DU CROISEMENT. N
ue bientôt la pro-.
du tilbury , la multiplicité des équipages légers , la beauté des routes, la rapidité qu’elles permettent dans le service des diligences auxquelles s’attellent les chevaux les plus nobles et les plus vites , tout concourt à établir les plus grands contrastes entre ce qui se passe en Angleterre et en France. De ces contrastes il ne suit pas, il est vrai, que nous ne devions pas faire les chevaux nobles qui nous sont nécessaires, mais il en résulte au moins que cette branche de l’économie rurale est d’un intérêt fort secondaire, et qu’elle présente moins de chances de gain à nos cultivateurs que si l'emploi des chevaux légers était plus considérable, Pour ie cullivateur anglais qui se livre à la production des chevaux fins , l'écoulement de ses animaux quels qu’ils soient n’est pas difficile; la diversité des services auxquels on les emploie lui permet de les placer avec avantage. Mais en France, dès qu’un cheval n’a pas la taille et la corpulence voulues pour qu'il soit attelé au carrosse ou au cabriolet, son prix baisse tellement que la production des chevaux les plus vites, parmi lesquels il en est toujours quelques-uns qui prennent peu de taille, expose à beaucoup de mécomptes.
Ce sont du reste des considérations qui vont se représenter à l’article croisement.
SECTION IV. — Du croisement.
Le croisement consiste dans l’accouplement pour la génération d'animaux de races différentes. Les produits de ces accouplemens reçoivent le nom de métis. Les femelles premieres métisses, couvertes par un mâle de la race pure qui leur a donné naissance, donnent des deuxièmes métis plus rapprochés de la race du père qu’elles ne le sont elles-mêmes. Les femelles deuxièmes métisses accouplées à leur tour, en persevérant dans le même système, avec un mâle de la race avec laquelle a été commencée l’opération, produisent des troisièmes métis. En continuant encore on {orme des quatrièmes, des cinquièmes, des sixièmes métis, et l’on rapproche tellement de la race pure du père les produits qu’on obtient qu’on finit par ne plus pouvoir les en distinguer.
Dans le cheval la dénomination de cheval de pur sang est fréquemment employée au lieu de pure race, et celles de demi-sang, de trois-quarts de sang équivalent à celles de premier et de deuxième métis.
Le croisement, on ne sait pas pour quel motif, a été considéré en France par beaucoup de personnes comme une opération indispensable sans laquelle il nous serait impossible d’avoir les meilleurs chevaux. Vraie pour certaines de nos races, celte opinion de la nécessité des croisemens a été beaucoup trop gepéralisée; et elle peut porter des cultivateurs à entreprendre sans calcul, sans esprit de prévision, des opérations qui leur deviendraient onéreuses.
C’est d’abord une erreur complète que celle de croire que les races doivent nécessairement dégénérer, et qu’il soit besoin de s'y opposer par l'introduction d’étalons etrangers. L’on confond alors sans doute l’effet qui se fait remarquer quand on accouple entre eux les animaux de la même famille les plus
rapprochés sous le rapport de la parenté avec celui que l’on obtient dé l’appareillement d'animaux de différentes familles. mais de la même race. Dans le premier cas les animaux dégénèrent, et quand on a pris le soin pendant une longue série de générations d’accoupler ceux de la même famille, de les propager, comme on dit en Angleterre, toujours dedans in and in, soit pour fixer certains caractères, certaines qualités, soit par expérience, on finit par les rendre peu féconds et même tout-à-fait stériles. Mais dans la seconde hypothèse comme rien de pareil n’a été-observé, on a tort de croire qu'il faille aussi nécessairement méler les races. Des races pures peuvent se conserver avec toutes leurs qualités, lorsque les soins convenables sont apportés dans les appareillemens des mâles et des femelles, et les produits élevés dans les conditions qui permettent et favorisent le‘développement des qualités que l’on veut conserver. Cela est vrai, non-seulement pour les races indigènes, mais aussi pour les races étrangères que l’on a naturalisées. Nous en avons la preuve en France dans la race mérinos.
Les soins que l’on donne à une race indigène, naturelle au pays que l’on habite, sont fort souvent payés d’une manière plus avantageuse que les dépenses que l’on ferait pour une race nouvelle que l’on serait tenté de créer. Des alimens en plus grande abondance et de meilleure qualité, un peu de ménagement dans le travail souvent trop fatigant qu’on exige des jeunes chevaux, peuvent faire davantage pour l'amélioration que toutes les innovations que l’on voudrait tenter par les croisemens. Et par exemple l'introduction des prairies artificielles, le perfectionnement des instrumens aratoires qui permet d’épargner les forces des animaux, le bon entretien des chemins vicinaux, celui des routes , peuvent faire plus pour ia prospérité chevaline de beaucoup de nos départemens que tous les changemens, qu’on cherche à produire par l'emploi de nouveaux étalons. Car il arrive pour beaucoup de nos chevaux qu'ils ne manquent pas de vigueur, ni même d’une bonne conformation , mais qu'ils pèchent seulement par la taille, leur peu de développement, suites inévitables d'une nourriture insuffisante et d’un travail forcé.
Toutefois, de cequ’ilexiste de la tendance en France à abuser des croisemens, à penser qu'ils soient indispensables, à croire qu'un poulain doive immanquablement être bon parce qu’il a pour père un bel et bon étalon, et à négliger par suite les moyens les plus sûrs, les plus positifs, qui consistent à bien nourrir et à bien ménager les jeunes chevaux, il faut se garder de tomber dans une autre exagération et de négliger d'obtenir des améliorations par des emprunts faits aux races étrangères, quand ne se trouvent pas dans les chevaux indigènes les qualités que recherche le commerce.
Avant de faire ces croisemens, le cultivateur doit connaître le but auquel il lui im-
orte de parvenir; il doit chercher à apprécier
es moyens qu’il a de l’atteindre, tant ceux que lui offre l'administration des haras que ceux qu'il possède sur sa ferme; il doit aussi
ANIMAUX DOMESTIQUES : DES CHEVAUX ET DE LEUR ÉLÈVE