LIV. YIl
de cet âge s’accoupler ensemble, on se nuirait non-seulement par la. petitesse des produits qu'on en obtiendrait, mais encore en arrétant la croissance des parens. Toutefois, si l’on voulait attendre, pour les accoupler, qu'ils aient acquis toute leur taille, on risquerait de dépasser l’époque la plus propice pour la reproduction, surtout chez les mâles qui, ordinairement, deviennent lourds et paresseux dès qu’ils cessent de croitre. Il est vrai que les premiers produits de jeunes bêtes sont un pen moins gros à leur naissance que ceux de êtes adultes, mais ils récupèrent cela plus tard, et ils atteignent la même taille que les autres individus de la race. La plupart des animaux domestiques peuvent s’accoupler lorsqu'ils ont environ les trois quarts ou même seulement les deux tiers de leur taille.
D'un autre côté, les vieilles bêtes, lorsqu’elles produisent encore, ne créent ordinairement que des sujets faibles et chétifs. D’ailleurs, les vieux mâles ne peuvent guère saillir qu'à de longs intervalles ; et les vieilles femelles, lors même qu’elles manifestent de la chaleur, ne retiennent et ne concoivent que rarement.
On observe que les petites races sont en général plus précoces sous ce rapport comme sous les autres, et cessent aussi plus tôt que les grandes.
Mais quel que soit, du reste, l’âge des individus, ce qu'il faut considérer particulièrement lorsqu'on veut les employer à la propagation (à part les circonstances spéciales à notre but), c’est leur vigueur, leur energie et la force avec laquelle ils manifestent leurs désirs. «
$ XI.— Des règles à observer dans l’accouplement.
Les animaux domestiques entrent en chaleur à certaines époques de l’année plutôt qu’à d’autres. On peut changer cette époque presque à volonté, et on l’a déjà fait pour la plupart des genres de bestiaux, suivant les besoins de la culture.
La nourriture influe beaucoup sur le moment où l’animal entrera en chaleur. Cette dernière se manifeste ordinairement à l’époque où la nourriture devient meilleure, c’està-dire au printemps, avec la nourriture au pâturage. L’éleveur, en améliorant le régime alimentaire à certaines époques, peut déjà influer sur cet objet, et notamment hâter l’époque de la chaleur; il peut également la retarder, en ne satisfaisant pas les premières manifestations. Toutefois, ce n’est pas sans précautions qu’il faut employer ce moyen, parce que la femelle ne conçoit pas aussi sûrement, et souvent ne conçoit plus du tout lorsque plusieurs chaleurs sont restées non satisfaites.
On a observé, du reste, que les bêtes trop grasses, de même que les bêtes maigres et débiles, soit mâles, soit femelles, procréaient moins sûrement que celles qui sont en bon état de chair et de vigueur. Les femelles, notamment, ne retiennent presque jamais dans cet état.
üftar. 7.
SECTION 111. — De l’éleve du bétail.
On peut diviser l’élève en trois périodes différentes : La première comprend la période pendant laquelle l’animal se trouve dans le sein de sa mère;
La seconde, pendant laquelle il tète et dépend encore de sa mère ; k
La troisième comprend l'intervalle depuis le sevrage jusqu’à l’accouplement.
$ 1°". — Première période.
Avant que l’animal soit au monde, nous pouvons influer sur son état futur, sa venue, sa taille, etc., par le traitement auquel nous soumettons la mère.
Celte-ci doit être mieux nourrie, principalement pendant la seconde moitié de sa gestation, que dans l’état ordinaire; on doit aussi éviter avec soin, dès cette époque, de lui faire faire des travaux pénibles et de la mettre dans le cas de recevoir de mauvais traitemens, surtout des coups sur le ventre, si l’on ne veut pas risquer de la faire avorter.
Le danger est d’autant plus grand, les soins sont d'autant plus urgens, que le moment du part approche davantage. Il est important de ne donner à l’animal immédiatement avant et après le part, qu’une nourriture légère, en
uantité modérée et composée d’alimens de facile digestion, et cela, non-seulement pour la mère qui ne pourrait digérer une nourriture très-substantielle, mais encore dans l'intérêt du petit sujet qui n’a pas besoin d’une si grande abondance delait et qui souffrirait même de sa faculté trop nutritive.
$ II. — Deuxième période.
