‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 312 sur 467 · LIV. life · texte numérisé non relu

LIV. life

Telles sont les distilleries, féculeries, sucreries de betteraves, etc. »

De ce qui précède doit-on tirer cette conclusion, que l’on retire des avantages de l’opération qui nous occupe, partout où l’on s’y livrera ? Non sans doute, et bien que, dans l'intérêt de notre pays, il soit à désirer de voir l’engraissement mieux dirigé et plus généralement adopté, il yaura toujours certaines localités qui devront s’en abstenir : ce sont celles où les fourrages sont chers, et où la consommation du lait est grande; les environs de Paris, de Lyon et de toutes les grandes villes sont dans ce cas. Un calcul bien simple suffira pour prouver la vérité de ce que j'avance.

Si on s’en rapporte à quelques expériences qui ont été faites en Angleterre, en donnant à un bœuf à l’engrais quarante livres de foin par jour, ou bien une quantité équivalente d'une autre nourriture, on parvient à augmerter son poids de deux livres tous les jours. Si cette proportion est exacte, et une foule de circonstances peuvent la faire varier, la valeur d’un bœuf à l'engrais augmente, terme moyen, d’un franc par jour, car un kilogramme de viande vaut à peu près cette somme; pour arriver à ce résultat, il faudra faire consommer à ce bœuf quarante livres de foin, qui aux environs des grandes villes représentent approximativement une valeur de deux francs ; il y aurait donc un franc de perte par jour. Il est vrai qu’à l'augmentation du poids de l’animal, on doit ajouter comme gain l’amélioration de sa chair, et le produit de son fumier. Mais pour faire ce fumier il faut de la litière, et la paille est à un prix élevé à la porte des grandes cités ; il faut également des hommes pour soigner les bêtes à l’engrais, et la main-d'œuvre y coûte fort cher. — C'est donc à l’industrie de la laiterie qu’il faut se livrer de préférence dans ces localités ; là, une vache qui mangera quarante livres de fourrage donnera dix pots de lait valant au delà de deux francs, résultat double de celui que l’on peut espérer en se livrant à l’engraissement.

On peut engraisser avec de grands avanlages des bœufs et des moutons dans les localités où le fourrage est abondant, et où on le vend difficilement et à bas prix en nature.

Ces bêtes, étant grasses, se rendent elles-mémes à une longue distance au lieu de consommation, tandis que le lait en nature doit être consommé à proximité du lieu où il a été produit. — Au reste, les localités où le lait se vend en nature sont fort restreintesen France; elles ne s'étendent guère, en effet, au delà de la banlieue des villes. — Partout ailleurs il y a au mcins autant d'avantages à changer le fourrage en viande qu’en lait.

Dans les contrées où l’on cultive beaucoup de grains, on trouve très-enracinée l'opinion que l’engraissement des bestiaux est réellement désavantageux; mais cette opinion est loin d’être toujours fondée. Chacun reconnaît en effet que, pour cultiver les grains, on ne peut se dispenser d’entretenir des bêtes à laine, et tous les cultivateurs savent quelle immense influence cet entretien a sur le produit en grains. Dans le plus grand nombre des circonstances on ne peut également se

passer de bêtes à cornes. Lorsqu'on ne peut se livrer en même temps à l'éducation et à l’engraissement de ces deux espèces d’animaux, la question se réduit donc à savoir quelle est l'espèce qui peut rapporter davantage, et pour les bêtes à cornes en particulier, s’il est plus avantageux de faire consomimer les fourrages par des vaches à lait, ou par des bœufs à l’engraissement. — Cette dernière partie de la question se fond dans les deux suivantes :

1° Dans quelle proportionle fourrage qu’une vache à lait consomme dans toute l’année, est-il à celui qu'un bœuf consomme pendant le temps nécessaire pour accomplir son engraissement ? :

2° Quel est le produit que donne ordinairement un bœuf à l’engraissement pendant le temps que dure cette opération, et quel est le produit d’une vache à lait pendant toute l’année ?

