‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 314 sur 467 · II · texte numérisé non relu

II

pour pouvoir se conduire ; un si/ence presque absolu sont trois circonstances qu’il faut que les animaux trouvent dans les étables où on les enferme pour les engraisser. On dit qu’en Angleterre, pays où l’engraissement des bœufs est beaucoup plus perfectionné qu’en France, on entoure la tête et le corps de ces animaux de deux, et même de trois ou quatre couverture de laine qui les tiennent toujours en moiteur, et qui les empêchent complétement de voir et d'entendre. En France on met les animaux dans des étables basses et peu éclairées, mais généralement on n’y surveille pas assez la température, qni doit êlre chaude et constamment humide. Une atmosphère saturée de vapeur d’eau favorise l’engraissement en donnant de la souplesse et de la mollesse à la peau et aux fibres, et en s’opposant à la transpiration des bêtes qui y respirent; cette transpiration, ne pouvant se dégager, reste dans les tissus et contribue au développement et à l’accumulation de la graisse. On sait qu'il suffit d'un brouillard de vingt-quatre heures pour engraisser les ortolans, les grives et autres oiseaux, au point de les empêcher de voler. Le célèbre engraisseur Bakewell jetait au milieu de l'été ses moutons dans des pâturages humides et succulens; la pourriture y était devancée par l’engraissement, etcet agronome saisissait le point précis où ce dernier était complet, et où la maladie allait commencer.

Dans le Limousin et en Allemagne, les étables destinées à recevoir les animaux à l’engrais sont souvent pourvues d’une galerie extérieure percée de trous pratiqués vis-à-vis la mangeoire de chaque animal; c’est par ces ouvertures que l’on donne la nourriture aux bœufs sans troubler en aucune manière leur repos. On rentre dans l’étable qu’une fois par Jour pour mettre de la nouvelle litière, et on ne fait sortir les animaux qu’une fois par semaine, pendant une ou deux heures au milieu du jour, pour leur faire respirer l'air du dehors, et avoirle temps d'enlever les famiers. Dans ces étables, où il ne pénètre que peu de humière,les bœufs placés chacun dans unestalle oùils jouissent de la plus complète tranquillité, sont presque toujours couchés sur la litière pour ruminer, digérer et dormir; ils ne se lèvent guère que pour prendre de nouveaux alimens.

La propreté est une condition essentielle de l’engraissement des animaux à l’étable; dans le Limousin et la Vendée, on étrille méme tous les jours les bœufs qu'on y a soumis à l’engrais; cependant, comme cette opération favorise leur transpiration, il semble, d’après ce que j'ai dit plus haut, qu’elle doive retar: der l’époque où ils doivent être livrés au boucher.

Ce ne sont pas les animaux qui mangent davantage et le plus vite qui s’engraissent le pins promptement, ce sont ceux qui mangent peu à la fois, souvent et lentement. Il faut que la digestion soit complète pour que la faim renaisse; et, toutes choses égales d’ailleurs, un animal qui a mangé deux fois plus qu’un autre, a besoin de trois fois plus de temps que cet autre pour digérer ce qu’il a mangé.

Donner peu à la fois et souvent doit donc être le principe de tout bon engraissement.

ANIMAUX DOMESTIQUES : ÉCONOMIE DU BÉTAIL

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