à Le point ces circonstances peuvent les modifier.
Parmi les défauts de plusieurs races perfectionnées, on remarque une faiblesse et une délicatesse de complexion qui viennent évidemment de soins trop grands et d’une nourriture trop recherchée. Malheureusement, ce défaut est héréditaire et parait se transmettre surtout du père aux produits. Lorsque ces derniers sont privés des soins et des alimens substantiels qu’on prodiguait aux parens, et sont traités à l’instar de la race commune, ils succombent ou deviennent chétifs et misérables. L
C’est surtout dans la production de l'espèce chevaline, pour laquelle une constilution robuste est une qualité essentielle, que ces faits ont été observés et ont été le plus préjudiciables,'et c’est à cette circonstance qu’on doit attribuer en partie le peu de résultats qu'a eus jusqu’à présent l’institution des haras en France, institution qui, dirigée dans un autre sens, aurait pu être d’une haute utilité.
Pour qu’une race puisse être employée avec avantage comme type améliorateur, il faut que les qualités qe la distinguent ne soient pas le résultat de circonstances exceptionnelles, et puissent persévérer sous l'influence du régime, des soins et du genre de serviee que la grande majorité des éleveurs peut lui appliquer.
Il est inutile d'ajouter qu’une des premières conditions que l’on doit rechercher dans les animaux reproducteurs, c’est une bonne santé; et que pour obtenir de beaux produits d’un mâle, on ne doit lui donner qu’un petit nombre de femelles à saillir.
$ X. — De l’âge le plus convenable à la reproduction.
L’âge le plus convenable pour la propagation est depuis l’époque où le désir d’accouplement commence à se manifester fortement et d’une manière réitérée, jusqu’à celle où il faiblit. C’est la période où l'animal est dans toute sa force.
La plupart des animaux manifestent de très-bonne heure le désir de génération, souvent lorsqu'ils ont à peine acquis la moitié de leur développement. En laissant des individus
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