La mesure de la nourriture d’une vache à lait ne peut pas être déterminée d’une manière genérale, mais seulement selon la race, l'individu et l’âge. Pour une vache adulte de taille moyenne, la ration la plus convenable, suivant Thaër, paraît étre soit 18 livres defoin, dont la moitié peut être avantageusement remplacée par des racines, soit 80 livres de trèfle vert. Quant aux grandes vaches, elles peuvent consommer de 25 à 30 livres de foin sec, où 112 à 140 livres de fourrage vert. Outre cela on leur donne autant de paille qu’elles en veulent manger. — On voit que de 18 à 30 livres de foin, 1l y a loin. — Ce qu'il faut à un bœuf à l’engraissement varie tout autant selon la taille de l’animal, et selon la quantité de graisse ou de chair à laquelle on veut le pousser. Mais il est peut-être plus facile de fixer un tarif pour eux, que pour les vaches à lait. Dans les localités où l’on a quelque expérience sur l’engraissement, on détermine avec assez de précision la ration que doit avoir chaque jour un bœuf de certaine race; on peut ainsi faire faciiement son calcul à l'avance, et résoudre soi-même cette question; on voit alors qu’assez souvent le fourrage est mieux payé par des bœufs à l’engraissement que par des vaches à lait, surtout lorsque l’on met la courte durée du temps de l’engraissement en parallèle avec l'entretien de la vache à lait pendant toute l’année, et les soins de la laiterie. Ajoutons à cela que lengraissement des bœufs pendant l'hiver a lieu dans un moment où les bras sont abondans, tandis que l’entretien des vaches continue également pendant l’élé, où souvent on manque d'ouvriers. Dans bien des cas il faut aussi ne pas perdre de vue que le capital qui est consacré à l’engraissement des bœufs rentre dans quatre où cinq mois, tandis que celui qu'on applique à des vaches à lait est constamment employé.

On peut calculer qu’un bœuf à l’engraissement consomme, terme moyen, pendant cette opération, à peu près autant de fourrage qu'une vache pendant toute l’année ; de même, la quantité de fumier que l’on obtient d’un bœuf durant le temps de son engraissement est egale à celle qu’une vache fournit pendant toute Vannée, et ce fumier est peut-être de meilleure qualité; d’ailleurs on l’obtient dans

ENGRAISSEMENT DES BESTIAUX

un temps où l’on peut facilement en faire le charroi.

Lorsque, tout calcul fait, on ne juge pas qu'il soit avantageux de faire de l’engraissement la base de l’économie du bétail, cette opération pourra cependant être utile comme branche accessoire. — Si une fois on a appris à connaitre et à organiser toute l’économie de l’engraissement, on pourra toujours disposer avec facilité la quantité de bêtes que l’on doit engraisser, d’après la quantité de fourrage que l’on récolte. — On ne devrait jamais étendre la quantité de bêtes que l’on entretient au delà de celle que l’on est parfaitement certain de pouvoir nourrir, méme dans les mauvaises années; lorsque de bonnes années ont produit un excédant de fourrage, il est toujours facile de se procurer au dehors un excédant de bêtes à mettre à.

l’engrais.

$ IL. — Conformation indiquant le plus d’aptitude des bestiaux à l’engraissement

Celui qui veut entreprendre d’engraisser beaucoup de bétail, doit, pour le faire avec un grand avantage, chercher à acquérir de l’expérience dans la connaissance et l’'appréciation des animaux destinés à la consommation.

Il faut, pour le choix du bétail et son évaluation, un certain coup d'œil, et plus encore un certain tact dans la main quine peuvent être acquis que par une longue pratique. Les Anglais, qui mettent tant de soin à perfectionner tout ce qu'ils font, sont si persuadés de la capacité plus ou moins grande de certains bœufs, de certains moutons à prendre le gras, qu'ils ont formé des races uniquement pour l’engrais, races dont ils sont fiers, et dont 1ls permettent difficilement la sortie. — Ils ont été plus loin, car ils sont parvenus à faire prendre la graisse principalement dans les parties du corps qui sont regardées par les consommateurs comme les meilleurs morceaux. C’est ainsi que Bakewell a montré à Londres un bœuf dont l’aloyau était démesurément gras, tandis que le reste de sa chair l'était moins qu’à l'ordinaire. Pour arriver à un pareil résultat, 1l a fallu allier ensemble dans une longue suite de générations les bêtes bovines à gros aloyaux, et apporter à cet appareillement une infatigable persévérance.

Les races de bœufs et celles de moutons qui prennent le mieux la graisse, offrent, d’après M. Grognier, les caractères suivans :

1: Tête fine et légère, indice d’une ossature peu massive ; yeux vifs et doux, signe de santé et de naturel calme et tranquille; cornes, chez les bœufs, lisses et courtes : les animaux de cette espèce à cornes longues et rugueuses, tels que ceux de la Romanie, s'engraissent difficilement. {

2° Encolure courte, peu chargée; la chair de cette partie, nommée 2ande de collet, étant peu estimée.

3° Dos large et horizontal; corps allonge, signe d’une bonne complexion chez les animaux ruminans; poitrine haute, annonçant que les poumons s’y dilatent librement.

4° Côtes amples, arrondies; flancs pleins; ventre volumineux, ce qu'on appelle un or dessous ; forme du corps à peu près cylindri-

que, ce qui annonce des estomacs bien développés et agissant librement.

5° Hanches, croupe, fesses, cuisses volumineuses, constituant la prédominance de l’arrière-nrain dont les parties offrent une meilleure viande de boucherie.

6° Extrémités aussi courtes, aussi menues

ue’possible. Bakewell s’attachait à ce caractère d’une manière toute particulière; Arthur Young dit avoir mesuré chez ce fameux engraisseur un bélier qui avait 2 pieds 5 pouces de hauteur, 5 pieds 10 pouces de circonférence, et dont les jambes avaient à peine 6 pouces de longueur. En Angleterre il y a une race de porcs qui prend si complétement la graisse, que lorsque l'opération de l’engraissement a été terminée à l'égard de quelques animaux de cette race, on leur aperçoit à

peine l'extrémité inférieure des membres. La.

figure 237, représentant le porc qui a gagné le prix à l'exposition de Smithfield, en décembre 1834, peut donner une idée àäe ces précieux anin)aux.

Fig. 237.

7° Peau douce, souple, flexible, élastique, se détachant facilement ; poils longs, brillans, clairs, moelleux ; veines superficielles, apparentes. Il faut qu'après la saignée l'épingle, destinée à fermer l'ouverture de la veine, traverse la peau avec facilité; et pour mieux saisir ce signe, il y a des engraisseurs qui saignent exprès.

C'est en fixant ces caractères par voie de génération, que les Anglais ont créé des races de bestiaux spécialement destinés à la boucherie.

Une bonne constitution est donc la qualité la plus importante qu’on doive désirer dans les animaux qu’on veut engraisser. Ceux qui sont maïadifs, ceux dont la fibre est devenue roide par vieillesse, ceux qui ont travaillé avec excès, ceux enfin qui ont été incomplétement châtrés par le bistournage, s'engraissent plus difficilement que ceux qui sont dans des conditions opposées, et fournissent une chair de moindre qualité. — La finesse de la peau est un indice de facile engrais, parce qu'une peau fine se distend plus facilement ge une peau épaisse, et qu'il faut qu’elle se

istende sans difficulté pour que la graisse puisse s’accumuler dessous. Columelle avait déjà fait cette remarque.

Il est, an reste, dans toutes les races de bœufs, de moutons et de porcs, des animaux qui, sans défectuosités apparentes, et sans signes de maladies, ne sont pas eq

; PS AU d’être en raissés; On les désigne sous lenom de bétes brûlées.

ANIMAUX DOMESTIQUES : ÉCONOMIE DU BÉTAIL

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