DU CROISEMENT
rapides coursiers qu'elle possède. Il a fallu que la transpiration cutanée fût fréquemment excitée par des frictions, que les chevaux fussent presque constamment couverts de laine depuis la tête jusqu'aux pieds ; qu'ils fussent fortement nourris dans leur jeune àge pour prendre de la taille, qu’ensuite ils fussent exercés à des courses et soumis à un régime particulier, dit d’entrainement , qui développe le système musculaire, diminue la quantité de graisse et de tissu cellulaire, et donne à tous les ressorts de l’animal toute l’intensité dontils sont susceptibles. Mais il a fallu de toute nécessitéaussiqueles Anglais fussent guidés dans leurs pratiques par les épreuves, les courses publiques auxquelles ils soumettent beaucoup de leurs chevaux , que ces courses fussent assez nombreuses pour leur donner la chance d'y obtenir quelques prix, et que, de plus, les chevaux encore très vites qui n’y réussissent pas trouvassent dans le commerce un placement à peu près certain et avantageux pour léleveur. C’est donc sous linfluence des courses que s’est formée la race anglaise de pur sang; pour juger cette influence il faut voir ce que les courses sont devenues.Elles sontmaintenant fort nombreuses en Angleterre ; elles ont lieu sur des terrains gazonnés et plats; elles se font souvent en droite ligne; elles ne sont pas de longue dureé; elles se font fréquemmententre poulains qui sont dans leur troisième année, et comme tout est préparé et prévu, il s’est formé une race de petiis hommes peu pesans , la race des jockeis, qui doit monter les poulains. De tout cela il est arrivé que la condition la plus désirable à obtenir dans léiève des chevaux de pur sang a été l’extrême vitesse dans les poulains , et qu’en effet les chevaux anglais ont élé plus vites que tous les autres chevaus, sans excepter les arabes; mais il est arrivé aussi qu'ils sont rarement aussi solides dans les membres de devant, aussi sûrs à monter que les arabes et autre chevaux du Levant, aussi maniables que les arabes, el qu’ils sont souvent tarés par les efforts qu’on exige d’eux alors qu’ils sont encore très jeunes.
Si l’on se rappelle les qualités que présentent les chevaux de selle navarrins, imousins el auvergnais, on verra que ces petits chevaux out en général des qualités opposées à celles des coursiers anglais ; qu’ils sont beaucoup moins vites, qu’ils ont l'habitude d’une plus grande sobriété, et qu'ils ont une croissance plus longue ; que leur mérite principal consiste dans la vigueur etla résistance jointes à une grande süreté et beaucoup d’agrémens dans leurs aNures ; et l’on en conclura sans doute que ce n’est qu'avec une extrême prudence qu’il faudrait verser dans ces races du sang anglais. ;
Les principaux mérites des chevaux anglais n’ont pas pour le midi de notre pays la valeur qu’ils ont en Normandie. La disposition des chevaux anglais à se former en peu de temps ne pourrait être mise à profit qu’autant que les cultivateurs du Midi changeraient entièrement leurs habitudes, car ils nourrissent très modérément ; et de plus la taille élevée des chevaux anglais, leur force ne permettraient de bons appareillemens qu'avec peu de jumens , car en règle générale elles sont
petites et ne peuvent recevoir avec avantage des étalons hors de proportion avec elles.
S'il est un principe dont il ne faut pas se dé: partir, c’est qu'on ne peut former de bonnes vaces par l’appareillement de mäles volumineux et de femelles beaucoup plus petites; on veut ainsi procurer aux produits une laille que l’on doit tendre à obtenir par une meilleure alimentation, et le plus souvent on ne donne aux résultats de ces accouplemens qu’une mauvaise constitution. Le fœtus est gêné dans ja matrice, la mise bas est difficile, lallaitement est insuffisant; l'habitude est prise par le cultivateur de peu nourrir , les conditions dans lesquelles il se rouve ly forcent le plus souvent , et en définitive il est très fréquent de n’obtenit vieu de bon de toutes ces tentatives.
Les qualites du cheval anglais réduites à peu d'importance, ses défauts restant, la conclusion est bien évidemment que, pour les races du Midi et même de l’Auvergne et du Limousin, la plus grande cireonspection doit être apportée dans l'emploi de l'étalon anglais. Ce qu'il faut reconnaitre maintenant, c’est le degré d'utilité dont peuvent être pour ces races , soit de nouveaux croisemens , soit de meilleures méthodes dans leur élève.
Les chevaux dont nous nous occupons ont beaucoup de nerf, et le plus fréquemment ils pèchent par la taille, par une poitrine qui n’a pas assez d’ampleur, par la trop grande finesse des membres. Ces défauts doivent disparaître plutôt par l'effet d’une meilleure alimentation que par de nouveaux, croisemens. Cependant, comme beaucoup de chevaux du Midi n’ont plus de race, il pourrait être utile de leur en donner en persévérant pendant long-temps dans des eroisemens dont l'utilité aurait été démontrée.
Les chances de succès ne paraissent pas se réunir actuellement en faveur des étalons andalous. Leur race a dégénéré, et d’ailleurs nous n’estimons plus autant qu'autrefois les allures relevées et raccourcies. Il est plus probable qu’on obtiendrait de emploi des étalons de l'Orient des résultats avantageux ; on en cite quelques-uns .qui passaient pour arabes , et qui autrefois ont fait du bien et laissé des descendans estimés. On peut être certain qu'ils ne ressemblaient pas à ces étatons arabes irès vites, très élancés, très minces de membres, dont a parlé M. de Lastic Saint-Jal quand il a fait connaitre les inconvéniens des courses telles qu’elles ont lieu sur l'hyppodrôme de Tarbes. Aussi des auteurs qui possèdent bien la connaissance des chevaux du Midi vont-ils jusqu’à préférer aux arabes les plus purs d’autres races orientales, moins vites peut-être, moins nobles, moins nerveuses , mais ayant plus de force et des muscles et des os autrement développés.
Les difficultes sont grandes quand il s’agit pour le cultivateur des départemens des Pyrénées, du Limousin et de l'Auvergne, de bénéficier sur l’élève des chevaux. Ses produits ne sont pas employés aux travaux aratoires , c’est le bœuf qui laboure ; ils ne sont plus aussi recherchés qu’autrefois, parce que le goût de l’équitation se perd en France ; les remonies ne paient pas les chevaux à des prix assez élevés, etelles achètent trop fréquem-
ANIMAUX DOMESTIQUES : DES CHEVAUX ET DE LEUR ELEVE