LIV. iii
Nous publions avec plaisir que déjà la race anglaise a changé d’une manière avantageuse des productions de la Normandie, et nous sommes persuadés qu'il ne s’agit que de continuer avec sagesse et persévérance dans cette direction pour obtenir la majeure partie des chevaux à la fois grands et légers, qui sont demandés pour le luxe : mais ces améliorations récentes et encore incomplètes ne devaient pas empêcher que lemploi des étalons trop jeunes ne fût signalé comme une cause d’avilissement.
Sans anticiper sur des considérations qui
| seront mieux placées à l’article croisement,
l'indication des formes de Ja race normande fera déjà pressentir comment elle peut être améliorée. La race normande propre aux attelages a de la hauteur et de l'ampleur; elle a le système osseux assez développé; la tête, qui était busquée et que l’on tend à rendre carrée, est un peu trop grosse; l’encolure, qui a une longueur suffisante pour des allures rapides, conserve assez de force pour dissimuler un peu le volume de la tête; le garrot n’a pas toute la hauteur désirable, la poitrine n’a pas assez d’étendue depuis le dos jusqu’au sternum, la dernière côte ne se prolonge pas assez en arrière, et les flancs sont trop longs; la croupe horizontale est assez bien garnie de muscles, l’avant-bras et la jambe sont longs et larges, le jarret est fort, un peu coudé, les canons sont courts, la région digitée estcourte et le sabot rond et bien proportionné. Avec ces qualités et ces défauts, avec une robe bai estimée dans le commerce, les chevaux normands se sont vendus pendant longtemps à des prix assez élevés, et ils ont fourni les attelages de luxe de la capitale; ils se vendraient encore fort bien et s’écouleraient plus facilement s'ils pouvaient être employés avec sécurité immédiatement après leur acquisition.
$ IX. Vices de l’éducation des chevaux normands.
Quelque nombreux que soient les vices qui existent dans l’élève de beaucoup de chevaux normands, leur énumération serait incomplète si les inconvéniens du retard apporté dans la pratique de la castration et si la fréquence du cornage n'étaient pas signalés.
La castration se pratique sur les chevaux de la plaine de Caen, non pas avant la vente, mais immédiatement après, sur le champ de foire. Le vendeur présente un cheval entier, inquiet, en apparence vigoureux, pléthorique, disposé à beaucoup de maladies inflammatoires, et notamment, à cause de son âge, à la gourme et aux inflammations des conduits respiratoires. L'acheteur qui doit le vendre châtré est dans l'obligation de faire pratiquer l’opération; mais alors tout change. Le malade est nourri médiocrement avec des alimens peu échauffans et notamment du son.
autant par économie que par nécessité pour la santé de l'animal. Il est très rare qu'on ne soit pas obligé de le saigner; il faut que, pen-
| dant sa convalescence, pendant la révolution
ue détermine dans son économie l’ablation des organes de la génération, il soit dressé tant bien que mal, en peu de temps, pour pouvoir être revendu. Il serait bien étonnant que de nombreux mécomptes ne se fissent pas
CHAP, &e, remarquer soit chez le marchand, soit plutôt chez l’acheteur définitif. Aussi les désappointemens sont communs chez l’un et chez Pautre par l'effet de toutes ces causes réunies, et en particulier par le retard apporté dans la castration.
Pratiquée dans un âge aussi avancé, cette opération ne peut influer comme cela serait à désirer sur les formes des animaux, puisque déjà elles existent, et que celles qui dépendent de la disposition du squelette sont à jamais fixées. Il résulte de la castration faite dans le jeune âge que la tête et l’encolure, le garrot, les épaules s’amincissent et s'allégent, et que Pavant-main prend plus de légèreté, conditions avantageuses à tous les chevaux de luxe. Ces changemens dans les formes ne peuvent s'opérer dans les chevaux coupés à 5 ans, ou bien ils ne sont pas aussi complets, aussi suivis , et il peut en résulter plus de mal que de bien. La castration dans ous les quadrupèdes tend à diminuer, nous venons de le dire, le volume de la tête et celui de l’encolure; mais faite à 5 ans elle ne peut agir également sur les os qui composent la tête et sont entourées de peu de parties molles, et sur l’encolure dans la composition de laquelle existent beaucoup de muscles et beaucoup de graisse, dont les molécules se déplacent par Je mouvement vital plus facilement que celles des os. Alors il arrive dans ces chevaux châtrés tard que la tête reste grosse tandis que le cou maigrit et s’amincit, et qu’en définitif l’animal peut avoir une grosse tête supportée par un long cou, et ce qui contrarie toutes les sages dispositions de la nature.
La castration, faite alors que les organes génitaux sont tout-à-fait développés et jouissent de toute leur action, est plus dangereuse que si elle était faite plus tôt; cela n’a pas besoin de démonstration. Exécutée dans les jeunes animaux, elle aurait l'avantage de permettre de conserver ensemble les poulains châtrés et les pouliches, et de faciliter l’élève; elle contribuerait à détourner les éleveurs de leur fâcheuse habitude de faire étalonner les poulains ; en sorte que lorsqu'on examine l’usage normand de conserver entiers des chevaux de luxe, qui nécessairement doivent être châtrés avant d’être mis en service, on n’y trouve d’abord que des inconvéniens. En y réfléchissant, cependant, on s'explique :
1° que les cultivateurs ont un léger avantage à se servir pour leurs travaux aratoires de poulains entiers ; 2° qu’ils n’ont pas à supporter ni les frais ni les risques de l'opération tels petits qu’on les supposera; 3 on reconnaîtra comme excuse principäle de leurs méthodes qu'ils échappent ainsi aux conséquences d’une législation fàcheuse sur les vices rédhibitoires qui prolonge au-delà de toute raison la durée de la garantie du vendeur. En mettant les acheteurs dans la nécessité
de châtrer leurs chevaux, et en les forçant à
faire acte de propriété et à dénaturer la chose vendue, les marchands normands échappent à tous les risques d’une garantie de 30 Jours ; ce qui n’est pas pour eux une petite affaire. Cet etat de choses changera par les améliorations qu’on introduira, il faut l’espérer, dans la législation, et il ne restera plus aux fermiers de la plaine de Caen aucun motif
ACR: