LIV. jir
Il est presque inutile de recommander de ne pas mettre à l’engraissement les bêtes malades ou convalescentes, et les animaux qui mangent peu, qui digèrent mal, ou qui ont des goûts dépravés, c’est-à-dire qui mangent la terre, lèchent les murs, etc.; on rejettera ar ment les bêtes chez qui l’on remarque de la roideur dansles mouvemens de l’épine etdans le jeu des membres, ainsi que celles qui marchenttoujours à la queue du troupeau, qui ont la peau adhérente aux os et qui toussent ha-
bituellement.
$ Ill. — Influence de l’âge sur l'engraissement.
Il est prouvé que la nature forme la graisse avec l’excédant des sucs nourriciers qui servent à augmenter la masse du corps des animaux, ou à réparer les pertes qu'ils éprouvent pendant tout le cours de leur vie. De là on doit conclure 1° que l’engraissement doit être plus long et plus difficile dans la jeunesse et dans la vieillesse des animaux, et que le véritable moment à choisir est celui où ils cessent de croître ; 2° que les substances les plus nourrissantes sont les plus propres à engraisser sûrement et promptement les animaux, etquil ne faut pas en épargner la quantité ; 3° qu'on doit employer tous les moyens possibles pour diminuer leurs pertes, en les chà trant et les empêchant de travailler à la propagation de l’espèce, en les tenant dans un repos continuel et même en évitant tout ce qui pourrait trop les distraire.
C’est à cinq ou six ans pour le bœuf, un an et demi pour le mouton et le cochon, qu'il conviendrait de mettre ces animaux à l’engrais; mais la nécessité de tirer parti du travail du bœuf: et de la tonte de la laine du mouton, relarde quelquefois leur engrais jusqu’au double de cet âge, ce qui empêche qu'ils deviennent aussi promptement et aussi complétement gras, et oblige cependant à autant de dépense. — C’est ordinairement vers l’âge de huit à dix ans que les bœufs de travail sont dételés pour être soumis à l’engraissement; ceux d'entre ces animaux qui fontun bon service sont gardés jusqu’à douze et même quinze ans; Ceux au contraire qui se montrent paresseux et mauvais travailleurs sont engraissés aussitôt qu'ils ont atteint leur croissance. Outre les raisons que je viens de faire connaitre, les engraisseurs sont encore guidés par les motifs suivans : 1° un bœuf de cinq à six ans consomme à l'engrais autant
u’un bœuf de huit à dix, et donne cepen-
ant un fumier moins bon et moins abondant. — 2° Un bœufde cinq à six ans ne prend pas à l’engrais de la graisse en proportion de l’augmentation du volume du corps, ce qui suppose qu'à cet âge une partie des sucs nutritifs est encore employée à l’accroissement des os, des ligamens, des membranes et autres parties de peu de valeur. — 3° La graisse des jeunes bœufs n’a pas la consistance de celle des bœufs plus âgés; elle contient beaucoup plus de parenchyme, ce qui occasionne beaucoup plus de déchet lorsqu'on la fond. La chair de ces jeunes animaux, quoique de bon goût, est moins nutritive; leurs cuirs sont moins fermes et d’une qualité inférieure ; les tanneurs, qui savent fort
bien en faire la distinction, paient ces cuirs moins cher à poids égal, que ceux des vieux bœufs.
Examinons maintenant avec M. Groguier la question sous un point de vue plus vaste. « Si, à la suite d’une révolution dans l’économie bovine, les bœufs envoyés à la boucherie avaient 5 à 6 ans, au lieu de 10 à 12, il en arriverait le double dans le même espace de temps, et la consommation de la viande augmenterait dans la même proportion; le commerce recevrait de son côté deux fois plus de suif, de peaux, etc. — La population bovine resterait la même, mais elle ne serait pas composée de la même manière : les veaux d’élève seraient plus nombreux, et l’agriculture aurait à supporter les frais de leur enfance improductive. — Les bœufs travailleurs, les vaches laitières seraient en moindre nombre et on aurait deux fois plus de bêtes à l’engrais. — Mais on aurait du bétail pour tous les usages en augmentant la population bovine. Les Anglais ont fait plus que la doubler; ils ne laissent guère vivre au delà de quatre ans leurs bœufs de boucherie; ils ont créé des races dont l'engraissement prématuré offre autant de produits qu'un engraissement tardif. C’est par l'augmentation de leur population bovine, et la création des races de boucherie, que les Anglais ont répondu à toutes les ob- Jeclions élevées par l'intérêt particulier contre l’engraissement des jeunes bœufs. Ce sont ordinairemnt de jeunes bœufs gras qui remportent les prix aux fameuses exhibitions de Smithfield. Au concours de 1826, le lauréat n'avait que 2 ans et 11 mois ; il fut jugé peser, viande nette, 1300 livres, 11 faut l'avouer cependant, les Anglais enverraient moins de Jeunes bœufs à la boucherie, s'ils employaient moins de chevaux aux travaux agricoles.
