L. Mo
Professeur d'agrieulture au Consorvatoire des arts et métiers
SECTION 1v. — Ængraissement des bestiaux.
$ 1%. — Définition et but de l’engraissement, — Localités où l’on peut s’y livrer.
On appelle engraissement une opération qui consiste à soumettre les bestiaux destinés à la nourriture de l’homme, à un régime et à des soins propres à augmenter la quantité de leur graisse, et à rendre leur chair plus abondanie, plus tendre et plus savoureuse. — Aujourd’hui que les jouissances du luxe se sont multipliées et que l’emploi des différentes graisses animales dans les arts et dans l’économie domestique a pris une extension Considérable, la- nécessité d’engraisser les animaux que l’on destine à la consommation est plus impérieuse que jamais; les cultivateurs et les propriétaires de bestiaux ne peuvent donc trop se pénétrer de l'avantage qu’il y a pour eux de chercher ïes moyens les plus prompts et les plus économiques d'y parvenir.
Les animaux que nous soumettons à l’engraissement sont le bœuf, le mouton, le porc, la volaille, quelquefois la chèvre et le lapin. Dans quelques pays du Nord, on engraisse, pour la consommation de l’homme, des poulains et des ânons. La chair du chien gras est, dit-on, un mets exquis chez certains peuples de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique; enfin en Angleterre on a essayé de châtrer des poissons pour les engraisser.
Il ue sera question ici que de l’engraissement du bœuf, du mouton et du porc.
Sous le rapport de l’agriculture et de l’économie sociale, l’engraissement du bœuf est plus important que celui de tous les autres animaux domestiques réunis; car il fournit plus de viande à la consommation, et plus d'engrais à la terre.
« On doit gémir, dit M. Groguier, de ce qu'on engraisse si peu de bêtes bovines en France. Il résulte de cette pénurie que pour l'exiguë consommation de ses habitans, en viande de boucherie, on est forcé d’avoir recours à l'étranger. — Il serait facile de prouver que si l’agriculture, en Angleterre, est si supérieure à la nôtre, c’est parce qu’on y engraisse plus de bétail et qu’on y consomme plus de viande. — En effet, pour avoir ces grands moyens d’engraissement, il a fallu étendre dans ce pays la culture des fourrages : de là plus d’alternations de récoltes, de meilleurs assolemens, la suppression des jachères; et les terres emblayées, recevant plus d’engrais, ont donné 10 à 12 pour un, au lieu de 5 ou 6, comme elles le font en France. — C’est ainsi que tout s’enchaine dans l’économie rurale. On ne peut nier les rapports qui lient cette économie à celle de l’industrie manufacturière. Nous engraissons peu, voilà pourquoi celles de nos manufactures qui emploient des cuirs et du suif sont forcées d’acheter de l’étranger de si grandes masses de ces matières premières. — D’un autre côté, l’extension de cette pratique ne donnerait-elle pas lieu à la formation d’un grand nombre de
fabriques éminemment utiles, dont les résidus sont de puissans moyens d’engraissement ?
ANIMAUX DOMESTIQUES : ÉCONOMIE DU BÊÉTAIL