STATISTIQUE DES CHEVAUX EN FRANCE
40i puissant de ne pas faire châtrer leurs poulains.
Le cornage est, nous venons de le dire, un des inconvéniens qui diminuent quelquefois la valeur des chevaux normands. On appelle ainsi un bruit, sorte de sifflement ou de ràlement, qui se produit dans les voies de la respiration, quelquefois dans le repos, mais plus fréquemment pendant et peu de temps après l’exercice, et qui s'accompagne de la gêne de la respiration. Beaucoup de maladies dont on reconnaît facilement la nature, soit pendant la vie, soit après la mort, peuvent déterminer le cornage; mais d’autres maladies qui ne sont pas complétement connues peuvent aussi l’occasionner. On sait que les chevaux normands à tête busquée et plate sont souvent exposés au cornage, sans qu'on soit au point d'affirmer d’une manière certaine la cause de la gêne de la respiration.
Cette espèce de cornage se transmet par hérédité , on n’en fait pas le moindre doute , et cependant, par l'effet même d’une pratique, dont nous n’avons vu jusqu'à présent que les avañtages, le commerce des poulains, les éta- Jons corneurs ne sont pas éloignés de la reproduction avec l'attention et la persévérance désirables. La maladie ne se développant pas, ou du moins ne se développant que bien rarement, dans la première jeunesse, il paraît indifférent à certains fermiers du Cotentiu et de la Manche, vendeurs de poulains, d’employer des étalons entachés de ce vice. C’est un malheur bien avéré, mais qui ne peut que diminuer par la raison que des cultivateurs soucieux de leurs intérêts éloignés doivent compreadre que la réputation de leurs écuries est une valeur qui se paie.
Le cornage, l'habitude fâcheuse de conserver entiers des chevaux que les marchands et la remonte de la cavalerie doivent faire châtrer, la coutume d’engraisser les chevaux outre mesure comme s’il s'agissait de bœufs ou de porcs, ont une corrélation qu’on ne saurait trop mettre sous les yeux des cultivateurs. M. Cailleux, qui a publié une très bonne notice sur lescauses dela diminution du commerce des chevaux en Normandie, fait remarquer que le vice du cornage disparaît dans le plus grand nombre des chevaux qui ont été coupés à l’âge de dix-huit mois ou de deux ans, et que cette affection est plus fréquente dans les chevaux dont l’embonpoint est considérable que dans ceux quine sont pas en graissés.
SECTION III. — De la quantité de chevaux qui existent en France. et des qualités de chevaux qui manquent à Ce pays.
Les principales races de chevaux ont élé examinées dans le chapitre précédent. Cette espèce d'animal domestique, si précieuse et si variée dans les races et sous-races qu'elle fournit, aurait pu être étudiée avec plus de détails dans toutes les nuances qu’elle présente; mais il peut convenir dans un ouvrage tel que celui-ci de ramener les différentes variétés de chevaux à des types principaux , desquels ensuite avec un peu d'attention, et en examinant ce qui se passe dans la localité qu'ils habitent, les cultivateurs peuvent voir
descendre les races et sous-races qui existent dans notre pays.
Plusieurs faits pourraient cependant être présentés en contradiction de ce qui vient d’être avancé: on pourrait dire que beaucoup de chevaux ne peuvent pas décidément rentrer dans les catégories établies ; mais il serait facile de répondre par la triste vérité qui a déjà été publiée, que, par suite de croisemens trop nombreux et mal calculés, il existe des départemens où la masse des chevaux ne peut être attribuée plutôt à une race qu'à une autre. De bons esprits vont même si oin sous ce rapport qu'ils se sont demandé s’il existait encore des races teiles que la limousipe et la navarrine.
Une autre objection pourrait être faite. Des familles bien distinctes ne peuvent trouver leur place dans le cadre établi. On ne saurait, par exemple, où ranger les petits chevaux corses, les chevaux de la Camargue, ceux de l'ile de Noirmoutiers, qui ont une certaine réputation, les chevaux de la Hague, les bidets d’allure du Cotentin, les petits chevaux de la Bretagne et beaucoup d’autres encore ; mais la remarque doit être faite que, soit par le nombre, soit par la qualité des animaux qui les conposent, toutes ces races, où au moins la plupart, n’ont qu'une importance secondaire. À
L'élève du cheval peut être envisagée maintenant sous d’autres rapports.
Beaucoup de personnes voient l’industrie chevaline comme étant tout-à-fait dans un état de décadence; elles regrettent le temps passé; eiles espèrent dans notre pays la propagation des races les plus nobles, les plus légères, les plus précieuses, qui forment une partie des richesses de nos voisins les Anglais. Ces opinions conduisent à rechercher 51 la partie de l’écosomie rurale qui nous occupe est dans un élat moins prospère qu’autrefois, et s’il est à désirer de voir se multiplier en grand
10ombre;en France comme en Angleterre, les chevaux de course et de pur sang.
De Lafont-Pouloti, qui écrivait à la fin du dernier siècle, accusait les dépenses énormes que notre pays était obligé de faire à cette époque en acquisitions de chevaux étrangers.
Remontant à une époque antérieure, De Lafont-Pouloti affirmait que, dans les guerres de 1688 et de 1700, l’État avait acheté pour plus de cent millions de chevaux étrangers.
Postérieurement à la publication du nouveau régime des haras de De Lafont-Pouloti.
M. Huzard père regrettait aussi, dans son Instruction sur les haras, la pauvreté de notre pays; ilaffirmaitque les guerres de Louis XIV occasionnèrent lachat de cent cinquante mille chevaux , et, comme l'avait déjà dit De Lafoni-Pouloti, une exportation de plus de cent millions.
La belle époque des haras aurait été, d’après M. Huzard, celle des temps de féodalité, se terminant à Louis XIII et au cardinal de Richelieu. M. Huzard cite l'exemple de Sully et celui d’autres grands seigneurs propriétaires de haras. Mais comme, vers ce temps, Olivier de Serres, né en 1539, exprimait formellement que la France était loin de suffire à sa consommation en chevaux, on peut croire, d’après les autorités citées, que l’état
ANIMAUX DOMESTIQUES : DES CHEVAUX ET DE LEUR ÉLÈVE
Liv. lit
de prospérité de l’industrie chevaline , due à la passion des nobles d'autrefois pour lélève du cheval, remonte encore à une époque plus reculée, si jamais cet état a existé; en sorte que depuis trois cents ans la France aurait été, d'après des auteurs très recommandables, tributaire des pays voisins en ce qui concerne les chevaux.
En présence de ces documens, il est difficile d’admettre comme incontestable qu’autrefois nous étions tout-à-fait bien partagés, et que notre infériorité relativement à d’autres peuples de l’Europe date de peu d’années.
Les documens statistiques viennent au contraire démontrer dans quelle proportion s’accroit le nombre de nos chevaux; et le chiffre des importations et des exportations, combien peu nous devons regretter ce qui avait lieu dans le siècle dernier, pendant lequel , selon M. Huzard père, l’importation coûtait année commune plus de 30,000,000 de livres, dont l'Angleterre seule recevait 16 ou 12,000,000.
Notre position est bien changée. L’agriculture, sans aucun doute, a fait des progrès dans la production des chevaux comme dans ses autres parties, et elle est indispensablement destinée à avancer encore.
La population en chevaux n’était en effet estimée, en 1791, dans un travail de Lavoisier, qu’au nombre de 1,781,500.
En comprenant, dans un recensement analogue, le nombre des mulets, Chaptal a publié, à une époque plus rapprochée de nous, que la France possédait 2,322,617 soit chevaux, soit mulets.
A une époque plus rapprochée encore , en 1822, les documens officiels transmis par l'administration des haras ont porté le chiffre des chevaux seulement à 2,220,000. L'on peut enfin se convaincre par les évaiuations transmises par la même administration qu’en un petit nombre d’années les chiffres ont été successivement portés à 2,400,000 et 2,500,000.
