‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 2)Chapitre 331 sur 467 · DU CROISEMENT · texte numérisé non relu

DU CROISEMENT

et qu’il devient impossible de trouver en France les meilleurs étalons, à un très petit nombre d’exceptions près.

De ces races qui doivent être améliorées par des croisemens , la race normande est, sous plusieurs rapports, la plus importante.

Elle se développe et se fait en moins de temps ; elle prend plus de taille et de largeur, et nous préférons tellement aux petits chevaux, qui ne sont convenables qu’à la selle, tous ceux qui sont plus grands et qui peuvent êire attelés, que les chevaux normands sont encore, de tous les chevaux de luxe, les plus recherchés, quels que soient leur tempérament et leur conformation. Leur nombre d’ailleurs est de beaucoup supérieur à celui des chevaux du Limousin. Ainsi, en prenant les calculs de Chaptal, tandis que dans la Corrèze, la Creuse et la Haute-Vienne il n'existe que 19,970 chevaux, jumens et mulets, et 4,950 poulains au-dessous de quatre ans, on compte jusqu’à 97,350 chevaux adultes et 32,456 poulains dans les seuls départemens du Calvados et de la Manche. Or, on en conviendra facilement, quand la population en chevaux est aussi élevée, et quand la race réunit déjà quelques-unes des qualités les plus recherchées, c’est dans de telles localités que les améliorations sont le plus désirables et le plus faciles à réaliser.

La race normande, propre au carrosse, gagnerait déjà beaucoup si les habitudes fàcheuses relatées au chapitre qui la concerne étaient remplacées par d’autres pratiques plus raisonnables. Cependant il est extrêmement probable que, se reproduisant par elle-même, sans introduction d’étalons d’autres races. il lui serait impossible d'acquérir toutes les qualités que l’on demande aux chevaux de luxe et que l’on trouve fréquemment dans les animaux de certaines races étrangères. Il n’est pas rare de voir dans la conformation des chevaux normands, une tête grosse et aplatie d’un côté à l’autre, une encolure longue, des reins un peu longs et un peu bas, une croupe étroite, des fesses amaigries et des jarrets coudés et vacillans. Alors il semble que l’avant-main, loin d’être chassée par le train de derrière, traine plutôt toute la machine; ou au moins il est clair que les parties de devant et de derrière ne fonctionnent pas comme cela devrait être pour que les allures soient franches et rapides. Il faut, de toute nécessité, changer la conformation de pareils animaux, el, je le répète, on ne peut trouver pour arriver à cette fin d'aussi bons modèles en Normandie qu’à l’étranger. D'un autre côté, il faut encore le redire, la bonté des chevaux ne dépend pas seulement de la disposition des parties extérieures; elle dépend aussi de l’intégrité et des proportions des organes les plus essentiels à la vie, comme aussi de la vigueur SRE le climat, les soins de l’homme et le genre

alimentation donnent à certaines races plu tôt qu'à telles autres. Or, il est de fait que la race normande n’a pas les parties les plus nobles, le cœur, le poumon, le cerveau, aussi développées, ni une vigueur aussi grande que la race arabe, par exemple, et que la race anglaise.

Le problème à résoudre pour ce qui la concerne consiste à lui donner de l'énergie en

lui conservant dans les formes une ampleur suffisante, et dans la stature assez d’élévation

pour qu’elle puisse convenir aux services qui |

exigent le plus de chevaux de luxe et qui les paient un meilleur prix. Pour arriver à ce résultat il est indispensable de bien nourrir

ANIMAUX DOMESTIQUES : DES CHEVAUX ET DE LEUR ÉLÈVE

les animaux pendant leur jeune âge principa- |

lement; mais il faut aussi verser dans la race normande du sang des races les plus généreuses, telles que celles de l’Arabie et de l’An-

gleterre, qui toutes deux ont leurs partisans. |

Le degré de pureté et d'ancienneté des races, leur genre de conformation, leur constitution et leur taille sont mis en balance quand il s’agit de faire un choix entre les races arabe et anglaise, et en général ce sont des points dont il faut toujours tenir compte dans le choix des étalons.

Toutes les fois qu’un étalon vient d’un père et d’une mère de la même race, etquedepuis fort

- longtemps il n’a pas existé de croisemens dans

les animaux desquels il provient, et que l’on |

pourrait appeler ses ancêtres, il est probable qu’il reproduira plus sûrement les caractères et qualités qu'il présente que si sa race était nouvelle et mêlée; car dans ce dernier cas, les produits peuvent justement hériter des caractères des parens qui ne ressemblaient pas à l’étalon que l’on se décide à employer.

La pureté et l’ancienneté sont donc à prendre en considération. Mais de ce que ces points sont essentiels à peser, il faut se garder de s’exagérer leur importance.

En persévérant dans le métissage, il est possible d'obtenir des métis reproduisant aussi sûrement leurs caractères que les animaux de race pure, ou la différence qui existe alors entre eux sous ce rapport esi si peu sensible qu’elle peut être négligée.

En second lieu, il est possible d’avoir, par des premiers croisemens, des produits ayant des qualités plus avantageuses que si l’on persévérait davantage dans l'opération du métissage; et pour peu que le métissage soit assez avancé pour donner à ces qualités un certain degré de fixité, il est bien difficile de dissuader les cultivateurs d'employer ces mäles métis comme étalons, et l’expérience a encore prouvé qu'ils pouvaient en obtenir de bons résultats.

En appliquant ces idées aux chevaux arabes et anglais, il faut convenir que les premiers sont d’une race plus ancienne et plus pure; et que, parmi les seconds, ceux-là méme qui sont dits de pur sang laissent plus à désirer quant à la pureté et à l'ancienneté de leur race. Il serait fort difficile de prouver que tous ceux qui sont réputés les plus purs descendent sans mésalliance de chevaux et de jumens arabes; seulement ce qu’on doit dire après avoir mis en doute la noblesse de leur généalogie , c’est qu'ils ont autant de sang arabe que cela 2st nécessaire, et qu’ils se reproduisent par eux-mêmes depuis assez longtemps pour qu'on soit sûr de les voir transmettre les caractères qu’ils possèdent. Ainsi, sous ce point de vue, l'Angleterre peut nous donner des étalons aussi bons que l'Arabie.

L’Angleterre nous donne en outre, circonstance fortimportante, des étalons dits de pur sang, plus élevés, plus développés que les chevaux arabes. Il est plus facile que partout

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