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mesurer par avance l’étendue des dépenses dans lesquelles 1l s’engage, la valeur probable de ses produits, el surtout les facilités qu'il peut avoir pour réaliser cette valeur. Sous beaucoup de rapports la position du cultivateur est fort différente selon que les croisemens qu'il entreprend sont suivis sur une grande.échelle par les cultivateurs des alentours, ou selon qu'ils hu sont particuliers.
Dans le premier cas, l’occasion se présente pour lui d'acheter et de vendre des produits analogues à ceux sur lesquels il veut spéculer; ilestlibre d'augmenter, de diminuer lenombre de ses animaux, et de gouverner ses opérations selon la quantité des fourrages qu’il peut faire consommer. Dans la deuxième supposition, il ne jouit pas à beaucoup près des mêmes avantages ; il ne trouve dans les domestiques du pays ni autant de zèle ni autant d'intelligence pour des innovations auxquelles ils répugnent, et quand à force de persévérance il a terminé l’élève de ces animaux étrangers à sa localité, et qu'il les conduit sur le marché, il est rare qu'il puisse les vendre ce qu'ils valent, parce que les habitués de ces marchés ne se pressent pas, en général, d’acheler des chevaux de races qu'ils ne connaissent pas, sur lesquels ils n’ont pas coutume de spéculer, et qu’ils ne sauraient où placer. Aussi faut-il, pour compenser tous ces inconvéniens, de très grands avantages, et est-il fort rare que ces améliorations isolées aient toute la suite désirable.
En admettant que l’éleveur se décide à employer des étalons étrangers, un point essentiel pour lui est de ne pas se laisser entrainer par des principes qui ne laissent voir qu'un côté des questions qui peuvent se présenter. Des livres où se trouvent d’ailleurs des projets et des idées fort raisonnables font dépendre toutes les qualités des races du degré de chaleur et de sécheresse du climat sous lequel elles se sont formées; et parce * que le cheval arabe du désert jouit d’une vi-;” gueur très grande, c’est le seul cheval arabe! qui doit améliorer, sinon toutes nos races, au moins la plupart. Pour certains auteurs la na-| ture du climat est à peu près tout dans la formation des races; celles du Midi peuvent bien améliorer celles du Nord, mais il est impossible que celles du Nord, celles de l’Angleterre, par exemple, améliorent jamais les races de la France. D’autres prétendront qu’il est d’une indispensable nécessité de se servir pour étalons de chevaux de pure race, et que les métis même avancés doivent être repoussés, quelles que soient du reste les qualités qu'ils possèdent. Il est bien reconnu que ces principes absolus et d’autres encore sont maintenant contredits par des expériences incontestables, et qu’ils ne peuvent s'appliquer ni à toutes les races ni à toutes les positions de éleveur.
Celui d’abord qui a fait ressortir que l’espèce du cheval pouvait être divisée en deux grandes catégories , comprenant des animaux ayant des caractères souvent opposés, a rendu service à l’art des croisemens. Il est impossible d'admettre qu’il soit nécessaire de verser du sang arabe dans les races de gros chevaux communs sous le prétexte de leur donner plus de vigueur, plus de vivacité. La vivacité, l’ardeur ne leur sont pas nécessaires; elles
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jont plutôt besoin de patience et de force; elles doivent rester pures, surtout en France | où elles ont un degré de perfection qui se trouve rarement ailleurs.
Dans l’élève de ces races, le cultivateur doit se garder du désir d’en augmenter la taille et | la corpulence par l’emploi des plus gros étalons. 11 peut bien alors, il est vrai, vendre quelques-uns de ses produits à des prix un peu plus élevés, mais il court le risque d’avoir des animaux qui ont besoin de beaucoup d’alimens pour se nourrir, et qui n'ont pas généralement un aussi bon tempérament | que ceux qui ont pour pères des étalons moins volumineux, mais mieux proportionnés et plus agiles.Quand un cultivateur veut se créer | une race de chevaux de labour, ilest rare qu’il ine doive pas préférer des chevaux de taille |moyenne, ayant un bon pas, à ceux qui seraient tout-à-fait lourds, et qui se contenteraient de faire porter une partie de leur poids | sur les traits pour vaincre la résistance qui leur l'est opposée; ces chevaux peu énergiques ont | généralement un tirage plus lent, À moins | que les terres ne soient très compactes, que les labours et les charrois n’en deviennent très pénibles, les premiers chevaux sont à préférer aux seconds ; et comme d’ailleurs ils conviennent à une plus grande variété de travaux ; que ce sont eux notamment qu sont demandés pour le service de nos voitures publiques qui s’accroit journellement, le culti- | vateur a fréquemment de l’avantage à se livrer à leur élève. Si donc des croisemens devaient être entrepris entre les races de chevaux de trait que nous offre notre pays, soit les percheronnes et bretonnes d’une part,les boulonnaises , les cauchoises, les picardes de l’autre, il faudrait plutôt tendre à employer les étaions des premières que ceux des secondes.
Dans le croisement des jumeus communes, dont la race est devenue rabougrie par la misère, il est bon d’éviter encore d’une manière plus rigoureuse l'emploi des étalons les plus gros et les élevés. La nature ne se prête pas à ces brusques changemens ; c’est suivre une méthode vicieuse que de chercher à augmen- |ter Les tailles des races par l'introduction d’étalons hors de proportion avec les jumens qu'ils doivent couvrir.
Si les races de chevaux communs doivent en général rester pures en France, à cause des qualités qu’elles possèdent et qui sont appro- | priées aux services auxquels on les consacre ; :siles cultivateurs doivent être loués des soins qu'ils mettent à les maintenir etles améliorer | par elles-mêmes, les mêmes principes ne peu- | vent s’appliquer aux races légères, propres aux | besoins du luxe. Celles qui depuis longtemps | ont eu le plus de réputation en France, la race inormande, les races limousine , auvergnate jet navarrine, ne nous donnent plus que très {peu de produits préférés à ceux qui nous viennent de l'étranger. Le malaise des éleveurs a jété démontré par les tentatives que certains d’entre eux ont faites pour changer leurs races |par des croisemens; mais comme . ces essais ont éte de plusieurs sortes, que rarement ils ont été suivis avec autant de persévérance que }cela eût été nécessaire, l’on peut dire qu'ils | n’ont pas encore créé de races constantes aussi
bonnes que celles qui existent hors de France,