Sans donner à ces recensemens plus de valeur qu’ils n’en méritent, en les considérant seulement comme approximatifs, 1l serait déja fort difficile de contester les progrès marqués de notre économie rurale dans l'élève des chevaux ; mais, comme cela vient d'être dit, les renseignemens fournis par l'administration des douanes tendent aussi à établir de leur côté l’état où nous sommes arrivés, et à contrôler jusqu'à un certain point les recensemens du ministère de l’intérieur.
Or, à cet égard, il est constant que, dans les années ordinaires, c’est-à-dire celles pendant lesquelles l'importation ne s’est pas augmentée des acquisitions de chevaux faites à l’étranger par l'administration de la guerre, l’importation , déduction faite de l'exportation, ne s’élève pas, comme le fait remarquer M. le duc de Guiche, à plus de 10 à 11,000 chevaux et poulains, dont l’acquisition , il faut bien le noter, est en partie compensée par des ventes de mulets faites à l’étranger.
En envisageant l’élève des chevaux telle qu’elle se présente aujourd’hui, on voit donc que, malgré une notable augmentation dans le nombre des animaux de cette espèce que produit l’agriculture, l'étranger se trouve encore! chargé de pourvoir une partie de notre mar-
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ché. Pour apprécier autant qu’on le peut notre situation chevaline , il faut ajouter, à l’idée qui doit naitre des chiffres donnés, cette autre idée que les importations se composent en général de chevaux de messageries et de chevaux de carrosse et de tilbury.Il faut même avouer que les bons chevaux pour ces derniers services sont rares en France, en comparaison de ce que l’on peut remarquer en Angleterre eten Alleinagne. Ainsi tout en reconnaissant les progrès faits récemment par agriculture, ce qu’il faut reconnaitre aussi, c’est qu'ils ont porté surtout sur la production des races communes, et que pour ce qui est des races nobles, c’est une question de savoir s’il n’y a pas eu plutôt décroissance que progrès. 4
Le mal avoué, ce qu’il faut faire c’est d’en apprécier les causes et d’en connaître l’étendue. Or, quant aux causes, il n’est pas impossible de les deviner. L'extension du service du roulage , la création et le développement d’un service, maintenant immense , celui des messageries et des voitures publiques, la probabilité de vendre à de bons prix les gros chevaux communs, la facilité que présente leur élève, la ressource qu'ont beaucoup d’agriculteurs de garder pour leur usage les gros chevaux qu'ils ne pourraient vendre; voilà autant de motifs qui, ayant porté les cultivateurs à se livrer à l’élève des chevaux communs, ont agi indirectement contre la production des races. plus distinguées.
Et comme ayant agi directement, il faut compter aussi le peu de développement qu’a pris en France la consommation des chevaux de luxe, non-seulement pour la selle, mais encore pour le carrosse et les voitures particulières ; la mode qui s’est prononcée en faveur des chevaux étrangers ; et les remontes qui se sont faites en Allemagne pour la Cavalerie.
Quand d’une part les agriculteurs ont été sollicités par un intérêt bien calculé à faire de gros chevaux, et que de l’autre ils ont vu les difficultés s’augmenter pour la vente des animaux de luxe ; quand en Normandie, les herbagers ont eu plus d'avantage à se livrer pu exclusivement à l’engraissement des
œufs à cause du développement du commerce de la boucherie , on ne peut s'étonner du peu de faveur qu'obtient la spéculation qui concerne les chevaux de luxe. Mais de ce que ces chevaux sont produits en petit nombre dans noire pays, et que les meilleures qualités nous manquent ou sont fort rares, on ne peut conclure, nous le croyons, que le mal soit bien grand; il nous semble à craindre qu’on ne s’exagère son importance par la considération de ce qui existe à Paris. À Paris seulement, et dans quelques grandes villes en très petit nombre, le besoin de ces chevaux se fait sentir, partout ailleurs il n’existe pas, ou au moins il n'existe que dans des limites fort restreintes, et l’on produirait en France beaucoup de chevaux de luxe duction atteindrait les limites de la consommation.
Sous ce rapport, notre position est bien différente de celle de l'Angleterre, à laquelle nous avons quelquefois le Lort de nous comparer. La chasse à courre, l'usage fréquent