» En ce qui concerne l’engraissement des moutons, c'est aux lumières de Daubenton que nous devons avoir recours. « Si l’on veut avoir des moutons gras, dont la chair soit tendre et de bon goût, dit l’auteur que je viens de citer, il faut les engraisser de pouture (à la bergerie) à l’âge de trois ans. Les moutons de deux ans ont peu de corps et prennent peu de graisse;-à trois ans ils sont plus gros et prenvent plus de graisse; à quatre ans 1ls sont encore plus gros et ils deviennent plus gras, mais leur chairest moins tendre ; à cinq ans la chair est dure et sèche; cependant si l'on veut avoir les produits des toisons et des fumiers, on attend encore plus tard, même jusqu'à dix ans, lorsqu'on est dans un pays où les moutons peuvent vivre jusqu'à cet âge ; mais il faut les engraisser un an ou quinze mois avant le moment où ils commencent à dépérir, »
$ IV.— Influence de la taille sur le choix des bêtes destinées à l’engraissement.
La taille des animaux que l’on veut engraisser doit être proportionnée à la richesse des päturages où on les met à l’engrais, ou à la quantité de nourriture qu’on peut leur donner à l’étable. Si l’on n’a à sa disposition que des prairies médiocres, on ne peut livrer à engrais pue des bêtes de petite taille, car dans ces herbages les bêtes volumineuses
AGR
ENGRAISSEMENT DES BESTIAUX
n'auraient pas le temps de prendre la quantité de nourriture nécessaire à leur engraissement. — Ce serait donc se ruiner que de placer pour cet objet des bœufs très-gras dans des prés peu garnis d’herbes,ou de leur ménager le bon foin, les graines farineuses, et les autres alimens employés en pareille circonstance.
Il a été reconnu en Angleterre que le plus souvent les bêtes de petite race s’engraissent plus facilemeut que ceiles de grosse race; il y a lieu de penser, d’après un certain nombre de faits, qu’il en est de même en France. Doiton en conclure que dans tous les cas 1l est plus avantageux de choisir, pour mettre à l’engrais, des bêtes de petite taille? Examions cette question, et prenons les bœufs
pour exemple. — Il est prouvé que la force desanimaux destinés au tirage est en raison directe.de leur poids; donc un bœuf pesant mille livres pourra faire autant d'ouvrage que deux bœufs de 500: cette circonstance est déjà à prendre en considération dans le choix des bêtes que l’on élève. Si l’on en croit M. Mathieu de Dombasle, la consommation respective suit la mêmeloi. «Il est assez indifférent, dit cet agronome, d'obtenir un quintal de viande en une bête, ou deux, car dens un cas comme dans l’autre cette quantité de viande a consommé une égale quantité de nourriture pour être produite; elle coûte par conséquent autant au producteur, toutes choses égales d’ailleurs. » Victor Yvart, dont l’autorilé est d’un si grand poids en économie rurale, pensait que deux petits bœufs de 500 livres consommaient ensemble plus qu'un bœuf unique de 1000 livres et ne donnaient pas du fumier dans la même proportion. — Il soutenait qu’en réunissant les squelettes de deux petits bœufs, leurs estomacs, leurs intestins, toutes leurs issues, tous leurs rebuts, on a ‘une masse notablement plus considérable que celle de ces mêmes matières tirées d'un bœuf unique; celui-ci, quoique ne pesant qu'une fois plus, donne au delà du double en viande et en suif. Il offre donc un bénéfice réel, la consommation eût-elleëté égale à ceile des denx petits ; et tout porte à croire qu’elle aélé moindre.
M. Grognier nous apprend queles bouchers de Lyon achètent plus cher un bœuf gras de la Bresse ou du Charolais du poids de 1200 livres, que deux petits bœufs engraissés dans le pays et pesant chacun 600 livres; ils regardent comme d’égale qualité la viande de l’un et des autres, et ils préfèrent, comme élant plus ferme, le suif du premier. Quant aux cuirs, comme ils se vendent au poids, et Fes ceux des grands animaux sont nécessaires dans beaucoup de manufactures, l'avantage est encore sous ce rapport du côté du gros bœuf. à J
En résumé, partout où l’on a à sa disposition de gras pâturages, où une abondante nourriture, on doit, toutes choses égales d’ailleurs, préférer les races volumineuses pour l’engraissement.
$V.—Circonstances qui favorisent l’engraissement.
Une température chaude et humide, et la moins variable possible; une obscurité com- | plète, ou, au plus, un jour à peine suffisant