Chez toute espèce de bétail, on doit, autant que possible, abandonner le part(la mise-bas) à la nature, et ce n’est que lorsque le petit se présente mal, qu’il faut aider la mère en D ORane de le replacer avec précaution dans la position normale.
Dès que je petit est né, on l’abandonne aux soins de sa mère qui sait déjà le traiter de la manière la plus convenable. Chezles chevaux, les moutons et les porcs, cette méthode ne souffre aucune exception; ce n’est que chez les bêtes à cornes qu’on sépare quelquefois le veau de sa mère, pour des motits développés plus loin.
Tous les rammiféres cherchent par instinct leur nourriture aux mamelles de leurs mères jusqu’à ce que leurs organes de mastication et de digestion soient assez développés pour qu'ils puissent manger d’autres alimens.
Pendant l'allaitement, la mère doit recevoir une nourriture bonne et abondante, et surtout des alimens qui, tels que les carottes, les pommes de terre en petite quantité, les eaux blanches, les fourrages artificiels verts, favorisent la sécrétion du lait; on doit aussi lui éviter les faligues et les mouvemens violens; enfin on la laisse toujours autant que possible avec son petit.
A mesure que ce dernier croît, ses besoins augmentant, en même temps que le lait de la mère diminue, il se trouve bientôt forcé d'y suppléer par d'autres aliinens; tomme à cet
DE L'ÉLÊVE DÜ BÉTAIL.
âge le petit est déjà fort et fait souffrir sa mère en tétant, celle-ci l’évite tous les jours davantage, et c’est ainsi qu’il se trouve enfin réduit à la nourriture des adultes.
Mais si l’on veut sevrer le petit avant cette époque, pour utiliser le lait de la mère; ou si celle-ci est malade ou morte, on doit donner au jeune sujet du lait tiède ou un mélange de lait et de décoctions mucilagineuses faites avec de la farine, jusqu’à ce qu'il puisse manger et digérer des alimens solides.
Le sevrage des animaux dont nous n’employons pas le lait, et chez lesquels, par conséquent, nous laissons téter les petits jusqu’à ce qu'ils soient assez forts, n’éprouve aucune difficulté et n’a aucun danger; mais lorsque le sevrage s'effectue bien avant l’époque indiquée par la nature, et qu'il a lieu en séparant la mère du petit, on doit s’y prendre avec précaution et progressivement, afin que le petit passe sans mauvaises suites aux nouveaux alimens, que la mère n’éprouve pas des affections du pis et que la séparation subite ne les rende pas malades l’un et l’autre.
* $ III, — Troisième période.
Après le sevrage, la jeune bête doit être soumise à un régime qui convienne à sa nature et favorise le dé cloppeent de ses forces et de ses bonnes dispositions.
Il faut aux jeunes bêtes le pâturage, pendant lété, non-seulement pour s'y nourrir, mais encore pour y prendre de l’exercice, et pour y jouir de l'air et de la lumière; la nourriture à l’étable, en été, ne convient pas à l'élève du bétail. — En hiver on les tient renfermés comme tout autre bétail ; mais si l’on veut faire de beaux élèves, il est nécessaire, surtout si c’est une race de grande taille, de leur procurer des étables vastes, où on les tient sans être allachés.
Les jeunes bêtes demandent toutes, proportionnellement, une meilleure nourriture que les bètes adultes. «
Ce serait agir contre ses intérêts que de mal nourrir des animäux à une époque où leur accroissement est le plus fort, et où ils exigent le plus de nourriture. Le bœuf de travail et le mouton adulte peuvent tous deux être hivernés avec un peu de racines et de la paille; il n’en est pas de même des jeunes bêtes de ces deux genres de bestiaux ; si on réussissait à les conserver avec une nourriture pareille, on n'aurait jamais que des animaux chétifs.
C’est dans l'enfance que l’on pose les bases de Ja force et de la taille, de même que les germes de la faiblesse et des défectuosités qui en résultent. On le comprendra facilement en songeant que l'accroissement dans la première année est triple, quadruple même, de ce qu'il est dans la seconde, et décuple de ce qu'il est dans la troisième, et que c’est dans les premiers mois de la première année que cet accroissement a lieu en majeure partie.
Ces faits doivent particulièrement être pris en considération par les éleveurs qui veulent augmenter la taille de leurs bestiaux.